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Full text of "Histoire anonyme de la première croisade éditée et traduite par Louis Bréhier"

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Madison,  V;l  5o/û6-1494 

U.S.A. 


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LES  CLASSIQUES 

DE  L’HISTOIRE  DE  FRANCE 

AU  MOYEN  AGE 

PUBLIÉS  sors  LA  DIRECTION  DE  LOUIS  HaLPHEN 

Fascicale  4 


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UNIVERSITYOF  WISCONSIN 


PRINCIPAUX  OUVRAGES  DU  MÊME  AUTEUR  : 


Le  schisme  oriental  du  XI*  siècle,  i  vol.  in*8*,  1899,  xxix-3i2  p. 

L’Église  et  l’Orient.  Les  croisades.  1  vol.  in-12,  1912  (4*  édition, 
1921),  xiii-397  p. 

(Couronné  par  l’Académie  française.) 

La  cathédrale  de  Reims.  Une  œuvre  française.  1  vol.  in-8%  1916 
(2*  édition,  1920),  in-277  p,,  56  planches  hors  texte. 

(Couronné  par  l’Académie  des  inscriptions.) 

L'art  chrétien^  son  développement  iconographique  des  origines  à 
nos  jours,  i  vol.  in-4®,  1918,  466  p.,  233  gravures  dans  le  texte. 

(Couronné  par  l’Académie  des  inscriptions.) 

L’art  byi^antin  {Les  patries  de  Vart)  (sous  presse). 


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LES  CLASSIQUES  DE  U  HISTOIRE  DE  FRANCE 

AU  MOYEN  AGE 

publiés  sous  la  direction  de  Louis  Halphen 


HISTOIRE  ANONYME 

DE  LA 

PREMIÈRE  CROISADE 


ÉDITÉE  ET  TRADUITE 

PAR 

LOUIS  BRÉHIER 

PROFESSEUR  A  LA  FACULTÉ  DES  LETTRES 

DE  CLERMONT-FERRAND 


PARIS 

LIBRAIRIE  ANCIENNE  HONORÉ  CHAMPION,  ÉDITEUR 

5,  QUAI  MALAQUAIS  (vi*) 


1924 


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Universitv  cf  .. 

728  State  St-G-t'”''  ' 

Madison,  Wl  63706-1 4S4 


Tous  droits  réservés 

Copyright  by  Edouard  Champion,  July  1934 


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300638 

FEB  15  132G 

rc5 

INTRODUCTION 


I.  —  L’auteur. 

Les  Gesta  Francorum  et  aliorum  Hierosolimitanorum  sont 
regardés  avec  raison  par  les  historiens  comme  une  des 
sources  fondamentales  de  l’histoire  de  la  première  croisade. 
Ce  récit  est  dû  sans  conteste  à  un  témoin  oculaire  qui  a  par¬ 
ticipé  lui-même  aux  événements  qu’il  raconte.  Malheureu¬ 
sement  cet  écrivain,  qui  inaugurait  cent  ans  avant  Villehar- 
douin  le  genre  des  «  Mémoires  »  personnels,  ne  nous  a  pas 
livré  son  nom;  ses  contemporains,  qui  ont  cité  son  ouvrage 
«t  l’ont  copié  sans  scrupule,  ne  Tont  pas  nommé  davantage; 
les  efforts  qu’on  a  faits  jusqu'ici  pour  l’identifier  à  un  per¬ 
sonnage  connu  sont  restés  vains',  et  nous  sommes  réduits, 
pour  deviner  quelque  chose  de  sa  personnalité,  à  recueillir 
dans  son  œuvre  quelques  renseignements  sommaires  que 
Lon  peut  déduire,  soit  de  la  forme  de  son  récit,  soit  de  ses 
préoccupations  habituelles. 

C’est  ainsi  qu’après  avoir  raconté  d’une  manière  incom¬ 
plète  et  impersonnelle  les  origines  de  la  croisade,  il  donne 
tout  à  coup  des  détails  abondants  et  précis  (chap.  iv)  sur  le 
départ  de  Bohémond  et  des  Normands  d’Italie  pour  Jérusa¬ 
lem,  mentionne  toutes  les  étapes  de  leur  marche  à  travers  la 
péninsule  des  Balkans  et,  à  partir  de  ce  moment,  parle  à  la 

I.  Par  exemple  l’hypothèse  de  Riant  (^rc^iVw  de  l’Orient  latin^ 
t.  1,  p.  145),  qui  l’identifie  avec  Alexandre,  chapelain  et  secrétaire 
d’Étienne,  comte  de  Blois. 


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H  l’auteur 

première  personne  du  pluriel.  11  a  donc  fait  partie  de  la 
bande  de  Bohémond,  et  Ton  peut  suivre  dès  lors  son  itiné¬ 
raire  jusqu’à  la  bataille  d’Ascalon,  c’est-à-dire  depuis  la  fin 
de  1096  jusqu’au  mois  d’août  1099.  Lorsque  Bohémond 
quitte  son  armée  à  Rousa  (i«r  avril  1097,  chap.  v)  pour 
rejoindre  les  autres  chefs  à  Constantinople,  l’Anonyme  reste 
avec  Tancrède,  et  il  passe  avec  lui  le  Bosphore  (chap.  vu) 
sans  pénétrer  à  Constantinople.  On  le  retrouve  au  siège  de 
Nicée,  puis  à  la  bataille  de  Dorylée  et  aux  deux  sièges  d’An* 
tioche,  toujours  dans  l’armée  de  Bohémond.  Lorsqu’après 
la  prise  de  Marra  (i  i  décembre  1098,  chap.  xxxiii)  Bohémond 
se  sépare  des  autres  chefs  pour  retourner  à  Antioche,  l’Ano¬ 
nyme  reste  dans  l’armée  qui  part  de  Marra  sous  le  com¬ 
mandement  du  comte  de  Toulouse,  accomplit  toutes  les 
étapes  de  la  marche  en  Palestine,  prend  part  au  siège  de 
Jérusalem  et  à  la  bataille  d’Ascalon,  où  il  termine  son 
récit. 

L’Anonyme  était  donc  originaire  de  l’Italie  méridionale. 
C’est  ce  que  prouve  l’expression  de  «  pays  d’outre-monts  » 
par  laquelle  il  désigne  la  France  (chap.  i);  d’autre  part, 
lorsqu’il  parle  des  habitants  de  l’Italie  méridionale,  il  n’em¬ 
ploie  jamais  le  terme  de  <  Normands  »  ou  de  «  Francs  », 
mais  celui  de  «  Longobards  »,  qui  était  resté  à  cette  époque 
l’expression  officielle  pour  désigner  les  habitants  de  l’ancien 
thème  byzantin  de  «  Longobardie  »  (chap.  ii,  xx,  xxix);  enfin 
il  est  très  au  courant  des  faits  et  gestes  de  Bohémond,  et  il 
manque  rarement,  lorsqu’il  le  cite,  de  lui  appliquer  quelque 
épithète  emphatique  qui  marque  la  vénération  qu’il  a  pour 
sa  personne;  c’est  à  lui  qu’il  réserve  le  titre  de  dominus, 
«  seigneur  »,  qu’il  ne  donne  pas  aux  autres  chefs.  Etait-il 
lui-même  d’origine  normande  ou  était-ce  un  indigène  rallié 
à  la  dynastie  de  Tancrède  de  Hauteville?  Il  est  difficile  de  le 
dire;  le  fait  qu’il  emploie  le  terme  de  «  Longobard  »  et  aussi 


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l’auteur 


III 


certaines  expressions  techniques  qui  se  rapprochent  de  Tita- 
lien  n’est  pas  décisif^,  car  un  Normand  d’Italie  pouvait  par¬ 
ler  ainsi.  Il  vaut  mieux  avouer  notre  ignorance. 

Nous  sommes  mieux  renseignés  par  lui-même  sur  sa  con¬ 
dition.  Il  n’appartient  pas  au  bas  peuple  qu’il  confond  sous 
le  terme  de  «  la  menue  gent,  les  pauvres  ».  Ce  n’est  pas  un 
clerc,  car  en  plusieurs  actions,  à  la  bataille  contre  Ker- 
bôga  (chap.  xxix),  à  la  procession  autour  de  Jérusalem 
(chap.  xxxviii),  il  oppose  toujours  les  clercs  et  les  évêques, 
priant  pour  le  succès  des  croisés,  aux  groupes  de  combat¬ 
tants  dont  il  fait  partie.  En  dépit  de  sa  reserve,  quand  il 
s’agit  de  lui-meme,  il  indique  indirectement  les  actions  aux¬ 
quelles  il  a  pris  part  personnellement.  C’est  ainsi  qu’il  est 
dans  la  troupe  de  Bohémond  à  l’escalade  d’Antioche  (nuit 
du  3  juin  1098)  et  qu’il  est  un  des  premiers  à  pénétrer  dans 
la  ville  (chap.  xx).  De  même,  il  a  combattu  dans  les  rangs 
des  croisés  le  28  juin  1098  à  la  bataille  contre  Kerbôga 
(chap.  xxix)  et  il  paraît  avoir  fait  partie  de  l’expédition  de 
Raimond  Pilet  pendant  le  séjour  des  croisés  à  Antioche 
(chap.  xxx). 

Ce  n’est  pas  non  plus  un  chef  d’armée.  Il  n’est  pas  entré 
à  Constantinople;  il  ne  connaît  les  délibérations  des  chefs 
que  par  ouï-dire,  mais  il  en  est  très  bien  informé,  ce  qui 
laisse  supposer  qu’il  occupait  dans  l’armée  une  certaine 
situation.  Il  paraît  avoir  été  l’un  des  nombreux  chevaliers, 
possesseurs  de  petits  fiefs,  qui  prirent  la  croix.  On  le  voit 
assister  à  la  découverte  de  la  Sainte-Lance  et  même  faire 
partie  du  grand  conseil  de  guerre  qui  suivit  cet  événement 
(chap.  xxviii).  Enfin,  dans  ses  récits  de  batailles,  il  se  range 
toujours  parmi  les  chevaliers  et  emploie  l’expression  :  «  Nous 
chevauchâmes  »  (chap.  xxix). 

I.  F.  de  Saulcy,  Tancrède^  dans  la  Bibliothèque  de  VEcoîe  des 
chartes,  t.  IV  (1842),  p.  3o2-3o3. 


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IV 


l’auteur 


II  représente  donc  la  classe  moyenne  des  chevaliers  croi¬ 
sés,  et  c’est  ce  qui  donne  un  si  grand  intérêt  à  son  récit.  En 
maint  passage  l’Anonyme  exprime  l’ardeur  de  ses  senti¬ 
ments  religieux  et  de  son  enthousiasme  pour  la  croisade, 
mais  aussi  de  sa  haine  pour  les  infidèles,  qu’il  confond  sous 
le  nom  de  «  païens  »  et  qu’il  prend  naïvement  pour  des  ido¬ 
lâtres.  Les  chrétiens  tués  dans  un  combat  sont  considérés 
par  lui  comme  des  martyrs,  tandis  que  les  Turcs  mortelle¬ 
ment  atteints  rendent  leurs  âmes  au  diable  et  à  ses  anges 
(chap.  xviii).  Comme  ses  contemporains,  il  trouve  justes  et 
raconte  froidement  les  massacres  les  plus  horribles,  la  déca¬ 
pitation  des  prisonniers  turcs  (chap.  xii),  la  violation  des 
sépultures  musulmanes  (chap.  xviii),  l’égorgement  de  la 
population  sans  défense  dans  les  villes  prises  d’assaut 
(chap.  IV,  XXX,  XXXI,  xxxiii,  xxxviii).  Et,  d’autre  part,  en  vrai 
chevalier,  il  admire  les  beaux  exploits  et  les  grands  coups 
d’épée;  certains  de  ses  récits  de  bataille  ont  une  couleur 
véritablement  épique  et  il  a  un  tel  amour  de  la  vaillance 
qu’il  la  prise  même  chez  les  Turcs  ;  il  va  jusqu’à  dire 
(chap.  ix)  que,  si  les  Turcs  étaient  chrétiens,  ils  seraient  les 
premiers  chevaliers  du  monde. 

Ce  qui  frappe  surtout  dans  son  récit,  c’est  sa  sincérité,  la 
naïveté  avec  laquelle  il  étale  ses  sentiments,  ses  préjugés  et 
toutes  ses  préoccupations.  C’est  ainsi  qu’en  vrai  combattant 
il  connaît  le  prix  des  questions  matérielles  :  le  ravitaille¬ 
ment  si  difficile  des  bandes  de  croisés,  le  prix  du  pain,  la 
valeur  de  l’argent,  les  moyens  employés  pour  avoir  de  l’eau 
potable  tiennent  dans  son  récit  une  place  de  premier  ordre. 
A  l’occasion  aussi,  il  critique  les  mesures  prises  par  les 
chefs,  il  s'indigne  de  les  voir  se  lier  vis-à-vis  de  l’empereur 
Alexis  par  le  serment  féodal  (chap.  vi)  et  surtout  il  ne  perd 
aucune  occasion  d’exprimer  la  haine  et  la  défiance  que  lui 
inspirent  les  Grecs.  Alexis  Comnène  est  pour  lui  «  le  très 


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LA  COMPOSITION  DE  l’œUVRE 


V 


inique  »  ou  «  le  misérable  empereur  »,  et  il  l’accuse,  ainsi 
que  ses  dignitaires,  de  trahison  contre  le  peuple  chrétien. 

Enfin  il  a  le  sentiment  très  vif  de  la  chrétienté,  commu¬ 
nauté  supérieure  à  toutes  les  races  et  à  tous  les  peuples.  Sa 
carte  d’Europe  est  d’ailleurs  sommaire  et  il  ne  distingue  des 
Francs  proprement  dits,  qui  représentent  l’ensemble  des 
Occidentaux,  que  les  «  Longobards  »,  les  Allemands  et  les 
Français  du  nord  [Francigenae).  Tel  est  le  chroniqueur  : 
bien  qu’il  ait  gardé  l’anonyme,  sa  personnalité  très  accusée 
et  très  vivante  perce  à  travers  son  récit;  mais,  comme  nous 
allons  le  voir,  la  composition  même  de  son  œuvre  nous 
oblige  à  rechercher  s’il  n’a  pas  eu  un  collaborateur. 

II.  —  L’œuvre. 

I.  La  composition.  —  La  composition  en  effet  est  loin 
d’être  uniforme  et  l’on  y  distingue  nettement  quatre  élé¬ 
ments  distincts  : 

10  La  narration  du  chevalier  anonyme,  témoin  oculaire 
des  événements  qu’il  raconte,  en  forme  la  partie  essentielle. 
Si  l’on  néglige  les  digressions  et  interpolations  que  nous 
allons  signaler,  on  trouve  dans  ce  texte  un  récit  bien  lié  des 
événements,  depuis  le  moment  où  Bohémond  prend  la  croix 
jusqu’à  la  bataille  d’Ascalon.  Certaines  parties,  comme  le 
récit  de  la  traversée  de  la  Bulgarie  (chap.  iv),  de  l’Asie 
Mineure  (chap.  x  et  xi)  ou  de  la  Palestine  (chap.  xxxiv- 
xxxvii)  laissent  l’impression  d’un  journal  de  marche,  parfois 
même  un  peu  sec;  d’autres,  au  contraire  (sièges  de  Nicée, 
Antioche,  Jérusalem),  sont  des  narrations  composées  à  loi¬ 
sir,  et  l’on  y  trouve  des  lacunes  et  même  des  erreurs.  Dans 
l’ensemble  le  récit  est  fidèle  et  précis  ;  les  dates,  nombreuses, 
sont  exactes  et  confirmées  par  les  autres  sources. 

2°  A  cette  narration  vivante  et  rédigée  sous  l’impression 


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VI 


LA  COMPOSITION  DE  l’œUVRE 


des  faits  se  sont  ajoutés  des  renseignements  de  seconde 
main  et  de  valeur  inégale.  Tout  le  premier  chapitre,  consa¬ 
cré  aux  origines  de  la  croisade,  est  composé  d'après  des 
données  sommaires  et  incomplètes.  Le  voyage  du  pape 
Urbain  II  en  France  est  indiqué,  mais  le  concile  de  Cler¬ 
mont  n’est  même  pas  mentionné.  Le  récit  de  la  croisade 
populaire  (chap.  ii),  celui  de  l’arrivée  de  Godefroy  de  Bouil¬ 
lon  à  Constantinople  (chap.  ni)  sont  remplis  de  faits  précis 
et  ont  dû  être  composés  d’après  des  témoins  oculaires,  mais 
sont  incomplets  si  on  les  confronte  avec  les  renseignements 
dont  disposent  Albert  d’Aix  et  même  Anne  Comnène.  De 
même,  c’est  indirectement  que  l’Anonyme  a  connu  les  négo¬ 
ciations  des  chefs  avec  l’empereur  (chap.  vi).  Le  premier 
chapitre,  rempli  de  citations  bibliques  et  qui  a  les  allures 
d’un  sermon,  laisse  supposer  dans  la  rédaction  l’intervention 
d’un  clerc. 

3o  Le  récit  des  événements  est  interrompu  à  plusieurs 
reprises  par  des  chapitres  qui  forment  de  véritables  hors- 
d’œuvre,  mettent  en  scène  les  émirs  turcs,  rapportent  lon¬ 
guement  leurs  discours  et  dont  le  caractère  romanesque  et 
fabuleux,  le  style  diffus,  l’aspect  d’amplification  oratoire 
forment  un  contraste  étrange  avec  la  narration  si  précise, 
si  pleine  de  faits  de  l’Anonyme.  Citons  le  discours  de  Soli¬ 
man  aux  Arabes  après  la  bataille  de  Dorylée  (chap.  x);  les 
détails  sur  les  négociations  entre  les  émirs  turcs  et  Kerbôga 
pour  secourir  Antioche,  ainsi  que  la  lettre  de  Kerbôga  au 
calife  (chap.  xxi);  le  dialogue  de  la  mère  de  Kerbôga  avec 
son  fils,  à  qui  elle  prédit  sa  défaite,  s’il  attaque  les  chré¬ 
tiens  (chap.  xxii)  ;  les  lamentations  de  l’émir  égyptien  après 
la  bataille  d’Ascalon,  d’une  allure  romantique  qui  fait  son¬ 
ger  à  «  la  Bataille  perdue  »  des  Orientales  (chap.  xxxix). 
Les  Turcs,  que  ces  passages  nous  décrivent,  sont  entière¬ 
ment  conventionnels  et  légendaires  :  ils  adorent  les  idoles. 


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LA  COMPOSITION  DE  l’œUVRE 


VII 


jurent  par  les  noms  de  tous  leurs  dieux  et  reconnaissent  le 
calife  comme  leur  pape.  Ces  morceaux  romanesques  relèvent 
plus  du  folklore  que  de  l’histoire;  ils  nous  montrent  l’idée 
que  les  chrétiens  se  faisaient  des  musulmans,  et  on  peut  les 
rapprocher  de  passages  analogues  de  nos  chansons  de 
geste.  On  a  peine  à  croire  que  le  chevalier  anonyme,  qui 
rapporte  d’ordinaire  si  sobrement  et  presque  toujours  en 
style  indirect  les  discours  qu’il  attribue  à  ses  personnages, 
soit  l’auteur  de  ces  exercices  de  rhétorique  et,  d’autre  part, 
à  travers  l’érudition  biblique  de  la  mère  de  Kerbôga  on 
devine  l’intervention  du  même  clerc  qui  a  rédigé  le  premier 
chapitre  du  livre. 

40  Enfin  deux  chapitres  nous  paraissent  constituer  des  inter¬ 
polations  ajoutées  plus  tard  à  l’ouvrage.  L’un  (chap.  xxvii) 
raconte  l’entrevue  du  comte  Etienne  de  Blois  après  sa  fuite 
d’Antioche  et  reproduit  de  longs  discours  qui  ne  sont  pas 
dans  la  manière  de  l’Anonyme;  ce  morceau  paraît  remonter 
à  l’époque  de  la  querelle  entre  Bohémond  et  Alexis  (iio3- 
I II i)  et  pourrait  bien  être  une  pièce  de  propagande  destinée 
à  soulever  les  Occidentaux  contre  l’empire  byzantin.  L’autre 
ichap.  xxxii)  est  une  description  d’Antioche  intercalée  bizar¬ 
rement  entre  le  récit  de  l’expédition  de  Raimond  de  Tou¬ 
louse  contre  Albara  et  celui  du  siège  de  Marra.  Ces  deux 
morceaux  rompent  la  suite  des  événements  et,  bien  qu’ils 
figurent  dans  tous  les  manuscrits,  on  doit  les  considérer 
comme  ajoutés  à  la  rédaction  primitive. 

Ainsi  l’analyse  du  texte  nous  révèle  la  collaboration  d’un 
chevalier,  à  qui  l’on  doit  le  récit  des  faits  dont  il  a  été  le 
témoin  oculaire  ou  sur  lesquels  il  a  pu  se  procurer  des 
renseignements  précis,  et  d’un  clerc  qui  a  voulu  enrichir  ces 
données  à  sa  manière  par  des  amplifications  d’un  caractère 
oratoire,  dont  les  thèmes  lui  étaient  fournis  par  sa  connais¬ 
sance  des  Écritures  et  de  la  littérature  populaire,  aussi 


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VIII 


DATE  DE  COMPOSITION 


abondante  en  Occident  qu’à  Byzance,  relative  aux  musul¬ 
mans.  Il  est  bien  probable  que  c’est  à  ce  second  collabora¬ 
teur  qu’est  due  la  rédaction  définitive  de  l’ouvrage. 

2.  Date  de  la  composition,  —  Cette  rédaction  existait  à 
Jérusalem  au  lendemain  même  de  la  croisade.  Ekkehard, 
moine  de  Bamberg,  plus  tard  abbé  d’Aura  en  Bavière,  ayant 
fait  le  pèlerinage  de  Terre-Sainte  en  iioi,  lut  à  Jérusalem 
un  «  petit  livre  »  où  était  racontée  exactement  la  série  des 
événements  de  la  croisade’.  Ce  petit  livre  n’est  autre  que  le 
récit  de  notre  Anonyme,  et  on  en  a  la  preuve  par  les  em¬ 
prunts  qu’Ekkehard  lui  a  faits  dans  sa  propre  chronique.  De 
très  bonne  heure,  l’ouvrage  fut  apporté  en  Occident.  Dans 
la  préface  de  sa  chronique,  Robert  le  Moine  (moine  à  Reims, 
puis  à  Marmoutier)  raconte  que  ce  fut  à  la  requête  de  Ber¬ 
nard,  abbé  de  Marmoutier  (mort  en  1107),  qu’il  transcrivit, 
en  comblant  ses  lacunes  et  en  la  mettant  sous  une  forme 
plus  correcte,  «  une  histoire  »  qui  avait  omis  de  parler  du 
concile  de  Clermont^,  Ce  dernier  détail,  ainsi  que  la  dépen¬ 
dance  étroite  du  texte  de  Robert  vis-à-vis  de  celui  des 
Gesta,  prouvent  qu’il  s’agit  bien  de  l’œuvre  de  notre  Ano¬ 
nyme.  A  la  même  époque,  vers  1 108,  Baudri  de  Bourgueil 
écrivait  sa  chronique  d’après  le  texte  des  Gesta^  et  dans  sa 
préface  il  se  vantait  d’avoir  remis  en  beau  langage  l’œuvre 
«  rustique  »  de  ce  «  compilateur  anonyme  »•’. 

Ainsi  la  rédaction  primitive  de  cet  ouvrage  date  du  lende¬ 
main  même  de  la  croisade.  La  bataille  d’Ascalon,  dont  le 
récit  termine  la  chronique,  est  du  12  août  1099,  et  c’est  deux 

1.  Ekkehard,  Hierosolymitanay  g  i3,  dans  le  Recueil  des  histo- 
riens  des  croisades;  historiens  occidentaux^  t.  V,  p.  21. 

2.  Recueil  des  historiens  des  croisades;  historiens  occidentaux, 
t.  III,  p.  721. 

3.  Jbid.,  t,  IV,  p.  10. 


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DATE  DE  COMPOSITION 


IX 


ans  plus  tard,  en  septembre  iioi,  qu’Ekkehard  a  pu  voir  le 
livre  à  Jérusalem.  Nous  avons  d^ailleurs  la  preuve  que  cer¬ 
taines  parties  des  Gesta  furent  composées  au  fur  et  à  mesure 
des  événements.  Blâmant  la  soumission  des  chefs  aux  exi¬ 
gences  de  l’empereur  (chap.  v),  l’auteur  emploie  le  futur  : 
«  Peut-être,  dit-il,  nous  arrivera-t-il  encore  d’être  déçus  par 
nos  chefs;  à  la  fin  que  feront-ils?  Ils  diront,  etc...  »  De 
même  lorsqu’il  vante  le  courage  des  Turcs  à  la  bataille  de 
Dorylée  (chap.  ix)  ou  lorsqu’il  raconte  la  désertion  de  l’en¬ 
voyé  impérial  Tatikios  devant  Antioche  (chap.  xvi)  :  «  Il 
demeure  et  demeurera  à  jamais  dans  son  parjure.  »  Il  est 
clair  que,  quand  cette  phrase  fut  écrite,  l’expédition  n’était 
pas  terminée. 

En  revanche,  en  d’autres  endroits  (chap.  xiv,  xv,  xix,  xxi), 
il  anticipe  sur  les  événements.  A  propos  de  la  fuite  de  Guil¬ 
laume  le  Charpentier  (chap.  xv|,  il  dit  que,  malgré  le  ser¬ 
ment  prêté  par  lui  à  Bohémond,  il  devait  déserter  plus  tard. 
A  l’attaque  d’Antioche  par  Kerbôga  (5  juin  1098),  il  raconte 
la  capture  d’un  chevalier  et  fait  allusion  à  sa  délivrance 
postérieure,  après  la  bataille  du  28  juin. 

Son  récit  n’est  donc  pas  exactement  le  contenu  d’un  car¬ 
net  de  route.  Certains  faits  lui  ont  été  racontés  après  les 
événements.  «  On  rapporte,  dit-il,  qu’Herluin  (ambassadeur 
des  croisés  à  Kerbôga)  connaissait  les  deux  langues  (latine 
et  turque).  »  Plusieurs  morceaux  ont  donc  été  rédigés 
quelque  temps  après  les  événements.  L’étude  des  subdivi¬ 
sions,  que  l’on  peut  attribuer  à  la  rédaction  primitive,  va 
d’ailleurs  nous  faire  mieux  connaître  la  méthode  employée 
pour  cette  rédaction. 

3.  Les  subdivisions  de  l’ouvrage.  —  La  division  actuelle 
en  chapitres  ne  se  trouve  dans  aucun  manuscrit;  elle  appa¬ 
raît  dans  l’édition  Bongars  en  1611,  mais  elle  est  assez 


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X 


LES  SUBDIVISIONS  DE  l’oUVRAGE 


logique  et  peut  être  ancienne  ^  Dans  certains  manuscrits, 
comme  le  n®  9783  de  Madrid  et  le  no  672  du  Vatican  et  aussi 
dans  l’édition  Bongars,  l’ouvrage  est  divisé  en  quatre  livres; 
mais,  tandis  que  les  trois  premiers  livres  n’embrassent  que 
neuf  chapitres,  le  quatrième  livre  va  du  chapitre  x  au  cha¬ 
pitre  XXXIX  et  comprend  tous  les  événements  depuis  le  début 
de  la  marche  en  Asie  Mineure  jusqu’à  la  bataille  d’Ascalon. 
Il  y  a  là  une  anomalie  qui  enlève  toute  valeur  à  cette  subdi¬ 
vision. 

Reprenons  cependant  notre  texte.  Nous  constatons  qu’à 
certains  intervalles  le  récit  est  interrompu  et  semble  se  ter¬ 
miner  comme  un  sermon  par  une  action  de  grâces  ou  une 
glorification  du  Seigneur  (doxologie).  Par  exemple,  à  la  hn 
du  chapitre  iv,  où  est  racontée  la  bataille  livrée  par  les  che¬ 
valiers  de  Bohémond  aux  troupes  impériales  sur  les  bords 
du  Vardar,  on  lit  :  «  Cette  bataille  eut  lieu  le  quatrième  jour 
de  la  semaine  qui  marque  le  début  du  carême.  Que  Dieu 
soit  béni  en  toutes  choses.  Ainsi  soit-il  !»  Il  en  est  de  même 
à  la  fin  du  chapitre  viii.  Le  chapitre  ix  (bataille  de  Dorylée) 
se  termine  par  l’indication  de  la  date  de  la  bataille.  Des 
doxologies  ou  des  indications  chronologiques  analogues 
terminent  les  chapitres  xi,  xii,  xvii,  xviii,  xix,  xxix,  xxxix,  et 
l’ouvrage  se  trouve  partagé  en  dix  parties  de  dimension  iné¬ 
gale.  Les  quatre  premières  subdivisions  correspondent  exac¬ 
tement  aux  quatre  livres  des  manuscrits  et  de  l’édition  Bon¬ 
gars;  mais  ce  qui  est  surtout  remarquable,  c’est  que,  dans 
deux  des  plus  anciens  manuscrits,  les  nos  641  et  572  du 
Vatican,  tous  deux  du  xii«  siècle,  des  initiales  en  rouge  avec 

I.  Nous  l’avons  conservée,  à  l’exemple  d’Hagenmeyer,  pour 
plus  de  commodité,  en  plaçant  les  numéros  entre  crochets.  L’édi¬ 
teur  du  Recueil  des  historiens  des  croisades  {Historiens  occiden¬ 
taux,  t.  III)  a  introduit  une  autre  division  en  chapitres,  qui  ne 
peut  être  qu’une  source  de  confusions. 


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LES  SUBDIVISIONS  DE  L'OUVRAGE 


XI 


les  premiers  mots  écrits  en  capitales  dans  le  manuscrit  641, 
des  alinéas  avec  des  blancs  dans  le  manuscrit  572  corres¬ 
pondent  à  chacune  de  ces  subdivisions  ^  Enfin  V Histoire  du 
voyage  à  Jérusalem  de  Tudebode,  dont  le  texte  présente 
avec  celui  des  Gesta  des  rapports  intimes,  sur  lesquels  nous 
aurons  à  nous  expliquer,  est  divisée  en  seize  «  thèmes  »  ou 
récits,  dont  les  sept  premiers  coïncident  exactement  avec  les 
subdivisions  des  Gesta  et  se  terminent  par  les  mêmes  doxo- 
logies  ou  mentions  chronologiques. 

Il  faut  en  conclure  que  ces  subdivisions  sont  bien  celles 
de  la  rédaction  primitive.  Chacune  d’elles  formait  à  l’origine 
un  tout  et  avait  été  rédigée  séparément;  la  doxologie  ou  la 
mention  chronologique  indique  le  point  où  le  narrateur 
s’était  arrêté.  Le  fait  que  ces  divisions  sont  inégales  et  ne 
se  présentent  pas  dans  un  ordre  logique  ne  donne  que 
plus  de  vraisemblance  à  cette  hypothèse.  Le  premier  récit 
(chap.  Mv)  se  termine  à  la  bataille  du  Vardar,  qui  est  loin 
d’être  un  fait  décisif.  Le  deuxième  récit  va  jusqu’à  la  prise 
de  Nicée  (chap.  v-viii).  Le  troisième  (chap.  ix)  ne  comprend 
que  la  bataille  de  Dorylée,  le  quatrième  (chap.  x-xi)  la 
marche  des  croisés  jusqu’à  Antioche.  Le  siège  d’Antioche 
est  partagé  inégalement  entre  le  cinquième  (chap.  xn-xiii),  le 
sixième  (chap.  xiv  xvn),  le  septième  (chap,  xvin),  le  huitième 

I.  Le  manuscrit  641  renferme  neuf  divisions,  mais  il  englobe  à 
tort  les  neuf  premiers  chapitres  dans  le  premier  récit.  La  doxo¬ 
logie  qui  termine  le  chapitre  iv  indique  une  subdivision  qui  se 
trouve  dans  les  autres  manuscrits.  Nous  avons  cru  devoir  la  réta¬ 
blir  et  admettre  la  division  de  l’ouvrage  en  dix  récits.  Par  contre, 
le  manuscrit  572  admet  une  onzième  division  après  le  cha¬ 
pitre  XXXI,  suivi  de  la  description  d’Ântioche  (chapitre  xxxii),  que 
nous  regardons  comme  une  interpolation,  les  premiers  mots  du 
chapitre  xxxiii  continuant  exactement  la  suite  des  idées  expri¬ 
mées  à  la  fin  du  chapitre  xxxi.  Nous  avons  donc  négligé  cette 
coupure  que  rien  ne  justifie. 


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XII 


l’originalité  de  l’œuvre 


récit  (chap.  xix-xx).  L’attaque  d'Antioche  par  Kerbôga  cons* 
titue  le  neuvième  récit  (chap.  xxi-xxix),  et  tous  les  événe¬ 
ments  qui  ont  suivi  la  délivrance  d’Antioche  jusqu’à  la  vic¬ 
toire  d’Ascalon  (chap.  xxx-xxxix),  du  29  juin  1098  au  12  août 
1099,  sont  bloqués  dans  le  dixième  récit. 

Rien  ne  montre  mieux  que  ces  divisions  inégales  le  carac¬ 
tère  spontané  et  irrégulier  de  la  rédaction.  Chacun  de  ces 
récits  a  dû  être  rédigé  séparément,  et  la  doxologie  qui  ter¬ 
mine  quelques-uns  d’entre  eux  porte  la  marque  du  clerc  qui 
a  collaboré  à  l’ouvrage.  Dans  la  préface  de  son  édition  de  la 
Chanson  d'Antiochef  Paulin  Paris  voyait  dans  les  «  thèmes  » 
de  Tudebode  des  sortes  de  lettres  ou  de  communiqués 
envoyés  parles  croisés  en  Occident  à  des  intervalles  divers. 
Si  jolie  que  soit  cette  hypothèse,  il  faut  y  renoncer  :  les 
thèmes  de  Tudebode,  pas  plus  que  les  récits  de  l’Anonyme, 
n’ont  la  forme  épistolaire.  Ce  sont  seulement  des  morceaux 
rédigés  au  jour  le  jour  et  en  pleine  action  :  c’est  ce  qui  fait 
leur  valeur. 

4.  L’originalité  de  l’œuvre.  —  Mais  il  est  temps  de  pré¬ 
ciser  les  rapports  qui  unissent  ces  deux  textes.  Bien  que  la 
discussion  soit  close  aujourd’hui,  il  faut  rappeler  pour 
mémoire  que  notre  Anonyme  a  été  souvent  regardé  comme 
le  plagiaire  de  Tudebode,  prêtre  de  Civray  en  Poitou,  qui 
prit  part  lui  aussi  à  la  croisade  et  rédigea,  entre  1 102  et  1 1 1 1 , 
une  Histoire  du  voyage  à  Jérusaleniy  dont  le  texte  coïncide 
presque  continuellement  avec  celui  des  Gesta  Francorum, 
mais  contient  aussi  des  emprunts  à  la  chronique  de  Rai¬ 
mond  d’Aguilers  et  un  certain  nombre  de  renseignements 
particuliers  à  l’auteur.  Il  est  clair  que  Tudebode  est  le  pla¬ 
giaire.  Comme  l’ont  fait  remarquer  SybeD  et  F.  de  Saulcy*, 

1.  Sybel,  Geschichte  des  ersten  Kreus^^^uges^  éd.  de  1881,  p.  23*46. 

2.  F.  de  Saulcy,  Tancrède^  dans  la  Bibliothèque  de  VEcole  des 
chartesy  t.  IV  (1842),  p.  3o2-3o3. 


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l’originalité  de  l’œuvre 


XIII 


il  paraît  difficile  de  croire  que,  si  l’Anonyme  avait  copié 
Tudebode,  il  eût  laissé  de  côté  systématiquement  les  pas¬ 
sages  empruntés  à  Raimond  d’Aguilers.  La  querelle,  née  au 
XVII*  siècle,  lorsque  André  Duchesne  publia  en  1641  le 
manuscrit  de  Tudebode  découvert  par  Besly^,  a  été  tran¬ 
chée  au  xix*  siècle  en  faveur  de  l’Anonyme,  qui  est  bien 
l’auteur  original.  La  tradition  manuscrite  des  deux  ouvrages 
est  en  général  distincte;  cependant,  comme  nous  allons  le 
montrer,  il  y  a  des  exemples  de  contamination  des  deux 
textes.  C’est  donc  à  tort  que  les  éditeurs  du  Recueil  des  his¬ 
toriens  des  croisades  ont  publié  le  texte  de  l’Anonyme  sous 
le  titre  de  «  Tudebode  abrégé  ».  Il  arrive  au  contraire  que, 
dans  certains  chapitres,  la  narration  des  Gesta  est  plus 
complète  que  celle  de  Tudebode.  Par  exemple,  le  cha¬ 
pitre  XI  de  l’Anonyme  correspond  au  chapitre  i  du  thème  II 
de  Tudebode  qui,  après  avoir  raconté  les  négociations  de 
Bohémond  avec  le  curopalate  envoyé  par  l’empereur,  passe 
directement  à  l’arrivée  des  Normands  à  Rousa,  oubliant 
ainsi  l’épisode  si  curieux  où  l’on  voit  Bohémond  empêcher 
son  armée  d’attaquer  une  ville,  puis  le  passage  des  croisés 
à  Serrés,  enfin  les  négociations  avec  deux  autres  curopa- 
lates.  Tudebode  n’a  donc  fait  ici  que  résumer  le  texte  de 
l’Anonyme  en  négligeant  des  faits  intéressants. 

I.  André  Duchesne,  Scriptores  rerum  Francicarum^  t.  IV,  p.  773- 
8i5.  L’originalité  de  Tudebode  a  été  soutenue  au  xix*  siècle  par 
Wilken,  Michaud,  P.  Paris  (préface  de  l’édition  de  la  Chanson 
d'AntiochCf  1848)  et  les  éditeurs  du  Recueil  des  historiens  des 
Croisades  {Historiens  occidentaux^  t.  III,  p.  I2i-i63).  Sybel,  en 
1841,  F.  de  Saulcy,  en  1842  (pp.  cit.),  ont  bien  établi  que  l’Ano¬ 
nyme  est  l’original  et  Tudebode  le  plagiaire.  Leurs  arguments 
ont  été  développés  par  Thurot,  Études  critiques  sur  les  historiens 
de  la  première  croisade,  dans  la  Revue  historique,  t.  ï  (1876),  p.  67, 
et  Hagenmeyer,  Anonymi  Gesta  Francorum.  Heidelberg,  18^ 
(préface  à  l’édition  des  Gesta  Francorum). 

Première  croisade,  2 


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XIV 


COPIES  ET  REMANIEMENTS  DU  TEXTE 


5.  Les  copies  et  remaniements  du  texte.  —  Mais  Tude- 

bode  n’est  pas  le  seul  plagiaire  des  Gesta.  Une  autre  chro¬ 
nique  anonyme  publiée  par  Mabillon  sous  le  titre  de  :  His- 

toria  belli  sacri  ou  Histoire  de  la  Guerre  sainte^,  et  écrite 
au  moins  après  ii3i,  puisqu’elle  mentionne  la  mort  de  Bo- 
hémond  II,  reproduit  à  peu  près  le  texte  de  l’Anonyme  en  y 
ajoutant  des  renseignements  tirés  de  Raimond  d’Aguilers, 
de  Raoul  de  Caen  et  d’autres  témoignages  inconnus.  \JEx‘ 
pédition  contre  les  Turcs,  qui  se  trouve  dans  un  manuscrit 
de  Cambridge^,  est  une  compilation  du  même  genre.  Le 
récit  de  la  première  croisade,  qui  se  trouve  au  livre  ÏX  de 
V Histoire  ecclésiastique  d'Orderic  Vital  3,  est,  sauf  pour  le 
récit  du  concile  de  Clermont,  la  reproduction  plus  ou  moins 
abrégée  du  texte  des  Gesta. 

Dès  les  dix  premières  années  du  xii*  siècle,  d’autres  chro¬ 
niqueurs  ont  entrepris  de  mettre  en  meilleur  langage,  de 
compléter  et  de  développer  le  texte  des  Gesta.  Ils  l’ont  en 
général  délayé  et  obscurci,  rendant  confuses,  grâce  à  leur 
insupportable  verbiage,  les  données  précises  de  l’Anonyme 
et  amplifiant  d’une  manière  ridicule  les  discours  très  sobres 
qu’ils  trouvaient  dans  son  texte.  Tel  est  surtout  le  caractère 
de  la  chronique  de  Baudri,  abbé  de  Bourgueil  (1089-1107), 
écrite  vers  1108^;  dans  une  mesure  moindre  de  celle  de  Ro- 

1.  Mabillon,  Muséum  italicum,  t.  I  (1687),  p.  i3i-326.  Rééditée 
dans  le  Recueil  des  historiens  des  Croisades  {Historiens  occiden¬ 
taux,  1. 111,  p.  lôgetsuiv.)  sous  le  titre  de  Tudebodus  continuatus. 

2.  Publiée  dans  le  Recueil  des  historiens  des  croisades  {Hisio^ 
riens  occidentaux,  t.  111,  p.  121  et  suiv.)  sous  le  texte  des  Gesta 
Francorum. 

3.  Ce  livre  a  été  écrit  vers  ii35.  Edition  Le  Prévost  (Société  de 
l’histoire  de  France),  t.  III,  p.  463-624. 

4.  Publiée  par  Thurot,  dans  le  Recueil  des  historiens  des  croi¬ 
sades  {Historiens  occidentaux,  t.  IV,  p.  i-iii,  et  préface,  p.  vi-xii). 
Le  latin  de  Baudri  n’est  pas  beaucoup  meilleur  que  celui  de 
l’Anonyme,  mais  il  cherche  avant  tout  à  transcrire  en  style  noble, 


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COPIES  ET  REMANIEMENTS  DU  TEXTE  XV 

bert  le  Moine,  composée  avant  1107^,  et  des  Gesta  Dei  per 
Francos  de  Guibert,  abbé  de  Nogent-sous-Coucy*,  qui  rédi¬ 
gea  son  livre  vers  1104  et  ajouta  des  renseignements  nom¬ 
breux  à  ceux  de  l’Anonyme. 

D’autres  chroniques  ont  simplement  utilisé  en  partie  le 
texte  des  Gesta.  Les  rapprochements  établis  par  Hagen- 
meyer  entre  certains  passages  de  la  chronique  de  Raimond 
d’Aguilers  et  le  texte  des  Gesta  sont  loin  d’être  décisifs^;  il 
est  naturel  que,  pour  raconter  les  mêmes  faits,  les  deux 
auteurs  aient  employé  des  expressions  analogues.  Le  texte 
de  Raimond  d’Aguilers  est  d’ailleurs  plus  développé  que 
celui  des  Gesta;  on  trouve,  il  est  vrai,  dans  deux  manuscrits 
de  Raimond,  inséré  à  la  fin  du  texte,  un  long  passage  des 
Gesta,  mais  il  s’agit,  comme  nous  le  verrons,  d’une  interpo¬ 
lation. 

La  dépendance  de  Foucher  de  Chartres  et  surtout  d’Al¬ 
bert  d’Aix-la-Chapelle  à  l’égard  des  Gesta  est  aussi  problé¬ 
matique.  Au  contraire,  l’inspiration  des  Gesta  apparaît  dans 
la  chronique  d’Ekkehard  d’Aura^,  dans  les  Gestes  de  Tan- 
cr  'ede  de  Raoul  de  Caen  s,  dans  le  chapitre  de  la  Chronique 
de  France  de  Fleury-sur-Loire®,  dans  le  récit  de  Hugue  de 

avec  redondances,  ce  que  son  modèle  a  dit  simplement.  11  déve¬ 
loppe  le  récit  en  ajoutant  des  détails  de  son  cru  et  à  la  phrase 
analytique,  très  voisine  de  la  langue  vulgaire,  il  substitue  un 
arrangement  de  mots  compliqués  en  prenant  pour  modèle  la  poé¬ 
sie  rythmique.  Voir  les  comparaisons  données  par  Thurot  dans 
sa  préface. 

1.  Recueil  des  historiens  des  croisades  {Historiens  occidentaux, 
t.  III,  p.  717-882). 

2.  Édition  Thurot,  Ibid.,  t.  IV,  p.  ii5-263. 

3.  Hagenmeyer,  préface  de  l’édition  des  Gesta,  p.  49-58.  ” 

4.  Recueil  des  historiens  des  croisades  [Historiens  occidentaux, 
t.  V,  p.  1-40). 

5.  Ibid.,  t.  m,  p.  587-601. 

6.  Ibid.,  t.  V,  p.  356-362. 


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XVI 


COPIES  ET  REMANIEMENTS  DU  TEXTE 


Fleury^  et  dans  les  poèmes  consacrés  à  la  croisade,  en 
latin,  par  le  clerc  parisien  Gilon^,  en  français,  sous  le  titre 
de  Chanson  d'Antioche,  par  le  trouvère  artésien  Richard  le 

Pèlerin^. 

On  peut  dire  qu’à  ces  époques,  où  la  notion  de  la  pro¬ 
priété  littéraire  était  inconnue,  le  succès  d’un  livre  se  mesu¬ 
rait  au  nombre  des  plagiats  qu’il  inspirait.  Or,  au  lendemain 
de  la  croisade,  une  raison  surtout  contribua  au  succès  de 
l’Anonyme  :  malgré  son  impartialité  pour  les  autres  chefs,  il 
a  mis  Bohémond  au  premier  plan.  Jusqu’à  la  marche  sur 
Jérusalem,  c’est  Bohémond  qui  apparaît  dans  son  récit 
comme  le  véritable  chef  de  la  croisade,  qui  fait  décider 
toutes  les  mesures  importantes  et  qui,  en  mainte  circons¬ 
tance,  relève  le  courage  de  l’armée  chrétienne  ou  la  sauve 
des  désastres  dont  elle  est  menacée.  Et  justement,  au  mo¬ 
ment  même  où  le  texte  de  l’Anonyme  se  répand  en  France, 
entre  1104  et  1106,  Bohémond  est  un  des  hommes  les  plus 
populaires  de  la  chrétienté  :  délivré  de  la  captivité  lointaine 
qu’il  a  subie  chez  les  Turcs,  il  est  venu  en  Occident  pour 
prêcher  la  croisade  contre  l’empereur  Alexis,  dont  il  dénonce 
la  mauvaise  foi^;  accompagné  d’un  légat  du  pape,  il  paraît 
en  Normandie,  où  il  a  une  entrevue  avec  le  roi  d’Angle¬ 
terre;  à  Paris,  où  il  épouse  la  fille  du  roi  de  France  Phi¬ 
lippe  1er;  au  concüe  de  Poitiers,  où  il  reçoit  un  accueil 
triomphal  (1106).  Entre  ce  voyage  de  propagande  contre 
l’empire  byzantin  et  la  vogue  des  Gesta,  il  est  difficile  de 
ne  pas  établir  une  relation.  Un  livre  où  Bohémond  était 

1.  Recueil  des  historiens  des  croisades  {Historiens  occidentaux, 
t.  V,  p.  363-368). 

2.  Ibid.,  t.  V,  p.  691-800. 

3.  Édition  Paulin  Paris  (2  vol.,  1848)  et  cf.  Histoire  littéraire  de 
la  France,  t.  XXII,  p,  353,  et  t.  XXV,  p.  Sig. 

4.  Cf.  Chalandon,  EfSâi  sur  le  règne  d'Alexis  Comnène  (Paris, 
1900),  p.  236-243. 


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VALEUR  DU  TÉMOIGNAGE 


XVII 


représenté  comme  le  héros  de  la  croisade  ne  pouvait  qu’ex¬ 
citer  la  curiosité.  Plusieurs  interpolations,  qui  datent  visi¬ 
blement  de  cette  période,  par  exemple  l’entrevue  d'Étienne 
de  Blois  fugitif  avec  l’empereur,  et  qui  paraissent  destinées 
à  montrer  la  couardise  des  Grecs,  font  même  penser  que  la 
diffusion  des  Gesta  a  pu  faire  partie  de  la  campagne  habile 
entreprise  par  Bohémond  en  France. 

6.  Valeur  du  témoignage.  —  Par  ses  qualités  de  précision 
et  de  sincérité,  le  récit  de  l’Anonyme  est  une  des  sources 
fondamentales  de  l’histoire  de  la  croisade.  Le  chevalier,  qui 
en  est  l’auteur  principal,  l’a  écrit  ou  dicté  presque  au  cou¬ 
rant  des  événements  dont  il  a  été  le  témoin.  En  négligeant 
les  morceaux  oratoires  dus  à  son  collaborateur,  on  peut  dire 
que  sa  narration  nous  donne  un  tableau  exact  de  tous  les 
événements  de  la  croisade,  depuis  le  moment  où  il  s’est  em¬ 
barqué  avec  Bohémond  jusqu’à  la  prise  de  Jérusalem  et  à  la 
victoire  d’Ascalon  (de  novembre  1096  au  mois  d’août  1099). 
Ce  sont  là  les  faits  essentiels  de  la  croisade;  les  lacunes 
portent  sur  les  origines  du  mouvement,  sur  la  marche  des 
bandes  de  croisés  autres  que  celle  des  Normands  d’Italie, 
sur  l’établissement  de  Baudouin  à  Édesse.  Pour  tout  le 
reste,  l’Anonyme  est  très  bien  informé  et,  comme  on  le  verra 
par  les  notes  critiques  jointes  à  cette  édition,  la  sûreté  de 
son  témoignage  ressort  de  sa  concordance  presque  conti¬ 
nuelle  avec  les  autres  sources  originales  et  indépendantes 
de  lui,  Raimond  d’Aguilers,  Foucher,  Albert  d’Aix  et  aussi 
les  quelques  lettres  authentiques  des  croisés  comme  celles 
d’Étienne  de  Blois,  d’Anselme  de  Ribemont,  etc... 

C’est  à  peine  si  çà  et  là,  par  exemple  dans  le  récit  de 
l’ambassade  des  croisés  à  Kerbôga  (chap.  xxviii)  et  surtout 
dans  celui  de  la  marche  en  Palestine,  on  peut  noter  quelques 
erreurs  et  certains  oublis.  C’est  ainsi  que  l’Anonyme  omet, 
au  moment  du  siège  d’Archas  (mai  1099,  chap.  xxxv),  l’épi- 


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XVIII 


VALEUR  DU  TÉMOIGNAGE 


sodé  tragique  de  l’épreuve  du  feu  subie  par  Pierre  Barthé¬ 
lemy,  ainsi  que  les  négociations  des  croisés  avec  l’empereur 
et  le  calife  d’Égypte.  En  revanche,  un  nombre  assez  consi¬ 
dérable  de  renseignements  ne  nous  sont  connus  que  par 
l’Anonyme,  par  exemple  la  situation  horrible  des  croisés 
populaires  assiégés  par  les  Turcs  au  château  de  Xérigordo 
(1096,  chap.  Il),  le  récit  de  la  marche  des  Normands  d’Italie 
à  travers  la  Bulgarie  et  la  Macédoine  (chap.  iv-v),  le  traité 
secret  entre  Bohémond  et  Alexis,  dont  il  donne  les  clauses 
précises,  ainsi  que  la  formule  du  serment  prêté  par  l’empe¬ 
reur  aux  chefs  croisés  (chap.  vi),  et  aussi  un  grand  nombre 
d’épisodes  du  siège  de  Nicée,  surtout  des  deux  sièges  d’An¬ 
tioche,  qui  n’occupent  pas  moins  de  dix-sept  chapitres 
(chap.  xii-xxix). 

Les  renseignements  chronologiques  sont  extrêmement 
nombreux  et  donnés  presque  toujours  avec  une  précision 
minutieuse,  année,  quantième  du  mois  et  jour  de  la  semaine, 
désigné  tantôt  à  l’aide  du  calendrier  latin,  tantôt  par  le  nu¬ 
méro  de  la  «  férié  »  ou  jour  de  la  semaine.  La  plupart  de 
ces  dates  concordent  avec  celles  des  lettres  des  croisés  ou 
des  autres  sources  originales. 

Mais  ce  texte  a,  en  outre,  une  valeur  historique  qui  dépasse 
le  seul  récit  des  épisodes  de  la  croisade.  Par  l'abondance  et 
le  caractère  précis  et  pittoresque  de  ses  détails,  par  la  naï¬ 
veté  et  la  spontanéité  de  ses  réflexions,  l’Anonyme  nous 
renseigne  admirablement  sur  l’état  matériel  et  moral  des 
bandes  de  croisés.  La  question  de  leur  ravitaillement,  si 
difficile,  étant  donnés  leur  nombre  et  leur  manque  d’orga¬ 
nisation,  tient  dans  son  récit  une  place  de  premier  ordre*. 
11  les  montre  passant  par  des  alternatives  d’abondance 
extrême  et  de  cruelle  disette.  A  plusieurs  reprises,  il  donne 

I.  Voir  l’index  au  mot  :  ravitaillement. 


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VALEUR  DU  TÉMOIGNAGE 


XIX 


le  prix  des  denrées,  surtout  celui  du  pain,  et  il  note  même 
la  valeur  des  deniers  occidentaux  en  sous  d’or  byzantins, 
ainsi  que  les  spéculations  des  mercantis  arméniens  sur  la 
nourriture  des  croisés  pendant  le  siège  d’Antioche  (chap.  xiv). 

Et,  de  même,  à  travers  son  récit,  nous  saisissons  nette¬ 
ment  l’état  moral  et  religieux  des  croisés,  leur  enthousiasme 
pour  la  délivrance  du  Saint-Sépulcre,  leur  abattement  de¬ 
vant  les  dures  réalités  de  la  guerre  et  leurs  sursauts  de  cou¬ 
rage  dès  qu’un  événement  favorable  vient  les  réconforter.  Il 
nous  dépeint  aussi  leur  fanatisme  à  l’égard  des  infidèles, 
leur  horrible  cruauté  dans  les  batailles  ou  après  la  prise 
d’assaut  d’une  ville,  leur  amour  du  pillage,  les  calculs  et  les 
jalousies  des  chefs,  les  souffrances  des  simples  chevaliers  et 
surtout  de  la  «  menue  gent  »  qui  suit  l’armée.  Enfin,  on 
peut  tirer  de  son  livre  des  données  précieuses  sur  les  mé¬ 
thodes  de  combat,  sur  l’armement  des  chevaliers,  sur  les 
procédés  employés  pour  l’attaque  des  villes  et  sur  les  ma¬ 
chines  de  siège  qui  constituaient  l’artillerie  de  cette  époque. 
En  un  mot,  c’est  toute  la  société  féodale  de  la  fin  du 
xie  siècle  que  ce  livre  fait  vraiment  revivre  à  nos  yeux. 

7.  La  langue  et  le  style.  —  Une  pareille  précision,  un 
si  grand  nombre  de  détails  pittoresques  donnent  à  ce  texte 
une  valeur  littéraire  d’autant  plus  marquée  qu’elle  n’a  été 
nullement  recherchée  par  son  auteur.  Si  l’on  excepte  les 
morceaux  de  bravoure  que  l’on  doit  attribuer  à  l’interven¬ 
tion  d’un  clerc,  le  style  de  l’Anonyme  est  d’une  extrême 
simplicité,  et  c’est  par  là  surtout  qu’il  choquait  les  Guibert 
de  Nogent,  les  Baudrî  de  Bourgueil,  qui  n’y  retrouvaient 
pas  les  éléments  oratoires  et  les  fleurs  de  rhétorique  aux¬ 
quels  leur  éducation  les  avait  habitués.  Par  bonheur,  cette 
éducation  faisait  défaut  à  notre  chevalier,  et  il  s’est  contenté 
d’écrire  probablement  comme  il  parlait,  sans  rechercher 


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XX  LA  LANGUE  ET  LE  STYLE  DE  l’aüTEUR 

aucun  effet,  sans  faire  de  citations  bibliques  ou  d’allusions 
aux  auteurs  classiques  ^ 

Cette  simplicité  même  et  cette  naïveté  ne  vont  pas  d’ail¬ 
leurs  sans  inconvénients.  Le  chevalier,  peu  instruit,  dispo¬ 
sait  d’un  vocabulaire  assez  pauvre  et,  quand  il  décrit  une 
bataille  ou  quand  il  donne  des  détails  sur  le  ravitaillement 
des  croisés,  les  mêmes  formules  stéréotypées  reviennent 
jusqu’à  la  satiété.  Les  adversaires  que  les  croisés  ont  en 
face  d’eux  sont  toujours  «  les  Turcs,  Arabes,  Sarrasins, 
Angulans,  Azymites,  dont  on  ignore  le  nombre  ».  Ils 
cherchent  à  entourer  les  croisés  «  en  lançant  des  flèches,  en 
combattant  à  l’aide  de  javelots  et  de  lances  ».  Les  prison¬ 
niers  faits  par  les  Turcs  sont  toujours  «  emmenés  dans  le 
Khorassan,  à  Antioche,  à  Alep  »,  ou  menacés  «  de  subir  une 
sentence  capitale  ».  Il  en  résulte  une  grande  monotonie, 
atténuée  heureusement  par  des  détails  naïfs  et  pitto¬ 
resques. 

La  langue  de  l’Anonyme  est  très  éloignée  du  latin  clas¬ 
sique  et  se  rapproche  des  langues  nationales  de  l'Occident, 
italien  ou  français,  sans  qu’on  puisse  préciser  davantage.  Sa 
phrase  a  un  caractère  nettement  analytique  et  elle  est  en 
général  assez  coune,  bien  que  parfois  encombrée  d’inci¬ 
dentes  amenées  par  des  participes  présents,  des  conjonc¬ 
tions  ou  des  pronoms  relatifs.  Sa  syntaxe  surtout  n’a  plus 
aucun  caractère  classique.  Il  ignore  la  proposition  infinitive, 
qu’il  remplace  par  la  conjonction  quod  avec  le  subjonctif*. 
Il  fait  très  peu  usage  des  particules,  qui  donnent  plus  de 
vigueur  à  la  phrase,  ou  il  les  emploie  à  contresens;  une  de 

1.  Nous  en  exceptons,  bien  entendu,  les  chapitres  que  nous 
avons  attribués  à  la  collaboration  d’un  clerc  et  où  l’on  trouve  jus¬ 
tement  toute  cette  fausse  ormementation. 

2.  «  Audientes  denique  Turci  quod  Petrus  Heremita  et  Gunal- 
terius  sine  habere  fuissent  in  Cyvito  »  (chap.  ii). 


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XXI 


LA  LANGUE  ET  LE  STYLE  DE  l’aUTEUR 

celles  qui  reparaissent  le  plus  fréquemment  est  denique,  qui  a 
toujours  le  sens  de  «  ensuite  ».  D’une  manière  générale,  il 
prend  avec  la  grammaire  classique  les  libertés  les  plus 
grandes,  substituant  le  gérondif  ou  l’infinitif  au  participe 
présent*,  le  datif  à  ad  avec  l’accusatif*  et  se  tenant  toujours 
le  plus  près  possible  de  la  langue  vulgaire  qu’il  parlait  et 
dont  son  latin  est  un  décalque  plus  qu’une  traduction. 

Conformément  au  même  principe,  son  vocabulaire  est 
éloigné  du  latin  classique.  Ses  néologismes  sont  innom¬ 
brables,  et  il  emploie  toujours,  ce  qui  est  précieux  pour 
nous,  les  mots  techniques  usités  à  son  époque  :  burgus 
(faubourg),  papilio  (pavillon),  saumarius  (sommier),  casale 
(pièce  de  terre),  etc.  L’orthographe  des  noms  propres  est 
généralement  défectueuse.  Les  noms  turcs  sont  déformés 
d’une  manière  bizarre  :  Firouz  devient  Pirus,  Kerbôga  se 
change  en  Curbaranty  mais  c’est  là  un  fait  général  dans  les 
chroniques  de  cette  époque.  Nous  voyons  de  même  appa¬ 
raître  dans  notre  texte  les  formes,  si  savoureuses  parfois, 
données  par  les  croisés  à  la  toponymie  syrienne  :  Camela 
(la  Chamelle)  pour  Émèse,  Sagitta  (Sagette)  pour  Sidon, 
Lichia  (la  Liche)  pour  Laodicée. 

P 

III.  —  Les  manuscrits.  Etablissement  du  texte. 

Alors  que  l’ouvrage  d’un  remanieur  comme  Robert  le 
Moine  nous  est  parvenu  dans  une  centaine  de  manuscrits, 
c’est  à  peine  si  nous  possédons  six  copies  des  Gesta  Fran- 
corum,  auxquelles  il  faut  ajouter  les  manuscrits,  aujourd’hui 

1.  «  Miserunt  se  in  flumen  sequendo  »  (au  lieu  de  sequentes); 
<c  videns  peregrinos  emere  »  (au  lieu  de  ententes). 

2.  «  Imperatori  ducere  »  (au  lieu  de  ad  imper atorem).  Relevons 
encore  l’emploi  du  possessif  au  lieu  de  ejuSy  de  ipse  pour  î7/e,  de 
la  préposition  de  pour  ex  :  «  de  burgo.  »,  a  de  turri  ». 


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XXII  LES  MANUSCRITS  DE  LA  PREMIERE  RÉDACTION 

perdus,  consultés  par  Bongars  pour  son  édition.  C^est  cepen¬ 
dant  d’après  ces  données  que  l’on  peut  essayer  de  reconsti¬ 
tuer  l’histoire  du  texte,  dont  nous  atteignons  trois  rédac¬ 
tions  ou  «  éditions  »  successives. 

I.  Première  rédaction  (manuscrits  A).  —  La  rédaction 
originale  a  certainement  disparu,  mais  elle  est  représentée 
par  un  groupe  de  trois  manuscrits,  que  nous  appellerons  A 
et  que  nous  considérons  comme  les  copies  les  plus  fidèles 
de  l’archétype.  Ces  manuscrits  ont  conservé  plus  ou  moins 
par  des  signes  conventionnels  la  division  primitive  en  récits 
que  nous  avons  essayé  de  reconstituer  à  l’aide  de  leur 
témoignage  L  C’est  à  leur  texte  que  s’appliquent  surtout  les 
remarques  que  nous  avons  présentées  sur  la  barbarie  de  la 
langue  et  de  la  syntaxe  de  l’Anonyme.  Leur  orthographe  est 
généralement  archaïque;  ils  emploient  presque  toujours  Ve 
simple  pour  le  génitif  féminin  singulier,  écrivent  ci  pour  ti 
{condicto)f  i  pour^  {martirium),  et  ils  ont  presque  toujours 
conservé  les  aspirations  germaniques  {nichil  pour  nihil),  sur¬ 
tout  dans  les  noms  propres  {RotbertuSy  Nortmannia^  etc...). 
Un  autre  détail  prouve  leur  parenté  et  le  caractère  primitif 
de  leur  texte  :  ils  ne  connaissent  ni  les  gloses  ni  les  inter¬ 
polations  ni  les  développements  factices  que  nous  allons 
signaler  dans  les  autres  manuscrits.  Bien  que  leurs  variantes 
ne  concordent  pas  toujours,  ils  offrent  sensiblement  le 
même  texte. 

I.  Qu’il  me  soit  permis  de  témoigner  ma  gratitude  à  M.  J.  Por¬ 
cher,  membre  de  l’École  française  de  Rome,  qui  a  bien  voulu 
collationner  pour  moi  les  textes  des  manuscrits  641  et  572  du 
Vatican,  faire  une  description  complète  de  ces  deux  manuscrits 
et  m’en  adresser  d’excellentes  photographies.  Je  tiens  aussi  à 
remercier  M.  Pierre  Paris,  directeur  de  l’École  des  hautes  études 
hispaniques,  à  Madrid,  et  M.  Delpy,  membre  de  cette  École,  à 
l’obligeance  desquels  je  dois  des  photographies  du  manuscrit  de 
Madrid  9783. 


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LES  MANUSCRITS  DE  LA  PREMIERE  RÉDACTION  XXIII 

Nous  appellerons  le  manuscrit  9783  de  la  Bibliothèque 
nationale  de  Madrid*,  écrit  sur  parchemin,  in-40,  et  bien 
conservé  malgré  le  jaunissement  de  certains  feuillets.  Il  pro¬ 
vient  de  la  bibliothèque  d’un  érudit  d’Avignon,  Joseph- 
Louis-Dominique  de  Cambis,  marquis  de  Valleron  (1706- 
1772)2,  et  contient  un  certain  nombre  de  chroniques,  parmi 
lesquelles  les  Gesta  Francorum  et  aliorum  lerosolimitano- 
rum  (fol.  149-176),  dont  le  texte  est  divisé  en  deux  colonnes. 
L’écriture  est  très  anguleuse,  beaucoup  moins  cependant 
que  celle  du  xiv*  siècle  —  date  généralement  attribuée  à 
cette  copie  —  et  semble  nous  reporter  vers  i28o-i3oo. 
D’autre  part,  son  orthographe  archaïque,  fidèlement  respec* 
tée  par  le  scribe,  qui  a  commis  d’ailleurs  plusieurs  bévues, 
nous  prouve  qu’il  a  été  transcrit  d’après  une  copie  très 
ancienne  et  peu  éloignée  du  manuscrit  original.  Comme  l’a 
constaté  Hagenmeyer,  ses  variantes  concordent  parfois  avec 
le  texte  de  Bongars,  mais  on  n’y  trouve  ni  les  gloses  ni  les 
interpolations  que  renferme  ce  texte.  Ses  ressemblances  avec 
les  deux  manuscrits  du  Vatican  sont  bien  plus  évidentes,  et 
il  indique  les  mêmes  subdivisions  du  texte  au  moyen  d’ini¬ 
tiales  ornées. 

Nous  appellerons  le  texte  du  manuscrit  du  Vatican, 

1.  Anciennement  E,  e,  io3  (manuscrit  B  de  l’édition  Hagen¬ 
meyer). 

3.  Hagenmeyer  en  fait  à  tort  un  Espagnol.  11  était  colonel  géné¬ 
ral  de  l’infanterie  pontificale  d’Avignon.  Le  Catalogue  raisonné 
des  principaux  manuscrits  du  cabinet  de  M.  J.-L.-D.  de  Cambis, 
marquis  de  Velleron  (Avignon,  1770)  mentionne,  p.  432,  sous  le 
n"  XVII,  le  manuscrit  sur  vélin  in-4*  comme  une  pièce  impor¬ 
tante,  sous  le  titre  de  «  Gesta  Francorum  et  aliorum  Jerosoly- 
mitanorum,  divisé  en  4  livres  ».  Il  ne  peut  y  avoir  de  doute  sur 
l’identité  de  ce  manuscrit  avec  celui  de  Madrid  (Avignon,  Biblio¬ 
thèque  et  Musée  Calvet,  Misceîîanea,  vol.  81).  Ce  renseignement 
m’a  été  obligeamment  communiqué  par  M.  J.  Girard,  conserva¬ 
teur  de  la  Bibliothèque  et  Musée  Calvet. 


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XXIV  LES  MANUSCRITS  DE  LA  PREMIERE  RÉDACTION 

no  641  des  manuscrits  latins  du  fonds  de  la  reine  Christine 
de  Suède*,  fol.  1-46,  suivi  d’une  Descriptio  lerosolimorum 
(fol.  46)  et  d’une  Mtssa  in  veneratione  Sancti  Sepulcri 
(fol.  48).  Le  texte  est  écrit  à  pleine  page,  sur  des  feuillets 
de  parchemin  in-folio.  Au  fol.  48  v»,  une  note  en  écriture  du 
xve  siècle^  nous  apprend  que  ce  manuscrit  a  appartenu  au 
cardinal  Alain  de  Coëtivy,  évêque  d’Avignon,  à  qui  le  pape 
Nicolas  V  devait  confier,  en  1456,  la  mission  de  prêcher  la 
croisade  en  France^.  Ce  manuscrit,  en  excellent  état,  est 
d’une  belle  écriture  uniforme  du  xii«  siècle  — probablement 
même  de  la  première  moitié  du  xii«  siècle;  il  ne  doit  donc 
pas  être  très  éloigné  du  manuscrit  original,  et  c’est  certai¬ 
nement  la  copie  la  plus  ancienne  que  nous  possédions  des 
Gesta.  Son  orthographe  a  le  même  caractère  archaïque^  que 
celle  de  AL  Le  texte  contient  une  lacune  qui  porte  sur  les 
chapitres  xxni  à  xxix  et  qui  interrompt  le  texte  non  seule¬ 
ment  au  milieu  d’une  phrase,  mais  même  au  milieu  d’un 
mot*.  Hagenmeyer,  qui  a  le  premier  signalé  cette  lacune, 

1.  C’est  le  manuscrit  C  de  l’édition  Hagenmeyer. 

2.  «  Iste  liber  est  r[everendissim]mi  d[omini]  Alani  c[ardinajlis 
Avinionensis.  n 

3.  Cf.  U.  Chevalier,  Gallia  christiania  novissima,  t.  VII  (1920), 
col.  5io-53o  et  824.  —  Au  bas  du  fol.  456,  une  autre  note  en  écriture 
du  XII*  siècle  renferme  en  deux  lignes  les  noms  suivants  :  «  Pe- 
trus  clericus  de  Mirabea.  Willelmus  clericus  de  Vosaillia.  Gau- 
terea  de  Funfreide  laicus.  Johannes  de  Gelis  laicus.  »  Il  nous  a 
été  impossible  d’identiher  les  localités  dont  ces  personnages  sont 
originaires  et  d’expliquer  la  signification  de  cette  liste,  qui  n’a 
aucun  rapport  avec  le  texte  qui  la  surmonte.  On  trouve  dans  plu¬ 
sieurs  régions  de  la  France  des  Mirebeau,  Mirabeau,  Miribel,  des 
Fontfreyde,  Fontfroide,  etc...  Tout  ce  qu’on  peut  affirmer,  c’est 
qu’il  s’agit  de  localités  françaises,  ce  qui  laisse  supposer  que  le 
manuscrit  a  été  copié  en  France. 

4.  E  au  lieu  de  ue,  oe,  sepulchrum^  Thurciy  erba  (pour  herba), 
sabati  (pour  sabbati)^  etc. 

5.  Exactement  depuis  :  «  Cucurrerunt  ad  naves  et  miserunt 


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LES  MANUSCRITS  DE  LA  PREMIERE  RÉDACTION  XXV 

n’en  a  pas  fourni  l’explication,  qui  est  très  simple.  Cette 
interruption  du  texte  n’est  pas  accompagnée  de  celle  des 
folios,  dont  le  numérotage  continue  normalement,  mais  au 
bas  du  fol.  32  v®  une  note  en  écriture  du  xiv»  siècle  porte  : 
Hic  déficit  quaternio  («  Ici  manque  un  cahier  »)'.  Cette 
lacune  est  donc  due  à  la  négligence  du  relieur,  et  on  ne 
peut  en  tirer  aucune  conclusion  pour  l’établissement  du 
texte. 

A  la  différence  de  A*  et  de  le  manuscrit  641  du  Vati¬ 
can  ne  contient  aucune  division  en  chapitres,  mais  des  ini¬ 
tiales  en  rouge,  au  nombre  de  neuf,  marquent  la  division  en 
récits  que  nous  regardons  comme  primitive.  Le  texte  lui- 
même  est  moins  incorrect  que  celui  de  A',  mais  il  est  écrit 
dans  la  même  langue  barbare.  Dans  son  orthographe,  on 
constate  un  manque  d’uniformité  :  aux  formes  archaïques 
se  mélangent  les  graphies  correctes.  Le  texte  concorde  en 
général  avec  celui  de  A*  et  est  également  exempt  d’interpo¬ 
lations. 

Par  A®  nous  désignons  le  manuscrit  du  Vatican,  no  572 
des  manuscrits  latins  du  fonds  de  la  reine  Christine^,  sur 
parchemin  in-folio,  qui  renferme  les  Gesta  Francorum 
(fol.  1-64  vo),  une  description  des  Lieux  Saints  (fol.  64  v®- 
67  ro),  puis  —  copiés  en  plusieurs  écritures  différentes  et  ma¬ 
nifestement  plus  récentes  que  celles  de  la  première  partie 
—  un  petit  poème  en  l’honneur  de  Bohémond  (fol.  68  r®)  et  la 
lettre  d’Olivier  le  Scholastique  à  l’archevêque  Engelbert  et  au 
clergé  de  Cologne  sur  la  prise  de  Damiette  en  1219  (fol.  69  ro¬ 
se...  »  (chap.  xxiii)  jusqu’à  «  [vexillum  non  est  Boa]  mundi.  Inter- 
rogavit  ille...  »  (chap.  xxix). 

1.  Ce  renseignement  important  nous  a  été  obligeamment  com¬ 
muniqué  par  M.  J.  Porcher,  qui  nous  a  fait  adresser  la  photogra¬ 
phie  du  folio  en  question. 

2.  C’est  le  manuscrit  E  des  éditions  des  Historiens  des  croi¬ 
sades  et  d’Hagenmeyer. 


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XXVI  LES  MANUSCRITS  DE  LA  PREMIERE  RÉDACTION 

76  ro).  Une  note  placée  en  haut  du  fol.  69  ro  nous  apprend 
que  ce  manuscrit  provient  de  la  bibliothèque  de  Paul  Pe- 
tau*.  La  copie  des  Gesta  Francorum  est  d"une  écriture  beau¬ 
coup  plus  ancienne  que  celle  de  la  lettre  d’Olivier,  qui  ne 
peut  avoir  été  transcrite  que  dans  le  premier  quart  du 
xiiie  siècle  au  plus  tôt.  Elle  est  cependant  plus  récente  que 
celle  du  manuscrit  A^.  On  n’y  trouve  plus  Va  à  boucle 
unique,  et  les  jambages  des  consonnes  m,  n,  p,  r,  etc..., 
ont  le  petit  trait  retroussé  à  droite  qui  caractérise  l’écriture 
gothique.  Cette  copie  a  donc  dû  être  exécutée  dans  la 
seconde  moitié  du  xii*  siècle  3.  Elle  possède  la  division  en 
quatre  livres  et,  de  plus,  les  alinéas  marqués  par  des  blancs 
qui  partagent  le  texte  en  onze  parties.  Ce  texte  est  absolu¬ 
ment  complet,  et  c’est  par  une  méprise  singulière  que  les 
éditeurs  des  Historiens  des  croisades^  et,  après  eux,  Hagen- 
meyer  ont  affirmé  qu’il  était  interrompu  par  la  même 
lacune  que  celui  de  A*.  Ses  variantes  coïncident  assez  sou¬ 
vent  avec  celles  de  A^;  cependant,  les  ressemblances  entre 
ces  deux  textes  sont  moins  fréquentes  que  ne  l’a  affirmé 
Hagenmeyer.  On  peut  signaler  du  moins  un  trait  qui  leur 
est  commun  avec  C  :  à  partir  de  la  marche  sur  Jérusalem 
{fin  du  chap.  xxxv),  chaque  fois  que  le  nom  de  Robert 
Courte-Heuse  est  prononcé,  il  est  accompagné  d’épithètes 

1.  U  Ex  bibliotheca  Pauli  Petavii  senatoris.  j>  Paul  Petau  (i568- 
1614),  antiquaire  et  numismate,  était  conseiller  au  Parlement  de 
Paris,  ce  qui  explique  ce  titre  de  «  sénateur  ». 

2.  Son  écriture  a  des  rapports  avec  celle  du  Valère  Maxime  de 
la  Bibliothèque  nationale  (Paris,  iat.  9688),  copié  en  1167  à  Pro¬ 
vins,  mais  elle  est  plus  anguleuse  (L.  Delisle,  Cabinet  des  Ma¬ 
nuscrits,  pl.  XXXVII,  5.  Voy.  aussi  pl.  XXXVIII-XXXIX). 

3.  Historiens  occidentaux,  t.  III,  p.  146,  6;  Hagenmeyer,  Ano- 
nymi  Gesta  Francorum,  préface.  M.  J.  Porcher,  qui  nous  a  signalé 
ce  fait,  a  bien  voulu  collationner  pour  nous  cette  partie  du  texte 
qui  n’avait  pas  été  utilisée  par  les  précédents  éditeurs. 


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LE  TEXTE  DE  LA  DEUXIEME  RÉDACTION 


XXVII 


emphatiques*  ignorées  des  autres  manuscrits.  On  peut  se 
demander  si  le  texte  de  reproduit  avec  des  variantes  par 
A®,  n^avait  pas  été  copié  à  l’usage  de  ce  prince.  Comme  les 
textes  de  A*  et  de  A*,  celui  de  A®  est  exempt  d’interpola¬ 
tions.  Ces  trois  manuscrits  représentent  donc  à  des  degrés 
divers  la  rédaction  primitive. 

2.  Deuxième  rédaction  (texte  B).  —  L’édition  des  Gesta 
Francorum  de  Bongars  représente  une  première  altéra¬ 
tion  de  ce  texte  primitif,  et  nous  appellerons  B  ce  nou¬ 
veau  texte^,  qui,  de  l’aveu  de  Bongars,  est  tiré  de  la  colla¬ 
tion  de  deux  manuscrits,  dont  l’un  appartenait  à  Camden, 
l'autre  à  Paul  Petau^.  On  s’est  demandé,  non  sans  raison, 
si  ce  manuscrit  de  Petau  n’est  pas  le  même  que  le  manu¬ 
scrit  572  du  Vatican  (A*).  On  peut  en  fournir,  pour  ainsi 
dire,  une  preuve  matérielle.  Ce  manuscrit  contient,  nous 
l’avons  vu,  la  lettre  d’Olivier  le  Scholastique  sur  la  prise  de 
Damiette.  Or,  dans  son  recueil,  Bongars  a  édité  ce  texte 
d’après  un  manuscrit  de  Petau  qui  est  probablement  le 
même  que  celui  qu’il  a  utilisé  pour  les  Gesta  Francorum^. 

1.  «  Inclytus  cornes  Rotbertus  (chap.  xxxv),  pissimus  elec- 
tusque  miles  Robertus  vir  nobilissimus  Normanniae  cornes 
(chap.  xxxvii).  » 

2.  G  dans  tes  Historiens  des  croisades  et  dans  Hagenmeyer; 
Jacques  Bongars,  Gesta  Dei  per  Francos  (Hanovre,  1612),  t.  I, 
p.  1-29  :  Gesta  Francorum  et  aliorum  Hierosolymitanorum.  — 
Jacques  Bongars  (1546-1612),  né  à  Orléans,  érudit  et  diplomate  au 
service  d’Henri  IV  auprès  des  princes  allemands.  Voir  sur  lui 
Anquez,  Henri  IV  et  l’Allemagne  (Paris,  1887). 

3.  «  Igitur  primum  sine  nomine  scriptorem  »  (l’Anonyme) 
«  debemus  Paulo  Petavio  et  Guill.  Camdeno  »  (Introduction). 
Guillaume  Camden  (1551-1627),  érudit  et  historien  anglais,  avait 
réuni  une  importante  bibliothèque. 

4.  Introduction,  p.  xvii  :  «(  Oliveri  epistolam  suppeditavit  et 
P.  Petavii  insignis  bibliotheca...  » 


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XXVIII 


LE  TEXTE  DE  LA  DEUXIEME  RÉDACTION 


On  peut  donc  conclure  à  l’identité  de  et  du  manuscrit  de 
la  collection  Petau  dont  s’est  servi  Bongars^ 

Le  texte  de  son  édition  est  divisé  en  quatre  livres  et  en 
trente-neuf  chapitres.  Cette  dernière  subdivision  n’existe 
pas  dans  les  autres  manuscrits;  on  peut  se  demander  si  elle 
ne  provient  pas  du  manuscrit  de  Camden.  Ce  texte,  dont 
les  formes  grammaticales  sont  aussi  incorrectes,  dont  l’or¬ 
thographe  est  aussi  archaïque  que  dans  la  rédaction  A,  dif¬ 
fère,  en  outre,  de  celui  des  autres  manuscrits  par  des  va¬ 
riantes  assez  nombreuses  empruntées  sans  doute  au  manu¬ 
scrit  de  Camden.  Or  elles  consistent  toujours  en  additions 
au  texte  de  la  rédaction  A;  elles  ne  sont  pas  très  heureuses 
et  n’ajoutent  aucun  renseignement  nouveau  au  texte  primi¬ 
tif.  Elles  donnent  souvent  l’impression  de  gloses,  qui  sont 
de  pures  tautologies.  Où  A  dit  simplement  :  «  alii  fuge- 
runt  »,  B  ajoute  :  «  alii,  qui  remanserunt  vivi,  fugerunt  » 
(chap.  II).  Un  discours  en  style  indirect  dans  A  est  repro¬ 
duit  en  style  direct  dans  5,  tel  le  discours  de  Bohémond  à 
ses  troupes  (chap.  iv).  Certains  discours  qui  figurent  dans  B 
sont  même  inconnus  aux  autres  textes  (celui  des  évêques 
aux  assiégés  de  Xérigordo,  chap.  ii;  celui  de  Bohémond  à 
son  armée  avant  de  partir  pour  Constantinople,  chap.  v)* 
Certains  passages  très  clairs  dans  A  deviennent  entièrement 
inintelligibles  dans  B,  par  exemple  le  récit  des  pourparlers 
de  Bohémond  avec  les  deux  curopalates  (chap.  v).  Ou  bien 
si  A  se  contente  d’énumérer  les  noms  des  chefs,  B  gratifie 
chacun  d’eux  d’une  épithète  honorifique,  «  egregius,  incly- 
tus,  etc...  »  (chap.  ix-x). 

I.  Dans  un  passage  qui  parait  corrompu  dans  tous  les  manus¬ 
crits  et  où  le  texte  est  assez  difficile  à  établir,  et  B  ont  une 
variante  commune,  inconnue  aux  autres  manuscrits  et  dont  le 
sens  est  inintelligible  :  «  Illic  fuit  mortua  maxima  pars  nostro- 
rum  equorum,  eo  quod  multi  eorum  remanserunt  pedites  » 
(chap.  x).  Ici,  Bongars  a  manifestement  reproduit  A^. 


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LES  MANUSCRITS  DE  LA  TROISIEME  RÉDACTION  XXIX 

Or  toutes  ces  gloses  ou  interpolations  se  retrouvent,  par¬ 
fois  littéralement,  parfois  avec  des  variantes  insignifiantes, 
dans  les  textes  des  plagiaires  de  l’Anonyme,  surtout  Tude- 
bode  et  VHistoria  belli  jjcri,  mais  aussi  plus  ou  moins 
amplifiées  ou  résumées  dans  ceux  de  Robert  le  Moine, 
Baudri  de  Bourgueil,  Guibert  de  Nogent.  Qu’en  conclure, 
sinon  que  tous  ces  auteurs  ont  dû  se  servir  de  manuscrits 
de  l’Anonyme  de  la  même  famille  que  le  manuscrit  de  Cam- 
den,  utilisé  par  Bongars,  et  qui  représentaient  une  deuxième 
rédaction  de  l’ouvrage,  de  forme  aussi  rude  et  barbare  que 
la  première,  mais  moins  simple  et  plus  verbeuse?  11  est  clair 
que  toutes  ces  scories  doivent  disparaître  du  texte  si  l’on 
veut  remontera  la  rédaction  primitive,  la  seule  authentique. 
Les  précédents  éditeurs,  ceux  des  Historiens  des  croisades 
et  Hagenmeyer  avaient  respecté  toutes  ces  additions  et  les 
avaient  incorporées  à  leur  texte.  Il  nous  a  semblé  indispen¬ 
sable  de  les  éliminer,  et  l’on  verra  par  les  leçons  de  By  que 
nous  avons  rejetées  en  notes,  à  quel  point  le  texte  dégagé 
de  ce  poids  mort  reprend  toute  la  franchise  de  son  allure. 

3.  Troisième  rédaction  (manuscrits  C).  —  Enfin  il  existe 
de  l’Anonyme  une  édition  corrigée  et  remaniée,  tant  au 
point  de  vue  de  l’orthographe  que  de  la  grammaire  et  de  la 
clarté  du  texte;  nous  la  désignerons  par  C.  Elle  est  repré¬ 
sentée  par  trois  manuscrits  : 

CS  manuscrit  copié  à  la  An  du  xii^  siècle,  aujourd’hui  à  la 
bibliothèque  de  l’EscuriaP  (coté  :  Dm  ii),  et  qui  provient 
de  la  collection  d’Antoine  Augustin,  archevêque  de  Tarra- 
gone,  mort  en  i586. 

I.  Le  manuscrit  est  écrit  sur  parchemin  en  deux  colonnes  et 
comprend  3i  folios.  Au  titre,  une  main  a  écrit  cette  mention 
dédaigneuse  :  a  Sutorii  sive  potius  incerti  Itinerarium  Hierosoly- 
morum.  » 

Première  croisade.  3 


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XXX  LES  MANUSCRITS  DE  LA  TROISIEME  RÉDACTION 


C*  appartient  à  la  bibliothèque  de  Cambridge  (College 
Gonvile  et  Caïus,  U  162,  parchemin  in-80,  2i3  folios)  et  a  été 
copié  au  xiiie  et  au  xiv»  siècle^ 

provient  de  la  bibliothèque  de  Sainte-Marie  de  Kenil- 
worth  et  a  été  copié  au  xiii®  siècle.  11  a  appartenu  à  la  col¬ 
lection  de  A.-C.  Ranyard,  mort  en  1894,  et  a  été  vendu  en 
1895  au  libraire  Quaritch^.  Le  texte  de  TAnonyme  {fol.  i  à 
29  ro)  y  est  suivi  de  VHistoria  romana  de  Paul  Diacre 
(fol.  29-68).  Nous  n’avons  pu  savoir  ce  que  ce  manuscrit  est 
devenu  depuis  1895. 

Les  leçons  de  ces  trois  manuscrits  ^  concordent  presque 
toujours.  Cependant  possède  des  variantes  indépen¬ 
dantes,  ajoute  des  épithètes  aux  noms  propres,  cherche  à 
rendre  le  texte  plus  clair  :  c’est  la  rédaction  la  moins  fidèle. 
En  général,  les  variantes  communes  à  ces  trois  manuscrits 
consistent  dans  des  changements  de  la  construction,  qui  est 
rendue  plus  euphonique,  dans  l’emploi  plus  fréquent  de  la 
proposition  infinitive,  dans  la  substitution  du  participe  pré¬ 
sent  au  gérondif,  surtout  dans  l’usage  des  particules  de 
liaison  qui  donne  plus  de  force  à  la  phrase.  Quelques  inter¬ 
polations  concordent  avec  celles  de  fi,  mais  d’autres  très 
remarquables  sont  particulières  à  C  et  permettent  de  fixer 
la  date  approximative  de  cette  rédaction.  Par  exemple,  dans 
le  récit  de  la  fuite  des  croisés  à  Antioche,  où  A  et  fi  portent  : 
demissi  sunt  per  murum,  C  corrige  :  dimissi  sunt  fune^  «  ils 

1.  Ce  manuscrit  (qui  provient  de  la  bibliothèque  de  William 
Moore,  mort  en  lôSq)  contient  divers  ouvrages  historiques,  Jacques 
de  Vitry,  Marco  Polo.  Le  texte  de  l’Anonyme,  fol.  iii-388,  est 
précédé  du  titre  :  Tudebodus  Itinerarium  Jerosolimitanorum.  Ce 
n’est  là  qu’une  confusion,  et  qui  date  du  xiv*  siècle. 

2.  Ce  manuscrit  est  décrit  dans  le  Fifih  report  of  the  Royal 
Commission  on  historical  mantiscripis  (Londres,  1876),  p.  404. 

3.  Hagenmeyer  les  désigne  respectivement  par  les  lettres  /l, 
(notre  C*),  C  (notre  C*),  H  (notre  C®). 


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AUTRES  ALTÉRATIONS  DU  TEXTE  PRIMITIF 


XXXI 


descendirent  par  une  corde  »  (chap.  xxiii).  Cette  leçon  a  été 
adoptée  par  VHistoria  beîli  sacri  et  par  Baudri  de  Bour- 
gueil,  et  le  surnom  de  «  funambules  »  est  resté  à  ces  fuyards. 
De  même,  Tentrevue  d’Étienne  de  Blois  et  de  l’empereur 
Alexis  est  agrémentée  dans  C  d’une  intervention  de  Guil¬ 
laume  d’Arques,  désigné  ainsi  :  dudum  monachus,  tune  miles 
acerrimus  («  récemment  moine,  alors  chevalier  intrépide  »), 
et  le  rédacteur  ajoute  que  Bohémond  a  affirmé  plus  tard  par 
serment  la  véracité  des  menaces  contre  l’empereur  que  lui 
avait  prêtées  Guillaume  d’Arques.  Cette  interpolation  est 
donc  au  moins  postérieure  aux  hostilités  entre  Bohémond 
et  l’empire  (iio5-ini). 

Si  intéressante  que  soit  cette  rédaction,  elle  s’éloigne  donc 
du  texte  primitif  et  doit  être  rejetée,  sauf  dans  les  cas  très 
rares  où  elle  permet  d’éclaircir  les  obscurités  que  l’on  trouve 
dans  les  autres  textes. 

4.  Autres  altérations  du  texte  primitif.  —  D’autres 
variantes  portant  sur  la  fin  du  chapitre  xxxix,  depuis  : 
«  Interea  nuncius  venit  Tancredo...  »  nous  sont  fournies 
par  le  manuscrit  B  de  la  chronique  de  Raimond  d’Agui- 
1ers  (Paris,  Bibliothèque  nationale,  manuscrit  latin  553i, 
xiii*  siècle)  et  par  l’édition  de  ce  texte  dans  Bongars  iGesta 
Dei  per  Francos^  p.  i82-i83).  Ce  fragment  ne  figure  pas 
dans  les  plus  anciens  manuscrits  de  Raimond  d’Aguilers^, 
dont  le  texte  se  termine  par  le  récit  de  la  querelle  entre 
Godefroy  de  Bouillon  et  Raimond  de  Saint-Gilles  au  sujet 
de  la  Tour  de  David.  Il  n’est  donc  qu’une  addition  posté¬ 
rieure  destinée  à  introduire  un  récit  de  la  bataille  d’Ascalon 
dans  le  texte  de  Raimond,  mais  il  est  emprunté  à  un  manu- 

i.  Par  exemple,  ceux  de  Paris,  Bibliothèque  nationale,  latin  2o5 
(exécuté  à  l’abbaye  de  Saint-Victor  pour  Louis  VII)  et  latin  5i3i 
(xii*  siècle),  ou  de  Londres,  British  Muséum,  Harley  4340 
(xn*  siècle). 


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XXXII 


LES  ÉDITIONS 


scrit  des  Gesta  Francorum  inconnu  de  nous  '  et  fournit  des 
variantes  que  nous  désignerons  par  R. 

IV.  —  Éditions.  Ouvrages  et  textes  a  consulter. 

I.  Éditions  antérieures.  —  La  première  édition  est  celle 
de  Bongars  (Hanovre,  1612),  sur  laquelle  nous  ne  revien¬ 
drons  pas  3.  Au  xix*  siècle,  on  n’a  à  signaler  que  deux  édi¬ 
tions  : 

10  Recueil  des  historiens  des  croisadesy  publié  par  l’Aca¬ 
démie  des  inscriptions  et  belles-lettres  :  Historiens  occiden¬ 
taux,  t.  III  (Paris,  1866,  in-fol.),  p.  i2i-i63.  D’après  la  pré¬ 
face,  signée  H.  W.  (Henri  Wallon)  et  A.  D.  (Ad.  Régnier), 
l’édition  avait  été  préparée  par  Philippe  Lebas.  Conformé¬ 
ment  à  la  théorie  exposée  dans  cette  préface  et  que  nous 
avons  réfutée,  l’ouvrage  porte  le  titre  inexact  de  «  Tudebo- 
dus  abbreviatus  ».  Le  texte  est  établi  d’après  le  manu¬ 
scrit  et  l’édition  Bongars. 

20  Hagenmeyer,  Anonymi  Gesta  Francorum  et  aliorum 
Hierosolymitanorum  (Heidelberg,  1890,  in*8o).  —  Cette  édi¬ 
tion,  surchargée  de  notes  trop  copieuses,  est  accompagnée 
d’une  table  chronologique  et  d’un  index  très  commodes.  Aux 
sources  déjà  utilisées  par  les  éditeurs  des  Historiens  des 
croisades,  Hagenmeyer  a  ajouté  les  variantes  des  cinq 
manuscrits  que  nous  avons  désignés  par  A\  A^,  CS  C*,  C^, 
dont  la  collation  lui  avait  été  fournie  par  Riant.  Il  ne  paraît 
pas  en  avoir  tiré  tout  le  parti  désirable.  D’après  la  théorie 
qu’il  expose  dans  son  introduction,  le  texte  primitif  lui 
paraît  constitué  par  les  leçons  du  manuscrit  de  Madrid  (AS 
et  de  Bongars.  Mais  quand  il  a  à  choisir  entre  les  variantes 
de  A*  et  de  B,  il  donne  toujours  raison  à  S  et  conserve 

1.  Le  manuscrit  M  de  l’édition  Hagenmeyer.  Ce  texte  est  aussi 
reproduit  dans  le  Recueil  des  historiens  des  croisades  {Historiens 
occidentaux,  t.  III,  p.  3o5). 

2.  Voir  plus  haut,  p.  xxvii-xxix. 


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l’édition  présente 


xxxin 


toutes  les  gloses  et  interpolations  communes  à  fi  et  aux  pla¬ 
giaires  des  Gesta.  La  raison  qu’il  donne  est  que  Tudebode 
et  les  autres  remanieurs  ont  eu  à  leur  disposition  une  rédac¬ 
tion  très  ancienne  et  par  conséquent  digne  de  foi  ;  mais  nous 
croyons  avoir  établi  que,  si  ancienne  que  soit  cette  rédac¬ 
tion,  elle  est  cependant  postérieure  à  la  rédaction  Aj  qui 
nous  paraît  plus  voisine  du  texte  primitif.  Hagenmeyer  a  eu 
du  moins  le  mérite  de  restituer  à  l’Anonyme  sa  véritable 
personnalité  et  de  montrer  que  la  rédaction  C  représente  un 
texte  épuré  et  corrigé,  qui  s’écarte  de  l’original;  mais  sa  cri¬ 
tique  manque  de  hardiesse  et,  avec  un  appareil  imposant,  il 
n’a  fait  en  somme  que  reproduire  dans  ses  grandes  lignes  le 
texte  défectueux  des  Historiens  occidentaux. 

2.  L’édition  présente.  —  Pour  cette  édition,  accompagnée 
de  la  première  traduction  en  français  qui  ait  été  publiée  de 
l’ouvrage,  nous  nous  sommes  inspiré  des  conclusions  qui 
résultent  de  la  discussion  qui  précède.  C’est  dire  que,  pour 
établir  le  texte,  nous  avons  préféré  la  rédaction  A,  que  nous 
regardons  comme  primitive,  éliminé  les  gloses  et  interpola¬ 
tions^  de  fi,  négligé  les  variantes  de  C.  Mais  entre  les  trois 
textes  de  la  rédaction  A  nous  avons  souvent  dû  faire  un 
choix.  Nous  avons  attaché  une  importance  particulière  aux 
leçons  de  notre  plus  ancien  manuscrit;  nous  avons  rejeté 
les  incorrections  de  A',  dont  le  copiste  du  xiii*  siècle  peut 
être  rendu  responsable,  et  cependant,  dans  plusieurs  cas,  les 
leçons  A*  et  fi  ont  été  préférées  aux  leçons  A*  et  A^. 

De  même,  pour  l’orthographe,  nous  avons  adopté  systé¬ 
matiquement  les  formes  archaïques  qui  dominent  dans  A  et 
dans  une  moindre  mesure  dans  fi;  nous  avons  cependant 
rejeté  quelques  barbarismes  notoires  (Thurci  dans  A®)  et 
nous  nous  sommes  efforcé  de  conserver  à  notre  ortho- 

i.  Nous  avons  donné  en  notes  les  variantes  de  fi,  accompagnées 
de  celles  des  plagiaires  (Tudebode,  etc.),  qui  coïncident  avec  elles. 


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XXXIV 


OUVRAGES  A  CONSULTER 


graphe,  sans  tenir  compte  des  variations  des  copistes,  le 
caractère  uniforme  qu’elle  devait  avoir  dans  la  rédaction 
primitive.  Il  arrive,  par  exemple,  que  dans  et  des 
formes  comme  Rotbertus  Northmannus,  employées  le  plus 
souvent,  soient  remplacées  dans  certains  passages  par  Ro- 
bertus  Normannus.  Nous  avons  conservé  partout  la  forme 
primitive  en  plaçant  en  notes  celle  que  donnent  les  manu¬ 
scrits. 

3.  Ouvrages  et  textes  a  consulter.  —  Nous  donnons 
plus  loin  une  table  des  sources  avec  les  abréviations  et  nous 
indiquons  dans  les  notes  les  ouvrages  qui  intéressent  le 
commentaire  du  texte.  Voici  cependant  une  liste  sommaire 
des  ouvrages  les  plus  généraux  : 

P.  Masson,  Eléments  d'une  bibliographie  française  de  la  Syrie^ 
au  1. 1  du  compte-rendu  du  Congrès  français  de  la  Syrie  (Paris 
et  Marseille,  1919,  in-8“),  p.  xix-528. 

Archives  de  l'Orient  latin.  Paris,  1881,  2  vol.  in-8®. 

Revue  de  l'Orient  latin  (a  cessé  de  paraître  depuis  i9i3].  Paris, 
1892-1913,  22  vol.  in-8*. 

Les  RR.  PP.  Vincent  et  Abel,  Jérusalem.  Recherches  de  topogra- 
phie,  d'archéologie  et  d'histoire;  t.  II  :  Jérusalem  nouvelle  (en 
cours  de  publication  depuis  1914).  Paris,  in-4*'. 

Sybel,  Geschichte  des  ersten  Kreu^ugeSy  i'*  édition,  1841  ;  2*  édi¬ 
tion,  Dusseldorf,  1881,  in-8*. 

Rôhricht,  Geschichte  des  ersten  Kreu:{^uges.  Innsbrück,  1901, 
in-8“. 

Hagenmeyer,  Chronologie  de  la  première  croisade.  Paris,  1902, 
in-8*  (extrait  de  la  Revue  de  l’Orient  latin,  t.  VI-VIII). 

Louis  Bréhier,  L'Eglise  et  l’Orient  au  moyen  âge.  Les  croisades. 

Paris,  4*  édition,  1921,  in-12. 

N.  lorga,  Histoire  des  croisades.  Paris,  1924,  in-12. 

Chalandon,  Essai  sur  le  règne  d'Alexis  Comnène.  Paris,  1900, 
in-S*  (t.  IV  de  la  collection  des  Mémoires  et  documents  publiés 
par  la  Société  de  l'Ecole  des  chartes). 

Voici  enfin  l’indication,  avec  les  abréviations  auxquelles 


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TEXTES  A  CONSULTER 


XXXV 


nous  recourrons,  des  textes  le  plus  souvent  cités  dans  nos 

notes  : 

Albert  d’Aix  =*  Albert  d’Aix*la-Chapelle,  Liber  christianae  expe~ 
ditionis  pro  ereptione^  emundatione,  restitutione  sanctae  Hie- 
rosolymitanae  ecclesiaey  dans  le  Recueil  des  historiens  des  croi¬ 
sades;  historiens  occidentaux^  t.  IV,  p. 

Anne  Comnène  =  Anne  Comnène,  Alexiade,  édition  Reiffer- 
scheid.  Leipzig,  1884,  in-8*. 

Baudri  de  Bourgueil  =  Baudri  de  Bourgueil,  Historia  Hieroso- 
lymitana,  dans  les  Historiens  des  croisades;  historiens  occiden- 
taux  J  t.  IV,  p.  i-iii. 

Chronique  du  Puy  =  Chronicon  monasterii  S.  Pétri  Aniciensis^ 
édition  U.  Chevalier,  Cartulaire  de  Saint-Chaffre  du  Monas^ 
tier.  Le  Puy,  1888,  in-8*,  p.  i5i-i66(voir  aussi  Historiens  des 
croisades;  historiens  occidentaux.,  t.  V). 

Epistulae  et  chartae  —  Epistulae  et  chartae  ad  historiam  primi 
belli  sacri  spectantes,  édition  Hagenmeyer.  Innsbruck,  1901, 
in-8*  (voir  aussi  Riant,  Inventaire  critique  des  lettres  historiques 
des  croisades,  dans  les  Archives  de  VOrient  latin,  t.  I,  p.  1-24). 

Foucher  de  Chartres  Foucher  de  Chartres,  Gesta  Francorum 
Jérusalem  expugnantium,  dans  les  Historiens  des  croisades; 
historiens  occidentaux,  t.  III,  p.  3ii'485  (voir  aussi  l’édition  Ha¬ 
genmeyer.  Heidelberg,  1913,  in-8*). 

Guibert  de  Nogent  =  Guibert  de  Nogeni,  Gesta  Dei  per  Francos, 
dans  les  Historiens  des  croisades;  historiens  occidentaux,  t.  IV, 
p.  ii5-263. 

Historia  belli  sacri  =  Historia  de  via  Hierosolymis  vel  Tudebo- 
dus  continuatus  et  imitatus,  dans  les  Historiens  des  croisades  ; 
historiens  occidentaux,  t.  III,  p.  169-229. 

Historiens  occidentaux  =  Recueil  des  historiens  des  croisades, 
publié  par  l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres;  histo¬ 
riens  occidentaux.  Paris,  1844,  1859,  1866,  1879,  1896,  5  vol. 
in-fol. 

Orderic  Vital  =  Orderic  Vital,  Historia  ecclesiastica,  édition  Le 
Prévost  et  L.  Delisle,  dans  la  collection  de  la  Société  de  Vhis- 
toire  de  France.  Paris,  1828-1855,  5  vol.  in-8*. 

Raimond  d’Aguilers  =  Raimond  d’Aguilers,  Historia  Francorum 
qui  ceperunt  Jérusalem,  dans  les  Historiens  des  croisades;  his¬ 
toriens  occidentaux,  t.  III,  p.  235*309. 


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XXXVI 


TEXTES  A  CONSULTER 


Raoul  de  Caen  =  Raoul  de  Caen,  Gesta  Tancredi,  Ibid.,  t.  III, 
p.  587-601. 

Robert  le  Moine  =  Robert  le  Moine,  Hierosolymitana  expeditio, 
Ibid. y  t.  III,  p.  717-802. 

Tudebode  =  Pétri  Tudebodi  presbiteri  Sivracensis  historia  de 
Hierosolymitano  itinere,  Ibid.,  t.  III,  p.  3-119. 


ABRÉVIATIONS 

ADOPTÉES  POUR  LA  DÉSIGNATION  DES  MANUSCRITS. 

—  Bibliothèque  nationale  de  Madrid,  9783. 
i4*  s=  Vatican,  641  du  fonds  latin  de  la  reine  Christine. 

=  Vatican,  572  du  fonds  latin  de  la  reine  Christine. 

B  s=  Édition  Bongars,  Gesta  Dei  per  Francos,  t.  I  (Hanovre, 

1612). 

C>  =  Bibliothèque  de  l’Escurial,  D  iii,  11. 

SS  Cambridge,  Gonvile  and  Caius  College,  n”  162. 

C*  =  Ancien  manuscrit  de  la  Collection  Ranyard. 

R  =  Additions  au  texte  de  Raimond  d’Aguilers. 


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HISTOIRE  ANONYME 

DE  LA 

PREMIÈRE  CROISADE 


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GESTA  FRANCORUM" 

ET  ALIORUM  HIEROSOLIMITANORUM“ 


[NARRATIO  I«] 

[1.]  Cum  jam  appropinquasset  ille  terminus  quem 
dominus  Ihesus*^  cotidie  suis  demonstrat  fidelibus,  spe- 
cialiter  in  evangelio^  dicens  :  Si  quis  vult post  me  venire^ 
abneget  semetipsum  et  tollat  crucem  suam  et  sequatur 
me*,  facta  est  igitur*  motio-/^  valida  per  universas  Gal- 
liarum  regiones*,  ut,  si  aliquis  Dominum  studiose  puro- 
que  corde  et  mente  sequi  desideraret  atque  post  ipsum 
crucem^  fideliter  bajulare  vellet,  non  pigritaretur  Sancti 
Sepulchri*  viam  celerius  arripere. 

Apostolicus  namque  Romane  sedis  Urbanus  secun- 
dus^^  ultra  montanas  partes*  quantocius*  profectus  est 
cum  suis  archiepiscopis,  episcopis,  abbatibus  et  presbi- 
teris  ®  cepitque  subtiliter  sermocinari  et  predicare,  dicens 

a.  Tel  est  le  titre  donné  par  B;  ce  titre  est  omis  dans 

^3  et  C3;  In  nomine  Domini  incipit  liber  qui  appellatur  <  Iti- 
nerarium  lerosolimorum  »  C>;  Incipit  itinerarium  lerosolimita- 
norum  C*.  —  b.  lerosolimitanorum  A"^.  —  c.  Ihesus  Christus 
i4*,  O.  —  d.  evangilio  A^.  — e.  igitur  omis  dans  B  et  C'.  — 
/.  commotio  C<.  —  g.  fideliter  bajulare  crucem  A^;  fideliter  cru¬ 
cem  bajulare  C.  —  h.  Sepulcri  B,  C.  —  i.  Urbanus  secundus 
omis  dans  A^  et  A^;  secundus  omis  dans  B.  —  k.  quantotius  A^. 

I.  Âu  moyen  âge,  on  donnait  souvent  aux  pèlerins  le  nom 
même  du  sanctuaire  qu’ils  étaient  allés  vénérer.  L’auteur  dis¬ 
tingue  des  Francs  les  Allemands,  Lombards  et  «  Longobards  » 
ou  Normands  de  l’Italie  méridionale. 


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HISTOIRE  DES  FRANCS 

ET  DES  AUTRES  PÈLERINS  A  JÉRUSALEM* 


[PREMIER  RECIT] 

[Des  origines  a  la  bataille  du  Vardar 

(fin  1095-février  1097)] 

[1.]  Comme  approchait  déjà  ce  terme  que  ie  Seigneur 
Jésus  annonce  chaque  jour  à  ses  fidèles,  spécialement  dans 
l’Évangile,  où  il  dit  :  Si  quelqu’un  veut  venir  apres  moi, 
qu’il  renonce  à  soi-même  et  qu*il  prenne  sa  croix  et  me  suive^f 
il  se  fît  un  grand  mouvement  par  toutes  les  régions  des 
Gaules^,  afin  que  quiconque,  d’un  cœur  et  d’un  esprit  purs, 
désirait  suivre  le  Seigneur  avec  zèle  et  voulait  porter  fidè¬ 
lement  la  croix  après  lui,  ne  tardât  pas  à  prendre  en  toute 
hâte  la  route  du  Saint  Sépulcre. 

En  effet,  le  chef  apostolique  du  siège  de  Rome,  Urbain  II 
gagna  au  plus  vite  les  pays  d’outre-mont*  avec  ses  arche¬ 
vêques,  évêques,  abbés  et  prêtres®  et  commença  à  pronon¬ 
cer  des  discours  et  des  sermons  subtils,  disant  que  quiconque 

2.  Math.,  16,  24J  Marc,  8,  34;  Luc,  9,  23. 

3.  Allusion  au  mouvement  qui  entraîna  la  France  après  le  con¬ 
cile  de  Clermont  (novembre  xogS),  que  l’Anonyme  ne  mentionne 
même  pas. 

4.  Le  pape  Urbain  II,  élu  en  1088. 

3.  Cette  expression  «  pays  d’outre-mont  »,  pour  désigner  la 
France,  indique  bien  que  l’Anonyme  habitait  l’Italie. 

6.  Urbain  11  arriva  à  Valence  le  5  août  1095,  séjourna  au  Puy 
le  i3août  et,  après  avoir  parcouru  la  Bourgogne  et  le  sud-est  de 
la  France,  ouvrit  le  concile  de  Clermont  le  18  novembre.  Sur  sa 
suite  d’évêques  et  d’archevêques,  voir  Mansi,  Conciliaf  t.  XX, 
col.  3o8. 


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4 


DE  CRUCESIGNATORUM  PROFECTIONE 


Ut,  si  quis  animam  suam  salvam  facere  vellet,  non  dubi- 
taret  humiliter  viam  incipere  Domini  ac,  si  denariorum 
ei  deesset  copia,  divina  ei  satis  daret  misericordia.  Ait 
namque  dominus  apostolicus  :  «  Fratres,  vos®  oportet 
multa  pati  pro  nomine  Christi,  videlicet  miserias,  pau- 
pertates,  nuditates,  persecutiones,  egestates,  infirmita- 
tes,  famés,  sites  et  alia  hujusmodi,  sicuti  Dominus  ait 
suis  discipulis  :  Oportet  vos  pati  multa  pro  nomine  meo* 
et  :  Nolite  erubescere  loqui  ante  fades  hominum;  ego 
vero  daho  vobis  os  et  eloquium^  ac  deinceps  :  Perseque^ 
îur  vos  larga  rétribution .  » 

Cumque  jam  *  hic  sermo  paulatim  per  universas  regio- 
nes  ac  Galliarum  patrias^  cepisset  crebrescere,  Franci 
audientes  talia,  protinus  in  dextra  suere  scapula  cruces 
inceperunt^*,  dicenies  sese  Christi  unanîmitersequi  ves¬ 
tigia,  quibus  de  manu  erant  redempti  tartarea. 

[2.]  Jamjamque  Gallie  suis  remote  sunt  domibus''  fe- 
ceruntque  denique  très  partes  Galli*®.  Una  pars  Fran- 
corum  in  Hungarie  intravit  regionem,  scilicet  Petrus 
Heremita-^^  et  dux  Godefridus®  et  Balduinus^  fraier 
ejus®  et  Balduinus  cornes  de  Monte’®.  Isti  poteniissimi 
milites  et  alii  plures  quos  ignoro  venerunt  per  viam 
quam  jamdudum  Karolus  Magnus,  mirificus  rex  Fran- 
cie,  aptari  fecit  usque  Constantinopolim 

a.  nos  B.  Dans  on  a  essayé  postérieurement  de  corriger 
vos  en  nos.  —  b.  jam  omis  dans  A^.  —  c.  in  dextra  fecere  cruces 
suere  scapula  B;  crucem  C;  cruces  inceperunt  omis  dans  A^.  — 
d.  Galli  e  suis  remoti  B;  suis  remotae  sunt  sedibus  C.  — e.  Galli 
très  partes .«4*,  5,  C.  — /.  eremita  A^,  C*,  C*.  —  g.  Baldoinus  A^; 
Baldewynus  O. 

I.  Allusion  aux  Actes  des  Apôtres,  9,  16. 

3.  Combinaison  de  II  Timoth.,  i,  8,  et  Luc,  21,  i5. 

3.  Allusion  à  Math.,  i5,  12,  et  Coloss.,  3,  24. 

4.  C’est-à-dire  les  duchés  et  comtés. 


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5 


DÉPART  DES  CROISÉS  (1O96) 

voulait  sauver  son  àme  ne  devait  pas  hésiter  à  prendre  hum¬ 
blement  la  voie  du  Seigneur  et  que,  si  les  deniers  lui  fai¬ 
saient  défaut,  la  miséricorde  divine  y  pouvoirait.  Et  le  Sei¬ 
gneur  Apostolique  ajoutait  ;  «  Frères,  il  vous  faut  souffrir 
beaucoup  au  nom  du  Christ  ;  misère,  pauvreté,  nudité,  per¬ 
sécutions,  dénûment,  infirmités,  faim,  soif  et  autres  maux 
de  ce  genre,  comme  le  Seigneur  a  dit  à  ses  disciples  :  Il 
vous  faut  souffrir  beaucoup  en  mon  nom*  et  :  Ne  rougisse j 
pas  de  parler  à  la  face  des  hommes;  je  vous  donnerai  la  voix 
et  l’éloquence^,  et  encore  :  Vous  recevrez  une  large  rétribu¬ 
tion^. 

Ce  discours  s’étant  répandu  peu  à  peu  dans  toutes  les 
régions  et  provinces  des  Gaules^,  les  Francs,  entendant  ces 
paroles,  commencèrent  promptement  à  coudre  des  croix  sur 
leur  épaule  droite®,  disant  qu’ils  voulaient  unanimement 
suivre  les  traces  du  Christ,  par  lesquelles  ils  avaient  été 
rachetés  de  la  puissance  du  Tartare. 

[2.]  Bientôt  les  Gaules  entières  abandonnèrent  leurs  de¬ 
meures  et  les  Gaulois  formèrent  trois  divisions®.  Une  partie 
des  Francs  entra  en  Hongrie  :  Pierre  l’Ermite^,  le  duc  Go- 
defroi®,  Baudouin,  son  frère®;  Baudouin,  comte  de  Mons*®. 
Ces  puissants  chevaliers  et  beaucoup  d’autres  que  j’ignore 
suivirent  la  route  qu’ autrefois  Charlemagne,  le  magnifique 
roi  de  France,  fit  établir  jusqu’à  Constantinople 

5.  Sur  la  prise  de  la  croix,  voir  Foucher  de  Chartres,  1, 4,  p.  325. 
On  remarquera  que  c’est  le  seul  détail  précis  donné  par  l’Ano¬ 
nyme  sur  le  mouvement  qui  précéda  l’expédition. 

6.  Dans  la  pensée  de  l’auteur,  ces  trois  divisions  correspondent 
aux  trois  routes  suivies  par  les  croisés  :  vallée  du  Danube,  route 
des  Alpes  orientales  et  d’Esclavonie,  route  d’Italie  et  embarque¬ 
ment  dans  les  ports  de  l’Adriatique.  11  y  eut,  en  réalité,  un  plus 
grand  nombre  de  bandes  de  croisés. 

7.  Sur  Pierre  l’Ermite  et  son  rôle  dans  la  croisade,  voir  Hagen- 
meyer,  Peter  der  Eremit  (Leipzig,  1879);  traduction  française  par 
Furcy-Raynaud  (Paris,  1879). 

8.  Godefroî  de  Bouillon,  duc  de  Basse-Lorraine  depuis  1089. 

9.  Baudouin,  plus  tard  prince  d’Edesse  et  roi  de  Jérusalem. 

10.  Baudouin,  comte  de  Mons,  en  Hainaut. 

11.  Passage  qui  montre  la  popularité  de  la  légende  de  Charle¬ 
magne  à  cette  époque.  En  Allemagne,  on  fit  même  courir  le  bruit 


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6  PETRUS  HEREMITA  CONSTANTINOPOLIM  ADVENIT 

Petrusvero  supradictus  primus  venit  Constantinopo- 
lim  III  kalendas  augusii®  et  cum  eo  maxima  gens  Ala- 
manno^um^  Illic  invenit  Longobardos*^  et  alios  plures 
congregatos  quibus  imperator®  jusserat  dari  mercatum 
sicuti  erat  in  civitate  dixitque  illis  :  «  Nolite  transmeare 
«  Brachium^  donec  veniat  maxima  christîanorum  vir- 
«  tus,  quoniam  vos  tanti  non  estis,  ut  cum  Turcis  pre- 
«  liari ^  valeatis  » ,  ipsique  Christiani  nequiter  deducebant 
se,  quia  palatia  urbis  sternebant  et  ardebant,  et  aufere- 
bant  plumbum  quo  ecclesie  erant  cooperte  et  vendebant 
Grecis.  Unde*^  imperator  iratus*  jussit-^'  eos  transmeare 
Brachium 

Postquam  autem^  transfretaverunt,  non  cessabant 
agere  omnia  mala,  comburentes  et  dévastantes  domos 
et  ecclesias*.  Tandem  pervenerunt  Nicomediam*,  ubi 
divisi  sunt  Longobardi'  et  Alamanni  a  Francis,  quia 
Franci  tumebant  superbia^.  Elegerunt*’  Longobardi^ 
seniorem  super  se,  cui  nomen  Rainaldus”;  Alamanni 

a.  in  k[a]l[endisj  augusti  A^;  kalendis  augusti  B.  —  b.  Lom- 
bardos  et  Langobardos  A^,  fi,  C.  —  c.  praeliare  fi,  C*.  — 
d.  Inde  A^.  —  e.  iratus  est  jussiique  eos  fi,  O,  —  /.  moxque 
jussit  C'.  —  g.  autem  omis  dans  A\  A^,  fi,  C.  —  h.  Nichome- 
diam  A^.  —  i.  Lombard!  et  Langobardi  A^,  A^y  fi,  C.  —  k.  ele- 
gerunt  autem  CL  —  /.  Lombardi  et  Langobardi  A^y  A^y  fi,  C.  — 
m.  Reinaldus  A^y  fi;  Rainoldus  C®,  C^. 

de  sa  résurrection  (Ekkehard  d’Aura,  ii,  dans  les  Historiens  occi- 
dentauXy  t.  V,  p.  19).  Sur  sa  prétendue  croisade,  voir  L.  Bréhier, 
Les  origines  des  rapports  entre  la  France  et  la  Syrie;  le  protec¬ 
torat  de  Charlemagne,  dans  le  Congrès  français  de  Syrie  (Mar¬ 
seille,  1919),  t.  II,  p.  36-38. 

I.  Le  3o  juillet  1096. 

3.  L’auteur  se  contredit.  En  fait,  Gautier  sans  Avoir  était  arrivé 
à  Constantinople  avant  Pierre  l’Ermite  (Albert  d’Aix,  I,  7,  p.  275). 
«  Les  Longobards  n  sont  les  habitants  de  l’Italie  méridionale 
{ancien  thème  byzantin  de  Longobardie).  Par  «  Longobards  », 
l’Anonyme  désigne  les  Normands  d’Italie.  Anne  Comnène,  X,  5, 


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PIERRE  l’ermite  A  CONSTANTINOPLE  (3o  juilIct  IO96)  7 

Pierre,  déjà  mentionné,  vint  le  premier  à  Constantinople, 
le  trois  des  calendes  d’août*  et  avec  lui  la  plus  grande  par¬ 
tie  des  Allemands.  11  y  trouva  réunis  des  «  Longobards  » 
et  beaucoup  d’autres L’empereur*  avait  ordonné  de  les 
ravitailler  autant  que  la  ville  le  pourrait  et  il  leur  dit  :  «  Ne 
traversez  pas  le  Bras*  avant  l’arrivée  du  gros  de  l’armée 
chrétienne,  car  vous  n’êtes  pas  assez  nombreux  pour  pou¬ 
voir  combattre  les  Turcs.  »  Et  les  chrétiens  se  conduisaient 
bien  mal,  car  ils  détruisaient  et  incendiaient  les  palais  de  la 
ville,  enlevaient  le  plomb  dont  les  églises  étaient  couvertes 
et  le  vendaient  aux  Grecs,  si  bien  que  l’empereur  irrité 
donna  l’ordre  de  leur  faire  traverser  le  Bras*. 

Après  qu’ils  eurent  passé,  ils  ne  cessaient  de  commettre 
toute  espèce  de  méfaits,  brûlant  et  dévastant  les  maisons  et 
les  églises®.  Enfin  ils  parvinrent  à  Nicomédie  où  les  Lon¬ 
gobards  et  les  Allemands  se  séparèrent  des  Francs,  parce 
que  les  Francs  étaient  gonflés  d’orgueiP.  Les  Longobards 
élurent  pour  les  commander  un  seigneur  nommé  Rainald. 

p.  75,  confirme  que  ce  sont  les  «  Longobards  »  qui  parvinrent  les 
premiers  à  Constantinople.  La  leçon  :  «  Longobardi  »  (^*),  est 
donc  préférable  à  celle  des  autres  manuscrits  :  u  Lombardi  et 
Langobardi  »  ;  il  ne  peut  s’agir  d’une  erreur  de  copiste  puisqu’elle 
est  répétée  deux  fois  plus  loin.  On  n’a  d’ailleurs  aucun  rensei¬ 
gnement  sur  ce  départ  précoce  des  Lombards  pour  la  croisade  : 
on  voit,  au  contraire,  que  c’est  seulement  le  9  septembre  1096 
qu’Urbain  II,  se  trouvant  à  Pavie,  écrit  aux  Bolonais  pour  exci¬ 
ter  leur  zèle;  or,  les  premiers  croisés  étaient  arrivés  à  Constanti¬ 
nople  avant  la  fin  de  juillet. 

3.  Alexis  Comnène,  couronné  empereur  le  2  avril  1081. 

4.  Le  «  Bras  u,  dit  le  a  Bras  de  saint  Georges  »,  désigne  ici  le 
Bosphore,  bien  que  cette  expression  soit  quelquefois  réservée  au 
golfe  de^  Nicomédie,  ville  où  saint  Georges  fiit  martyrisé  (voir 
lettre  d’Etienne  de  Blois,  Epistulae  et  chartae^  p.  139),  ou  même 
à  la  Corne-d’Or  (même  lettre  et  Albert  d’Aix,  II,  ii,  p.  3o6). 

5.  L’Anonyme,  suivi  par  ses  remanieurs,  est  le  seul  à  parier  de 
ces  méfaits.  Anne  Comnène,  X,  6,  p.  76,  prétend  à  tort  que  la 
traversée  du  Bosphore  eut  lieu  malgré  l’empereur. 

6.  Témoignage  concordant  d’Anne  Comnène  (/oc.  cit.). 

7.  Sur  l’origine  de  cette  querelle,  voir  les  détails  d’Albert  d’Aix, 
i,  16,  p.  284.  Anne  Comnène  signale  aussi  ces  dissentiments,  qui 
faillirent  amener  une  bataille  entre  les  croisés. 


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8 


DE  TURCORÜM  PRIMO  IN  CHRISTIANOS  IMPETU 


similiter^  Et  intraverunt  in  Romaniam^  et  per  un  dies 
ierunt  ultra  Nicenam*  urbem*  inveneruntque  quoddam 
castrum,  cui  nomen  Exerogorgo^,  quod  erat  vacuum 
gente  et  apprehenderunt  illud,  inquo*  invenerunt  satis 
frumenti  et  vini  et  carnis  et  omnium  bonorum  abun- 
dantiam. 

Audientes  itaque  Turci^  quod  Christiani  essent  in 
Castro,  venerunt  obsidere  illud*.  Ante  portam  castri 
erat  puteus  et  ad  pedem  castri  fons  vivus,  juxta  quem 
exiit  Rainaldus  insidiari  Turcos^.  Venientes  vero  Turci 
in  diededicationis  S.  Michaelis*®  invenerunt  Rainaldum 
et  qui  cum  eo  erant,  occiderunique  Turci  multos  ex  eis, 
alii  vero-^  fugerunt  in  castrum,  quod  confestim  Turci 
obsederunt  eisque  aquam  abstulerunt.  Fuerantque  nos- 
tri  in  tanta  afflictione  sitis,  ut  flebotomarent  suos  equos 
et  asinos,  quorum  sanguinem  bibebant^;  alii  mittebant 
zonas  atque  panniculos  in  piscinam  et  inde  exprime- 
bant  aquam  in  os  suum  ;  alii  mingebant  in  pugillo  alte- 
rius  et  bibebant;  alii  fodiebant  humidam  terram  et 
supinabant  se  terramque  sternebant  super  pectora  sua 
pro  nimia  arriditate  sitis Episcopi  vero  et  presbyteri 
confortabant  nostros  et  commonebant  ne  deficerent*. 

a.  Nicaenam  C*,  C*.  —  b.  et  invenerunt  in  eo  A^,  A^.  — 
c.  Thurci  A^.  —  d.  Turcis  O,  C®.  —  e.  Mikaelis  B;  qui  est  iii  kal. 
oct.  A^;  qui  est  in  kal.  oct.  B.  {même  leçon  dans  /' «  Hist.  beîli 
sacri  »,  p.  17 5).  —  /.  vero  omis  dans  B,  C;  qui  remanserunt 
vivi  B  (même  leçon  dans  TudebodCy  p.  12  y  et  dans  «  Hist.  belli 
sacri  »,  p.  lyS).  —  g.  biberent  A^y  A^,  C.  —  h.  ne  deficerent, 
dicentes  :  Estote  ubique  fortes  in  fide  Christi  et  nolite  eos  timere 
qui  vos  persequuntur  sicuti  Dominus  dicit  :  «  Nolite  timere  eos 
qui  corpus  occidunt,  animam  vero  non  possunt  occidere  »  B  {ce 
discourSy  qui  ne  figure  dans  aucun  manuscritj  est  manifestement 
une  addition  postérieure.  Les  mots  entre  guillemets  sont  emprun¬ 
tés  à  Math. y  Xy  28). 

1.  Contrairement  à  l’interprétation  d’Hagenmeyer  (édition  des 


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I 


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PREMIÈRE  ATTAQUE  DES  TURCS  (29  Septembre  1096)  9 

Les  Allemands  firent  de  même^  et  ils  entrèrent  en  Roma- 
nie^  et  pendant  quatre  jours  ils  marchèrent  au  delà  de 
Nicée^  et  trouvèrent  un  château  appelé  Exerogorgo^,  vide 
de  toute  garnison.  Ils  s*en  emparèrent  et  y  trouvèrent  des 
provisions  de  froment,  de  vin,  de  viande  et  toute  sorte  de 
biens  en  abondance. 

Les  Turcs,  apprenant  que  les  chrétiens  occupaient  ce 
château,  vinrent  l’assiéger*.  Devant  la  porte  du  château 
était  un  puits  et,  au  pied  du  château,  une  source  d’eau  vive, 
près  de  laquelle  Rainald  se  posta  pour  tendre  une  embus¬ 
cade  aux  Turcs.  Ceux-ci  arrivèrent  le  jour  de  la  fête  de 
saint  Michel®,  trouvèrent  Rainald  ainsi  que  ses  compagnons 
et  en  massacrèrent  un  grand  nombre,  tandis  que  les  autres 
se  réfugiaient  au  château.  Les  Turcs  l’assiégèrent  aussitôt 
et  le  privèrent  d’eau.  Et  les  nôtres  souffrirent  tellement  de  la 
soif  qu’ils  ouvraient  les  veines  de  leurs  chevaux  et  de  leurs 
ânes  pour  en  boire  le  sang;  d’autres  lançaient  des  ceintures 
et  des  chiffons  dans  les  latrines  et  en  exprimaient  le  liquide 
dans  leurs  bouches;  quelques-uns  urinaient  dans  la  main 
d’un  compagnon  et  buvaient  ensuite;  d’autres  creusaient  le 
sol  humide,  se  couchaient  et  répandaient  de  la  terre  sur 
leur  poitrine,  tant  était  grande  l’ardeur  de  leur  soiH.  Les 
évêques  et  les  prêtres  réconfortaient  les  nôtres  et  les  exhor¬ 
taient  à  tenir  ferme. 

Gesta^  p.  1 16),  il  faut  admettre  que  les  Allemands  élisent  un  autre 
chef  que  Rainald,  car  plus  loin  il  est  question  de  ce  chef,  «  le 
seigneur  des  Allemands  »  qui  trahit  les  siens. 

2.  La  «  Romanie  n  était  le  nom  que  les  Turcs  donnaient  à  l'Asie 
Mineure  (sultanat  de  Roum);  les  Grecs  désignaient  ainsi  la  tota¬ 
lité  de  l’empire. 

3.  Nicée  est  la  résidence  du  sultan  turc  depuis  1081. 

4.  Xerigordo,  d’après  Anne  Gomnène,  X,  6,  p.  77.  Le  récit  d’Al¬ 
bert  d’Aix,  1,  16,  p.  284,  donne  des  détails  un  peu  différents. 

5.  Anne  Comnène  {loc.  cit.)  donne  le  nom  du  chef  turc,  Elcha- 
nis.  Albert  d’Aix  (/oc.  cif.)  et  la  chronique  de  Zimmern  {Archives 
de  VOrient  latin^  t.  I,  p.  27-28)  croient  à  tort  que  Soliman  a  dirigé 
ce  siège  en  personne. 

6.  29  septembre  1096. 

7.  Ces  détails,  empruntés  certainement  au  récit  d’un  témoin 
oculaire,  ne  se  trouvent  que  dans  notre  texte  et  ses  imitateurs. 

Premièrt  croisadt.  4 


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10 


DE  CHRISTIANIS  CYVITO  CAESIS 


Hec  tribulatio  fuit  per  vm  dies.  Denique  dominus 
Alamannorum"  concordatus  est  cum  Turcis  ut  trade- 
ret  socios  illis  et,  fîngens  se  exire  ad  bellum,  fugit  ad 
illos  et  multi  cum  eo,  Illi  autem  qui  Dominum  negare 
noluerent  capitalem  sentenciam  susceperunt  ;  alios 
quos  ceperunt  vives  adinvicem  diviseruni  quasi  oves; 
alios  miserunt  ad  signum  et  sagittabant  eos;  alios  ven- 
debant  et  donabant  quasi  animalia.  Quidam  conduce- 
bant  suos  in  domum  suam,  alios  in  Corosanum\  alios 
in  Antiochiam,  alios  in  Aleph  aut  ubi  ipsi  manebant. 
Isti  primo  felix  acceperunt  martirium  pro  nomine  Do- 
mini  Ihesu. 

Audientes  denique  Turci  quod  Petrus  Heremita  et 
Guualterius*  Sinehabere^  fuissent  in  Cyvito‘‘^,  que 
supra  Nicenam  urbem  est,  venerunt  illuc  cum  magno 
gaudio  ut  occiderent  illos  et  eos  qui  cum  ipsis  erant. 
Cumque  venissent*',  obviaverunt  Guualterio  cum  suis, 
quosTurci  mox  occiderunt.  Petrus  vero  Heremita  paulo 
ante  ierat  Constantinopolim,  eo  quod  nequibat  refrenare 
illam  diversam  gentem  que  nec  ilium  nec  verba  ejus 
audire  volebat^  Irruentes  vero  Turci  super  eos,  occi- 

a.  Rainaldus  dominus  C^;  Alamannorum  Reinaldus  A*,  B  (on 
remarquera  que  et  concordent  pour  ne  pas  donner  le  nom 
du  chef  des  Allemands  ;  sur  cette  question,  voir  plus  haut,  p.  8, 
noie  7).  —  b.  Vualterius  A^;  Gauterius  cognomento  O;  Walte- 
rius  A*,  C*;  Galterius,  dans  Tudebode,  p.  i3.  —  c.  Cyvico  A^  ; 
Civilo  C‘,  O;  civitate  A^;  Sivito  C^.  —  d.  venissent  lae- 
tantes  B. 


I.  Le  Khorassan,  situé  au  nord-est  de  la  Perse,  était  le  centre 
de  la  puissance  des  Turcs,  qui  l’avaient  enlevé  aux  sultans  Gaz- 
névides  vers  1037-1040  (cf.  Laurent,  Byzance  et  les  Turcs  seldjou- 
cides,  Paris,  1921 ,  p.  8),  mais  les  chroniqueurs  latins  ou  arméniens 
appliquent  ce  nom  à  tous  les  pays  orientaux  qui  dépendaient  des 
Seldjoucides,  Azerbaïdjan,  Arménie,  Mésopotamie.  Pour  Albert 


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MASSACRES  DE  CIVITOT  (OClObrC  IO96)  Il 

Cette  tribulation  dura  huit  jours,  puis  le  chef  des  Alle¬ 
mands  conclut  un  accord  avec  les  Turcs  pour  leur  livrer  ses 
compagnons  :  feignant  de  sortir  pour  combattre,  il  s’enfuit 
auprès  d’eux  et  beaucoup  le  suivirent.  Tous  ceux  qui  refu¬ 
sèrent  de  renier  le  Seigneur  furent  condamnés  à  mort; 
d’autres  pris  vivants  furent  partagés  comme  des  brebis; 
d’autres  servirent  de  cible  aux  Turcs  qui  lançaient  des 
flèches  sur  eux;  d’autres  étaient  vendus  ou  donnés  comme 
des  animaux.  Les  uns  conduisaient  leur  prise  dans  leur 
demeure,  d’autres  dans  le  Khorassan^  à  Antioche,  à  Alep, 
partout  où  ils  habitaient.  Tels  furent  ceux  qui  reçurent  les 
premiers  un  heureux  martyre  au  nom  du  Seigneur  Jésus. 

Les  Turcs,  apprenant  ensuite  que  Pierre  l’Ermite  et  Gau¬ 
tier  sans  Avoir^  se  trouvaient  à  Civitot^,  située  au  delà  de 
Nicée,  s’y  dirigèrent,  pleins  d’allégresse,  afin  de  les  massa¬ 
crer  ainsi  que  leurs  compagnons.  Pendant  leur  marche  ils 
se  heurtèrent  à  Gautier  avec  les  siens,  qu’ils  eurent  bientôt 
massacrés.  Quant  à  Pierre  l’Ermite,  il  venait  de  retourner  à 
Constantinople,  incapable  de  discipliner  cette  troupe  dispa¬ 
rate,  qui  ne  voulait  entendre  ni  lui  ni  ses  paroles^.  LesTurcs, 

d’Aix,  Bagdad  est  la  capitale  du  Khorassan;  dans  le  texte  de 
l’Anonyme,  ce  terme  a  donc  un  sens  assez  vague  et  signifie  les 
pays  de  l’est. 

2.  Gautier  sans  Avoir  («  Sensavehor  »,  dans  Albert  d’Aix),  chef 
d’une  bande  populaire,  avait  quitté  Pierre  l’Ermite  à  Cologne  et 
était  arrivé  avant  lui  à  Constantinople.  Sur  ce  personnage,  voir 
Orderic  Vital,  t.  III,  p.  478. 

3.  Civitot  (Chevetot,  en  grec  :  Kivotos),  port  sur  le  golfe  de 
Nicomédie,  avec  une  forteresse  créée  par  Alexis  Comnène  pour 
tenir  en  respect  l’émir  turc  de  Nicomédie  (Orderic  Vital,  édition 
Le  Prévost,  t.  III,  p.  490-491).  L’identification  avec  Guemlik,  sur 
le  golfe  de  Moudania,  est  abandonnée  depuis  les  travaux  de  To- 
maschek  {Topographie  von  Kleinasien  im  Mittelalter,  Vienne, 
1891).  Le  gros  de  l’armée  y  était  resté  avec  Pierre  l’Ermite. 

4.  Récit  plus  détaillé  d’Albert  d’Aix,  I,  18,  p.  286-289,  qui  men¬ 
tionne  un  voyage  de  Pierre  l’Ermite  à  Constantinople  pour  de¬ 
mander  des  secours,  et  de  la  Chronique  de  Zimmem  (fragments 
dans  les  Archives  de  V Orient  latin^  t.  I,  p.  28-29),  qui  cite  les 
noms  des  chefs  allemands.  Anne  Comnène,  X,  6,  p.  78,  place  la 
rencontre  au  bord  de  la  rivière  du  Dragon. 


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12 


DE  CHRISTIANIS  CYVITO  CAESIS 


derunt  multos  ex  eis;  alios  invenerum  dormientes®, 
alios  nudos,  quos  omnes  necaverunt,  cum  quibus  quem- 
dam  sacerdotem  missam  celebrantem,  quem  statim  su¬ 
per  altare  ma^ti^izaverunt^  Illi  vero  qui  evadere  potue- 
runtCyvito  fugerunt;  alii  precipitabant  se  in  mare;alii 
latebant  in  silvis  et  montanis.  Turci  vero,  persequentes 
illos  in  castrum,  adunaverunt  ligna  ut  eos  comburerent 
cum  Castro. 

Christiani  igitur,  qui  in  Castro  erant,  miserunt  ignem 
in  ligna  congregata  et  versus  ignis  in  Turcos,  quosdam 
eorum  concremavit,  sed  ab  illo  incendio  Deus  nostros 
tune  liberavit.  Tandem  Turci  apprehenderunt  illos 
vivos  diviseruntque  illos,  sicuti  prius  fecerant  alios,  et 
disperseront  illos  per  universas  regiones  bas,  alios  in 
Corosanum,  alios  in  Persidem.  Hoc  totum  factum  est 
in  mense  octobri*. 

Audiens  imperator  quod  Turci  sic  dissipassent  nos¬ 
tros,  gavisus  est  valde*  et  mandavit*^  fecitque  eos  Bra¬ 
chium  transmeare^.  Postquam  ultra  fuerunt,  compara- 
vit  omnia  arma  eorum. 

[3.]  Seconda  vero  pars  intravit  in  Sclavinie**^  partes, 
scilicet  cornes  de  Sancto  Egidio  Raimundus  et  Podien- 
sis  episcopus®. 

Tercia*  autem  pars  per  antiquam  Rome  viam-^  venit*. 
In  hac  parte  fuerunt  Boamundus^  et  Richardus^®  de 

a.  dormientes,  alios  jacentes  B.  —  b.  phrase  omise  dans 
C>,  C2.  —  c.  mandavit  pro  eis  B;  et  raandavit  omis  dans  A^. 
—  d.  Clauinie  A^;  Scavinie  A*;  Sclaviniae  B,  C.  —  e.  tertia  A^t 
B,  C.  —  /.  Romae  A^^A^,  B,  C;  Romeniam  mauvaise  lecture 
pour  Rome  viam.  —  g.  Ricardus  A^. 

1.  Sur  cette  mort,  voir  une  pièce  de  vers  de  Guibert  de  Nogent, 
11,  II,  p.  146. 

2.  En  contradiction  avec  le  récit  d’Albert  d’Âix  (1,  22,  p.  289),  qui 
montre  l’empereur  s’efforçant  de  sauver  les  débris  de  l’armée. 


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MASSACRES  DE  civiTOT  (octobre  1096)  l3 

se  précipitant  sur  eux,  en  tuèrent  un  grand  nombre.  Ils  trou¬ 
vèrent  les  uns  en  train  de  dormir,  les  autres  tout  nus  et  les 
massacrèrent  tous.  Un  prêtre  qui  célébrait  la  messe  reçut 
d’eux  le  martyre  sur  l’auteU.  Ceux  qui  purent  s’échapper 
s’enfuirent  à  Civitot.  Quelques-uns  se  précipitaient  dans  la 
mer,  d’autres  se  cachaient  dans  les  forêts  et  dans  les  mon¬ 
tagnes.  Mais  les  Turcs  les  poursuivirent  dans  la  place  et 
entassèrent  du  bois  pour  les  brûler  avec  la  ville. 

Mais  les  chrétiens  qui  occupaient  la  ville  mirent  le  feu  au 
tas  de  bois;  la  flamme  se  diriges  vers  les  Turcs  et  en  brûla 
un  certain  nombre,  tandis  que  Dieu  préserva  les  nôtres  de 
cet  incendie.  A  la  fin  les  Turcs  les  prirent  vivants,  les  par¬ 
tagèrent,  comme  ils  avaient  fait  des  premiers,  et  les  disper¬ 
sèrent  dans  toutes  les  régions,  les  uns  en  Khorassan,  les 
autres  en  Perse.  Tous  ces  événements  eurent  lieu  au  mois 
d’octobre. 

A  la  nouvelle  que  les  Turcs  avaient  ainsi  dispersé  les 
nôtres,  l’empereur  témoigna  une  grande  joie^  et  donna  des 
ordres  pour  leur  faire  traverser  le  Bras  3.  Le  passage  terminé, 
il  rassembla  toutes  leurs  armes. 

[3.]  La  deuxième  division  pénétra  en  Esclavonie^  avec  le 
comte  de  Saint-Gilles,  Raimond  et  l’évêque  du  Puy*. 

La  troisième  division  suivit  l’antique  route  de  Rome®. 
En  firent  partie  :  Bohémond"^  et  Richard  du  Principat®, 

3.  Sur  ce  passage,  voir  Albert  d’Aix  (/oc.  cit.)  et  Anne  Comnène 
<X,  6,  P-  78). 

4.  Sous  ce  nom,  on  désignait  le  territoire  des  Croates  et  des 
Serbes. 

5.  Raimond  de  Saint-Gilles,  comte  de  Toulouse  depuis  i(f88,  et 
Adémar  de  Monteil,  évêque  du  Puy  vers  1080,  désigné  par  Urbain 
comme  son  vicaire  et  son  légat.  Chacun  d’eux  commandait  une 
armée  importante  recrutée  dans  le  midi  de  la  France.  Leur  iti¬ 
néraire  à  travers  les  Alpes  orientales  et  l’Esclavonie  a  été  décrit 
en  détail  par  Raimond  d’Aguilers  (ou  d’Aguilhe),  chanoine  du 
Puy  et  chapelain  du  comte  de  Toulouse. 

6.  Sur  cette  route  traditionnelle  de  pèlerinage,  voir  J.  Bédier, 
Les  légendes  épiques^  t.  II,  p.  142  et  suiv. 

7.  C’est  par  simple  symétrie  que  l’auteur  mentionne  ici  Bohé- 
mond,  dont  le  départ  va  être  raconté  plus  loin. 

8.  Fils  d’un  frère  de  Robert  Guiscard,  Guillaume,  qui  s’était 


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14  GODEFRIDI  CONSTANTINOPOLIM  ADVENTUS 

Principatu,  Rotbertus®  cornes  Flandrensis\  Rotbertus 
Northmannus*^,  Hugo  Magnus^,  Evrardus  de  Puisa- 
tio*,  Achardus  de  Monte  Merloi^®,  Isuardus*^  de  Mu- 
sone**  et  alii  plures.  Deinde  venerunt  ad  portum  Bran- 
dosim  aut  Barim  sive  Otrentum^. 

Hugo  denique  Magnus  et  Willelmus-/,  Marchisi 
filius®,  intraverunt  mare  ad  portum  Bari  et  transfre- 
tantes  venerunt  Durachium.  Audiens  vero  dux  illius 
loci*  hos  prudentissimos  viros^  illic  esse  applicatos» 
mox  mala  cogitatio  cor  ejus  tetigit  illosque  apprehen- 
dit  ac  jussit  Constantinopolim  imperatori  caute  duci 
quo  ei  fidelitatem  facerent^’^. 

Dux  denique  Godefridus  primus  omnium  seniorum 
Constantinopolim  venit  cum  magno  exercitu,  duobus 
diebus  ante  Natale  Domini  nostri  et  hospitatus  est  ex¬ 
tra  urbem,  donec  iniquus  imperator  jussit  eum  hospitari 
in  burgo  urbis^^.  Cumque  fuisset  hospitatus  dux,  secure 

а.  Robertus  C.  —  b.  Normandus  A^;  nortmannus  A^^  B; 
norniannus  C.  —  c.  Merlor  O.  —  d.  Usuardus  A^y  C.  — 
e.  Musione  A^y  A^y  C.  —  f.  Guillelmus  A^;  Vuillelmus  A^;  Wi- 
Ihelmus  B.  —  g.  viros  omis  dans  A^,  C. 

établi  dans  la  principauté  de  Salerne  et  avait  pris  le  titre  de 
«  comte  de  la  Principauté  »  (Gay,  L'Italie  méridionale  et  l'empire 
by:{antiny  p.  5o5). 

1.  Robert  II,  fils  de  Robert  le  Frison,  comte  de  Flandre  depuis 
1093. 

2.  Robert  Courte-Heuse,  fils  aîné  de  Guillaume  le  Conquérant, 
avait  hérité  du  duché  de  Normandie  en  1087. 

3.  Hugue,  comte  de  Vermandois,  frère  du  roi  de  France  Phi¬ 
lippe  I".  Son  surnom  de  magnus  est  une  traduction  infidèle  de 
«  mainsné  »  (moins  né),  c’est-à-dire  le  «  cadet  ». 

4.  Evrard,  seigneur  du  Puiset  (canton  de  Janville,  Eure). 

5.  Achard  de  Montmerle  (canton  de  Trévoux,  Ain)  avait  engagé, 
pour  pouvoir  s’équiper,  son  patrimoine  à  l’abbaye  de  Cluny 
(Bruel,  Chartes  de  Clunyj  t.  V,  p,  5i-53). 

б.  Mouzon  (Ardennes). 


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ARRIVÉE  DE  GODEFROI  A  CONSTANTINOPLE  (23  déc.  IO96)  l5 

Robert,  comte  de  Flandre^,  Robert  de  Normandie*, 
Hugue  le  Mainsné*,  Évrard  du  Puiset^,  Achard  de  Mont- 
merle*,  Isoard  de  Mouzon®  et  beaucoup  d’autres.  Ils  par¬ 
vinrent  ensuite  soit  au  port  de  Brindisi,  soit  à  Bari,  soit  à 
Otrante’. 

Hugue  le  Mainsné  et  Guillaume,  fils  du  marquis®,  prirent 
la  mer  à  Bari  et  abordèrent  à  Durazzo,  mais  le  gouverneur 
du  pays®,  apprenant  le  débarquement  de  ces  deux  pru¬ 
d’hommes,  conçut  dans  son  cœur  un  mauvais  dessein.  Il  les 
fit  arrêter  et  conduire  avec  précaution  à  Constantinople 
devant  l’empereur,  afin  qu’ils  lui  jurassent  fidélité^®. 

Enfin,  le  duc  Godefroi,  le  premier  de  tous  les  seigneurs, 
arriva  à  Constantinople  avec  une  grande  armée,  deux  jours 
avant  la  Nativité  de  Notre-Seigneur^',  et  campa  hors  de  la 
ville  jusqu’à  ce  que  l’inique  empereur  eût  donné  l’ordre  de 
le  loger  dans  un  faubourg  de  la  ville**.  Ayant  pris  ainsi  ses 

7.  Ce  sont  les  principaux  ports  d'embarquement  pour  la  pénin¬ 
sule  des  Balkans. 

8.  Guillaume,  frère  de  Tancrède,  fils  d’une  sœur  de  Robert 
Guiscard,  Emma,  et  d'Eude,  dit  «  le  bon  Marquis  ». 

9.  Durazzo  (ancienne  Dyrrachium),  principal  port  de  transit 
avec  l’Italie,  point  de  départ  de  la  Via  Egnatia,  qui  conduisait  à 
Thessalonique  et  à  Constantinople,  avait  une  triple  enceinte  for¬ 
tifiée  et  une  garnison  formée  de  troupes  d’élite,  commandée  par 
le  duc  ou  stratège  Jean  Comnène,  neveu  de  l’empereur  Alexis 
(Chalandon,  Alexis  Comnène^  p.  174). 

10.  Récit  très  différent  d’Anne  Comnène  (X,  7),  qui  exagère  la 
vanité  du  prince,  mais  d’où  il  ressort  qu’il  fut  traité  honorable¬ 
ment  par  Jean  Comnène.  D’après  les  instructions  d’Alexis,  qui 
redoutait  un  coup  de  main  sur  Durazzo,  déjà  prise  par  les  Nor¬ 
mands  en  io83,  Hugue  le  Mainsné  fut  conduit  à  Constantinople 
par  un  haut  fonctionnaire  impérial.  Il  prêta  serment  de  fidélité 
sans  résistance.  On  remarquera  que  l’Anonyme,  réflétant  l’opi¬ 
nion  de  la  plupart  des  croisés,  ne  perd  pas  une  occasion  de  témoi¬ 
gner  sa  haine  à  Alexis,  qui  est  pour  lui  «  l’inique,  le  misérable 
empereur  ». 

11.  Godefroi  s’était  mis  en  route  vers  le  i5  août  1096.  Détails 
sur  son  itinéraire  dans  Albert  d’Aix  (II,  9,  p.  299-305)  et  la  Chro¬ 
nique  de  Zimmern  {Archives  de  VOrient  latin,  t.  I,  p.  21-22). 

12.  Récit  sommaire,  mais  confirmé  dans  ses  grandes  lignes  par 


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l6  CRUCESIGNATI  AB  IMPERATORIS  EXERCITIBUS  INVADUNTUR 

mittebat  armigeros  suos  per  singulos  dies  ut  paleas  et 
alia  equis  necessaria  asportarent®.  Et  jam*  cum  puta- 
rent  exire  fiducialiter  quo  vellent,  iniquus  imperator 
Alexius*^  imperavit  Turcopolis  et  Pincinatis^^’  invadere 
illos  et  occidere*-.  Balduinus  itaque  frater  ducis  hec 
audiens,  misit  se  in  insidiis  tandemque  invenit  eos-^ 
occidentes  gentem  suam  eosque  invasit  forti  animo  ac, 
Deo  juvante,  superavit  eos*?^  et,  apprehendens  lx  ex  eis, 
partem  occidit,  partent  duci  fratri  suo  presentavii^. 

Quod  cum  audisseï  imperator,  valde  iratus  est.  Videns 
vero  dux  inde  iratum  imperatorem,  exiit  cum  suis  de 
burgo  et  hospitatus  est  extra  urbem^.  Sero  autem  facto, 
infelix  imperator  jussit  suis  exercitibus*  invadere  du- 
cem^  cum  Christi  gente.  Quos  dux*  persequens  invic- 
tus  cum  Christi  militibus,  vu  ex  illos  occidit,  perse- 
quendo  alios  ad  portam  civitatis®.  Reversusque  dux* 
ad  sua  tentoria,  mansit  inibi  per  v  dies®,  donec  pactum 

a.  apportarenl  A^,  A^,  C^,  C*.  —  b.  jam  omis  dans  AK  — 
c.  Âlexius  sagaciter  faciebat  eos  excubare  CK  —  d.  Pinzinacis 
A^;  Pincinatis  A^,  B,  C.  —  e.  suisque  Turcopolis  et  Pincinatis 
imperabat  eos  invadere  A^,  B,  C*.  —  /.  illos  A^,  C*.  —  g.  illos 
A^y  C.  —  h.  suos  exercitus  C.  —  i.  ducem  omis  dans  A^.  — 
k.  dux  omis  dans  ^4®,  C‘,  C®* 


Albert  d’Aix  (II,  p.  3o5-3o7),  qui  indique  un  premier  cantonne¬ 
ment  des  croisés  hors  de  l’enceinte,  puis  leur  transport  au  delà 
de  la  Corne-d’Or  dans  de  véritables  casernes  «  intra  palatia  », 
probablement  à  Galata,  désigné  par  l’expression  des  Gesta,  em¬ 
pruntée  à  la  terminologie  occidentale  «  in  burgo  urbis  ».  Burgus 
désigne  un  faubourg  et  s’oppose  à  urbSy  civitas.  Le  passage  des 
croisés  eut  lieu  le  29  décembre  (Albert  d’Aix,  loc.  cit.). 

I.  Corps  de  mercenaires  au  service  de  l’empire,  qui  recrute  des 
soldats  dans  les  tribus  turques  depuis  le  ix*  siècle  et  des  Turcs 
seldjoucides  depuis  la  bataille  de  Mantzikert  (1071).  Sur  leur  rôle 
dans  les  guerres  civiles  de  la  fin  du  xi*  siècle,  voir  J.  Laurent, 
Byzance  et  les  Turcs  seldjoucides,  p.  gi.  On  les  désigne  dès  lors 
sous  le  nom  de  ToupxoïtouXoi,  fils  de  Turcs.  Les  Petchénègues, 


I 


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ATTAQUE  DES  CROISÉS  PAR  LES  ARMÉES  IMPÉRIALES  (1O97)  I7 

quartiers,  le  duc  envoyait  chaque  jour  ses  guerriers  en  toute 
sécurité,  afin  qu’ils  apportassent  de  la  paille  et  tout  ce  qui 
était  nécessaire  aux  chevaux.  Et  ils  croyaient  qu’ils  pour¬ 
raient  aller  en  toute  confiance  où  ils  voudraient,  mais 
l’inique  empereur  Alexis  ordonna  aux  Turcoples  et  aux 
Petchénègues^  de  les  attaquer  et  de  les  tuer^.  A  cette  nou¬ 
velle,  Baudouin,  le  frère  du  duc,  se  mit  en  embuscade,  les 
surprit  en  train  de  massacrer  son  peuple,  les  attaqua  coura¬ 
geusement  et,  avec  l’aide  de  Dieu,  en  vint  à  bout.  Il  en  cap¬ 
tura  soixante,  en  tua  une  partie  et  présenta  le  reste  au  duc, 
son  frère^. 

L’empereur,  instruit  de  ces  faits,  manifesta  une  grande 
irritation.  Le  duc,  voyant  l’empereur  irrité,  sortit  du  fau¬ 
bourg  avec  les  siens  et  prit  ses  quartiers  hors  de  la  ville-*. 
Le  soir  venu,  le  misérable  empereur  ordonna  à  ses  troupes 
d’attaquer  le  duc  et  le  peuple  chrétien.  Le  duc  les  poursui¬ 
vit  victorieusement  à  la  tête  des  soldats  du  Christ;  il  en  tua 
sept  et  poursuivit  les  autres  jusqu’à  la  porte  de  la  cité^. 
Revenu  dans  son  camp,  il  y  resta  cinq  jours®,  puis  conclut 

IlaxCivaxot,  établis  depuis  le  ix*  siècle  entre  le  Danube  et  le  Don, 
également  de  race  turque,  fournissaient  des  corps  de  mercenaires 
à  l’empire  depuis  le  milieu  du  xi*  siècle  (voir  Chalandon,.d/ejris  /•'' 
Comnène,  p.  2-5). 

2.  L’Anonyme  ne  mentionne  pas  la  cause  du  conflit,  le  refus 
•de  Godefroi  d’avoir  une  entrevue  avec  l’empereur.  Les  détails 
donnés  par  Albert  d’Aix  (II,  ii,  p.  3o6-3o7)  éclairent  ce  passage. 

3.  D’après  Albert  d’Aix  (/oc.  ci/.),  Baudouin,  avec  5oo  chevaliers, 
alla  s’emparer  du  pont  situé  au  fond  de  la  Corne-d’Or. 

4.  Quittant  le  faubourg  de  Galata,  l’armée  de  Godefroi  va  se 
placer  sous  les  murs  de  Constantinople  (i3  janvier  1097). 

5.  Le  petit  nombre  des  tués  indique  une  simple  escarmouche. 
Albert  d’Aix  (/oc.  ci/.)  en  fait  une  bataille  violente  qui  eut  lieu  en 
face  de  la  porte  des  Blachernes.  Anne  Comnène  (X,  9,  p.  87-90) 
prétend  que  les  croisés  furent  repoussés. 

6.  Du  13  au  i8  janvier  1097.  Détails  plus  complets  d’Albert 
d’Aix,  II,  14,  p.  309,  qui  donne  la  date  du  i3  janvier  1097.  Celle 
du  jeudi  saint,  2  avril,  donnée  par  Anne  Comnène  est  fausse, 
puisque,  d’après  Albert,  c’est  au  début  du  carême  que  l’armée  de 
Godefroi  est  passée  en  Asie  (Hagenmeyer,  Chronologie  de  la  pre¬ 
mière  croisade,  n*  no). 


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i8 


BOAMUNDUS  CRUCEM  ACCIPIT 


iniit  cum  imperatore*  dixitque  illi  imperator  ut  trans- 
fretaret  Brachium  Sancti  Georgii^  permisitque"  eum 
habere  omnem  mercatum  ibi,  sicut  est  Consiantinopoli, 
et  pauperibus  elemosinam*  erogare  unde  potuissent 
vivere®. 

[4.]  At  bellipotens  Boamundus,  qui  erat  in  obsidione 
Malfi  Scafardi  Pontis*,  audiens  venisse  innumerabilem 
gentem  Christianorum  de  Francis^,  ituram  ad  Domini 
sepulcrum  et  paratam  ad  prelium  contra  gentem  paga- 
norum®,  cepit  diligenter  inquirere  que  arma  pugnandi 
hec  gens  déférât  et  quam  ostensionem  Christi  in  via*' 
poriet  vel  quod  signum  in  certamine  sonet.  Gui  per  or- 
dinem  hec  dicta  sunt  :  «  Deferunt  arma  ad  bellum  con- 
grua  ;  in  dextra*  vel  inter  utrasque  scapulas  crucem 
Christi  bajulant;  sonum  vero  :  Deus  le  volt!  Deus  le 
volîlDeus  le  volt ^ !  unavoce  conclamant.  »  Mox  sancto 
commotusSpiritu  jussit  preciosissimum^  pallium,  quod 
apud  se  habebat,  incidi  totumque  statim  in  cruces  ex- 
pendit®. 

Cepit  tune  ad  eum  vehemenier  concurrere  maxima 
pars  militum  qui  erant  in  obsidione  ilia,  adeo  ut  Roge- 

a.  protnisitque  A*,  B.  —  b.  elemosynam  .<43;  eleemosynam  A'^y 
B,  C.  —  c.  de  Francia  C>,  C*.  —  d.  quam  ostensionem  in  via 
Christi  portet  A^y  C.  —  e.  dextera  C®.  —  /.  Deus  vult,  Deus 
vult,  Deus  vult  Ay  C;  les  manuscrits  consultés  par  Bongars  (Bj 
paraissent  avoir  conservé  la  forme  primitive  traduite  en  latin  par 
les  copistes  de  A  et  C.  Cf.  Tudebode  :  «  Deus  lo  vult!  »  Baudri 
de  Dol  donne  les  deux  formes  :  «  Deus  vult,  Deus  volt!  »  — 
g.  pretiosissimum  A^,  A^,  By  C. 


1.  Récit  détaillé  de  ces  négociations  dans  Albert  d’Aix  et  Anne 
Comnène  (/oc.  cit.). 

2.  Ce  fut  seulement  après  quelques  jours,  vers  le  i8  février,  que 
l’empereur  décida  Godefroi  à  passer  en  Asie  (Albert  d’Aix,  loc. 
cit.). 


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*9 


BOHÉMOND  PREND  LA  CROIX  (1O96) 

un  accord  avec  Pempereur^  qui  l’engagea  à  traverser  le 
Bras  de  saint  Georges  2  et  l’autorisa  à  se  ravitailler  autant 
que  les  ressources  de  Constantinople  le  permettraient,  ainsi 
qu’à  recevoir  une  aumône  qui  assurât  la  subsistance  des 
pauvres  3. 

[4.]  De  son  côté,  Bohémond  le  Victorieux,  qui  se  trouvait 
au  siège  d'Amalfi  du  Pont-Scaphard^,  apprenant  la  venue 
d’un  peuple  chrétien  innombrable,  composé  de  Francs, 
résolu  à  se  rendre  au  sépulcre  du  Seigneur  et,  prêt  à  livrer 
bataille  à  la  gent  païenne*,  fît  rechercher  exactement  de 
quelles  armes  ce  peuple  se  servait  au  combat,  quel  emblème 
du  Christ  il  portait  en  chemin,  quel  cri  de  ralliement  il 
poussait  dans  les  batailles.  Il  lui  fut  répondu  dans  le  même 
ordre  :  «  Ils  ont  des  armes  convenables  à  la  guerre;  sur 
l’épaule  ou  entre  les  deux  épaules  ils  portent  la  croix  du 
Christ;  leur  cri  :  Dieu  le  veut!  Dieu  le  veut!  est  poussé 
par  tous  d’une  seule  voix.  »  Aussitôt,  incité  par  l’Esprit- 
Saint,  Bohémond  ordonna  de  découper  un  précieux  man¬ 
teau  qu’il  portait  et  en  fit  distribuer  les  morceaux  découpés^ 
en  croix®. 

Alors  la  plus  grande  partie  des  chevaliers  qui  assiégeait  la 
ville  courut  à  lui  impétueusement,  si  bien  que  le  comte 

3.  D’après  Albert  d’Aix,  l’empereur  promit  une  subvention  heb¬ 
domadaire  jusqu’à  la  Pentecôte  non  seulement  pour  les  pauvres, 
mais  pour  les  chevaliers. 

4.  Au  début  de  1096,  Roger,  duc  de  Fouille,  et  Bohémond  assié¬ 
geaient  Amalfi  révoltée  (Chalandon,  Histoire  de  la  domination 
normande  en  Italie.,  t.  I,  1907,  p.  3o2).  Bohémond,  fils  de  Robert 
Guiscard  et  de  sa  première  femme,  Aubrée,  avait  pris  une  part 
importante  à  l’expédition  normande  de  1081-1084  contre  l’empire 
byzantin.  En  1082,  après  la  prise  de  Durazzo,  il  avait  battu  plu¬ 
sieurs  armées  impériales  et  envahi  la  Thessalie.  —  Sur  l’expres¬ 
sion  de  Pont-Scaphard  appliquée  à  Amalfi,  voir  Tudebode,  p.  i5, 
et  Robert  le  Moine,  p.  740. 

5.  Il  s’agit  des  croisés  de  la  France  du  nord  et  de  l’ouest,  venus 
en  bandes  séparées  pour  s’embarquer  dans  les  ports  de  l’Italie 
méridionale. 

6.  Notre  auteur  semble  avoir  été  le  témoin  oculaire  de  la  scène 
qu’il  est  le  seul  à  raconter. 


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20 


BOAMUNDUS  AD  BELLUM  PROFICISCITUR 


rius  cornes  pene  solus  remanserit  reversusque  Siciliam 
dolebat  et  merebat®  quandoque  gentem  amittere  suatn ^ . 

Denique  reversas  iterum  in  terrain  suam*,  dominas 
Boamundas  diligenter  honestavit  sese  ad  incipiendum 
Sancti  sepalcri  iter.  Tandem  transfretavit  mare  cam  sao 
exercita,  et  cum  eo  Tancredas,  Marchisi  filius^,  et  Ri- 
chardus  princeps  ac  Rainalfas,  frater  eius^,  et  Rotber- 
tus  de  Ansa  et  Hermannus  de  Canni,  Rotberius  de 
Surda  Valle,  Roiberias,  filias  Tostanni*,  et  Hanfre- 
das,  filius  Radalfi,  et  Richardas,  filius  comitis  Rainalfi, 
et  cornes  de  Russinolo  cam  fratribas  suis^  et  Boello 
Carnotensis*^  et  Alberedas  de  Cagnano  et  Hunfredas 
de  Monte  Scabioso*.  Hi  omnes  transfretaverant  ad 
Boamandi  famalatam®  et  applicuerant  Balgarie’  par- 
tibas,  abi  invenerant  nimiam  abandantiam  frumenti  et 
vini  et  alimentoram  corporis. 

Deinde  descendentes  in  vallem  de  Andronopoli®  ex- 
spectaverant  gentem  saam,  donec  omnes  pariter  trans- 
frétassent.  Tune  Boamundas*^  ordinavit  concilium 
cum  gente  sua,  confortans  et  monens  eos*  ut  boni  et 
humiles  essent  et  ne  depredarent-^  terram  istam  que 

a.  maerebat  A*,  B,  C.  —  b.  Toustani  A^;  Tonstani  A^.  — 
c.  Charnotensis  A^.  —  d.  sapiens  Boamundus  B.  —  e.  A  la  suite 
de  ce  moty  B  ajoute  :  dicens  :  «  Seniores,  caveie  omnes  vos  quia 
sumus  peregrini  Dei.  Oportet  igitur  nos  esse  magis  bonos  et 
humiles  quam  ante  fuimus  et  nulite  depraedare  terram  islam, 
quia  Christianorum  est,  et  nemo  accipiat  plus,  nisi  quod  ei  suffi* 
ciat  ad  edendum  pro  benedictione  ».  Même  interpolation  dans 
V  «  Hist.  belli  sacri  p.  iTj  {avec  la  variante  :  suosque  con- 
fortabat  et  ammonebat  dicens  :  «  Viri  prudentes,  abstinete  vos 
a  malo.  Nos  sumus...  »).  Même  discours  délayé  dans  Baudri  de 
Bourgueily  p.  22-23^  tandis  qu’ici  Tudebode  concorde  avec  A  et 
C.  —  /.  depredarentur  A^,  C^. 

I.  11  dut  abandonner  le  siège  d’Amalh  (Chalandon,  Histoire  de 
la  domination  normande  en  Italiej  t.  I,  p.  3o2). 


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DÉPART  DE  BOHÉMOND  POUR  LA  CROISADE  (1096]  21 

Roger  resta  presque  seul.  Revenu  en  Sicile,  il  se  plaignait  et 
s’affligeait  d’avoir  perdu  toute  son  armée  ^ 

De  retour  dans  sa  terre*,  le  seigneur  Bohémond  se  pré¬ 
para  avec  zèle  à  prendre  le  chemin  du  Saint  Sépulcre. 
Enfin,  il  traversa  la  mer  avec  son  armée.  Avec  lui  se  trou¬ 
vaient  Tancrède,  fils  du  marquis*;  le  prince  Richard  et 
Renoul,  son  frère-*;  Robert  d’Anse,  Hermann  de  Cannes, 
Robert  de  Sourdeval;  Robert,  fils  de  Tostain;  Onfroi,  fils 
de  Raoul;  Richard,  fils  du  comte  Renoul;  le  comte  de  Rus- 
signolo  et  ses  frères,  Boel  de  Chartres,  Aubré  de  Cagnano, 
Onfroi  de  Monte-Scabioso*.  Tous  firent  la  traversée  aux 
frais  de  Bohémond®  et  abordèrent  en  Bulgarie^,  où  ils 
trouvèrent  en  abondance  le  blé,  le  vin  et  tous  les  aliments 
utiles. 

Puis  ils  descendirent  dans  la  vallée  d’Andronopolis®  et 
attendirent  que  toute  leur  armée  eût  accompli  le  passage. 
Alors  Bohémond  tint  conseil  avec  son  armée,  encourageant 
les  siens,  les  exhortant  à  la  bonté,  à  l’humilité  et  à  s’abste¬ 
nir  de  ravager  cette  terre  qui  appartenait  à  des  chrétiens  et 


2.  Bohémond  était  seigneur  de  Tarente,  Oria,  Otrante,  Galli- 
poli,  qu’il  avait  arrachés  à  son  frère  Roger  (1086)  (voir  Chalan- 
don,  Histoire  de  la  domination  normande  en  Italie^  l.  I,  p.  288). 

3.  Voir  ci-dessus,  p.  i5,  note  8. 

4.  Il  s’agit  de  Richard  du  Principal.  Voir  ci-dessus,  p.  i3,  n.  8. 

5.  Tous  ces  chevaliers  sont  des  Normands  qui  ont  reçu  des  fiefs 
en  Italie  (Chalandon,  op.  cit.,  t.  I,  p.  3o2).  Le  Monte-Scabosio  est 
identifié  avec  Monte-Scaglioso,  château  du  diocèse  de  Matera 
(Basilicate). 

6.  Ils  font  partie  de  la  «  maison  >  de  Bohémond,  qui,  suivant 
l’usage  féodal,  pourvoit  à  leur  entretien. 

7.  D’après  Albert  d’Âix  (II,  18,  p.  3i3),  les  forces  de  Bohémond 
débarquèrent  à  Avlona  (Valons)  et  Ourazzo.  Le  terme  de  a  Bul¬ 
garie  désigne  la  Macédoine  occidentale,  qui  avait  été  le  centre 
de  l’empire  bulgare  des  schichmanides,  soumis  par  Basile  II  en 
1018. 

8.  Vallée  d’un  affluent  de  la  Voïoussa,  probablement  le  Drino, 
au  sud  d’Argyrocastro,  dont  la  vallée  s’appelle  encore  «  Dro- 
poli  ». 


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22 


BOAMUNDUS  CASTORIAM  PERVENIT 


Christianorum  erat  et  nemo  acciperet,  nisi  quod  ei  suf- 
ficeret  ad  edendum’. 

Tune  exeuntes,  inde  venerunt  per  nimiam  plenitudi- 
nem  de  villa  in  villam,  de  civitate  in  civitatem,  de  cas- 
tello  in  castellum,  quousque  pervenimus-  Castoriam® 
ibique  Nativitatem  Domini  sollemniter"  celebravimus 
fuimusque  ibi  per  pluresdieset  quesivimus  mercatum; 
sed  ipsi  noluerunt  nobis  assentire,  eo  quod  valde  time* 
bani  nos,  non  putantes  nos  esse  peregrinos,  sed  velle 
populari  terram  et  occidere.illos*.  Quapropter  appre- 
hendebamus  boves,  equos  et  asinos  et  omnia  quæ  inve- 
niebamus,  Egressi  de  Castoria,  intravimus  Palago- 
niam  in  qua  erat  quoddam  hereticorum  castrum,  quod 
undique  aggressi  sumus,  moxque  nostro  succubuit  im- 
perio;  accenso  itaque  igné,  combussimus  castrum  cum 
habitatoribus  suis**. 

Postea  pervenimus  ad  flumen  Bardarum’.  Denique 
perrexit  dominus  Boamundus  ultra  cum  sua  gente,  sed 
non  tota.  Remansit  enim  cornes  de  Russignolo  cum  fra- 
tribus  suis.  Venit  exerciius  imperatoris  et  invasit  comi- 
tem  cum  fratribus  suis  et  omnes,  qui  erant  cum  eis. 

a.  sollempniter  A^.  —  b.  scilicet  haereticorum  congregatio  B; 
même  leçon  dans  Tudebode,  p.  1 6  {avec  la  variante  congrega- 
tione);  dans  V  «  Hist.  belli  sacri  »,  p.  777  {avec  la  variante  con- 
gregationem).  C’est  un  exemple  caractérisé  de  glose.  Cf.  Intro- 
duction^  p.  xxviii. 

1.  Témoignage  intéressant  qui  indique  chez  Bohémond  le  désir 
de  ménager  l’empereur. 

2.  Pour  la  première  fois,  l’auteur  parle  à  la  première  personne. 
11  se  trouvait  donc  dans  l’armée  de  Bohémond. 

3.  Castoria,  située  dans  une  presqu’île,  à  l’ouest  du  lac  du  même 
nom,  était  une  forteresse  importante  prise  par  Robert  Guiscard 
en  1082.  Bohémond,  qui  avait  pris  part  à  cette  expédition,  con¬ 
naissait  admirablement  la  région  et,  après  son  échec  devant  La¬ 
rissa,  il  s’était  justement  réfugié  à  Castoria,  reprise  par  Alexis 
Comnène  en  io83  (Anne  Comnène,  VII,  1,  p.  i85). 


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BOHÉMOND  ARRIVE  A  CASTORiA  (25  décembre  1096)  23 

à  ne  rien  prendre  en  dehors  de  ce  qui  était  nécessaire  à  leur 
nourriture*. 

Alors  eut  lieu  le  départ,  et  on  alla  au  milieu  d’une  grande 
abondance  de  domaine  en  domaine,  de  cité  en  cité,  de  ch⬠
teau  en  château.  Nous  parvînmes*  ainsi  à  Castoria*  et  nous 
y  célébrâmes  solennellement  la  Nativité  du  Seigneur.  Nous 
y  restâmes  plusieurs  jours  et  nous  cherchâmes  à  nous  ravi¬ 
tailler,  mais  la  population  ne  voulut  pas  y  consentir,  parce 
qu’elle  nous  redoutait  beaucoup.  Elle  refusait  de  voir  en 
nous  des  pèlerins  et  croyait  que  nous  voulions  dévaster  sa 
terre  et  la  massacrer^.  Aussi  nous  nous  emparions  des 
bœufs,  des  chevaux,  des  ânes  et  de  tout  ce  que  nous  trou¬ 
vions.  Ayant  quitté  Castoria,  nous  entrâmes  en  Pèlagonie'*, 
où  se  trouvait  une  ville  d’hérétiques.  Nous  l’attaquâmes  de 
tous  côtés  et  elle  fut  bientôt  en  notre  pouvoir  :  ayant  allu¬ 
mé  du  feu,  nous  brûlâmes  la  ville  avec  ses  habitants*. 

Après  quoi  nous  atteignîmes  le  fleuve  Vardar^.  Le  sei¬ 
gneur  Bohémond  continua  avec  sa  troupe,  mais  non  tout 
entière,  car  le  comte  de  Russignolo  resta  là  avec  ses  frères. 
L'armée  impériale  survint  et  attaqua  le  comte  ainsi  que  ses 
frères  et  tous  ceux  qui  étaient  avec  eux. 


4.  Sur  la  terreur  excitée  en  Macédoine  par  le  passage  des  croi¬ 
sés,  voir  la  lettre  de  Théophylacte,  archevêque  d’Ochrida  (Migne, 
Patrologie  grecque,  t.  CXXVl,  col.  324-325). 

5.  Nom  antique  d’une  région  de  la  Haute-Macédoine  qui  cor¬ 
respond  à  la  plaine  de  Monastir  et  de  Prilep. 

6.  Il  s’agit  d’une  colonie  de  Manichéens,  peut-être  de  Bogo- 
miles,  très  nombreux  sur  le  territoire  de  l’ancienne  Bulgarie.  Sur 
l’importance  de  ce  mouvement  à  cette  époque,  voir  Chalandon, 
Alexis  Comnène,  p.  3i8-32o,  et  Œconomos,  La  vie  religieuse  dans 
Vempire  byzantin  au  temps  des  Comnènes  (1918),  p.  38-47. 

XI*  siècle,  castrum  a  pris  le  sens  de  «  ville  forte  »  (voir  Du  Gange, 
Glossarium  mediae  et  infimae  latinitatis,  au  mot  :  castrum'j. 

7.  La  Via  Egnatia,  que  les  croisés  avaient  dû  rejoindre  à  Edesse 
(Vodena),  traversait  le  Vardar  à  Topchin,  à  l’ouest  de  Thessalo- 
nique,  mais,  comme  cette  ville  n’est  pas  mentionnée  par  l’Ano¬ 
nyme,  il  est  possible  que  le  passage  du  fleuve  ait  eu  lieu  plus  au 
nord.  Sur  l’itinéraire  de  Bohémond,  voir  Th.  Desdevises  du  De- 
zert,  Géographie  ancienne  de  la  Macédoine  (Paris,  i863),  p.  214. 


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24 


DE  PUGNA  AD  FLUMEN  BARDARUM 


Quod  audiens  Tancredus\  rediit  rétro  et  projectus® 
in  flumen  natando  pervenit  ad  alios;  et  ii  miilia*  mise-^ 
runt  se  in  flumen  sequendo^  Tancredum.  Tandem  inve- 
neruntTurcopolos  et  Pincinacos^  dimicantes  cum  nos- 
tris,  quos  repente  fortiter  invaserunt  et  prudenter  eos 
superaverunt;  et  apprehenderunt  plures  ex  illis  et  duxe- 
runt  illos  ligatos  ante  domini  Boamundi  presentiam^ 
quibus  ait  ipse  :  «  Quare,  miseri,  occiditis*  gentem 
Christi  et  meam?  Ego  cum  vestro  imperatore  nullam 
altercationem  habeo.  »  Qui  responderunt  :  «  Nos  nequi- 
mus  aliud  agere;  in  roga  imperatoris  locati-^  sumus  et 
quicquid  nobis  împerat^  nos  oportet  implere®.  »  Quos 
•  Boamundus  impunitos  permîsit  abire. 

Hoc  bellum  factum  est  in  iv‘*  feria,  que  est  caput  jeju- 
nii^.  Per  omnia  benedictus  Deus.  Amen'^. 


[NARRATIO  SECUNDA] 

[6.]  Mandavit^  infelix  imperator  simul  cum  nostris 
nunciis^  uni  ex  suis,  quem  valde  diligebat,  quem  et 
corpalatium®  vocant,  ut  nos  secure  deduceret  per  ter- 

a.  proiciens  C;  se  0,C*.  —  b.  milia  C®.  —  c.  sequentes  C. 
—  d.  Pinzinacos  —  e.  occidistis  A^,  O,  C®.  —  /.  locati  omis 
dans  B.  —  g.  imperatur  O.  —  h.  Explicit  liber  I.  Incipit  liber 
secundus  AK  Pas  d'alinéa  dans  A^,  —  i.  mandavit  interfea  C. 

1.  Tancrède,  fils  d’Eude  le  Bon,  marquis  et  neveu  par  sa  mère 
de  Robert  Guiscard,  parait  avoir  été  le  principal  lieutenant  de 
Bohémond  :  «  Obtentum  est,  ut  sub  Boamundo  ipse,  quasi  dux 
sub  rege,  secundus  ab  eo  militaret...  b  (Raoul  de  Caen,  3,  p.  607).. 

2.  Cfi  Raoul  de  Caen,  3,  p.  607-610. 

3.  Cette  réponse  de  vrais  mercenaires  n’était  sans  doute  pas- 
conforme  aux  véritables  instructions  de  l’empereur. 

4.  Le  mercredi  des  Cendres,  18  février  1097. 


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25 


BATAILLE  DU  VARDAR  (l8  févriCF  IO97) 

Tancrède‘,  l’ayant  appris,  revint  sur  ses  pas,  se  jeta  dans 
le  fleuve  et  parvint  en  nageant  à  rejoindre  ses  compagnons; 
deux  mille  hommes  se  jetèrent  aussi  dans  le  fleuve  et  sui¬ 
virent  Tancrède.  Ils  trouvèrent  des  Turcoples  et  des  Pet- 
chénègues  qui  combattaient  contre  les  nôtres,  les  attaquèrent 
soudain  avec  courage  et  en  vinrent  à  bout,  puis  ils  en  prirent 
un  certain  nombre  et  les  amenèrent  tout  liés  en  présence 
du  seigneur  Bohémond^,  qui  leur  dit  :  «  Pourquoi,  malheu¬ 
reux,  massacrez-vous  l’armée  du  Christ,  qui  est  aussi  la 
mienne?  Je  n’ai  pourtant  aucune  querelle  avec  votre  empe¬ 
reur.  »  A  quoi  ils  répondirent  :  «  Nous  ne  pouvons  pas  agir 
autrement  :  nous  nous  sommes  loués  à  la  solde  de  l’empe¬ 
reur,  et  tout  ce  qu’il  nous  ordonne  il  nous  faut  l’accom- 
plir^.  »  Bohémond  leur  permit  de  se  retirer  impunis. 

Cette  bataille  eut  lieu  le  quatrième  jour  de  la  semaine  qui 
marque  le  début  du  carême^.  Que  Dieu  soit  béni  en  toutes 
choses!  Ainsi-soit-il! 


[DEUXIEME  RECIT] 

[De  la  bataille  du  Vardar  a  la  prise  de  Nicée 

(18  FÉVRIER-I9  JUIN  1097)] 

[6.]  Le  misérable  empereur  envoya  en  même  temps  que 
nos  ambassadeurs^  l’un  des  siens  qu’il  avait  en  grande  affec¬ 
tion  et  que  l’on  appelle  curopalate®,  afin  qu’il  nous  condui- 

5.  Albert  d’Aix  (II,  14,  p.  Sog)  parle  bien  d’une  ambassade  de 
Bohémond,  mais  dénature  les  faits  en  supposant  qu’elle  avait  été 
envoyée  à  Godefroi  de  Bouillon  pour  lui  proposer  de  détruire 
l’empire. 

6.  Le  mot  latin  corpalatius  est  une  corruption  de  «  curopa¬ 
late  »,  une  des  plus  hautes  dignités  de  la  hiérarchie  impériale. 
11  semble  que,  dans  la  pensée  de  l’Anonyme,  curopalate  est 
synonyme  du  terme  occidental  palatin  et  signifie  un  agent  de 
l’empereur,  sans  préciser  davantage.  Les  textes  byzantins  ne 
montrent  jamais  ce  titre  appliqué  à  de  simples  fonctionnaires, 
mais  à  des  princes  de  la  famille  impériale  ou  à  des  rois  vassaux 
de  l’Empire. 

Première  croisade.  i 


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26 


D£  ADVENTU  AD  SERRAM  URBEM 


ram  suam,  donec  veniremus  Constantinopolim.  Cum- 
que  transiremus  ante  illorum  civitates,  jubebat  habita- 
toribus  terre  ut  nobis  asportarent"  mercatum,  sicut 
faciebant  et  illi  quos  diximus.  Certe  tantum  timebant 
fortissimam  gentem  domini  Boamundi  ut  nullum  nos- 
trorum  sinerent  intrare  muros  civitatum.  Volueruntque 
nostri  quoddam  castrum*  aggredi  et  apprehendere^  eo 
quod  erat  plénum  omnibus  bonis;  sed  vir  prudens  Boa- 
mundus  noluit  consentire,  tantum  pro  justicia  terre  ^ 
quantum*'  pro  fiducia  imperatoris.  Unde  valde*^  iratus 
est*  cum-'^  Tancredo  et  aliis  omnibus^.  Hoc  factum  est 
vespere;  mane  vero  facto,  exierunt  habitatores  castri  et 
cum  processione  deferentes  in  manibus  cruces,  vene- 
runt  in  presenciam  Boamundi.  Ipse  vero  gaudens  rece- 
pit  eos  et  cum  leticia  abire  permisit  illos*^. 

Deinde  venimus  ad  quamdam  urbem  que  dicitur 
Serra*,  ubi  nostra  fiximus  tentoria  et  sat  habuimus 
mercatum  illis  diebus  conveniens^.  Ibi  Boamundus 
concordatus'*  est  cum  duobus  corpalatiis^*  et  pro  ami- 
cîcia*  eorum  ac  pro  justicia  terre  jussit  reddi  omnia 
animalia  que  nostri  depredata^  tenebant"*.  Deinde  per- 
venimus"  ad  Rusam  civitatem*.  Grecorum  autem  gens 

a.  apportarent  B,  C.  —  b.  castellum  A^.  —  c.  tam...  quam 
C.  —  d.  valde  omis  dans  A^.  —  e.  est  propter  hoc  B  et  n  Hist. 
belîi  sacri  »,  p.  lyü.  —  /.  cum  omis  dans  C.  —  g.  illos  omis 
dans  C*  et  C*.  —  h.  ibique  doctus  Boamundus  optime  concor- 
datus  B.  —  I.  corpalaciis  A^.  —  k.  Sic  dans  A^  et  A^)  amicitia 
B,  C.  —  l.  deperdaia  A^.  —  m.  tenebant  et  corpalatius  illi 
promiserat  mîssos  rétro  mandare  et  hominibus  illis  animalia  per 
ordinem  reddi  B  et  C*  {texte  altéré  et  inintelligible);  et  chorpa- 
lasiis  illis  promiserat  rétro  missis  mandare  et  ilia  omnia  animalia 
per  ordinem  reddi  dans  V  «  HiSt.  belli  sacri  it^p.  lyS,  leçon  plus 
correcte  de  ce  qu'on  peut  considérer  comme  une  interpolation.  Ce 
passage  ne  figure  pas  dans  Tudebode,  mais  Baudri  de  Bourgueil 
(I^  ig,  p.  24/  le  résume.  —  n.  pervenimus  de  castello  in  castel¬ 
lum  et  de  villa  in  villam  B  et  t  Hist.  belli  sacri  »,  p.  ijÿ. 

I.  L’expression  terre  dont  se  sert  l’Anonyme  désigne 


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•  - 


27 


ARRIVÉE  A  SERRES  (février  1097) 

sît  en  sûreté  par  toute  sa  terre  jusqu’à  notre  arrivée  à  Cons¬ 
tantinople.  Quand  nous  passions  devant  leurs  villes,  il 
donnait  l’ordre  aux  habitants  de  nous  apporter  des  provi¬ 
sions,  comme  faisaient  ceux  dont  nous  avons  déjà  parlé. 
D’ailleurs,  ils  craignaient  tellement  la  courageuse  armée  du 
seigneur  Bohémond  qu’ils  ne  permettaient  à  aucun  d’entre 
nous  de  franchir  les  murailles  de  leurs  cités.  Une  fois,  les 
nôtres  voulaient  assaillir  et  capturer  une  place  forte,  sous 
prétexte  qu’elle  renfermait  des  provisions  abondantes,  mais 
le  sage  Bohémond  refusa  d’y  consentir,  tant  à  cause  de  la 
franchise  de  la  terre  <  que  de  la  foi  promise  à  l’empereur. 
Il  en  fut  très  irrité  contre  Tancrède  et  tous  les  autres*.  Cet 
incident  eut  lieu  le  soir;  le  lendemain  matin,  on  vit  sortir 
en  procession  les  habitants  de  la  ville,  la  croix  à  la  main,  et 
ils  vinrent  en  présence  de  Bohémond,  qui  les  reçut  avec 
joie  et  leur  permit  de  se  retirer  dans  l’allégresse. 

Puis  nous  atteignîmes  une  ville  appelée  Serres*,  où  nous 
plantâmes  nos  tentes,  et  nous  y  trouvâmes  en  quantité  suffi¬ 
sante  la  nourriture  convenable  à  cette  saison*.  Ce  fut  là  que 
Bohémond  fit  une  convention  avec  deux  curopalates*  et,  par 
amitié  pour  eux,  ainsi  que  pour  respecter  la  franchise  de  la 
terre,  il  donna  l’ordre  de  restituer  tous  les  animaux  dont 
les  nôtres  s’étaient  emparés  en  maraudant.  Ensuite  nous 
parvînmes  à  la  ville  de  Rousa®;  le  peuple  grec  en  sortait  et 

l’immunité  qui  appartient  à  toute  terre  chrétienne.  Ce  passage 
montre  clairement  la  véritable  attitude  de  Bohémond  à  l’égard 
de  l’empire  et  suffit  à  démentir  celle  que  lui  prête  Albert  d’Aix 
(voir  plus  haut,  p.  25,  n.  5). 

2.  Raoul  de  Caen  ignore  l’incident,  mais  fait  allusion  à  la  mé¬ 
sintelligence  entre  Bohémond  et  Tancrède  qui  en  résulta  (Raoul, 
loii,  p.  6i2-6i3).  Baudri  de  Bourgueil  (I,  19,  p.  24)  décrit  la 
discussion  violente  qui  eut  lieu  entre  Bohémond  et  ses  cheva¬ 
liers. 

3.  Serrés,  principale  ville  de  la  Macédoine  orientale,  étape  de 
la  route  qui  continuait  la  Via  Egnatia  de  Salonique  à  Constanti¬ 
nople.  Il  ne  semble  pas  que  l’armée  de  Bohémond  ait  traversé 
Salonique,  et  c’est  justement  à  Serrés  qu’elle  a  dû  rejoindre  cette 
route  importante. 

4.  C’est-à-dire  au  carême,  où  l’on  était  entré  depuis  le  18  février. 

5.  Sur  ces  négociations,  cf.  Raoul  de  Caen,  9-10,  p.  611-612. 

6.  Aujourd’hui  Rüskioï,  place  importante  de  la  Thrace. 


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28 


BOAMUNDUS  CONSTANTINOPOLIM  PETIT 


exibat  et  veniebat  gaudens  in  occursum  domini  Boa- 
mundi,  nobis  deferens  maximum  mercatum^  ibique 
nostros  tetendimus  papiliones  in  quarta  feria  ante  Ge- 
nam  Domini’;  ibi  etiam  Boamundus"  totam  gentem 
suam  dimisit  perrexitque  loqui*  cum  imperatore^  Cons- 
taniinopolim**,  ducens®  secum  paucos  milites*.  Tancre- 
dus-^  remansit  caput  milicie  Christi  vidensque  peregri- 
nos  cibos  emere,  ait  intra  se  quod  exiret  extra  viam  et 
tune  populum  conduceret  ubi  féliciter  viveret.  Denique 
intravit  in  vallem  quamdam  plenam  omnibus  bonis  que 
corporalibus  nutrimentis^  sunt  congrua,  in  qua  Pascha 
Domini  devotissime  celebravimus^. 

[6.]  Cum*  imperator  audisset  honestissimum  virum 
Boamundum  ad  se  venisse,  jussit  eum  honorabiliter 
recipi  et  caute  hospitari  extra  urbem*.  Quo  hospitato 
imperator*  misitpro  eo,  utveniret  loqui*simul  secreto 
secum.  Tune  illuc  quoque^  venit  dux  Godefridus  eum 
fratre  suo®,  ac  deinde  cornes  Sancti  Egidii  appropin- 
quavit  civitati  Tune  imperator,  anxiens  et  bulliens  ira, 
cogitabat  quemadmodum  callide  fraudulenterque  com- 
prehenderet"*  hos  Christi  milites*;  sed,  divina  gratia 

a.  doctus  Boamundus  fi,  C.  —  b,  loqui  omis  dans  A^,  A^.  — 
c.  iniquissimo  imperatore  fi.  —  d.  Constantinopolim  suisque 
hominibus  imperavit  dicens  :  «  Modeste  appropinquate  civita> 
tem,  ego  autem  ibo  prius  »  fi,  C*  et  Tudebode,  p.  i8;  «  Hist. 
belli  sacri  »,  p.  iy8;  Baudri  de  Bourgueil,  /,  19,  p-  24.  — 
e.  ducens  tum  A^ ;  qui  et  ducit  fi.  — /.  Tancredus  ergo  C*;  vero 
O,  C*.  —  g.  incrementis  .4*,  A^^  O,  C*.  —  h.  Cum  autem  C.  — 
2.  malignus  imperator  fi.  —  k.  loqui  om25  dans  A^.  —  l.  Tune 
omis  dans  fi;  quoque  omis  dans  A^.  —  m.  comprehenderent 
^9,  fi,  CK 

1.  Douze  jours  plus  tard,  l’armée  des  Provençaux  passe  au 
même  endroit,  prend  la  ville  d’assaut  et  la  met  à  sac  (Raimond 
d’Aguilers,  2,  p.  237).  Rien  ne  montre  mieux  la  différence  entre 
la  discipline  des  deux  armées. 

2.  Le  mercredi  saint,  i**  avril  1097. 


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BOHÉMOND  GAGNE  CONSTANTINOPLE  (l"  avfil  IO97)  29 

venait  tout  joyeux  à  la  rencontre  du  seigneur  Bohémond 
«n  nous  apportant  d’abondantes  provisions^  Nous  y  dres¬ 
sâmes  nos  pavillons  le  mercredi  avant  la  Cène  du  Sei- 
gneur^.  Là,  Bohémond  laissa  toute  son  armée  et  pour¬ 
suivit  sa  route  vers  Constantinople  afin  de  s’aboucher  avec 
l’empereur,  emmenant  avec  lui  un  petit  nombre  de  cheva¬ 
liers®.  Tancrède  demeura  à  la  tête  de  la  milice  du  Christ. 
Voyant  les  pèlerins  acheter  des  mets,  il  se  promit  à  part  soi 
d’abandonner  la  grand’route  et  de  conduire  le  peuple  dans 
un  endroit  où  il  pût  vivre  largement.  Il  pénétra  dans  une 
vallée  pourvue  de  toute  espèce  de  biens  convenables  à  la 
nourriture  du  corps  et  nous  y  célébrâmes  la  Pâque  du  Sei¬ 
gneur  en  grande  dévotion^. 

[6.]  L’empereur,  informé  que  le  très  honorable  Bohémond 
était  venu  à  lui,  donna  l’ordre  de  le  recevoir  avec  honneur 
et  de  le  loger  avec  égards  hors  de  la  ville*.  Après  son  ins¬ 
tallation,  il  lui  fit  demander  de  venir  conférer  avec  lui  en 
secret.  A  cet  entretien  prirent  part  aussi  le  duc  Godefroi  et 
son  frère®,  puis  le  comte  de  Saint-Gilles  approcha  de  la 
cité^.  L’empereur,  anxieux  et  bouillant  de  colère,  se  deman¬ 
dait  comment  il  pourrait,  par  ruse  et  par  fraude,  venir  à 
bout  de  ces  soldats  du  Christ*;  mais,  par  la  grâce  divine,  ni 

3.  Ce  départ  précipité  achève  de  dévoiler  le  dessein  politique  de 
Bohémond,  qui,  il  ne  faut  pas  Toublier,  avait  été  auparavant  un 
des  ennemis  les  plus  redoutables  de  l’empire.  Au  sujet  de  la  sévé¬ 
rité  avec  laquelle  la  démarche  de  Bohémond  est  jugée  par  Tan¬ 
crède,  voir  Raoul  de  Caen,  lo-ii,  p.  6i2-6i3. 

4.  Le  5  avril  1097. 

5.  11  fut  logé  comme  les  autres  Latins  près  du  monastère  des 
•  saints  Côme  et  Damien  (Cosmidion),  non  loin  des  Blachernes 

(Anne  Comnène,  X,  9-1 1,  p.  86,  96).  Cf.  Ebersolt,  Sanctuaires  de 
By\ance  (1921),  p. 

6.  En  contradiction  avec  Anne  Comnène  (X,  ii,  p.  95-97), 
d’après  laquelle  Alexis  voulut  voir  Bohémond  avant  qu’il  se  fût 
concerté  avec  les  autres  chefs. 

7.  Raimond  de  Toulouse  avait  quitté  son  armée  à  Rodosto, 
appelé  par  l’empereur  et  les  chefs  croisés  (Raimond  d’Aguilers, 
2,  p.  237). 

8.  Même  partialité  à  l’égard  de  l’empereur,  qui  se  trouvait  en 
fait  dans  une  situation  très  critique. 


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3o 


IMPERATOR  MILITES  SACRAMENTO  ADIGIT 


revalante,  neque  locus  neque  nocendi  spacium  ab  eo 
vel  a  suis  inventa  sunt.  Novissime  vero  congregati  om- 
nes  majores  natu“  '  qui  Constantinopoli  erant,  timentes 
ne  sua  privarentur  patria,  repererunt  in  suis  consiliis 
atque  ingeniosis  schematibus  quod  nostrorum  duces, 
comités  seu  omnes  majores  imperatori  sacramentum 
fideliter*  facere  deberent.  Quod^  omnino  prohibuerunt 
dixeruntque  :  «  Certe  indigni  sumus  atque  justum*^  no- 
bis  videtur  nullatenus*  ei  sacramentum  jurare.  » 

Forsitan  adhuc  a  nostris  majoribus  sepe  delusi  eri- 
mus^  ;  ad  ultimum  quid  facturi  erunt?  Dicent  quoniam, 
necessitate  compulsi,  volentes  nolentesque-^  humilia- 
verunt  se  ad  nequissimi  imperatoris  voluntatem*! 

Fortissimo  autemviro  Boamundo,  quemvalde  time- 
bat,  quia  eum  sepe^  cum  suo  exercitu  ejecerat  de 
campo^,  dixit  quoniam,  si  libenter  ei  juraret,  xv  dies 
eundi  terre  in  extensione  ab  Antiochia  rétro  daret  et 
VIII  in  latitudine;  eique  tali  modo  juravit  ut,  si  illefide- 
liter  teneret  illud  sacramentum,  iste  suum  nunquam 
preteriret*.  —  Tarn  fortes  et  tam  duri  milites,  cur  hoc 
fecerunt?  Propterea  igiturquia  multa*  coacti  erant  ne¬ 
cessitate. 

Imperator  quoque  omnibus  nostris  fidem  et  securita- 

a.  natu  omis  dans  C*.  —  b.  fidelitatis  O,  C*.  —  c.  qui  A^.,  B. 
—  d.  injustum  B.  —  e.  ullatenus  B,  C*.  —  /.  nolentes  volentesque 
A^yB.  —  g.  saepe  B,  C;  saepe  omis  dans  A^  et  A^.  —  h.  multi  C*. 

1.  Il  s’agit  des  hauts  fonctionnaires  (ot  ev  teXei,  les  gens  en 
place)  qui  formaient  le  conseil  de  l’empereur.  L’Anonyme  est  le 
seul  à  parler  de  ce  conseil.  Anne  Comnène  (X,  ii,  p.  97)  men¬ 
tionne  simplement  le  serment  prêté  par  les  chefs  croisés. 

2.  Bongars  et  l’éditeur  des  Historiens  occidentaux,  t.  III,  p.  i25, 
comprennent  cette  phrase  dans  les  paroles  des  chefs,  mettant  les 
guillemets  après  «  delusi  erimus  »,  ce  qui  n’a  aucun  sens.  U 
s’agit  d’une  réflexion  de  l'Anonyme.  L’emploi  du  futur  montre 
que  le  morceau  a  été  écrit  sous  l’impression  des  événements. 

3.  Réflexions  curieuses  qui  montrent  combien  l’opinion  géné- 


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l’empereur  exige  le  serment  des  chevaliers  3l 

lui  ni  les  siens  ne  trouvèrent  moyen  de  leur  nuire.  En  der¬ 
nier  lieu,  tous  les  hommes  de  haute  naissance  qui  se  trou¬ 
vaient  à  Constantinople  furent  assemblés  ^  Dans  la  crainte 
d’être  privés  de  leur  patrie,  après  avoir  tenu  conseil  et 
dressé  des  plans  ingénieux,  ils  imaginèrent  que  les  chefs  de 
notre  armée,  les  comtes  et  tous  les  grands,  devraient  prêter 
à  l’empereur  un  serment  de  fidélité.  Mais  ceux-ci  refusèrent 
en  disant  :  «  Ceci  n’est  pas  digne  de  nous,  et  il  nous  semble 
juste  de  ne  lui  prêter  serment  en  aucune  manière.  » 

Peut-être  arrivera-t-il  encore  que  nous  soyons  déçus  par 
nos  chefs*.  Que  feront-ils  en  fin  de  compte?  Ils  diront  que, 
poussés  par  la  nécessité,  il  leur  a  fallu,  bon  gré,  mal  gré, 
s’humilier  devant  la  volonté  de  l’empereur*! 

Au  très  courageux  Bohémond,  qu’il  redoutait  beaucoup, 
car  jadis  il  avait  dû  plus  d’une  fois  décamper  devant  lui 
avec  son  armée^,  l’empereur  promit  que,  s’il  prêtait  ser¬ 
ment  sans  se  faire  prier,  il  recevrait  de  lui,  au  delà  d’An¬ 
tioche,  une  terre  de  quinze  journées  de  marche  en  longueur 
et  de  huit  journées  en  largeur  ;  il  lui  jura  que,  s’il  tenait  fidè¬ 
lement  son  serment,  lui-même  n’oublierait  jamais  le  sien*.  — 
Comment  des  chevaliers  si  braves  et  si  rudes  ont-ils  agi 
ainsi?  Sans  doute  étaient-ils  contraints  par  une  dure  né¬ 
cessité. 

L’empereur,  de  son  côté,  promit  à  tous  les  nôtres  foi  et 


raie  jugeait  sévèrement  la  conduite  des  chefs.  Foucher  de 
Chartres  (I,  9,  p.  332)  explique,  pour  justifier  le  serment,  que  les 
croisés  eussent  été  impuissants  s’ils  ne  s’étalent  conciliés  l’empe¬ 
reur.  Au  contraire,  Raoul  de  Caen  (11,  p.  6i2-6i3)  développe  les 
mêmes  idées  que  l’Anonyme. 

4.  Allusion  aux  victoires  de  Bohémond  sur  les  armées  impé¬ 
riales  pendant  la  guerre  de  Robert  Guiscard  contre  l’Empire 
(io8i-io85),  mais  Bohémond  lui-même  avait  fui  devant  Alexis  à 
Larissa  (Chalandon,  Alexis  Comnène^  p.  62-94). 

5.  L’Anonyme,  bien  informé  de  ce  qui  touche  Bohémond,  est 
le  seul  (avec  ses  imitateurs)  à  parler  de  ce  traité  secret.  D’après 
Anne  Comnène  (X,  ii,  p.  97-98),  Bohémond  prêta  serment  sans 
difficulté  et  reçut  de  magnifiques  présents,  puis  il  demanda  la 
charge  de  grand  domestique  d’Orient;  Alexis  lui  fit  une  réponse 
dilatoire. 


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32  COMES  SANCTI  EGIDII  CUM  IMPERATORE  LITIGAT 


tem  dédit;  juravit  etiam  quia  veniret  nobiscum  pariter 
cum  suo  exercitu  per  terram  et  per  mare  et  nobis  mer- 
catum  terra  manque  fideliter  daret  ac  omnia  nostra  per- 
dita  diligenter  restauraret,  insuper  et  neminem  nostro- 
rum  peregrinorum  conturbari  vel  contristari  in  via 
Sancti  Sepulcri  vellet  aut  permitteret*. 

Cornes  autem  Sancti  Egidii  erat  hospitatus  extra 
civitatem"  in  burgo^  gensque  sua  remanserat  rétro*. 
Mandavit  itaque  imperator  comiti  ut  faceret  ei  homi* 
nium  et  fiduciam*  sicut  alii  fecerunt^  Et  dum  impe¬ 
rator  hec  mandabat^  cornes  meditabatur  qualiter  vin- 
dictam  de  imperatoris  exercitu  habere  posset*^*.  Sed 
dux  Godefridus  et  Rotbertus  cornes  Flandrensis®  aliique 
principes  dixerunt  ei  injustum  fore  contra  Christianos 
pugnare.  Vir  quoque  sapiens  Boamundus  dixit  quia, 
si  aliquid  injustum  imperatori  faceret  et  fiduciam  ei 
facere  prohiberet,  ipse  ex  imperatoris  parte  fieret^. 
Igitur  cornes,  accepto  consilio  a  suis,  Alexio  vitam 
et  honorem  juravit,  quod  nec  per  se  nec  per  alium 
ei  aufere  consentiat*,  cumque  de  hominio  appellare- 
tur®,  non  se  pro  capitis  periculo  id  facturum  respon- 
dit®.  Tune  gens  domini  BoamundiappropinquavitCons- 
tantinopolim-^*®. 

[7.]  Tancredus  vero  et  Richardus  de  Principatu  prop- 

a.  urbem  C*,  C-*.  —  b.  fidelitatem  C*.  —  c.  mandaret  C; 
mandasset  A^.  —  d.  potuisset  C.  —  e.  consentiret  C.  — 

/.  Constantinopoli  B. 

1.  Le  texte  du  serment  de  l’empereur  n’est  donné  que  par  notre 
auteur. 

2.  Sur  l’emploi  de  ces  termes,  voir  plus  haut,  p.  i5,  n.  12. 

3.  Raimond  d’Aguilers,  2,  p.  237. 

4.  D’après  Raimond  d’Aguilers  (2,  p.  238),  le  comte  avait  eu 
déjà  avec  l’empereur  une  entrevue  et  une  discussion  animée. 


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LE  COMTE  DE  ST-GILLES  CONTRE  l’eMPEREUR  (avr.  IO97)  33 

sécurité  et  jura  même  «  qu’il  nous  accompagnerait  avec  son 
armée  par  terre  et  par  mer,  qu’il  assurerait  avec  fidélité 
notre  ravitaillement  sur  terre  et  sur  mer,  qu’il  réparerait 
exactement  toutes  nos  pertes  et  qu’en  outre  il  ne  voulait  ni 
ne  permettait  que  nul  de  nos  pèlerins  fût  molesté  ou  con¬ 
trarié  sur  la  route  du  saint  Sépulcre  » 

D’autre  part,  le  comte  de  Saint-Gilles  avait  son  quartier 
hors  de  la  cité,  dans  un  faubourg*,  et  son  armée  était  restée 
en  arrière*.  L’empereur  manda  au  comte  qu’il  lui  fît  hom¬ 
mage  et  fidélité,  comme  avaient  fait  les  autresL  Mais,  au 
moment  où  l’empereur  envoyait  ce  message,  le  comte  réflé¬ 
chissait  à  la  vengeance  qu’il  pourrait  tirer  de  l’armée  impé¬ 
riale*.  Le  duc  Godefroi,  Robert,  comte  de  Flandre®,  et  les 
autres  princes  lui  représentèrent  qu’il  serait  injuste  de  com¬ 
battre  contre  des  chrétiens.  Le  sage  Bohémond  ajouta  que, 
s’il  commettait  quelque  injustice  envers  l’empereur  et  s’op¬ 
posait  à  ce  qu’on  lui  promît  fidélité,  lui-méme  prendrait  le 
parti  de  l’empereur^.  Aussi  le  comte,  après  avoir  pris  con¬ 
seil  des  siens,  jura  de  respecter  la  vie  et  l’honneur  d’Alexis 
et  de  ne  consentir  jamais  à  ce  que,  soit  de  son  fait,  soit  par 
l’un  des  siens,  il  y  fût  porté  atteinte;  mais,  quand  il  fut  cité 
pour  l’hommage®,  il  répondit  qu’il  n’en  ferait  rien,  même  si 
sa  tête  était  en  péril®.  Ce  fut  à  ce  moment  que  l’armée  de 
Bohémond  approcha  de  Constantinople^®. 

[7.]  Pour  esquiver  le  serment  impérial,  Tancrède  et 

5.  En  représailles  du  sac  de  Rousa,  les  troupes  impériales 
avaient  attaqué  les  Provençaux  à  Rodosto.  Voir,  dans  Raimond 
d’Aguilers  (/oc.  ci7.),  le  récit  plus  complet  du  conflit  et  de  l’arbi¬ 
trage  auquel  l’empereur  se  soumit. 

6.  On  ignore  la  date  de  l’arrivée  du  comte  de  Flandre  à  Cons¬ 
tantinople. 

7.  Détails  confirmés  par  Raimond  d'Aguilers  (/oc.  ci/.). 

8.  Expression  juridique  pour  désigner  la  cérémonie  de  l'hom¬ 
mage  féodal  auquel  tous  les  princes,  sauf  Raimond  et  Tancrède, 
avaient  accepté  de  se  soumettre. 

9.  Même  récit  et  mêmes  expressions  dans  Raimond  d’Aguilers 
(/oc.  cit.). 

10.  Le  26  avril  1097  (Albert  d’Aix,  II,  16,  p.  3i2). 


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4 


34  CRÜSESIGNATI  ANTE  NICAEAM  CASTRA  PONUNT 

ter  jusjurandum  imperatoris  Intenter  transfretaverunt 
Brachium*,  et  fere  ornais  gens  Boamundi  juxta  illos. 
Et  mox  exercitus  comitîs  sanctî  Egidii  «i^ropinquavit 
Constantinopolim®.  Cornes  vero  remansit  ibi  cum  ipsa 
sua  gente*.  Boamundus*  itaque  remansit  cum  împera- 
tore,  ut  cum  eo  consilium  acciperet  quomodo  manda- 
rent  mercatum  gentibus  que  erani  ultra  Nicenam®  civi- 
tatem.  Dux  itaque  Godefridus  ivit  prius  Nicomediam 
simul  cum  Tancredo^  et  aliis  omnibus  fueruntque  ibi 
per  III  dies. 

Videns  vero  dux  quod  nulla  via  pateret  per  quam 
posset  conducere  has  gentes  usque  Nicenam  civîiatem, 
quoniam  per  illam  viam  per  quam  alii*  prius  transie- 
rant,  non  posset  modo  tota*^  gens  transire,  misit  ante 
se  III  millia  hominum  cum  securibus  et  gladiis  qui 
incidissent  et  aperuissent*^  hanc  viam  que  patefacta  sta- 
ret  nostris  peregrinis  usque  Nicenam  urbem.  Que  via  fuit 
aperta  per  angustam  et  nimis  immensam  montanam^® 
et  faciebant  rétro  per  viam  cruces  ferreas  ac  ligneas 
quas  ponebant  super  stipites,  ut  eas  nostri  peregrini 
cognoscerent^.  Interea  pervenimus  ad  Nicenam,  que  est 
caput  totius  Romanie®  in  iiii®  die,  pridie-^  nonas  maii, 
ibique  castrametati  sumus®. 

Priusquam  autem  dominus  Boamundus  venisset  ad 
nos,  tanta  inopia  panis  fuit  inter^  nos  ut  unus  panis  ven- 

a.  Consiantinopoli  A*,  B.  —  b.  vir  itaque  prudens  Boamun¬ 
dus  B.  —  c.  tanta  B,  C.  —  d.  inciderent  et  aperirent  C;  incide- 
runt  et  aperuerunt  B.  —  e.  montaneam  B.  —  /.  ii  nonas  C*. 
—  g.  apud  A^. 

1.  Cf.  Raoul  de  Caen,  i2,  p.  6i3. 

2.  L'évêque  du  Puy,  resté  malade,  arriva  peu  après  (Raimond 
d’Aguilers,  loc.  cit.). 

3.  D’après  Anne  Comnène  (X,  n,  p.  99),  ce  fut,  au  contraire,  à 
Raimond  de  Saint-Gilles  que  l’empereur  demanda  des  conseils» 


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LES  CROISÉS  CAMPENT  DEVANT  NICÉE  (6  mai  IO97)  3S 

Richard  du  Principal  traversèrent  secrètement  le  Bras^  et^ 
avec  eux,  presque  toute  la  troupe  de  Bohémond.  Bientôt 
l'armée  du  comte  de  Saint>Gilles  atteignit  Constantinople 
et  le  comte  y  demeura  avec  les  siens  Bohémond  resta 
aussi  auprès  de  l’empereur,  ahn  de  tenir  conseil  avec  lui 
sur  les  moyens  de  ravitailler  les  troupes  qui  se  trouvaient 
au  delà  de  Nicée^.  Le  duc  Godefroi  vint  d’abord  à  Nico- 
médie  avec  Tancrède^  et  tous  les  autres  et  ils  y  restèrent 
trois  jours. 

Le  duc,  s'apercevant  qu’il  n’existait  aucune  route  par 
laquelle  il  pût  conduire  ces  troupes  jusqu'à  Nicée,  car 
la  voie  que  les  premiers  croisés*  avaient  d’abord  suivie 
se  trouvait  insuffisante  pour  un  peuple  aussi  nombreux, 
envoya  en  avant-garde  trois  mille  hommes  armés  de  haches 
et  d’épées  qu’il  chargea  d’élaguer  et  d’élargir  cette  voie,  afin 
qu’elle  fût  praticable  à  nos  pèlerins  jusqu’à  Nicée.  Ils 
ouvrirent  un  chemin  à  travers  les  défilés  d’une  montagne 
immense*  et,  sur  leur  passage,  ils  fabriquaient  des  croix  de 
fer  et  de  bois  qu’ils  plaçaient  sur  des  socles,  afin  qu’elles 
servissent  d’indication  à  nos  pèlerins’.  Nous  parvînmes 
ainsi  près  de  Nicée,  qui  est  la  capitale  de  toute  la  Romanie*, 
le  quatrième  jour  avant  les  nones  de  mai  et  nous  y  éta¬ 
blîmes  un  camp®. 

Avant  l’arrivée  du  seigneur  Bohémond,  il  y  eut  une  telle 
disette  de  pain  parmi  nous  qu’un  seul  pain  se  vendait  jus- 

4.  Confirmé  par  une  lettre  d’Anselme  de  Ribemont  {Epistulae 
et  chartae,  p.  144). 

5.  C’est-à-dire  les  troupes  de  la  croisade  populaire. 

6.  Entre  Nicomédie  et  Nicée  se  dresse  l’Ouzoun  Tchaïr  Dagh, 
dont  le  sommet  atteint  1,600  mètres. 

7.  Ce  détail  ne  se  trouve  que  dans  l’Anonyme  et  ses  imitateurs. 

8.  Sur  le  prestige  de  Nicée  qui  rappelait  le  premier  concile 
œcuménique,  voir  Etienne  de  Blois  {Epistulae  et  chartae,  p.  140). 
Les  ruines  des  remparts  de  Nicée,  construits  au  iv*  siècle,  existent 
encore  avec  leurs  deux  cent  quarante  tours.  Cf.  Schlumberger, 
Epopée  by:{antiney  t.  I  (1896),  p.  SSq-SqS. 

9.  Le  6  mai  1097.  Date  confirmée  par  une  lettre  d’Anselme  de 
Ribemont  {Epistulae  et  chartae^  p.  144).  Ce  passage  montre  que 
l’Anonyme  avait  passé  le  Bosphore  avec  Tancrède.  Raimond 


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36 


DE  NICAEAE  URBtS  OBSIDIONE 


deretur  xx  aut  xxx  denariis*.  Postquam  venit  vir  pru- 
dens  Boamundus,  jussit  maximum  mercatum  conduci 
per  mare;  et  pariter  utrinque  veniebant,  ille  per  ter- 
ram,  ille  per  mare;  et  fuit  maxima  ubertas  in  tota  Christi 
milicia. 

[8.]  In  die  autem  Ascensionis  Domini  *  cepimus  urbem 
circumquaque®  invadere  etedificare  instrumenta  ligno- 
rum  atque  turres  ligneas,  quo  possemus  murales  turres 
sternere*.  Tarn  fortiter  et  tam  acriter  aggredimur*  ur- 
bem‘'  per  duos  dies,  ut  etiam  foderemus  murum  urbis. 
Turci  quippe*'  qui  erant  in  urbe  miserunt  nuntios  aliis 
qui  vénérant  adjutorium  civitati  dare  in  hune  modum, 
quo*audacter  secureque  approximent  et  per  meridia- 
nam  introeant  portam,  quoniam  ex  ilia  parte*''  nemo  eis 
erit  obviam  nec  contristabif*. 

Que  porta  ipsa  die  a  comité  Sancti  Egidii  in  die  sab- 
bati  post  Ascensionem  Domini®  et  episcopo  Podiensi® 
hospiiata  fuit.  Qui  cornes,  veniens  ex  alia  parte,  protec- 
tus  divina  virtute  ac  terrenis  fulgebat  armis  cum  suo 
fortissimo  exercitu  ;  hic  itaque  invenit  contra  nos  venien- 
tes  Turcos.  Qui,  undique  signo  crucis  armatus^,  vehe- 
menter  irruit  super  illos  atque  superavit  dederuntque 
fugam  et  fuit  mortua  maxima  pars  illorum^®.  Qui  rur- 
sus  venerunt  auxilio  aliorum  gaudentes  et  exsultantes 

a.  undequaque  B.  —  b.  aggressi  sumus  C  —  c.  civitatem  C>. 
—  d.  quippe,  licet  gens  barbara  B.  —  e.  quod  A^,  5,  C‘,  O.  — 
/.  parte  omis  dans  et  B.  —  g-,  dederunt...  illorum  omis  dans  C. 

d’Âguilers  confirme  d’ailleurs  que  Bohémond  a  passé  le  Bosphore 
avant  le  comte  de  Toulouse. 

t.  Le  denier,  unité  monétaire  depuis  l’époque  carolingienne, 
était  une  pièce  d’argent  du  poids  de  deux  grammes  et  demi 
environ. 

2.  14  mai  1097. 

3.  Cf.  Anselme  de  Ribemont,  /oc.  cit.  :  «  Cum  vero  per  aliquot 


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SIÈGE  DE  NicÈE  (mai  1097)  37 

qu’à  20  ou  3o  deniers  ^  Mais,  après  que  le  sage  Bohémond 
fut  arrivé,  il  fit  venir  par  mer  un  abondant  ravitaillement.  II 
en  venait  des  deux  côtés  à  la  fois,  par  terre  et  par  mer,  et 
une  grande  prospérité  régna  dans  l’armée  du  Christ. 

[8.]  Le  jour  de  l’Ascension  du  Seigneur  nous  commen¬ 
çâmes  à  attaquer  la  ville  de  tous  côtés  et  à  construire  des 
machines  de  bois  et  des  tours  de  bois,  afin  de  pouvoir  ren¬ 
verser  les  tours  de  l’enceinte®.  Pendant  deux  jours,  nous 
abordâmes  la  ville  avec  tant  de  courage  et  d’ardeur  que  nous 
sapions  ses  murailles.  Les  Turcs  qui  étaient  dans  la  ville 
envoyèrent  un  message  à  ceux  qui  arrivaient  au  secours  de 
la  cité.  Il  était  ainsi  conçu  :  «  Approchez-vous  hardiment 
et  en  toute  sécurité.  Entrez  par  la  porte  du  midi,  car,  de  ce 
côté,  vous  ne  trouverez  personne  devant  vous  pour  vous 
molesterL  » 

Le  jour  même,  le  samedi  après  l’Ascension  du  Seigneur®, 
cette  porte  fut  occupée  par  le  comte  de  Saint-Gilles  et 
l’évêque  du  Puy*.  Ce  comte,  venant  d’un  autre  côté,  pro¬ 
tégé  par  la  vertu  divine  et  tout  resplendissant  dans  son 
armure  terrestre,  à  la  tête  de  sa  courageuse  armée,  se  heurta 
aux  Turcs,  qui  s’avançaient  contre  nous.  Armé  de  tous 
côtés  du  signe  de  la  croix il  les  chargea  vigoureusement 
et  les  vainquit,  et  ils  prirent  la  fuite  en  abandonnant  beau¬ 
coup  de  morts®.  Mais  de  nouveaux  Turcs  vinrent  au  secours 
des  premiers,  pleins  d’allégresse  et  tout  joyeux  d’une  vic- 


dies  civitatem  multis  machinis  atque  variis  bellicis  instnimentis 
adgressi  fuimus...  »  D’après  Anne  Comnène  (XI,  2,  p.  104),  ces 
machines  de  guerre  avaient  été  fournies  par  l’empereur. 

4.  La  porte  du  midi  était  encore  libre,  parce  qu’elle  avait  été 
réservée  aux  Provençaux.  Ces  renseignements  sur  les  agissements 
des  Turcs  furent  connus  grâce  à  la  capture  d’un  émissaire  de 
Soliman  par  les  croisés  (Albert  d’Aix,  11,  23-26,  p.  3i8). 

5.  16  mai  1097. 

6.  L’évéque  du  Puy  commandait  l’une  des  deux  divisions  de 
l’armée  du  midi. 

7.  Allusion  à  la  croix  portée  par  les  croisés  sur  leur  armure. 
Le  mot  undique  («  de  tous  côtés  »)  semble  indiquer  que  le  comte 
portait  plusieurs  croix. 

8.  Cf.  Raimond  d’Aguilers  (3,  p.  239]  et  Etienne  de  Blois  {Epis- 


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38 


DE  NICAEAE  URBIS  OBSIDIONE 


ad  certum  bellum,  trahentes  secum  funes,  quibus  nos 
ligatos  ducerent  Corosanum.  Venientes  autem  letantes, 
ceperunt  ex  cacumine  montis  paulatim  descendere. 
Quotquot  descenderunt,  illic  cesis  capitibus  a  mani- 
bus*  nostrorum  remanserunt;  projiciebant  autem  nos- 
tri  capita  occisorum  funda  in  urbem,  ut  inde  Turci 
magis  terrerentur^ 

Denique  cornes  Sancti  Egidii  et  episcopus  Podiensis 
consiliati  sunt  in  unum  qualiter  facerent  suffodi  quam- 
dam  turrim  que  erat  ante  tentoria  eorum;  ordinati 
sunthomines  qui  banc  suffodiant*  et  arbaliste^et  sagit* 
tarii,  qui  eos  undique  défendant^'.  Foderunt  namque 
illam  usque  ad  radices  mûri,  submiseruntque  postes  et 
ligna  ac  deinde  miserunt  ignem.  Sero  autem  facto,  ceci- 
dit  turris  jam  in  nocte,  sed  quia  nox  erat  non  potuerunt 
preliari  cum  illis;  nocte  vero  ilia  surrexerunt  festinan- 
ter  Turci  et  restauraverunt  murum  tam  fortiter  ut, 
veniente  die,  nemo  posset  eos  ledere  ex  ilia  parte^. 

Modo  venit  Rotbertus‘='  cornes  Nortmannie®  et  cornes 
Stephanus^  et  alii  plures  ac  deinceps  Rogerius  de  Bar- 
navilla®.  Boamundus  denique  obsedit  urbem  in  prima 
fronte  et  juxta  eum-^  Tancredus  et  postea  dux  Godefri- 
dus  ac  deinde  cornes  Flandrensis,  juxta  quem  Rotber- 
tus  Nortmannus*"  et  juxta  eum  cornes  Sancti  Egidii, 
juxta  quem  Podiensis  episcopus.  Ita  vero  per  terram 
fuit  obsessa  ut  nemo  auderet  exire  neque  intrare^  fue- 
runtque  ibi  omnes  congregati  in  unum*.  Et  quis  pote- 

a.  per  manus  C;  in  manibus  A^.  —  b.  suffoderent  C.  —  c.  de- 
fenderenl  C.  —  d.  Rotbertus  omis  dans  et  B.  —  e.  de  Norman- 
nia  A^j  B;  Normannie  C.  —  f.  eum,  clipeusfortis  C^.  —  g.  Nor- 
mannie  A^,  ^9,  C.  —  h.  intrare  nec  (vel  C*)  exire  C. 

iulae  et  chartae,  p.  iSg).  Anselme  de  Ribemont  parle  d’une  ruse 
-de  guerre  de  la  garnison,  qui  avait  fait  semblant  de  se  rendre. 

1.  Cf.  Albert  d’Aix,  27,  p.  3i9-32o. 

2.  Témoignage  intéressant  sur  l’emploi  de  l’arbalète,  dont 


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SIÈGE  DE  NicÉE  (mai-juiiî  1097)  39 

toire  certaine,  traînant  avec  eux  des  cordes  pour  nous  ame¬ 
ner  garrottés  dans  le  Ktiorassan.  Remplis  de  joie,  ils  com¬ 
mencèrent  à  descendre  progressivement  du  faîte  d’une 
hauteur,  mais,  à  mesure  qu’ils  descendaient,  ils  restaient 
sur  place,  la  tête  coupée  par  la  main  des  nôtres.  Et,  à  l’aide 
d’une  fronde,  les  nôtres  lançaient  dans  la  ville  les  têtes  des 
tués,  afin  de  jeter  l’effroi  parmi  les  Turcs^ 

Puis  le  comte  de  Saint-Gilles  et  l’évêque  du  Puy  tinrent 
conseil  sur  les  moyens  de  miner  une  tour  qui  se  trouvait 
devant  leurs  tentes.  Des  hommes  furent  désignés  pour  la 
miner,  avec  des  arbalétriers  2  et  des  archers  pour  les  proté¬ 
ger.  Ils  creusèrent  jusqu’aux  fondements  de  la  muraille  et 
entassèrent  des  poutres  et  du  bois,  puis  y  mirent  le  feu.  Le 
soir  venu,  la  tour  s’écroula,  alors  qu’il  faisait  déjà  nuit,  et, 
à  cause  de  l’obscurité,  on  ne  put  engager  le  combat.  Au 
cours  de  la  nuit,  les  Turcs  se  levèrent  en  hâte  et  restaurèrent 
le  mur  si  solidement  que,  le  jour  venu,  il  fut  impossible  de 
leur  causer  le  moindre  dommage  de  ce  côté®. 

Bientôt  arrivèrent  Robert,  comte  de  Normandie,  le  comte 
Étienne  ‘  et  beaucoup  d’autres,  puis  Roger  de  Barneville*. 
Bohémond  assiégea  la  ville  sur  le  premier  front;  à  côté  de 
lui  était  Tancrède,  puis  venaient  le  duc  Godefroi,  le  comte 
de  Flandre,  appuyé  par  Robert  de  Normandie,  puis  le  comte 
de  Saint-Gilles  et,  auprès  de  lui,  l’évêque  du  Puy.  Le  blocus 
par  terre  fut  tel  que  nul  n’osait  sortir  de  la  ville  ou  y  entrer  ; 
et,  en  cette  occasion,  tous  ne  formaient  qu’un  seul  corps®. 

l’usage  abandonné  après  les  invasions  reparaît  au  ix*  siècle.  Cf. 
V.  Gay,  Glossaire  archéologique  y  au  mot  :  arbalète. 

3.  Récit  concordant  de  Raimond  d’Aguilers,  3,  p.  23g. 

4.  Etienne,  comte  de  Blois  et  de  Chartres,  époux  d’Adèle,  fille 
de  Guillaume  le  Conquérant,  avait  quitté  la  France  avec  son 
beau-frère  Robert  Courte-Heuse,  mais  avait  hiverné  en  Fouille 
et  était  arrivé  l’un  des  derniers  à  Constantinople,  où  il  avait  reçu 
de  l’empereur  un  accueil  qui  l’avait  rempli  d’enthousiasme.  On 
a  de  lui  deux  lettres  à  la  comtesse  Adèle,  datées  de  Nicée  (24  juin 
1097),  et  d’Antioche  (29  mars  1098). 

5.  Roger,  seigneur  de  Barneville-sur-Mer  (Manche).  Orderic 
Vital,  IX,  7,  éd.  Le  Prévost,  t.  III,  p.  5o3. 

6.  Témoignage  important,  qui  montre  pour  la  première  fois 
une  entente  entre  tous  les  chefs  croisés.  Cf.  Albert  d’Aix,  II,  32, 
p.  323. 


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40  TURCOPOLI  SCAPHIS  NICAEAM  INVADUNT 

rat®  numerare  tantam  Christi  miliciam?  Nullus,  ut 
puto,  tôt  prudentissimos  milites  nec  antea  vidit  nec 
ultra  videre  poterit*. 

Erat  autem  ex  una  parte  urbis  immensus  lacus*,  in 
quo  Turci  suas  mittebant  naves  et  exibant  et  intrabant 
et  afferebant  herbam,  ligna  et  alia  plura.  Tune  nostri 
majores,  consiliati  in  unum,  miserunt  nuntios  Constan- 
tinopolim,  dicturos*  imperatori  ut  faceret  naves  con- 
duci  ad  Civitot,  ubi  portus  est,  atque  juberet  congre- 
gari  boves  qui  eas  traherent  per  monianas  et  silvas 
usque  approximent  lacui;  quod  continuo  factum  est 
suosque  Turcopolos  mandavit  cum  eis^.  Die  vero  quo 
naves  fuerunt  conducte,  noluerunt  eas  statim  mittere  in 
lacum;  sed  nocte  superveniente,  miserunt  eas  in  ipsum 
lacum  plenas  Turcopolis  bene  ornatis  armis^.  Summo 
autem  diluculo  stabant  naves  optime  ordinate  per  lacum 
properantes  contra  urbem.  Videntes  eas*^  Turci  mira- 
bantur,  ignorantes  an  esset  eorum  gens,  an  imperato- 
ris;  postquam  autem  cognoverunt  esse  gentem  impera- 
toris*,  timuerunt  usque  ad  mortem,  plorantes  et 
lamentantes;  Francique-^  gaudebant  et  dabant  gloriam 
Deo^. 

Videntes  autem  Turci,  quod  nullatenus  ex  suis  exer- 
citibus  adjutorium  habere  possent,  legationem  manda- 
verunt  imperatori  quia  civiiatem  sponte  redderent,  si 
eos  omnimodo  abire  permitteret  cum  mulieribus  et 
filiis  et  omnibus  substantiis  suis*.  Tune  imperator,  ple- 

a.  posset  C.  —  b.  qui  dicerent  C.  *—  c.  bene  armatis  B,  armis 
omis  dans  A^.  —  d.  autem  A^.  —  e.  postquam  autem...  impera- 
toris  omis  dans  A"^  et  A^.  —  /.  Franci  vero  C. 

I.  L’Anonyme  ne  cherche  pas  à  donner  un  chiffre.  Celui  des 
autres  chroniqueurs,  comme  Foucher  de  Chartres,  I,  lo,  p.  333 
(600,000  combattants,  dont  100,000  chevaliers),  est  simplement 
fabuleux. 


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LES  TURCOPLES  ATTAQUENT  NICÉE  SUR  DES  BARQUES  4I 

Qui  pouvait  dénombrer  cette  formidable  armée  du  Christ? 
Nul,  je  pense,  n’a  jamais  vu  et  ne  pourra  jamais  voir  un 
pareil  nombre  de  chevaliers'  aussi  accomplis. 

Mais  il  y  avait  d’un  côté  de  la  ville  un  lac  immense*  sur 
lequel  les  Turcs  lançaient  leurs  barques,  et  ils  pouvaient 
ainsi  sortir  et  rentrer  en  amenant  du  fourrage,  du  bois  et 
autres  denrées.  Nos  chefs,  après  avoir  tenu  un  conseil, 
envoyèrent  à  Constantinople  des  messagers  chargés  d’invi¬ 
ter  l’empereur  à  faire  conduire  des  barques  à  Civitot,  où  se 
trouve  un  port,  et  à  donner  l’ordre  de  réunir  des  boeufs 
pour  les  traîner  à  travers  les  montagnes  et  les  forêts  jusqu’à 
proximité  du  lac.  Ainsi  fut  fait  immédiatement,  et  l’empe¬ 
reur  envoya  en  même  temps  ses  Turcoples*.  Le  jour  où  les 
barques  furent  ainsi  convoyées,  on  ne  voulut  pas  les  mettre 
tout  de  suite  à  l’eau;  mais,  la  nuit  étant  survenue,  on  les 
lança  dans  le  lac,  montées  par  des  Turcoples  bien  armés.  Au 
petit  jour  on  vit  la  flottille  voguer  en  bon  ordre  au  milieu 
du  lac  et  se  diriger  contre  la  ville.  A  cette  vue,  les  Turcs 
furent  saisis  d’étonnement,  ignorant  s’ils  avaient  affaire  à 
leurs  gens  ou  à  ceux  de  l’empereur.  Quand  ils  reconnurent 
que  c’était  bien  une  troupe  impériale,  pris  d’un  effroi  mor¬ 
tel,  ils  se  répandirent  en  pleurs  et  en  gémissements,  tandis 
que  les  Francs  exultaient  et  glorifiaient  Dieu^. 

Voyant  enfin  qu’ils  ne  pourraient  recevoir  aucun  secours 
de  leurs  armées,  les  Turcs  envoyèrent  une  ambassade  à 
l’empereur,  offrant  de  rendre  spontanément  la  ville  s’il  leur 
était  permis  de  se  retirer  avec  leurs  femmes,  leurs  enfants 
et  tous  leurs  biens*.  L’empereur,  plein  de  vanité  et  de  mal- 

2.  Le  lac  Ascanius,  situé  au  sud  de  Nicée.  Cf.  Raimond  d’Agui* 
lers,  3,  p.  239-240. 

3.  Anne  Comnène  (XI,  2,  p.  io5)  donne  le  nom  du  commandant 
de  la  flottille,  Manuel  Boutoumitès. 

4.  Sur  ce  combat,  cf.  Anne  Comnène,  XI,  2,  p.  106. 

5.  Cf.  Raimond  d’Aguilers,  3,  p.  239;  Foucher  de  Chartres,  I, 
10,  p.  333;  Albert  d’Aix,  II,  37,  p.  327-328;  Etienne  de  Blois, 
lettre  I  {Épistulae  et  chartae,  p.  140);  Anselme  de  Ribemont, 
lettre  1  {Epistulae  et  chartae^  p.  144).  Ces  deux  lettres  confirment 
la  date  de  la  capitulation  de  Nicée,  26  juin.  Anne  Comnène  (XI, 
2,  p.  106)  dit  que  les  pourparlers  eurent  lieu  par  l’intermédiaire 

Premièrt  croisade.  6 


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42  TURCI  DEDITIONEM  PACIUNT  IMPERATORI 

nus  vana  et  iniqua  cogitatione,  jussit  illos  impunités 
abire  sine  ullo  timoré  ac  sibi  eos  Constantinopolim 
cum  magna  fiducia  adduci";  quos  studiose  servabat  ut 
illos  ad  Francorum  nocumenta  et  obstacula  paratos  ha- 
beret^ 

Fuimusque*  in  obsidione  ilia  per  vu  hebdomadas^ 
et  III  dies*  et  multi  ex  nostris  illic  receperunt  marti- 
rium  et  letantes  gaudentesque  reddiderunt  felices  ani¬ 
mas  Deo  et  ex  pauperrima  gente  multi  mortui  sunt 
famé  pro  Christi  nomine,  qui  in  celum  triumphantes 
portaverunt  stolam  recepti  martirii^,  una  voce  dicen- 
tes  :  a  Vindica,  Domine,  sanguinem  nostrum,  qui  pro  te 
effusus  est,  qui  es  benedictus  et  laudabilis  in  secula 
seculorum.  Amen*^^  » 


[NARRATIO  TERTIA] 

[9.]  Interea,  reddita  civitate  etTurcis  deductis  Cons- 
tantihopolim,  unde  imperator  magis  magisque  gavisus 
quod  civitas  reddita  sit  ejus  potestati,  jussit  maximas 
eleemosynas  erogari  nostris  pauperibus*.  Denique 

a.  cum  magna  fiducia  omis  dans  C®.  —  b.  que  omis  dans  et 
A^.  —  c.  ebdoraadas  A^.  —  d.  Incipit  liber  IIIus  A^;  I  (interea), 
initiale  en  rouge  A^;  liber  II  explicit.  Incipit  liber  III  A^;  expli- 
cit  liber  secundus  B. 


de  Manuel  Boutoumitès,  qui  reçut  un  sauf-conduit  pour  entrer 
dans  la  ville. 

1.  Tous  les  chroniqueurs  expriment  leur  indignation  de  la 
conduite  de  l’empereur  (Raimond  d’Aguilers,  3,  p.  239-240;  Fou- 
cher  de  Chartres,  I,  10,  p.  333).  En  réalité,  à  cette  date  les  chefs 
croisés  n’étaient  pas  brouillés  avec  Alexis  et  paraissent  avoir  eu 


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CAPITULATION  DES  TURCS  (26  juilî  IO97)  43 

veillance,  ordonna  qu*ils  s’en  iraient  impunis  et  sans  rien 
craindre  et  qu’ils  seraient  amenés  devant  lui  en  toute  loyauté 
à  Constantinople.  Il  les  ménageait  soigneusement,  afin  de 
les  avoir  tout  prêts  pour  dresser  des  embûches  et  des 
obstacles  aux  Francs^ 

Ce  siège  dura  sept  semaines  et  trois  jours*.  Beaucoup  des 
nôtres  y  reçurent  le  martyre  et,  dans  la  joie  et  l’allégresse, 
rendirent  à  Dieu  leurs  âmes  bienheureuses.  Parmi  les 
pauvres,  beaucoup  moururent  de  faim  pour  le  nom  du 
Christ.  Montés  triomphalement  au  ciel,  ils  revêtirent  la 
robe  du  martyre^  en  disant  d’une  seule  voix  :  n  Venge,  Sei¬ 
gneur,  notre  sang  répandu  pour  toi,  qui  es  béni  et  digne  de 
louanges  dans  les  siècles  des  siècles.  Ainsi  soit-il*!  » 


[TROISIÈME  RÉCITJ 

[La  marche  des  croisés  en  Asie  Mineure 

(juin-juillet  1097)] 

[9.]  Sur  ces  entrefaites,  la  ville  ayant  capitulé,  les  Turcs 
furent  conduits  à  Constantinople,  où  l’empereur,  de  plus 
en  plus  charmé  que  cette  ville  eût  été  restituée  à  sa  puis¬ 
sance,  fit  distribuer  d’abondantes  aumônes  à  nos  pauvres®. 

de  tout  autres  sentiments.  Anselme  de  Ribemont  montre  les 
Grecs  et  les  Latins  s'unissant  pour  louer  Dieu.  L’entrevue  de 
Pelekanon  entre  Alexis  et  les  croisés,  que  l’Anonyme  ne  men¬ 
tionne  pas,  semble  avoir  été  très  cordiale  (Anselme  de  Ribemont 
et  Etienne  de  Blois,  lettres,  dans  Epistulae  et  chartae^  p.  140  et 
145).  Cf.  Anne  Comnène,  XI,  3,  p.  109. 

2.  Du  6  mai  au  26  juin  1097,  soit  cinquante  et  un  jours. 

3.  Cf.  Apocalypse  6,  9  et  ii;  7;  9. 

4.  Cf.  Apocalypse  6,  10. 

b.  Foucher  de  Chartres  (I,  10,  p.  333)  et  Étienne  de  Blois 
(lettre,  dans  Epistulae  et  chartae,  p.  143}  parlent  de  magnifiques 
présents  faits  par  l’empereur  à  tous  les  chevaliers  et  aux  simples 
piétons. 


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44 


PUGNA  AD  DORYLAEUM 


prima  die  qua  recessimus a  civitaie*,  venimus  ad  quem- 
dam  pontem®  ibique  mansimus  per  duos  dies.  Tercia 
autem  die,  priusquam  lux  cepisset  oriri,  surrexerunt 
nostri  et,  quia  nox  erat,  non  viderunt  tenere  unam  viam, 
sed  sunt  divisi  per  duo  agmina  et  venerunt  divisi  per 
duos  dies*.  In  uno  agmine  fuit  vir  Boamundus  et  Rot- 
bertus  Nortmannus  et  prudens  Tancredus  et  alii  plures  ; 
in  alio  fuit^  cornes  Sancti  Egidii  et  dux  Godefridus  et 
Podiensis  episcopus  et  Hugo  Magnus  comesque  Flan- 
drensis*  et  alii  plures. 

Tercia  vero  die  irruerunt  Turci  vehementer  super 
Boamundum  et  eos  qui  cum  ipso  erant^.  Continuo 
Turci^  ceperunt  stridere  et  garrire  ac  clamare  excelsa 
voce,  dicentes  diabolicum  sonum  nescio  quomodo  in 
sua  lingua*.  Sapiens  vir  Boamundus  videns  innumera- 
biles  Turcos  procul  stridentes  et  clamantes  demoniaca 
voce,  protinus  jussit  omnes  milites  descendere*  et  ten- 
toria  celeriter  extendere.  Priusquam  tentoria  fuissent 
extensa,  rursus  dixit  omnibus  militibus  :  «  Seniores  et 
fortissimi  milites  Christi,  ecce  modo  bellum  angustum 
est  undique  circa  nos.  Igitur  omnes  eant*^  viriliter  ob- 
viam  illis  et  pedites  prudenter  et  citius  extendant  ten¬ 
toria  » 

a.  quandam  civitatem  O.  —  h.  in  alio  fuit .  et  alii  plures 

omis  dans  —  c.  Turci  videntes  nostros  C®.  —  d.  erant  A^. 


1.  Le  28  juin  d'après  Raimond  d’Aguilers  (3,  p.  240)  et  Anselme 
de  Ribemont  (lettre  1,  dans  Epistulae  et  chartae.,  p.  145),  le  29 
d’après  Foucher  de  Chartres  (I,  n,  p.  334).  En  revanche,  tous 
les  textes  placent  la  bataille  de  Dorylée  le  1*'  juillet.  Les  diver> 
gences  proviennent  de  ce  que  les  étapes  ne  furent  pas  les  mêmes 
pour  toutes  les  bandes. 

2.  Ce  détail  montre  la  pénurie  des  renseignements  dont  dispo* 
saient  les  croisés.  Raimond  d’Aguilers  (3,  p.  240)  accuse  Bohé- 


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45 


BATAILLE  DE  DORYLÉE  (l*^  juillet  IO97) 

Le  premier  jour  de  notre  départ  de  la  ville  nous  attei¬ 
gnîmes  un  pont  et  nous  y  restâmes  deux  jours.  Le  troisième 
jour,  les  nôtres  se  levèrent  avant  l’aurore  et,  comme  il  fai¬ 
sait  encore  nuit,  ils  n’y  virent  pas  assez  pour  tenir  le  même 
chemin  et  se  partagèrent  en  deux  corps,  qui  furent  séparés 
par  deux  jours  de  distance  2.  Du  premier  corps  firent  partie 
Bohémond,  Robert  de  Normandie,  le  sage  Tancrède  et 
beaucoup  d’autres;  dans  le  second  corps  étaient  le  comte 
de  Saint-Gilles,  le  duc  Godefroi,  l’évêque  du  Puy,  Hugue 
le  Mainsné,  le  comte  de  Flandre  et  beaucoup  d’autres*. 

Le  troisième  jour,  les  Turcs  attaquèrent  violemment 
Bohémond  et  ses  compagnons^.  Aussitôt  les  Turcs  com¬ 
mencèrent  à  grincer  des  dents,  à  pousser  des  huées  et  des 
cris  retentissants,  répétant  je  ne  sais  quel  mot  diabolique 
dans  leur  langue*.  Le  sage  Bohémond,  voyant  ces  innom¬ 
brables  Turcs  poussant  au  loin  des  clameurs  et  criant  d’une 
voix  démoniaque,  fit  aussitôt  descendre  les  chevaliers  de 
leurs  montures®  et  dresser  rapidement  les  tentes.  Avant  que 
les  tentes  fussent  dressées,  il  répéta  à  tous  les  chevaliers  : 
«  Sires  et  vaillants  chevaliers  du  Christ,  voici  que  de  tous 
côtés  nous  attend  une  bataille  difficile.  Que  tous  les  cheva¬ 
liers  aillent  donc  droit  devant  eux  avec  courage  et  que  les 
piétons  dressent  prudemment  et  rapidement  les  tentes^.  » 


mond  de  s’être  écarté  avec  témérité.  Albert  d’Aix  (p.  328-329) 
voit  dans  cette  division  une  nécessité  de  ravitaillement. 

3.  Anselme  de  Ribemont  et  Foucher  de  Chartres  placent  le 
comte  de  Flandre  dans  la  division  de  Bohémond. 

4.  Le  nom  du  champ  de  bataille,  Dorylée,  aux  environs  d’Eski- 
Cheïr  actuel,  n’est  donné  que  par  Anne  Comnène  (XI,  3,  p.  iii). 
Raimond  d’Aguilers  et  la  Chronique  de  Saint-Pierre  du  Puy 
(p.  163-164)  l’appellent  Campus  Floridus,  le  «  Champ-Fleuri  ». 

5.  Probablement  le  cri  de  guerre  traditionnel  :  k  Allah  akbar  » 
(Dieu  est  grand!),  dont  Raoul  de  Caen  (40,  p.  636)  fait  «  Alla- 
chibar  ». 

6.  Le  mot  descendere  dont  se  sert  ici  l’Anonyme  est  employé 
plusieurs  fois  par  lui  dans  le  sens  de  «  descendre  de  cheval  ». 

7.  Rien  ne  montre  mieux  le  rôle  subordonné  dévolu  aux  pié¬ 
tons  dans  les  armées  de  cette  époque. 


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46 


PUGNA  AD  DORYLAEUM 


Postquam  vero  hoctotum  factum  est,  Turci  undique 
jam  erant  circumcingentes  nos  dimicando  et  jaculando® 
et  mirabiliter  longe  lateque  sagittando.  Nos  itaque,. 
quamquam*  nequivimus  resistere  illis  neque  sufferre 
pondus  tantorum  hostium,  tamen  pertulimus  illuc  una* 
nimiter  gradum.  Femine  quoque  nostre  in^illa  diefue- 
runt  nobis  in  maximo  refugio,  que  afferebant  ad  biben* 
dum  aquam  nostris  preliatoribus  et  forsitan  semper 
confortabant illos  pugnantes  et  defendentes^  Vir  itaque 
sapiens  Boamundus  protinus  mandavit  aliis,  scilicet 
comiti'^  de  Sancto  Egidio  et  duci'^Godefrido  et  Hugoni 
Magno  atque  Podiensi-^  episcopo  aliisque  omnibus 
Christi  militibus  quod^  festinent  et  ad  bellum  citius 
approximent,  dicens  :  «  Et  si  hodie  luctari  volunt,  viri- 
liter  veniant**.  »  Dux  itaque  Godefridus  audax  et  for- 
tis  ac  Hugo  Magnus  simul  venerunt  prius^'  cum  suis 
exercitibus,  episcopus  quoque  Podiensis  prosecutus  est 
illos  una  cum  sua  exercitu  et  cornes  de  Sancto  Egidio 
cum  gente  magna  juxta  illos®. 

Mirabantur  ergo  nostri  valde  unde  esset  exorta  tanta 
multitudo  Turcorum  et  Arabum  et  Saracenorum*  et 
aliorum  quos  enumerare  ignoro,  quia  pene  omnes  mon¬ 
tes  et  colles  et  valles^  et  omnia  plana  loca  intus  et  extra 
undique  erant  cooperta  de  ilia  excommunicata  genera- 
tione.  Facta  est  itaque  sermo  secretus  inter  nos  laudan- 

a.  jaculando  ac  spiculando  B.  —  b.  quamquam  omis  dans 
A®,  C*,  O.  —  c.  ilia  die  A^.  —  d.  egregio  comiii  A^,  B,  C®. 
—  e.  inclito  duci  B.  —  /.  honestissimo  Podiensi  B.  —  g.  quo  A^y 
B,  C.  h.  A  la  suite  de  ce  mot,  B  ajoute  :  Qui  omnino  prohi- 
bentes,  deludentes  illos  et  dicentes  :  «  Verumtamen  hoc  falla- 
cium  est  totum.  b  Nam  nos  credebamus  jam  illos  esse  tam  pu- 
dentes  quod  amplius  auderent  se  erigere  et  praeliari  nobiscum. 
Ce  passage  se  retrouve  dans  Tudebode,  p.  25-20,  et  dans  V  «  Hist, 
belli  sacri  »,  p.  182.  C'est  une  interpolation  manifeste  reposant 
sur  une  tradition  suspecte  démentie  par  Raimond  d'Aguilers 


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BATAILLE  DE  DORYLÉE  (l*^  juillCt  IO97)  47 

Quand  tout  ceci  fut  accompli,  les  Turcs  nous  entouraient 
déjà  de  tous  côtés,  combattant,  lançant  des  javelots  et  tirant 
des  flèches  à  une  distance  merveilleuse.  Et  nous,  bien 
qu'incapables  de  leur  résister  et  de  soutenir  le  poids  d’un  si 
grand  nombre  d’ennemis,  nous  nous  portâmes  cependant  à 
leur  rencontre  d’un  cœur  unanime.  Jusqu’à  nos  femmes 
qui,  ce  jour-là,  nous  furent  d’un  grand  secours  en  appor¬ 
tant  de  l’eau  à  boire  à  nos  combattants  et  peut-être  aussi 
en  ne  cessant  de  les  encourager  au  combat  et  à  la  défense*. 
Le  sage  Bohémond  ne  tarda  pas  à  mander  aux  autres,  c’est- 
à-dire  au  comte  de  Saint-Gilles,  au  duc  Godefroi,  à  Hugue 
le  Mainsné,  à  l’évêque  du  Puyetàtous  les  autres  chevaliers 
du  Christ,  de  se  hâter  et  de  marcher  rapidement  au  combat, 
leur  faisant  dire  :  «  Si  aujourd’hui  ils  veulent  prendre  part 
à  la  lutte,  qu’ils  viennent  vaillamment^.  »  Et  le  duc  Gode¬ 
froi,  connu  pour  son  audace  et  son  courage,  puis  Hugue  le 
Mainsné  arrivèrent  d’abord  ensemble  avec  leurs  troupes, 
puis  l’évêque  du  Puÿ  les  suivit  bientôt  avec  sa  troupe  et, 
après  lui,  le  comte  de  Saint-Gilles  avec  une  armée  nom¬ 
breuse  3. 

Les  nôtres  se  demandaient  avec  étonnement  d’où  avait  pu 
sortir  une  pareille  multitude  de  Turcs,  d’Arabes,  de  Sarra¬ 
sins  et  autres,  impossibles  à  énumérer,  car  toutes  les  hau¬ 
teurs  et  les  collines  et  les  vallées  et  toutes  les  plaines,  à  l’in¬ 
térieur  et  à  l’extérieur,  étaient  entièrement  couvertes  de  cette 
race  excommuniée.  11  y  eut  entre  nous  un  entretien  intime, 

(f.  240}  et  Anselme  de  Ribemont  (Epistulae  et  chariae,  p.  145).  — 

I.  venerunt  prius  omis  dans  C*.  —  k.  Sarracenorum  A^,  A^,  C*. 
—  l.  et  valles  omis  dans  A^  et  A^. 

1.  Mention  intéressante  des  femmes  qui  suivaient  les  bandes 
de  croisés.  Cf.  Albert  d’Aix,  II,  34,  p.  317  et  Sag. 

2.  Contrairement  à  l’interpolation  (p.  46,  note  h),  acceptée  par 
Bongars,  qui  parle  d’une  hésitation  des  croisés  à  venir  au  secours 
des  leurs,  Anselme  de  Ribemont  {Epistulae  et  chartaey  p.  146)  et 
Raimond  d’Aguilers  (4,  p.  240)  montrent  les  chefs  croisés  se  hâtant 
aussitôt  vers  le  champ  de  bataille. 

3.  Cf.  Anselme  de  Ribemont,  lettre  citée  {Epistulae  et  chartaey 

p.  145). 


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48 


TURCI  CLADEM  ACCIPIUNT 


tes  ac  consulentes  atque  dicentes  :  «  Estote  omnimodo 
unanimes  in  fide  Christi  et  sancte  Crucis  Victoria'*,  quia 
hodie  omnes  divites,  si  Deo  placet,  effecti  eritis.  » 

Continue  fuerunt  ordinate  nostrorum  acies.  In  sinis- 
tra  parte  fuit  vir  sapiens  Boamundus  et  Rotbertus  Nort- 
mannus*  et  prudens  Tancredus  ac^  Rotbertus  de  Ansa 
et*^  Richardus  de  Principatu;  episcopus  vero  Podien- 
sis  venit  per  alteram  montanam,  undique  circumein- 
gens  incrédules  Turcos in  sinistra  quoque  parte  equi- 
tavit  fortissimus  miles  Raimundus,  cornes  de  Sancto 
Egidio.  In  dextera  vero  parte  fuit  dux'  Godefridus  et 
acerrimus  miles  Flandrensis  cornes  et  Hugo  Magnus  et 
alii  plures  quorum  nomina  ignore. 

Statim  autem  venientibus  militibus  nostris,  Turci  et 
Arabes  et  Sarraceni  et  Angulani-^*  et  omnes^  barbare^* 
nationes  dederunt  velociter  fugam  per  compendia  mon- 
tium  et  per  plana  loca.  Erat  autem  numerus  Turcorum, 
Persarum,  Publicanorum  Sarracenorum,  Angulano- 
rum  aliorumque  paganorum  ccclx  milia,  extra  Arabes, 
quorum  numerum  nemo  scit  nisi  solus  Deus^  Fuge- 
runt  vero  nimis  velociter  ad  sua  tentoria,  ibique  eos 
diu  morari  non  licuit.  Iterum  vero  arripuerunt  fugam 
nosque  illos  persecuti  sumus  occidendo'  tota  una  die 


a.  vexilli  Victoria  B.  —  b.  comesque  Normannie  Roberius 
C.  —  c.  ac  honestissimus  miles  B.  —  d,  et  inclitus  B.  — 
e.  honorabilis  dux  B.  —  /.  Augulani  A^.  —  g.  omnesque  A®, 
O;  et  omnes  omis  dans  A^  et  C*.  —  h.  barbarice  A*.  —  occi- 
denies  A B. 


1.  Sur  le  rôle  d’Adémar  de  Monteil  dans  cette  bataille,  voir  la 
Chronique  de  Saint-Pierre  du  Puy,  p.  163-164. 

2.  On  ignore  s’il  s’agit  d’un  peuple  ou  d’un  corps  de  troupes 
ainsi  désigné  à  cause  de  son  armement.  Au  ch.  xxi,  l’Anonyme 


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49 


DÉFAITE  DES  TURCS  (l«f  juillet  IO97) 

dans  lequel,  après  avoir  loué  Dieu  et  pris  conseil,  nous 
disions  :  «  Soyez  de  toute  manière  unanimes  dans  la  foi  du 
Christ  et  dans  la  victoire  de  la  sainte  croix,  car  aujourd’hui, 
s’il  plaît  à  Dieu,  vous  deviendrez  tous  riches.  » 

Sur-le-champ  nos  batailles  furent  ordonnées.  A  l’aile 
gauche  étaient  le  sage  Bohémond,  Robert  de  Normandie, 
le  prudent  Tancrède,  Robert  d’Ansa  et  Richard  du  Princi¬ 
pal  ;  l’évêque  du  Puy  dut  s’avancer  par  une  autre  hauteur, 
afin  de  cerner  les  Turcs  incrédules  ^  A  l’aile  gauche  aussi 
chevauchait  le  très  vaillant  chevalier  Raimond,  comte  de 
Saint-Gilles.  A  l’aile  droite  étaient  le  duc  Godefroi,  puis  le 
vaillant  chevalier  qu’était  le  comte  de  Flandre  et  Hugue  le 
Mainsné  et  plusieurs  autres  dont  j’ignore  les  noms. 

A  l’approche  de  nos  chevaliers,  les  Turcs,  les  Arabes,  les 
Sarrasins,  les  Angulans^  et  tous  les  peuples  barbares  s’en¬ 
fuirent  aussitôt  rapidement  à  travers  les  défilés  des  mon¬ 
tagnes  et  les  plaines.  Le  nombre  des  Turcs,  des  Persans, 
des  Pauliciens^,  des  Sarrasins,  des  Angulans  et  autres 
païens  s’élevait  à  36o,ooo,  sans  compter  les  Arabes,  dont 
nul,  si  ce  n’est  Dieu,  ne  connaît  le  nombre^.  Ils  s’enfuirent 
avec  une  vitesse  extraordinaire  jusqu’à  leurs  tentes,  mais  ils 
ne  purent  y  demeurer  longtemps.  Ils  reprirent  leur  fuite  et 
nous  les  poursuivîmes  en  les  tuant  pendant  tout  un  jour;  et 

les  montrera  entièrement  couverts  de  fer.  De  même  Guibert  de 
Nogent,  V,  8,  p.  189-190. 

3.  Bien  que  l’Etat  des  Pauliciens  ait  été  détruit  en  872  par 
Basile  I",  leurs  doctrines  se  sont  perpétuées  en  Europe  dans 
celles  des  Bogomiles  et,  en  Asie,  dans  un  certain  nombre  de  sectes, 
telles  que  les  Christopolites  de  Phrygie,  mentionnés  au  xi*  siècle 
(voir  le  témoignage  d’Euthymios  Zigabenos  publié  par  Cumont 
dans  la  B^^antinisclie  Zeitschrift^  ann.  1903,  p.  582);  persécutées 
dans  l’empire,  ces  sectes  s’étaient  réfugiées  en  territoire  musul¬ 
man.  Les  Pauliciens  (sous  le  nom  de  Publicani)  sont  mentionnés 
par  Etienne  de  Blois  dans  une  de  ses  lettres  {Èpisiulae  et  char- 
tae,  p.  i5o). 

4.  Chiffre  sans  valeur,  de  même  que  celui  d’Anselme  de  Ribe- 
mont  (lettre  dans  le  recueil  des  Epistulae  et  chartae,  p.  145),  qui 
donne  260,000  Turcs.  La  formule  a  dont  nul,  si  ce  n’est  Dieu,  ne 
connaît  le  nombre  »  est  courante  dans  la  langue  ecclésiastique. 


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5o 


DE  TURCORUM  VIRTUTE 


et  accepimus  spolia  multa,  aurum,  argentum,  equos, 
asinos,  camelos,  oves  et  boves  et  plurima  alia  que  igno- 
ramus  et,  nisi  Dominus  fuisset  nobiscum  in  bello  et 
aliam  cito  nobis  misisset  aciem\  nullus  nostrorum 
evasisset,  quia  ab  hora  tercia  usque  in  horam  nonam 
perduravit  hec  pugna.  Sed  omnipotens  Deus,  pius  et 
misericors,  qui  non  permisit  suos  milites  perire  nec  in 
manus  inimicorum  incidere,  festine  nobis  adjutorium 
misit.  Sed  fuerunt  illic  mortui  duo  de  nostris**  milites 
honorabiles,  scilicet  Godefridus  de  Monte  Scabioso*  et 
Willelmus  Marchisi  filius,  frater  Tancredi,  aliique  mi¬ 
lites  et  pedites  quorum  nomina  ignoro. 

Quis  unquam  tam  sapiens  aut  doctus  audebit  descri- 
bere  prudenciam,  miliciam  et  fortitudinem  Turcorum? 
Qui  puiabant  terrere  gentem  Francorum  minis  suarum 
sagittarum,  sicut  terruerunt  Arabes,  Saracenos  et  Her- 
menios,  Suranos*  et  Grecos.  Sed,  si  Deo  placet,  nun- 
quam  valebunt  tantum  quantum,  nostri*.  Verum  tamen 
dicunt  se  esse  de  Francorum  generatione  et  quia  nullus 
homo  naturaliter  debet  esse  miles  nisi  Franci  et  illi^. 
Veritatem  dicam  quam  nemo  audebit  prohibere  :  certe, 
si  in  fide  Christi  et  Christianiiate  sancta  semper  firmi 
fuissent  et  unum  Dominum  in  trinitate  confiteri  voluis- 
sent  Deique  filium  natum  de  virgine^,  passum  et  resur- 
rexisse*^  a  mortuis*  et  in  celum  ascendisse  suis  cernen- 
tibus  discipulis-^  consolationemque*’  Sancti  Spiritus 
perfecte  misisse*  et  eum  in  celo  et  in  terra  regnantem 

a.  de  nostris  omis  dans  A^,  C*;  ex  nostris  fi,  C*,  C®.  — 
b.  Suranios  A^;  Surianos  fi.  —  c.  virgine  matre  A^y  fi,  C*,  C*. 
—  d.  resurgentem  fi;  même  leçon  dans  Tudebode,  p.  28^  et  dans 
V  «  Hist.  belli  sacri  »,  p.  i83.  —  e.  tertia  die  a  mortuis  fi;  même 
leçon  dans  V  «  Hist.  belli  sacri  »,  p.  i83.  —  f.  discipulis  ascen-* 
dentem  fi;  même  leçon  dans  V  «  Hist.  belli  sacri  »,  p.  i83.  — 
g.  ac  deinde  consolationem  fi.  —  h.  mittentem  fi;  même  leçon 
dans  Tudebode,  p.  28,  et  dans  V  «  Hist.  belli  sacri  »,  p.  i83. 


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VAILLANCE  DES  TURCS 


5l 


nous  fîmes  un  butin  considérable,  de  l’or,  de  l’argent,  des 
chevaux,  des  ânes,  des  chameaux,  des  brebis,  des  bœufs  et 
beaucoup  d’autres  choses  que  nous  ignorons.  Si  le  Seigneur 
n’eût  été  avec  nous  dans  cette  bataille,  s’il  ne  nous  avait  pas 
envoyé  rapidement  l’autre  armée^,  aucun  des  nôtres  n’eût 
échappé,  car,  de  la  troisième  à  la  neuvième  heure,  le  com¬ 
bat  fût  ininterrompu.  Mais  Dieu  tout-puissant,  pitoyable  et 
miséricordieux,  ne  permit  pas  que  ses  chevaliers  périssent 
ou  tombassent  entre  les  mains  de  leurs  ennemis,  et  il  nous 
envoya  ce  secours  en  toute  hâte.  Deux  chevaliers  des  nôtres,^ 
pleins  d’honneur,  Godefroi  de  Monte-Scabioso*  et  Guil¬ 
laume,  fils  du  Marquis,  frère  de  Tancrède,  et  d’autres  che¬ 
valiers  et  piétons  dont  j’ignore  les  noms  trouvèrent  ici  la 
mort. 

Qui  sera  assez  sage,  assez  savant  pour  oser  décrire  la 
sagacité,  les  dons  guerriers  et  la  vaillance  des  Turcs?  Ils 
croyaient  effrayer  la  nation  des  Francs  par  la  menace  de 
leurs  flèches,  comme  ils  ont  effrayé  les  Arabes,  les  Sarra¬ 
sins,  les  Arméniens,  les  Syriens,  les  Grecs.  Mais,  s’il  plaît  à 
Dieu,  ils  ne  vaudront  jamais  les  nôtres*.  A  la  vérité,  ils  se 
disent  de  la  race  des  Francs  et  prétendent  que  nul,  à  part 
les  Francs  et  eux,  n’a  le  droit  de  se  dire  chevalier^.  Je  dirai 
la  vérité,  et  nul  ne  la  contestera  :  certainement,  s’ils  avaient 
toujours  gardé  fermement  la  foi  du  Christ  et  de  la  sainte 
Chrétienté,  s'ils  avaient  voulu  confesser  un  seul  Seigneur  en 
trois  personnes,  un  fils  de  Dieu  né  d’une  Vierge,  qui  a  souf¬ 
fert,  est  ressuscité  d’entre  les  morts,  est  monté  au  ciel  à  la 
vue  de  ses  disciples,  a  envoyé  la  consolation  parfaite  de 
l’Esprit-Saint,  s’ils  avaient  voulu  croire,  avec  une  foi  et  un 
jugement  droit,  qu’il  règne  au  ciel  et  sur  la  terre,  on  ne 


1.  Allusion  à  la  deuxième  division  des  croisés  mentionnée  plus 
haut. 

2.  Onfroi  de  Monte-Scabioso  (voir  plus  haut,  p.  21);  on  ne  sait 
si  c’est  le  même. 

3.  L’emploi  du  futur  indique  que  ce  passage  a  été  rédigé  au 
cours  de  l’expédition. 

4.  Allusion  curieuse  à  la  légende  qui  fait  descendre  des 
Troyens  les  Francs  et  les  Turcs. 


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52 


DE  SOLIMANI  PAVORE 


recta  mente  et  fide  credidissent,  ipsis  potentiores  vel 
fortiores  vel  bellorum  ingeniosissimos  nullus  invenire 
potuisset  *  ;  et  tamen  gratia  Dei  victi  sunt  a  nostris.  Hoc 
bellum  factum  est  primo  die  julii“. 


[NARRATIO  QUARTA] 

[10.]  Postquam  vero  Turci,  inimici  Dei  et  sancte 
Christianitatis,  omnino  fuerunt*  devicti,  per  iv  dies  et 
noctes  fugientes^  hue  et  illuc,  contigit  ut  Solimanus 
dux  illorum  filius  SoÜmani  veteris,  fugeret  de  Nicena, 
qui  invenit  x  milia  Arabum,  qui  dixerunt  ei  :  «  O  infelix 
et  infelicior  omnibus  gentibus,  cur  tremefactus  fugis?  » 
Quibus  Solimanus  lacrimabiliter‘='  respondit  :  «  Quo- 
niam  olim  cum  habuissem  omnes  Francos  devictos  eos- 
que  putarem  jam  in  captivitate  ligatos,  dum  paulatim 
voluissem  ligare  adinvicem,  tune  respiciens  rétro,  vidi 
tam  innumerabilem  gentem  eorum,  ut,  si  vos  aut  aliquis 
illic  adesset,  putaret  quod  omnes  montes  et  colles  val- 
lesque  et  omnia  plana  loca  plena  essent  illorum  multi- 
tudine^.  Nos  igitur,  illos  cernentes,  statim  cepimus  ca- 
pere  subitaneum  iter,  timentes  tam  mirabiliter,  ut  vix 
evaserimus  de  illorum  manibus,  unde  adhuc  in  nimio 
terrore  sumus  ;  et  si  mihi  et  verbis  meis  velletis  credere, 
auferreiis  vos  hinc,  quia,  si  et  ipsi  potuerintvos  solum- 
modo  scire,  unus  ex  vobis  vix  amplius  evadet  vivus''.  » 

a.  Incipit  liber  quartus  ;  Pfostquam],  initiale  en  rouge 
Explicit  liber  III.  Incipit  IIII  A^^  B.  —  b.  fugerunt  AK  —  c.  fu- 
giendo  A^.  —  d.  lacrymans  B.  —  e.  vivens  A^. 

r.  Réflexions  personnelles  d’un  grand  intérêt.  C’est  le  plus 
ancien  témoignage,  exprimé  d'une  manière  naïve,  de  l’estime 
mutuelle  que  les  Francs  et  les  Turcs  ne  cessèrent  d’acquérir  au 
cours  des  croisades. 


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EFFROI  DE  SOLIMAN 


53 


trouverait  personne  qui  puisse  leur  être  égalé  en  puissance, 
en  courage,  en  science  de  la  guerre*;  et  pourtant,  par  la 
grâce  de  Dieu,  ils  furent  vaincus  par  les  nôtres.  Cette 
bataille  eut  lieu  le  premier  jour  de  juillet. 


[QUATRIÈME  RÉCIT] 

[La  marche  des  croisés  sur  Antioche 

(jUlLLET-20  OCTOBRE  IO97)] 

[10.]  Après  que  les  Turcs,  ennemis  de  Dieu  et  de  la  sainte 
Chrétienté,  eurent  été  entièrement  vaincus  et  se  furent 
enfuis  pendant  quatre  jours  et  quatre  nuits,  il  arriva  que 
Soliman,  leur  chef^,  fils  de  Soliman  l’Ancien,  s’étant  enfui 
de  Nicée,  rencontra  dix  mille  Arabes,  qui  lui  dirent  :  «  O 
infortuné  et  plus  infortuné  que  tous  les  peuples!  Pourquoi 
fuis-tu  épouvanté?  »  Soliman  leur  répondit  :  «  Parce  que 
naguère,  ayant  vaincu  tous  les  Francs,  je  les  croyais  déjà 
enchaînés  en  captivité,  et,  pendant  que  je  voulais  les  lier 
tour  à  tour  les  uns  aux  autres,  regardant  en  arrière,  je 
vis  qu'ils  formaient  un  peuple  tellement  innombrable  que, 
si  vous  ou  tout  autre  eussiez  été  présent,  il  vous  eût  semblé 
voir  toutes  les  montagnes,  les  collines,  les  vallées,  les  plaines 
couvertes  de  leur  multitude  3.  Et  nous,  à  leur  vue,  nous 
poursuivîmes  subitement  notre  chemin,  poussés  par  une 
telle  frayeur  que  ce  fut  à  peine  que  nous  parvînmes  à  nous 
tirer  de  leurs  mains;  et,  si  vous  voulez  croire  mes  paroles, 
vous  vous  tirerez  de  là,  car,  s’ils  pouvaient  seulement  con¬ 
naître  votre  présence,  pas  un  de  vous  n’échapperait  vivant.  » 

2.  Soliman  II  (Kilidsch  Ârslan),  sultan  seldjoucide,  avait  suc¬ 
cédé  à  son  père  Soliman  1*'  en  io%.  C’était  lui  qui  commandait 
les  lûrcs  à  la  bataille  de  Dorylée. 

3.  Le  passage  reproduit  les  termes  mêmes  qui  ont  servi  à 
décrire  la  puissance  de  l’armée  turque  avant  la  bataille  de  Dory- 
lée.  Voir  plus  haut,  p.  46.  Sur  le  caractère  et  la  valeur  de  ce 
morceau,  voir  l’Introduction,  p.  vi. 


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54  DE  CRUCESIGNATORUM  PER  ANATOLIAM  INCOMMODIS 

At  illi  audientes  talia,  retrorsum  verterunt  et  se  expan- 
derunt  per  universam  Romaniam*. 

Tune  veniebamus  nos  persequentes  iniquissimos  Tur- 
cos  cotidie  fugientes  ante  nos*.  At  illi,  venientes  ad 
cuncta  castra  sive  urbes,  fingentes  etdeludentes  habita- 
tores  terrarum  illarum,  dicebani  :  «  Nos  devicimus 
christianos  omnes  et  superavimus  illos  ita,  ut  nullus 
eorum  jam  unquam**  erigere  se  ante*  nos;  tantum  per- 
mittite  nos  intus  intrare.  »  Qui  intrantes  spoliabant 
ecclesias  et  domos  et  alia  omnia  et  ducebant  equos*^ 
secum  et  asinos  et  mulos,  aurum  et  argentum  et  ea*' 
que  reperire  poterant.  Adhuc  quoque  filios  christiano- 
rum  secum  tollebant  et  ardebant  ac  devasiabant  omnia 
convenienta  sive  utilia,  fugientes  et  paventes  valde  ante 
faciem  nostram.  Nos  itaque  persequebamur  eos  per 
deserta^  et  inaquosam  et  inhabitabilem  terram,  ex  qua 
vix  vivi  evasimus  vel  exivimus*.  Famés  vero  et  sitis 
undique  coortabant  nos,  nichilque-^  penitus  nobis  erat 
ad  edendum,  nisi  forte  vellentes  et  fricantes  spicas  ma- 
nibus  nostris^,  tali  cibo  quam  miserrime  vivebamus. 
Illic  fuit  mortua  maxima  pars  nostrorum  equorum^,  eo 
quod  multi  ex  nostris  militibus*  remanserunt  pedites 

a.  jam  unquam  omtj  dans  ^4*.  —  b.  se  contra  ^4*,  C.  — 
c.  equos  omis  dans  C.  —  d.  omnia  X*,  C.  —  e.  desertam 

A*,  ®,  C.  —  f.  nihilque  A^,  fi,  C.  —  g.  equitum  A^y  A^y  C*,  C®  et 
Tudebode,  p.  2g.  —  h.  eorum  A,  fi,  C*,  C®.  Ce  texte  paraît  cor- 
rompu  dans  la  plupart  des  manuscrits.  Seule  la  leçon  de  C>,  que 
nous  avons  préférée  et  que  reproduit  V  «  Hist.  belli  sacri  »,  p.  iS4y 
est  claire.  Celle  de  A  i4®  ;  Illic  fuit  mortua  maxima  pars  equitum 
eo  quod  multi  eorum  remanserunt  pedites,  n’a  pas  de  sens.  Hagen^ 
meyery  qui  a  adopté  ce  texte  (p.  2 1 1 )y  suppose  que,  dans  la  pensée 
de  V Anonyme,  mortua  signifie  non  la  mort  de  la  plus  grande  partie 
des  chevaliers,  ce  qui  eût  arrêté  la  croisade,  mais  la  disparition 
de  la  cavalerie  redevenue  infanterie  par  suite  de  la  mort  des  che¬ 
vaux.  C’est  faire  sur  mortua  un  jeu  de  mots,  qui  est  un  simple 


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MARCHE  PÉNIBLE  EN  ASIE  MINEURE  (juÜlet-aOÛt  IO97)  55 

A  ces  mots,  ils  tournèrent  bride  et  se  répandirent  par  toute 
la  Romanie*. 

Et  nous,  nous  ne  cessions  de  poursuivre  ces  Turcs  très 
iniques  qui  fuyaient  chaque  jour  devant  nous^.  Et  quand 
ils  parvenaient  à  une  place  forte  ou  à  une  ville,  ils  se  jouaient 
des  habitants  du  pays  et  les  trompaient  en  leur  disant  : 
«  Nous  avons  vaincu  tous  les  chrétiens  et  notre  victoire  a 
été  telle  que  nul  d’entre  eux  n’osera  jamais  plus  s’élever 
devant  nous.  Laissez-nous  seulement  entrer.  »  Une  fois 
entrés,  ils  dépouillaient  les  églises,  les  demeures  et  tout  le 
reste;  ils  emmenaient  avec  eux  chevaux,  ânes,  mulets,  or 
et  argent  et  tout  ce  qu’ils  pouvaient  trouver.  Ils  enlevaient 
encore  avec  eux  des  fils  de  chrétiens  et  incendiaient  ou 
dévastaient  tout  ce  qui  pouvait  être  utile,  en  fuyant  toujours 
et  tremblant  devant  notre  face.  Et  nous  les  poursuivions  à 
travers  des  déserts  et  une  terre  dépourvue  d’eau  et  inhabi¬ 
table,  d’où  nous  eûmes  du  mal  à  sortir  vivants^.  La  faim  et 
la  soif  nous  pressaient  de  toute  part  et  nous  n’avions  presque 
plus  rien  à  manger,  sauf  les  épines  que  nous  arrachions  et 
frottions  dans  nos  mains  *  :  voilà  de  quels  mets  nous  vivions 
misérablement.  Là  mourut  la  plus  grande  partie  de  nos  che- 

contresens.  La  lecture  de  B  :  lllic  fuit  mortua  maxima  pars 
nostrorum  equorum,  eo  quod  multi  eorum  remanserunt  pedites, 
ne  peut  se  soutenir  que  si  Von  suppose  qu’eoTum  désigne  les  che- 
valiers,  mais  rien  ne  l'indique. 

I.  Cest-à-dire  en  Asie  Mineure.  Sur  le  sens  du  mot  Romanie, 
voir  ch.  U,  p.  9. 

3.  Ce  fut  seulement  après  un  repos  de  deux  jours  que  les  croi¬ 
sés  commencèrent  à  poursuivre  les  Turcs  (Foucher  de  Chartres, 

I,  12,  p.  336). 

3.  Aucune  source  n’indique  exactement  la  route  suivie  par  les 
croisés  entre  Dorylée  et  Iconium,  mais  il  ressort  des  renseigne¬ 
ments  de  notre  Anonyme  qu’ils  ont  traversé  les  plateaux  déser¬ 
tiques  de  Lycaonie,  à  l’est  de  l’Emir  Dagh,  en  plein  mois  de  juil¬ 
let,  dans  un  pays  où  la  température  moyenne  de  l’été  atteint 
vingt-six  degrés  et  où  il  n’y  a,  en  fait  d’eaux,  que  des  marécages 
et  des  étangs  salés 

4.  Probablement  les  cactus,  aloès  et  autres  plantes  épineuses, 
seule  végétation  des  déserts  d’Anatolie. 


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56  TANCREDUS  BALDUINUSQUE  AB  EXERCITU  DISCEDUNT 

et  pro  penuria  equorum  erant  nobis  boves  loco  caballo- 
rum  et  pro  nimia  necessitate  succedebant  nobis  capri 
et  multones  ac  canes  ad  portandum. 

Interea  cepiraus  intrare  in  terram  optimam  plenam 
corporalibus  alimentis  et  deliciis  omnibusque  bonis  ac 
deinceps  appropinquavimus  Iconio^  Habitatores  vero 
terre  illius*  suadebant  et  admonebant  nos  nobiscum 
ferre  utres  plenos  aqua,  quia  illic  in  itinere  diei  unius 
est  maxima  penuria  aque.  Nos  vero  ita  fecimus  donec 
pervenimus  ad  quoddam  flumen  ibique  hospitati  sumus 
per  II  dies;  et  ceperunt  autem  cursores  nostri  ante  ire^ 
donec  pervenerunt  ad  Erachiam^,  in  qua  eratTurcorum 
nimia  congregatio  exspectans  et  insidians  quomodo 
posset  Christi  militibus®  nocere*.  Quos  Turcos  Dei 
omnipententis  milites  invenientes,  audacter  invaserunt; 
superati  itaque  sunt  inimici  nostri  in  die  illa^  tamque 
celeriter  fugiebant  quam  sagitta  fugit  emissa  ictu  valido 
corde^'et  areu*.  Nostri  igitur  intraverunt  statimin  civi- 
tatem  ibique  mansimus  per  iv  dies^ 

Illic  divisit  se  ab  aliis  Tancredus  Marchisi  filius  et 
Balduinus  cornes-^,  frater  ducis  Godefridi,  simulque 
intraverunt  vallem  de  Botrenthrot*.  Divisit  quoque  se 
Tancredus  etvenit  Tarsum^®  cum  suis  militibus.  Exie- 
runt  denique  Turci  de  urbe  et  venerunt  obviam  eis  at- 

a.  milites  A*,  B.  —  h.  nocere  et  contristare  B.  —  c.  supe¬ 
rati  itaque  sunt  in  ilia  die  inimici  nostri  A^.  —  d.  chordae  A^y. 
B;  corda  A^,  C.  —  e.  arcus  A^,  B.  —  /.  cornes  egregius  B.  — 
g.  Tharsum  A^,  C;  Tarsum  solummodo  B. 

!.  Iconium  (Konieh),  au  centre  du  plateau  d’Anatolie,  à 
1187  mètres  d’altitude,  prise  par  les  Turcs  en  1084,  mais,  d’après^ 
Guillaume  de  Tyr  {Historiens  occidentaux,  t.  I,  p.  18),  évacuée 
par  eux  devant  les  croisés. 

2.  Certainement  des  chrétiens  et  probablement  des  Arméniens. 

3.  Eregli,  l’ancienne  Héraclée,  sur  le  versant  nord  du  Taurus 
cilicien,  est,  en  effet,  séparée  d’Iconium  par  un  désert.  D’après 


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TANCRÈDE  ET  BAUDOUIN  QUITTENT  l’aRMÉE  (scpt.  IO97)  5 J 

vaux,  si  bien  que  beaucoup  de  nos  chevaliers  restèrent  à 
pied  ;  par  pénurie  de  montures,  nous  nous  servions  de 
bœufs  en  guise  de  destriers  et,  dans  cette  extrême  nécessité, 
des  chèvres,  des  moutons,  des  chiens  étaient  employés  à 
porter  nos  bagages. 

Puis  nous  entrâmes  dans  une  terre  excellente,  remplie 
d’aliments  corporels,  de  douceurs  et  de  toute  espèce  de  res¬ 
sources,  et  nous  approchâmes  d’Iconium^  Les  habitants  de 
ce  pays^  nous  persuadaient  et  nous  avertissaient  d’emporter 
avec  nous  des  outres  pleines  d’eau,  car,  pendant  tout  un  jour 
de  marche,  il  y  a  une  grande  pénurie  d’eau.  Nous  fîmes 
ainsi  jusqu’à  ce  que  nous  eûmes  atteint  une  rivière  où  nous 
campâmes  deux  jours.  Nos  coureurs  commencèrent  à  aller 
de  l’avant  jusqu’à  ce  qu’ils  fussent  parvenus  à  Héraclée®,  où 
se  trouvait  une  grosse  troupe  de  Turcs,  qui  attendait  et  cher¬ 
chait  les  moyens  de  nuire  aux  soldats  du  Christ.  Les  soldats 
du  Dieu  tout-puissant  trouvèrent  ces  Turcs  et  les  attaquèrent 
audacieusement.  Ce  jour-là,  ils  l’emportèrent  sur  nos  enne¬ 
mis  qui  fuyaient  aussi  rapidement  qu’une  flèche,  lancée  d’un 
coup  sûr,  s’enfuit  de  la  corde  d’un  arc.  Les  nôtres  pénétrèrent 
donc  aussitôt  dans  la  ville  et  nous  y  séjournâmes  quatre  jours^. 

Là,  Tancrède,  fils  du  Marquis,  se  sépara  des  autres,  ainsi 
que  le  comte  Baudouin,  frère  du  duc  Godefroi,  et  ils  péné¬ 
trèrent  ensemble  dans  la  vallée  de  Bothrentot^.  Tancrède 
partit  aussi  de  son  côté  et  arriva  à  Tarse®  avec  ses  chevaliers. 
Les  Turcs  sortirent  de  la  ville  et  vinrent  à  sa  rencontre  : 
massés  en  un  seul  corps,  ils  se  préparèrent  à  combattre  les 

Foucher  de  Chartres  (I,  14,  p.  337),  les  croisés  y  observèrent  une 
comète  qui  fut  vue  en  Occident  au  début  d’octobre  (Sigebert  de 
Gembloux,  dans  les  Monumenta  Germaniae^  Scrip/ores,  t.  VI, 

p.  367). 

4.  Du  10  au  i3  septembre  1097. 

5.  Tancrède  et  Baudouin  marchent  directement  au  sud,  à  tra¬ 
vers  le  Taurus  cilicien,  que  le  reste  de  l’armée  franchira  plus 
à  l’est. 

6.  Tarse,  ville  importante  de  Cilicie,  non  loin  de  l’embouchure 
du  Cydnus,  devenue,  en  1072,  la  possession  d’un  chef  arménien 
(Laurent,  Byzance  et  les  Turcs  seldjoucides,  p.  86-87).  Sur  ces 
événements,  voir  le  récit  plus  détaillé  de  Raoul  de  Caen  (33-47, 
p.  629-641)  et  d’Albert  d’Aix  (III,  5-17,  p.  342-35o). 

Première  croisade  *  7 


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58  DE  TARSO  TANCREDUS  BALDUINUSQUE  LITIGANT 

que,  in  unum  congregati,  properaverunt®  ad*  bellum 
contra  christianos.  Appropinquaniibus  itaque  nostris 
et  pugnaniibus*^,  dederunt  inimici  nostri  fugam  rever- 
tentes  in  urbem  celeri  gressu.  Tancredus  vero'^  miles 
Christi  pervenit  laxatis  loris  et  castrametatus  est  ante 
portam  urbis. 

Exalia  igitur parte  venit  Balduinus*  cornes’  cum  suo 
exercitu  postulans-^  Tancredum^  quatinus  eum  amicis- 
sime  in  societatem  civitatis  dignaretur  suscipere  ;  cui  ait 
Tancredus  :  «  Te  omnimodo  in  hac  societate  denego.  » 
Nocte  itaque  superveniente,  omnes  Turci  tremefacti 
fugam  una  arripuerunt.  Exierunt  denique  habitatores 
civitatis*  sub  ilia  noctis  obscuritate,  clamantes  excelsa 
voce  :  «  Currite,  invictissimi  Franci,  currite,  quia  Turci 
expergefacti  vestro  timoré  omnes  pariter  recedunt*.  » 

Orta  autem  die,  venerunt  majores  civitatis  et  reddi- 
derunt  sponte  civitatem,  dicentes  illis  qui  super  hoc 
liiigabant  adinvicem  :  «  Sinite  modo,  seniores,  sinite, 
quia  volumus  et  petimus  dominari  et  regnare  super  nos 
ilium  qui  heri  tam  viriliter  pugnavit  cum  Turcis.  » 
Balduinus  itaque,  mirificus  cornes,  altercabatur  et  liti- 
gabat  cum  Tancredo,  dicens  :  «  Intremus  simul  et  spo- 
liemus  civitatem  et  qui  plus  potuerit  habere,  habeat,  et 
qui  poterit  capere,  capiat.  »  Cui  ^  fortissimus  Tancredus 
dixit  :  «  Absit  hoc  a  me.  Ego  namque  christianos  nolo 
exspoliare*;  homines  hujus  civitatis  elegerunt  me  do- 
minum  super  se  meque  habere^  desiderant.  »  Tandem 
nequivit  vir  fortis  Tancredus  diu  luctari  cum  Balduino 
comité  "‘quia  illi  magnus  erat  exercitus®;  tamen  volens 

a.  venerunt  A^,  A"^;  inierunt  C.  —  b.  ad  omis  dans  C.  —  c.  repu- 
gnantibus  A^.  —  d.  vir  prudens  atque  honorabilis  miles  B, 
—  e.  vir  inclitus  cornes  Balduinus  ^  ,  B.  —  /.  postulans  et  depre- 
cans  B.  —  g.  Tancredum  acerrimum  militem  B.  —  h.  recesse- 


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TANCRÈDE  ET  BAUDOUIN  SE  DISPUTENT  TARSE  (scpt.  IO97)  59 

chrétiens.  Mais  les  nôtres  s’étant  avancés  en  bataillant,  les 
ennemis  prirent  la  fuite  et  revinrent  d’un  pas  rapide  dans 
la  ville,  Tancrède,  ce  chevalier  du  Christ,  y  parvint  à  bride 
abattue  et  installa  son  camp  devant  la  porte  de  la  ville. 

D’autre  part  arriva  le  comte  Baudouin^  avec  son  armée, 
demandant  à  Tancrède  de  daigner  l’admettre  amicalement 
au  partage  de  la  ville.  «  Je  refuse  tout  partage  avec  toi  », 
répondit  Tancrède.  La  nuit  survint  et  tous  les  Turcs  épou¬ 
vantés  prirent  la  fuite.  Alors  les  habitants  de  la  ville*  sor¬ 
tirent  en  pleine  obscurité,  criant  à  haute  voix  :  «  Accourez, 
Francs  invincibles,  accourez  :  les  Turcs,  troublés  par  la 
crainte,  se  retirent  tous  en  même  temps.  » 

Le  jour  venu,  arrivèrent  les  notables  de  la  ville  et  ils  ren¬ 
dirent  spontanément  leur  cité  en  disant  à  ceux  qui  se  que¬ 
rellaient  à  ce  sujet  :  «  Cessez,  sires,  cessez,  car  nous  vou¬ 
lons  et  demandons  comme  seigneur  et  comme  prince  celui 
qui  combattit  hier  si  courageusement  contre  les  Turcs.  » 
Mais  Baudouin,  le  comte  admirable,  protestait  et  disputait 
avec  Tancrède  en  disant  :  «  Entrons  ensemble  et  pillons  la 
ville  :  que  celui  qui  aura  la  plus  grosse  part  la  garde  et  que 
celui  qui  pourra  prendre  prenne.  »  A  quoi  le  très  courageux 
Tancrède  répartit  :  «  Loin  de  moi  cette  conduite  !  Je  ne  veux 
pas  dépouiller  des  chrétiens;  les  hommes  de  cette  cité  m’ont 
choisi  pour  seigneur  et  c’est  moi  qu’ils  veulent  avoir.  »  A  la 
fin,  le  courageux  Tancrède  ne  voulut  pas  lutter  plus  long¬ 
temps  avec  le  comte  Baudouin,  qui  avait  une  forte  armée*. 

runt  A^;  recederunt  B.  —  1.  Gui  obstans  B.  —  k.  ego  namque 
christianos  nolo  exspoliare  omis  dans  A*.  —  /.  habere  domi- 
num  i42,  A^.  —  m.  doctissimo  comité  B. 

1.  Baudouin  avait  perdu  le  contact  avec  Tancrède  pendant  la 
traversée  du  Taurus.  C’est  à  tort  que  Foucher  de  Chartres  (I,  14, 
p.  337)  fait  occuper  la  ville  par  Tancrède  avant  l’arrivée  de  Bau¬ 
douin.  Le  témoignage  de  l’Anonyme  est  conhrmé  par  Raoul  de 
Caen  (33,  p.  629)  et  Albert  d’Aix  (III,  5,  p.  342). 

2.  Tarse  était  habitée  par  des  Arméniens  et  des  Grecs. 

3.  D’après  Raoul  de  Caen  (33,  p.  63o,  et  Sy,  p.  633),  Baudouin 
avait  5oo  chevaliers  et  2,000  piétons,  Tancrède  too  chevaliers  et 
200  piétons. 


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60  ARMENIAM  MINOREH  EXERCITUS  TRANSGREDITUR 

nolensque  dimisit  eam  et  viriliter®  recessit  cum  suo 
exercitu  ;  fueruntque  ei  statim  tradite  due  optime  civi- 
tates,  videlicet  Athéna*  et  Manustra*  et  plurima  castra. 

[11.]  Major  vero  exercitus,  scilicet  Raimundus,  co¬ 
rnes  de  Sancto  Egidio,  et  doctissimus  Boamundus  dux- 
que  Godefridus  et  alii  plures*  in  Hermeniorum  intra- 
verunt  terram“,  sitientes  atque  estuantes  Turcorum 
sanguinem. 

Tandem  perveneruntad  quoddam  castrum  quod  tam 
forte  erat  ut  nichil*^  ei  possent  facere.  Erat  autem  ibi 
homo  quidam  nomine  Symeon,  qui  in  ilia  ortus  fuerai*' 
regione  quique  hanc  petiit  terram  quo  eam  defenderet 
de  manibus  inimicorum  Turcorum,  cui  sponte  illi  dede- 
runt  terram*  quique  remansit*  ibi  cum  sua  gente.  Nos 
denique,  exeuntes  inde,  pervenimus  féliciter  usque  ad^ 
Cesaream  Gappadocie*;  a  Cappadocia  autem  egressi, 
venimus  ad  quamdam  civitatem  pulcherrimam  et  nimis 
uberrimam,  quam  paululum  ante  nostrum  adventum 
obsederant  Turci  per  iii  hebdomadas,  sed  non  supera- 
verant®;  mox  illuc  advenientibus  nobis,  continuo  tradi- 
dit  se  in  manu  nostra  cum  magna  leticia.  Hanc  igitur 
petiit  quidam  miles,  cui  nomen  Petrus  de  Alpibus^,  ab 
omnibus  senioribus,  quatinus  eam  defenderet  in  fideli- 
tate  Dei  et^  Sancti  Sepulcri  et  seniorum  atque  impera- 
toris,  cui  cum  nimio  amore  gratis  concesserunt  eam®. 

a.  viriliter  omis  dans  C.  —  b.  alii  principes  B  et  Tudebode^ 
p.  32.  —  c.  nihil  ^4^,  B,  C.  —  d.  ortus  fuit  A^,  B.  — 
e.  sponte  tradiderunt  illamque  remansit  C.  —  /.  ad  omis  dans 
B.  —  g.  Dei  et  omis  dans  C. 

1.  Adana,  au  pied  du  Taurus,  dans  la  partie  la  plus  fertile  de 
la  Cilicie. 

2.  Aujourd’hui  Missis  (l’antique  Mopsueste),  sur  la  rive  droite 
du  Djihoun. 

3.  La  Petite-Arménie  (anciennes  provinces  de  Cappadoce  et  de 


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TRAVERSÉE  DE  LA  PETITE-ARMÉNIE  (OCtObrC  IO97)  6l 

Bon  gré,  mal  gré,  il  abandonna  la  cité  et  se  retira  vaillam¬ 
ment  avec  son  armée  et  on  lui  livra  aussitôt  deux  excellentes 
villes*  Adana^  et  Manustra^,  ainsi  que  plusieurs  châteaux. 

[11.]  Cependant,  la  grande  armée,  Raimond,  comte  de 
Saint-Gilles,  le  très  savant  Bohémond,  le  duc  Godefroi  et 
beaucoup  d’autres  entrèrent  dans  le  pays  des  Arméniens*, 
altérés  et  avides  du  sang  des  Turcs. 

A  la  fin,  ils  parvinrent  devant  un  château  tellement  fort 
qu’ils  ne  pouvaient  rien  contre  lui.  Il  y  avait  là  un  homme 
appelé  Simeon,  qui  était  né  dans  le  pays  et  qui  demanda 
cette  terre,  afin  de  la  défendre  contre  les  entreprises  des 
Turcs  ennemis.  Ils  lui  baillèrent  la  terre  et  il  y  demeura 
avec  sa  gent^.  Nous  partîmes  de  là  et  nous  parvînmes  heu¬ 
reusement  à  Césarée  de  Cappadoce*.  Sortis  de  Cappadoce, 
nous  arrivâmes  à  une  cité  magnifique  et  très  riche  que,  peu 
avant  notre  venue,  les  Turcs  avaient  assiégée  pendant  trois 
semaines®.  Mais  ils  n’eurent  pas  le  dessus  et,  à  notre  arri¬ 
vée,  elle  se  rendit  aussitôt  entre  nos  mains  avec  une  grande 
joie.  Un  chevalier,  nommé  Pierre  d’Aups^,  la  demanda  à 
tous  les  seigneurs,  afin  de  la  défendre  en  toute  fidélité  de 
Dieu  et  du  saint  sépulcre,  des  seigneurs  et  de  l’empereur. 
Ils  la  lui  accordèrent  de  très  bonne  grâce*.  La  nuit  suivante, 

Cilicie)  avait  été  colonisée,  depuis  le  vu*  siècle,  par  les  Armé¬ 
niens  fuyant  devant  l’invasion  arabe.  Au  xi*  siècle,  après  la  con¬ 
quête  de  la  Grande-Arménie  par  les  Turcs,  des  chefs  arméniens 
s’y  étaient  établis.  Voir  Laurent,  L'Arménie  entre  Byj^ance  et 
l'Islam  {1919),  p.  6  et  3oo. 

4.  Ce  qui  signifie  que  Siméon,  comme  plus  loin  Pierre  d’Aups, 
tint  cette  terre  en  fief  des  princes  croisés. 

5.  Kaisariéh  actuelle,  située  au  centre  du  massif  montagneux 
d’Argée. 

6.  D’après  Baudri  de  Bourgueil  (I,  7,  p.  39),  cette  ville  serait 
Plastencia,  l’ancienne  Comana. 

7.  Identifié  avec  Pierre  d’Aups  {localité  du  département  du  Var), 
seigneur  provençal,  passé  du  service  de  Robert  Guiscard  à  celui 
d’Alexis  Comnène.  Voir  Orderic  Vital,  IX,  8,  éd.  Le  Prévost, 
t.  III,  p.  5i5. 

8.  Passage  intéressant  qui  résume  les  conditions  juridiques 
dans  lesquelles  les  princes  croisés  accordaient  des  fiefs  et  qui  les 
montrent  encore  fidèles  au  serment  prêté  à  l’empereur. 


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62 


EXERCITUM  RAIMUNDI  MILITES  PRAECEDUNT 


Sequenti  nocte  audivit  Boamundus  quod  Turci  qui  fue- 
rant  in  obsessione  civitatis  frequenter  précédèrent  nos  ; 
mox  preparavit  se  solummodo  cum  militibus  quatinus 
illos  undique  expugnaret,  sed  illos  invenire  non  potuit. 

Deinde  venimus  ad  quamdam  urbem  nomine Goxon 
in  qua  erat  maxima  ubertas  omnium  bonorum  que  no- 
bis  erant  necessaria.  Christiani  igitur,  videlicet  alumni 
urbis  illius*,  reddiderunt  se  statim  nosque  fuimus  ibi 
optime  per  ni  dies  et  illic  maxime  sunt  recuperati  nos- 
tri". 

Audiens  itaque  Raimundus  cornes*  quod  Turci  qui 
erant  in  custodia  Antiochie  discessissent^,  in  suo  inve- 
nit  consilio  quod  mitteret  illuc  aliquos  ex  suis  militi¬ 
bus  qui  eam  diligenter  custodirent;  tandem  elegit  illos 
quos  legare  voluit,  videlicet  Petrum  de  Castellione  vi- 
cecomitem^  Willelmum  de  Monte  Pislerio®,  Petrum 
de  Roasa®,  Petrum  Raimundum  de  Pul^  cum  d  militi¬ 
bus.  Venerunt  itaque  in  vallem  prope  Antiochiam  ad 
quoddam  castrum  Publicanorum®  ilÜcque  audierunt 
Turcos  esse  in  civitate  eamque  fortiter  defendere  pre- 
parabant*^.  Petrus  de  Roasa  divisit  se  ibi  ab  aliis  et 
proxima  nocte  transivit  prope  Antiochiam  intravitque 
vallem  de  Rugia*  et  invenit  Turcos  et  Saracenos  et  pre- 
liatus  est  cum  eis  et  occidit  multos  ex  eis  et  alios  per- 
secutus  est  valde.  Videntes  hoc  Hermenii  habitatores 
terre  illius,  ilium  scilicet*^  fortiter  superasse  paganos, 
continuo  reddiderunt  se;  ipse  vero  cepit*  Rusam^*® 
civitatem  et  plurima  castra. 

a.  nostrorum  multi  A^f  C^.  —  b.  cornes  de  Sancto  Egidio 
A^y  B.  —  c.  properabantyC^,  A^;  préparâtes  C.  —  d.  scilicet  omis 
dans  A^  et  B.  —  e.  coepit  Ay  B,  C.  —  f.  Rusam  omi5  dans  B. 

I.  Peut-être  Gueuk-Sou,  sur  le  versant  méridional  du  Taurus. 


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ÉCLAIREURS  ENVOYÉS  PAR  R.  DE  TOULOUSE  (oCt.  IO97)  63 

Bohémond  apprit  que  les  Turcs,  qui  avaient  assiégé  cette 
ville,  nous  précédaient  fréquemment.  Aussitôt  il  se  prépara 
avec  ses  seuls  chevaliers  à  les  chasser  de  partout,  mais  il  ne 
put  les  rencontrer. 

Nous  atteignîmes  ensuite  une  ville  appelée  Coxon^,  qui 
possédait  les  ressources  abondantes  qui  nous  étaient  néces¬ 
saires.  Les  chrétiens,  habitants  de  cette  ville,  se  rendirent 
aussitôt^.  Nous  y  fûmes  pendant  trois  jours  dans  de  bonnes 
conditions  et  les  nôtres  purent  s’y  refaire  entièrement. 

Apprenant  que  les  Turcs  qui  gardaient  Antioche  s’étaient 
retirés^,  le  comte  Raimond  décida  avec  son  conseil  d’en¬ 
voyer  quelques-uns  de  ses  chevaliers  pour  l’occuper  rapi¬ 
dement.  Il  choisit  donc  ceux  qu’il  voulait  charger  de  cette 
mission,  à  savoir  le  vicomte  Pierre  de  Castillon^,  Guillaume 
de  Montpellier*,  Pierre  de  Roaix«,  Pierre-Raimond  d’Haut- 
pouF,  avec  5oo  chevaliers.  Ils  parvinrent,  dans  une  vallée 
des  environs  d’Antioche,  jusqu’à  un  château  de  Publicains®, 
où  ils  apprirent  que  les  Turcs  occupaient  la  cité  et  se  pré¬ 
paraient  à  la  défendre  avec  courage.  Pierre  de  Roaix  se 
sépara  des  autres  et,  la  nuit  suivante,  s’étant  approché  d’An¬ 
tioche,  il  entra  dans  la  vallée  de  Rugia®,  y  trouva  des  Turcs 
et  des  Sarrasins,  batailla  contre  eux,  en  tua  un  grand  nombre 
et  poursuivit  les  autres  vigoureusement.  Aussitôt  les  Armé¬ 
niens,  habitants  de  cette  terre,  voyant  qu'il  avait  vaincu  les 
païens  courageusement,  se  rendirent.  Pierre  s’empara  de 
Rusa^o  et  de  plusieurs  châteaux. 

2.  Probablement  des  Arméniens. 

3.  Cette  décision  prise  par  Raimond  «  en  son  conseil  »  montre 
le  manque  d’entente  entre  les  chefs  et  l’on  peut  y  voir  déjà  une 
preuve  des  visées  du  comte  de  Toulouse  sur  Antioche. 

4.  Probablement  Castillon  (Gironde). 

5.  Guillaume,  seigneur  de  Montpellier. 

6.  Roaix  (Vaucluse). 

7.  Raimond  d’Hautpoul  est  cité  par  Raimond  d’Aguilers,  5,  p.  254. 

8.  Sur  les  Publicains  ou  Pauliciens,  voir  plus  haut,  p.  49,  n.  3. 

9.  Vallée  située  à  l’est  d’Antioche,  sur  la  route  d’Alep,  dans  les 
environs  du  village  actuel  de  Riha. 

10.  Sur  Rusa  (qui  est  peut-être  aujourd’hui  Ruweha,  au  sud-est 
de  Riha),  voir  Foucher  de  Chartres,  II,  45,  p.  423. 


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64  DE  EXERCITUS  APUD  ANTIOCHIAM  ADVENTU 

Nos  autem,  qui  remansimus,  exeuntes  inde,  intravi- 
mus  in  diabolicam  montanam^  que  tam  erat  alta  et 
angusta  ut  nullus  nostrorum  auderet  per  semitam,  que 
in  monte  patebat,  ante  alium  preire;  illic  precipitabant 
se  equi  et  unus®  saumarius*  precipitabat  alium.  Milites 
ergo  stabant  undique  tristes;  feriebant*  se  manibus  pre 
nimia  tristitia  et  dolore,  dubitantes  quid  facerent  de 
semetipsis  et  de  suis  armis;  vendentes'^  suos  clipeos  et 
loricas  optimas  cum  galeis®  solummodo  propter  ni  aut 
vdenarios  vel  prout  quisque  poterat  habere;  qui  autem 
vendere  nequibant,  gratis  a  se  jactabant  et  ibant. 

Exeuntes  igitur  de  exsecrata^*  montana,  pervenimus 
ad  civitatem  que  vocatur  Marasim*.  Cultures  vero  il- 
lius  civitatis  exierunt  obviam  nobis  letantes  et  déféren¬ 
tes  maximum  mercatum  illicque  habuimus  omnem 
copiam  exspectando*  donec  veniret  dominus  Boamun- 
dus*.  Venerunt  itaque  nostri  milites  in  vallem  in  qua 
regalis  civitas  Antiochia  sita  est®,  que  est  caput  tocius 
Syrie  quamque  dominus  Jhesus  Christus-^  tradidit 
beato  Petro,  apostolorum  principi  quatinus  eam  ad 
cultum  sancte  fidei  revocaret,  qui  vivit  et  régnât  cum 
Deo  Pâtre  in  unitate  Spiritus  Sancti  Deus^  per  omnia 
secula  seculorum.  Amen. 

a.  unusquisque  Ci.  —  b.  feriebantque  C.  —  c.  vendebant  ergo 
A^;  autem  C.  —  d.  execrata  ^1,  B;  execrabili  C.  —  e.  expe¬ 
ctantes  C.  —  f.  Christus  omis  dans  A^,  A^^  C*.  —  g.  Deus 
omis  dans  X*,  ^4*,  C*. 

1.  Entre  Césarëe  et  Marasch,  les  croisés  durent  franchir  les 
chaînes  parallèles  de  TAntitaurus  par  des  passages  très  élevés. 

2.  R  Saumarius  Hy  sommier,  cheval  chargé  de  paquets,  du  grec 
odttJia  (bât),  corrompu  en  r  salma  ». 

3.  Sur  le  poids  extraordinaire  de  cet  armement,  broignes, 
heaumes,  écus,  nous  avons  le  témoignage  à  peu  près  contempo- 


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ARRIVÉE  DE  l’aRMÉE  DEVANT  ANTIOCHE  (20  OCt.  IO97)  65 

Nous,  qui  restâmes  à  Goxon,  nous  en  sortîmes  et  péné¬ 
trâmes  dans  la  montagne  diabolique^,  si  élevée  et  si  étroite 
que,  dans  le  sentier  situé  sur  le  flanc,  nul  n’osait  précéder 
les  autres;  les  chevaux  se  précipitaient  dans  les  ravins  et 
chaque  sommier*  en  entraînait  un  autre.  De  tous  côtés  les 
chevaliers  montraient  leur  désolation  et  se  frappaient  de 
leurs  propres  mains,  de  douleur  et  de  tristesse,  se  deman¬ 
dant  que  faire  d’eux-mêmes  et  de  leurs  armes.  Ils  vendaient 
leurs  boucliers  et  leurs  bons  hauberts  avec  les  heaumes* 
pour  une  somme  de  trois  à  cinq  deniers  ou  pour  n’importe 
quoi.  Ceux  qui  n’avaient  pu  les  vendre  les  jetaient  pour  rien 
loin  d’eux  et  continuaient  leur  route. 

Sortis  de  cette  exécrable  montagne,  nous  parvînmes  à 
une  ville  appelée  Marasch-*.  Les  habitants  sortirent  à  notre 
rencontre  tout  joyeux,  en  nous  apportant  un  copieux  ravi¬ 
taillement,  et  nous  y  fûmes  dans  l’abondance  en  attendant 
l’arrivée  du  seigneur  Bohémond*.  Enfin  nos  chevaliers  attei¬ 
gnirent  la  vallée  dans  laquelle  est  située  la  cité  royale  d’An¬ 
tioche®,  qui  est  la  capitale  de  toute  la  Syrie  et  que  le  Sei¬ 
gneur  Jésus-Christ  a  donnée  à  Pierre,  prince  des  Apôtres, 
afin  qu’il  la  rappelât  au  culte  de  la  sainte  foi,  lui  qui  vit  et 
règne  avec  Dieu  le  Père  dans  l’unité  du  Saint-Esprit,  Dieu 
dans  tous  les  siècles  des  siècles.  Ainsi  soit-il! 

rain  de  la  Tapisserie  de  Bayeux,  qui  représente  les  préparatifs  de 
l’expédition  d’Angleterre.  On  y  voit  des  porteurs  chargés  des 
lourdes  broignes  qu’ils  vont  embarquer  dans  les  nefs. 

4.  Marasch,  située  au  pied  du  massif  de  l’Akhir  Dagh,  au 
débouché,  dans  la  plaine,  de  la  haute  vallée  du  Djihoun.  Les  croi¬ 
sés  y  parvinrent  vers  le  i3  octobre. 

5.  On  a  vu  plus  haut  que  Bohémond  s’était  lancé  à  la  pour¬ 
suite  des  Turcs  sans  pouvoir  tes  atteindre.  Etienne  de  Blois  fait 
allusion  à  cette  poursuite  (2*  lettre,  dans  Epistuîae  et  cliartacy 
p.  i5o). 

6.  La  vallée  de  l’Oronte.  Antioche,  qui  était  encore  une  très 
grande  ville,  était  bâtie  sur  la  rive  gauche  de  l’Oronte  et  escala¬ 
dait  au  sud  les  pentes  du  mont  Silpius.  Reconquise  sur  les 
Arabes  par  Nicéphore  Phocas  en  969,  elle  avait  été  prise  par  les 
Turcs  en  io85. 


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66  AD  ANTIOCHIAM  CASTRA  CRUCESIGNATI  PONUNT 


[NARRATIO  QUINTA] 

[12.]  Cum**  cepissemus*  appropinquare  ad  Pontem 
Farreum^^  cursores  nostri,  qui  semper  solebant  nos 
precedere,  invenerunt  Turcos  innumerabiles  congrega- 
tos  obviam  eis,  qui  dare  adjutorium  Antioche  festina- 
bant;  irruentes  igitur  nostri  uno  corde  et  mente  super 
illos,  superaverunt  Turcos.  Consternati  sunt  barbari 
dederuntque  fugam  et  multi  mortui  sunt  ex  eis  in  cer- 
tamine^.  Nostri  igitur  superantes  illos,  Dei  gratia  acce- 
perunt  spolia  multa,  equos,  camelos,  mulos,  asinos 
onustos‘^  frumento  et  vino. 

Venientes  denique  nostri,  castrametati  sunt  super  ri- 
pam  fluminis;  protinus  vir  sapiens  Boamundus  cum 
nu  milibus  militum  venit  ante  portam  civitatis  vigi- 
lare,  si  forte  aliquis  nocte  latenter  exiret  aut  intraret 
civitatem*.  Crastina  vero  die  pervenerunt  usque  ad 
Antiochiam  media  die  in  iv*  feria,  que  est  xii  kal.  no- 
vembris®  et  obsedimus  mirabiliter  iii  portas  civitatis, 
quoniam  in  alia  parte  deerat  nobis  locus  obsidendi, 
quia  alta  et  nimis  angusta  montana  nos  coortabatV 
Tantum  autem  timebant  nos  undique  inimici  nostri 

a.  Initiale  ornée  et  blanc  d'une  demi-ligne  dans  ;  cum  cœpis- 
semus  appropinquare  en  capitales  dans  avec  initiale  en  rouge; 
blanc  d’une  ligne  dans  A^.  —  b.  cœpissemus  A^,  B,  C.  — 
c.  Ferreum  A^,  A^;  ferream  C'.  —  d.  honustos  A^.  —  e.  in  civi- 
talem  A^. 


I.  Plusieurs  manuscrits  portent  «  Ferreum  »,  pont  de  fer.  L’ex¬ 
plication  de  cette  épithète  par  Albert  d’Aix  (III,  23,  p.  302),  d’après 
laquelle  à  l’entrée  du  pont  se  dressaient  deux  tours  inattaquables 
par  le  fer,  est  enfantine.  Guillaume  de  Tyr  {Historiens  occiden- 
iatiXj  t.  I.  p.  164)  explique  que  l’Oronte  était  appelé  «  Far  »  ou 


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LES  CROISÉS  CAMPENT  SOUS  ANTIOCHE  (20  OCt.  IO97)  67 


[CINQUIEME  RECIT] 

[Le  début  du  siège  d’Antioche 

(20  OCTOBRE-DÉCEMBRE  IO97)] 

[12.]  Comme  nous  commencions  à  approcher  du  pont 
du  Far*,  nos  coureurs,  qui  nous  précédaient  toujours  d’ha¬ 
bitude,  trouvèrent  devant  eux  un  fort  parti  de  Turcs  qui  se 
hâtaient  d’aller  au  secours  d'Antioche  ;  ils  les  chargèrent  d’un 
seul  cœur  et  d’une  seule  âme  et  vainquirent  les  Turcs.  Ces 
barbares  consternés  prirent  la  fuite  et  beaucoup  d’entre  eux 
périrent  dans  ce  combat*^.  Vainqueurs,  les  nôtres  firent  par 
la  grâce  de  Dieu  un  énorme  butin  de  chevaux,  de  cha¬ 
meaux,  de  mulets,  d’ânes  chargés  de  blé  et  de  vin. 

Enfin  les  nôtres  arrivèrent  et  installèrent  leur  camp  sur  la 
rive  du  fleuve;  immédiatement,  le  sage  Bohémond  vint  se 
poster  avec  4000  chevaliers  devant  une  porte  de  la  cité,  afin 
de  veiller  à  ce  qu’on  n’y  entrât  ou  n’en  sortît  secrètementpen- 
dant  la  nuit.  Le  lendemain  on  parvint  jusqu’à  Antioche,  au 
milieu  du  jour  de  la  quatrième  férié,  qui  est  le  douzième 
jour  avant  les  calendes  de  novembre®,  et  nous  assiégeâmes 
admirablement  trois  portes  de  la  cité.  De  l’autre  côté,  nous 
n’avions  pas  la  place  nécessaire  à  conduire  un  siège,  parce 
que  nous  étions  resserrés  par  une  montagne  haute  qui  ne 
laissait  qu’un  passage  étroit^.  Nos  ennemis  les  Turcs,  qui 

«  Fer  »,  d’où  le  nom  de  «  pons  farreus  »  ou  u  ferreus  ».  Il  était 
situé  sur  la  route  d’Alep  à  Antioche. 

2.  Sur  ce  combat,  voir  la  lettre  I  d’Anselme  de  Ribemont  {EpiS‘ 
tulae  et  chartaey  p.  145},  qui  donne  la  date  du  20  octobre. 

3.  C’est-à-dire  le  21  octobre;  la  date  et  l’heure  données  par  l’Ano¬ 
nyme  sont  confirmées  par  Anselme  de  Ribemont,  lettre  n®  1  [Epis- 
tulae  et  chartae,  p.  14S). 

4.  L’enceinte  d’Antioche  (près  de  six  kilomètres  d’est  en  ouest, 
quatre  kilomètres  du  nord  au  sud)  avait  été  reconstruite  par  Jus¬ 
tinien  en  S40.  Au  sud,  elle  escaladait  les  pentes  du  mont  Silpius. 
Voir  Ch.  Diehl,  Justinien^  p.  582-583. 


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68 


ANTIOCHIAM  CRUCESIGNATI  OBSIDEKT 


Turci,  qui  erant  intus  in  urbe,  ut  nemo  eorum  auderet 
offendere  aliquem  ex  nostris  fere  per  spatium  die- 
rum  XV.  Mox  hospitalités  nos  circa  Antiochiam,  repe- 
rimus  illic  omnem  abundantiam,  videlicet  vineas  un- 
dique  plenas,  foveas  plenas  frumento,  arbores  refertas 
pomis  et  alia  multa  bona  corporibus  utilia*. 

Hermenii  et  Suriani*,  qui  erant  intus  in  urbe, 
exeuntes  et  ostendentes®  sese  fugere,  cotidie  erant  no- 
biscum,  sed  eorum  uxores  in  civitate.  Illi  vero  inge- 
niose  investigabant  nostrum  esse  nostramque  qualita- 
tem  referebantque  omnia  his  excommunicatis*  qui  in 
urbe  inclusi  [erant].  Postquam  vero  Turci  fuerunt 
edocti  de  nostra  essentia,  ceperunt  paulatim  de  urbe 
exire  nostrosque  peregrinos  undique  coangustare,  non 
solum  ex  una  parte  sed  undique  erant  latentes  obviam 
nobis  ad  mare  et  ad  montanam. 

Erat  autem  non  longe  castrum,  cui  nomen  Aregh^, 
ubi  erant  congregati  multi  Turci  fortissimi,  qui  fré¬ 
quenter  conturbabant  nostros.  Audientes  itaque  nostri 
seniores  talia,  nimis  doluerunt  miserumtque  ex  militi- 
bus  suis,  qui  diligenter  explorarent  locum,  ubi  erant 
Turci;  reperto  igitur  loco  ubi  latebant,  nostri  milites, 
qui  querebant  illos,  obviant  eis.  At  nostris  paulatim 
retrogredientibus,  ubi  sciebant  Boamundum  esse  cum 
suo  exercitu,  statim  fuerunt  illic  mortui  ii  ex  nostris. 
Hoc  audiens  Boamundus  surrexit  cum  suis,  ut  fortissi- 
mus  Christi  athleta,  et  barbari  irruerunt  contra  illos,  eo 

a.  simulantes  C.  —  b.  excommunicatis  omis  dans  A^,  C>,  C-. 

1.  Sur  cette  abondance  et  sur  l’imprévoyance  des  croisés,  qui 
gaspillaient  les  provisions,  voir  les  détails  donnés  par  Raimond 
d’Âguilers,  5,  p.  342. 

2.  Les  Syriens  formaient  la  population  indigène  la  plus  culti- 


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SIÈGE  d’antioche  (21  octobrc  1097)  69 

se  trouvaient  dans  la  ville,  avaient  de  nous  une  telle  frayeur 
que  pendant  quinze  jours  nul  d’entre  eux  n’osa  attaquer 
l’un  des  nôtres.  Bientôt  prenant  nos  quartiers  autour  d’An¬ 
tioche,  nous  trouvâmes  en  cet  endroit  une  extrême  abon¬ 
dance,  vignes  bien  garnies,  cachettes  remplies  de  blé,  arbres 
couverts  de  fruits  et  toutes  espèces  de  ressources  utiles  à  la 
nourriture*. 

Les  Arméniens  et  les  Syriens*,  qui  étaient  à  l’intérieur  de 
la  ville,  en  sortaient  comme  pour  fuir  et  se  trouvaient 
chaque  jour  avec  nous,  tandis  que  leurs  femmes  restaient 
dans  la  cité.  Ils  s’enquéraient  habilement  de  nous  et  de 
notre  situation  et  rapportaient  tout  à  ces  excommuniés  qui 
étaient  enfermés  dans  la  ville.  Après  que  les  Turcs  furent 
suâisamment  instruits  de  ce  qui  nous  concernait,  ils  com> 
mencèrent  peu  à  peu  à  sortir  de  la  ville  et  à  cerner  nos  pè¬ 
lerins.  Ce  n’était  pas  d’un  seul  côté,  mais  partout  qu’on  les 
trouvait  cachés  sur  notre  passage,  vers  la  mer  ou  la.  mon¬ 
tagne. 

Non  loin  se  trouvait  un  château  appelé  Harenc*,  où 
s’étaient  postés  un  grand  nombre  de  Turcs  très  vaillants, 
qui  inquiétaient  fréquemment  les  nôtres.  L’ayant  appris, 
nos  seigneurs  en  furent  marris  et  envoyèrent  plusieurs  de 
leurs  chevaliers  reconnaître  au  plus  tôt  l’endroit  où  se  trou¬ 
vaient  les  Turcs.  Ayant  reconnu  l’endroit  où  ils  se  cachaient, 
nos  chevaliers,  qui  les  cherchaient,  vont  à  leur  rencontre. 
Les  nôtres  battent  progressivement  en  retraite  jusqu’à  l’en¬ 
droit  où  ils  savaient  que  Bohémond  se  trouvait  avec  sa 
troupe.  Deux  des  nôtres  furent  tués  dans  cette  affaire.  A 
cette  nouvelle,  Bohémond  s’élança  avec  les  siens  comme  un 
vaillant  athlète  du  Christ.  Les  barbares  s’acharnèrent  contre 

vée.  Le  nombre  des  Arméniens  s’était  accru  dans  la  ville  vers 
1084,  lorsqu’un  noble  arménien,  Philarète  Brachamios,  avait  fait 
d’Antioche  la  capitale  d’une  principauté,  détruite  par  les  Turcs 
en  io85. 

3.  Âregh  (Harenc  de  Raoul  de  Caen  et  Guillaume  de  Tyr), 
situé,  d’après  Anselme  de  Ribemont  (lettre  n®  i,  dans  Epistulae 
et  chartaCj  p.  i38),  à  huit  milles  d’Antioche,  au  delà  du  pont  du 
Far,  autrement  dit  de  l’Oronte  (voir  plus  haut,  p.  66,  n.  i). 


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70 


INOPIA  CRUCESIGNATI  OPPRÏMÜNTUR 


quod  nostri  erant  pauci";  tamen  simul  juncti  inierunt 
bellum.  Mortui  sunt  vero  multi  ex  nostris  înimicis  et 
capti  alii  ducti  sunt  ante  portant  urbis  ibique  decolla- 
bantur,  ut  magis  tristes  fièrent  qui  erant  in  urbe. 

Exibant  quidem  alii  de  civitate  et  ascendebant*  in 
quamdam  portant  et  sagittabant*^  nos  ita  ut  sagitte  eo- 
rum  caderent  in  domini  Boamundi  plateam;  et  una 
mulier  occubuit^^  ictu  sagiiie®. 

[13,]  Congregati  sunt  itaque  omnes  majores  nostri  et 
ordinaverunt  concilium*,  dicentes  :  «  Faciamus  cas- 
trum  in  vertice  montis  Maregart-^,  quo  securi  atque 
tuti^  possimus  esse  a*  Turcorum  formidine*.  »  Facto 
itaque  Castro  atque  munito,  omnes  ^  majores  iliud  in- 
vicem  custodiebant. 

Jamjam  ceperant  frumentum  et  omnia  nutrimenta 
corporum  nimis  esse  cara  ante  Natale  Domini®.  Foras 
penitus  non  audebamus  exire  nihilque  penitus  in  terra 
Christianorum  invenire  poteramus  ad  edendum.  In 
Saracenorum^  namque  terram*  nemo  inirare  audebat, 
nisi  cum  magna  gente.  Ad  ultimum  statueront  nostri 
seniores,  concilium  ordinando,  qualiter  regerent  tantas 
gentes®  :  invenerunt  in  concilio  ut  una  pars  nostri  iret 
diligenter  attrahere  stipendium  et  ubique  custodire 
exercitum,  alia  quoque  pars  fiducialiter  remaneret  cus- 

a,  pauci  essent  C‘,  O.  —  b.  descendebant  B.  —  c.  sagitabant 
A^.  —  d.  et  unam  mulierem  occiderent  A^y  A^,  —  e.  sagitae  AK 
—  /.  Maregart,  qui  mons  est  super  hostem  Boamundi  B;  même 
leçon  dans  Tudebode^  p.  3^^  et  dans  V  «  Hist.  belli  sacri  », 
p.  1S7.  —  g.  quod  securiat  ut  tuti  B.  —  h.  possimus  permanere 
de  B;  même  leçon  dans  Tudebode,  p.  et  dans  V  «  Hist.  belli 
sacri  »,  p.  187.  —  i.  factum  est  ergo  castrum  atque  munitum 
omnesque  A^y  A^,  —  k.  terra  A^y  A^,  B,  O,  C®. 

I.  A  partir  du  siège  d’Antioche,  l’entente  est  plus  grande  entre 


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DISETTE  AU  CAMP  DES  CROISÉS  (décembre  1097)  71 

eux  d’autant  plus  que  les  nôtres  étaient  en  petit  nombre. 
Cependant  une  mêlée  s’engagea.  Beaucoup  de  nos  ennemis 
périrent;  d’autres  faits  prisonniers  furent  conduits  devant 
la  porte  de  la  ville,  et  ce  fut  là  qu’on  les  décapita  afin  d’aug¬ 
menter  la  douleur  de  ceux  qui  étaient  dans  la  ville. 

D’autres  sortaient  de  la  cité  et  montaient  sur  une  porte 
d’où  ils  tiraient  sur  nous,  de  telle  sorte  que  leurs  flèches 
tombaient  dans  l’enceinte  du  camp  de  Bohémond.  L’ne 
femme  fut  tuée  d’un  coup  de  flèche. 

[13.]  Aussi  nos  chefs  s’assemblèrent  et  tinrent  conseiP 
en  disant  :  «  Établissons  un  château  au  sommet  du  mont 
Maregart,  afin  d’être  en  sécurité  et  de  nous  affranchir  de 
la  crainte  des  Turcs*.  »  Le  château  étant  construit  et  forti¬ 
fié,  tous  nos  chefs  le  gardaient  tour  à  tour. 

Mais  déjà,  avant  Noël,  le  blé  et  tous  les  aliments  com¬ 
mençaient  à  renchérir*.  Nous  n’osions  presque  plus  sortir 
du  camp  et  dans  la  terre  des  chrétiens  on  ne  trouvait 
presque  plus  rien  à  manger.  Et  nul  n’osait  plus  pénétrer 
dans  la  terre  des  Sarrasins^,  sinon  avec  une  grosse  troupe. 
A  la  fin,  nos  seigneurs,  ayant  tenu  conseil,  prirent  les  me¬ 
sures  nécessaires  au  gouvernement  d’un  peuple  si  nom¬ 
breux*.  Ils  décidèrent  en  conseil  qu’une  partie  des  nôtres 
irait  au  plus  tôt  rassembler  des  ressources  et  assurer  la 
protection  de  l’armée  sur  ses  derrières,  et  que  les  autres 

les  chefs  de  bandes.  Les  opérations  sont  dirigées  par  le  conseil 
de  guerre  qui  est  mentionné  à  plusieurs  reprises  et  qui  était  com¬ 
posé  des  principaux  chefs. 

2.  Le  mont  Maregart  (Malreguart,  Raimond  d’Aguilers)  a  pu 
recevoir  ce  nom  des  croisés  eux-mêmes. 

3.  Sur  ces  souffrances,  voir  Anselme  de  Ribemont  (lettre  n®  2, 
dans  Epistulae  et  chartae^  p.  1 67)  :  il  ne  restait  que  700  chevaux 
dans  toute  l’armée. 

4.  L’auteur  oppose  la  «  terre  des  chrétiens  »,  habitée  par  les 
Arméniens  et  les  Syriens,  au  nord  et  à  l’ouest  d’Antioche,  à  la 
tt  terre  des  Sarrasins  »,  située  au  sud  et  à  l’est. 

5.  Eff’ort  curieux  des  chefs  croisés  pour  adopter  un  plan  d'en¬ 
semble. 


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72  DE  COMMEATIBUS  COLLIGENDIS  EXPEDITIO 

todire  hostem®^  Boamundus  denique  dixit  :  «  Seniores 
et  prudentissimi  milites,  si  vultis  et  bonum*  vobis  vide- 
tur,  ego  ero  cum  Flandrensi  comité  iiurus  cum  eo*.  » 
Celebratis  itaque  gloriosissime  sollemnitatibus  Nati- 
vitatis,  in  die  lune*",  ii  scilicei  feria,  egressi  sunt  illi  et 
alii  plus  quam  xx  milia  militum  et  peditum^  ac  sani 
et  incolumes  intraverunt  terram  Saracenorum.  Con- 
gregati  quippe  erant  multi  Turci  et  Arabes  et  Saraceni 
ab  Jérusalem  et  Damasco  et  Aleph  et  ab  aliis  regioni- 
bus,  qui  veniebant  fortitudinem  Antiochie  dare;  au- 
dientes  itaque  isti  Christianorum  gentem  conductam 
esse  in  illorum  terram,  illico  preparaverunt  se  ad  bel- 
lum  contra  Christianos  atque  summo  diluculo  venerunt 
in  locum  ubi  gens  nostra  erat  in  unum  diviseruntque 
se  barbari  et  fecerunt  duas  acies,  unam  ante  et  aliam 
rétro,  cupientes  ex  omni  parte  circumcingere  nos. 
Egregius  itaque  cornes  Flandrensis,  undique  regimine 
fidei  signoque  crucis,  quam  fideliter  cotidie  bajulabat^, 
armatus,  occurrit  illis  una  cum  Boamundo,  irrueruntque 
nostri  unanimiter  super  illos,  qui  statim  arripuerunt 
fugam  et  festinanter  verterunt  rétro  scapulas,  ac  mortui 
sunt  ex  illis  plurimi  nostrique  ceperunt  equoseorum  et 
alia  spolia,  alii  vero,  qui  vivi  remanserunt,  velociter 
fugerunt  et  in  iram'^  perditionis  abierunt*;  nos  autem 
revertentes  cum  magno  tripudio,  laudavimus  et  magni- 
ticavimus  trinum  et  unum  Deum,  qui  vivit  et  régnât 
nunc  et  in  evum.  Amen. 

a.  hostes  C*,  C*.  —  b.  et  honesium  et  bonum  B.  —  c.  lu- 
nae  omw  dans  A^.  —  d.  et  viam  C^. 

1.  Hostis  (r  «  ost  »)  a  ici  le  sens  du  gros  de  Tarmée  établie  dans 
le  camp. 

2.  Godefroi  de  Bouillon  étant  malade,  ce  fut  le  comte  de 
Toulouse  et  l’évêque  du  Puy  qui  dirigèrent  la  défense  du  camp 
(Raimond  d’Aguilers,  5,  p.  243). 


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EXPÉDITION  DE  RAVITAILLEMENT  (fiiî  décembre  1097)  73 

resteraient  au  camp  pour  le  garder  fidèlement  ^  Puis  Bohé* 
mond  dit  ;  «  Seigneurs  et  très  prudents  chevaliers,  si  vous 
voulez  et  s'il  vous  semble  bon,  c’est  moi  qui  irai  avec  le 
comte  de  Flandre^.  » 

Après  la  célébration  en  grande  pompe  des  fêtes  de  la  Na¬ 
tivité,  le  lundi,  deuxième  férié,  ils  partirent  donc  avec  plus 
de  20000  chevaliers  et  piétons  ^  et  entrèrent  sains  et  saufs 
dans  la  terre  des  Sarrasins.  Il  y  avait  là  un  rassemblement 
de  Turcs,  d’Arabes,  de  Sarrasins  venus  de  Jérusalem,  de 
Damas,  d’Alep  et  d’autres  régions  pour  donner  du  courage 
à  la  garnison  d’Antioche.  Apprenant  que  cette  armée  chré¬ 
tienne  se  dirigeait  sur  leur  terre,  ils  se  préparèrent  à  com¬ 
battre  les  chrétiens.  Au  petit  jour,  ils  arrivèrent  à  l’endroit 
où  était  rassemblée  notre  troupe.  Les  barbares  se  divisèrent 
et  formèrent  deux  corps,  l’un  en  avant,  l’autre  en  arrière, 
avec  le  désir  de  nous  envelopper  de  tous  côtés.  Mais  l’il¬ 
lustre  comte  de  Flandre,  armé  du  secours  de  sa  foi  et  du 
signe  de  la  croix,  qu’il  portait  fidèlement  chaque  jour^, 
s’élance  contre  eux  en  même  temps  que  Bohémond.  D'un 
seul  élan,  tous  les  nôtres  chargèrent  les  ennemis,  qui  prirent 
aussitôt  la  fuite  et  se  hâtèrent  de  tourner  le  dos  en  laissant 
beaucoup  de  morts.  Les  nôtres  s’emparèrent  de  leurs  che¬ 
vaux  et  d’autres  dépouilles.  Ceux  qui  purent  échapper  à  la 
mort  s’enfuirent  rapidement  et  se  perdirent  «  dans  la  colère 
de  la  perdition*  ».  Et  nous,  revenant  avec  allégresse,  nous 
louâmes  et  nous  exaltâmes  Dieu,  à  la  fois  triple  et  un,  qui  vit 
et  règne  maintenant  et  toujours.  Ainsi  soit-il! 

3.  i5ooo  piétons  et  2000  chevaliers  d’après  Albert  d’Aix  (III, 
5o,  p.  374),  mais,  comme,  d’après  Anselme  de  Ribemont  (lettre 
citée,  Epistulae  et  chartae^  p.  167),  il  n’y  avait  plus  que  700  che¬ 
vaux  dans  toute  l’armée,  on  voit  combien  ces  chiffres  sont  sus¬ 
pects. 

4.  Allusion  à  la  croix  portée  par  tous  les  croisés.  Voir  plus 
haut,  p.  37,  n,  7. 

5.  Rom.,  9,  22.  Sur  cette  bataille  livrée  le  3i  décembre  1097,  voir 
Anselme  de  Ribemont  (lettre  n”  2,  dans  Epistulae  et  chartaty 
p.  58)  et  Raimond  d’Aguilers,  6,  p.  244-246. 

Pr<miirt  croisade.  8 


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74 


SUPER  CHRISTIANOS  ANTIOCHENI  IRRUUNT 


[NARRATIO  SEXTA] 

[14.]  Turci*  denique,  inimici  Dei  et  sancte  christia- 
nitatis,  qui  erant  intus  in  cusiodia  civitatis  Antiochie, 
audientesdominum  Boamundum  et  Flandrensem  comi- 
tem  in  obsessione  non  esse,  exierunt  de  civitate  et  au- 
dacter  veniebant  preliari  nobiscum,  insidiantes  undique 
in  qua  parte  obsidio  esset  languidior,  scientes  illos* 
prudentissimos  milites  foris  esse,  inveneruntque  quod 
in  una  Martis  die^  possent  obsistere  nobis  et  ledere. 

Venerunt  quoque*^  iniquissimi  barbari  nocte*^  et  irrue- 
runt  vehementer  super  nos  et  incautos  occiderunt  mul¬ 
tos  ex  nostris  militibus  et  peditibus^.  Episcopus  quoque 
Podiensis  in  ilia  amara  die  perdidit  suum  senescalcum*^ 
conducentem  et  regentem  suum  vexillum^et,  nisi  esset 
flumen  quod  erat  inter  nos  et  iIlos\  sepius  invasisseni 
nos  atque  maximam  lesionem  fecissent  in  nostram  gen- 
tem. 

Egrediebatur  tune  vir  prudens  Boamundus  cum  suo 
exercitu  de  terra  Saracenorum  venitque  in  Tancredi 
montanam*,  cogitans  an  forte  ibi  valeret  invenire  ali- 
quid  quod  potuisset  deferri,  nam  totam  terram  in  ex- 
pendio  miserant  :  alii  quippe  invenerant,  alii  vero  vacui 

a.  [T]urci,  initiale  en  rouge  dans  alinéa  dans  A^  et  en  marge^ 
d'une  main  postérieure  :  6.  —  b.  illos  omis  dans  A^y  A^y  C.  — 
c.  vero  A^y  B,  C.  —  d.  caute  A^y  B.  —  e.  senescallum  C>;  senes- 
challum  C*. 


1.  Le  mardi  29  décembre  1097. 

2.  Raimond  d’Aguilers  (5,  p.  244)  donne  un  récit  plus  complet 
de  cette  sortie  des  assiégés,  dont  l’indiscipline  des  piétons  6t  un 
désastre  pour  l’armée  chrétienne. 

3.  Raimond  d’Aguilers  (5,  p.  244)  dit  que  le  porte-bannière  fut 


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SORTIE  DE  LA  GARNISON  d’aNTIOCHE  (29  déC.  IO97)  yS 


[SIXIÈME  RÉGIT] 

[Le  siège  d’Antioche,  de  décembre  1097  au  9  février  1098] 

[14.]  Les  Turcs,  ennemis  de  Dieu  et  de  la  sainte  Chrétienté, 
qui  se  trouvaient  à  la  garde  d’Antioche,  à  l’intérieur  de  la 
ville,  informés  que  le  sire  Bohémond  et  le  comte  de  Flandre 
ne  se  trouvaient  plus  au  siège,  firent  une  sortie.  Et  ils  ve¬ 
naient  engager  avec  nous  des  combats  audacieux,  attaquant 
de  préférence  les  endroits  où  le  siège  était  moins  actif.  Sa¬ 
chant  bien  que  ces  très  prudents  chevaliers  étaient  au  dehors, 
ils  résolurent  un  mardi  ^  de  s’opposer  à  nous  et  de  nous 
nuire. 

Ces  affreux  barbares  arrivèrent  donc  la  nuit  et  se  jetèrent 
sur  nous  avec  violence.  Ils  tuèrent  un  grand  nombre  de  nos 
chevaliers  et  de  nos  piétons  mal  protégés^.  En  ce  jour  fu¬ 
neste,  l’évêque  du  Puy  perdit  même  son  sénéchal  qui  con¬ 
duisait  et  commandait  sa  bannière^  et,  s’il  n’y  avait  eu  le 
fleuve  entre  nous^,  c’est  encore  plus  souvent  qu’ils  nous 
auraient  attaqués  et  auraient  causé  de  grands  dommages  à 
notre  gent. 

Le  sage  Bohémond  sortait  alors  de  la  terre  des  Sarrasins 
avec  son  armée  et  il  arriva  à  la  montagne  de  Tancrède*, 
préoccupé  d’y  trouver  quelque  chose  qui  valût  la  peine 
d’être  emporté,  car  toute  la  terre  avait  été  mise  à  sac  : 
quelques-uns  y  firent  des  trouvailles,  les  autres  revinrent 


tué  et  que  les  Turcs,  après  avoir  pris  la  bannière  sur  laquelle 
était  figurée  la  Vierge  du  Puy,  l’arborèrent  par  dérision  sur  les 
remparts. 

4.  La  bataille  a  lieu  devant  la  ville,  les  croisés  étant  sur  la  rive 
droite  de  l’Oronte.  C’est  ce  qui  ressort  aussi  du  récit  de  Raimond 
d’Aguilers. 

5.  Allusion  à  un  fait  postérieur  à  la  rédaction  du  morceau,  car 
ce  n’est  que  vers  le  5  avril  1098  (voir  chap.  xix)  que  Tancrède  fut 
chargé  de  garder  un  château  situé  à  l’ouest  de  la  ville,  sur  les 
dernières  pentes  du  mont  Silpius,  d’où  l’expression  :  r  Tancredi 
montanam.  » 


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76  VICTUM  MAXIMO  PRETIO  CHRISTIANI  EMUNT 

redierant.  Tune  vîr  sapiens  Boamundus  increpavit  eos 
dicens  :  «  O  infelix  et  miserrima  gens!  O  vilissima 
omnium  Christianorum  !  Cur  tam  celeriter  vultis  abire? 
Sinite  modo,  sinite  usquequo"  erimus  congregati  in 
unum  et  nolite  errare  sicut  oves  non  habentes  pasto- 
rem.  Si  autem  inimici  nostri  invenerint  vos  errantes, 
occident  vos,  quia  die  noctuque  vigilant  ut  vos  sine  duc- 
tore  segregatos  sive  solos  inveniant  vosque  cotidie  oc- 
cidere  et  in  captivitatem  ducere  laborant.  »  Cumque 
finis  esset  dictis  rediit  ad  suam  hostem^  cumsuis  plus 
vacuis  quam  onustis*. 

Videntes  autem  Hermenii  et  Surani^  quod  nostri  pe- 
nitus  vacui  rediissent,  consiliati  in  unum  abibant  per 
montanas  et  prescita  loca,  subtiliter  inquirentes  et 
ementes  frumentum  et  corporea  alimenta  que  ad  hos- 
tem  deferebant,  in  qua  erat  famés  immensa,  et  vende- 
bant  onus  unius  asini  viii  purpuratis,  qui  appreciaban- 
tur  exx  solidis  denariorum*.  Ibi  quidem  sunt  mortui 
multi  ex  nostris  non  habentes  pretium  unde  tam  ca- 
rum  emere  potuisseni. 

[16.]  Willelmus  igitur  Carpentarius^  et  Petrus  He- 
remita*  pro  immensa  infelicitate  ac  miseria  ipsa  laten- 
ter  recesserunt.  Quos  Tancredus  persequens  apprehen- 
dit  secumque  reduxit  cum  dedecore;  qui*^  dextram  et 
fidem  illi  dederunt  quia*  libenter  ad  hostem  redirent  et 
satisfactionem  senioribus  facerent.  Tota  denique  nocte 

a.  quousque  C.  —  b.  gentem  AK  —  c.  Suriani  C*.  —  d.  quia 
^1,  ^3^  CS.  —  e.  qui  ^1,  C*,  C», 

1.  Sur  la  déception  des  croisés  au  retour  de  cette  expédition  de 
ravitaillement,  voir  Raimond  d’Àguilers,  6,  p.  346  :  «  Regresso 
exercitu  victore  et  vacuo  »,  et  Albert  d’Aix,  III,  52,  p.  SyS. 

2.  traduction  du  mot  grec»  hyperperos  »,  hyperpre. 


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SPÉCULATIONS  SUR  LA  NOURRITURE  DES  CROISÉS  77 

les  mains  vides.  Et  le  sage  Bohémond  les  réprimanda  en 
ces  termes  :  «  O  malheureuse  et  misérable  gent!  la  plus  vile 
de  toute  la  chrétienté!  Pourquoi  voulez-vous  revenir  si 
vite?  Attendez  donc,  attendez  jusqu’à  ce  que  nous  nous 
soyons  concentrés  et  n’errez  pas  comme  des  brebis  sans 
pasteur.  Si  nos  ennemis  vous  trouvent  ainsi  errants,  ils  vous 
tueront,  car  ils  veillent  jour  et  nuit  pour  vous  surprendre 
sans  chef,  à  l’écart  ou  seuls,  et  travaillent  à  vous  conduire 
en  captivité.  »  Ayant  terminé  son  discours,  il  revint  à  son 
camp  avec  les  siens,  plus  légers  que  chargés  de  butiné 

Les  Arméniens  et  les  Syriens,  voyant  que  les  nôtres  étaient 
revenus  les  mains  à  peu  près  vides,  se  concertèrent  pour 
parcourir  les  montagnes  et  la  contrée  dont  on  a  parlé,  y 
rechercher  habilement  et  y  acheter  du  blé  et  des  aliments 
et  les  rapporter  au  camp  où  régnait  une  grande  famine.  Ils 
vendaient  la  charge  d’un  âne  huit  hyperpres,  qui  valaient 
120  sous  en  deniers*.  Alors  moururent  beaucoup  des  nôtres 
qui  n’avaient  pas  les  moyens  d’acheter  aussi  cher. 

[16.]  Guillaume  le  Charpentier*  et  Pierre  l’Ermite*,  à 
cause  de  cette  grande  calamité  et  de  cette  misère,  s’éva¬ 
dèrent  secrètement.  Tancrède  les  poursuivit,  les  rattrapa  et 
les  ramena  avec  lui  en  grande  honte.  Ils  lui  donnèrent  leur 
foi  et  leur  serment  qu’ils  reviendraient  volontiers  au  camp 
et  feraient  satisfaction  aux  seigneurs.  Pendant  toute  la  nuit, 

synonyme  du  sou  d’or,  «  nomisma  »,  valant  1/73  de  livre,  soit 
une  pièce  d’or  de  i5à  16  francs  en  poids,  valant,  d'après  la  légis¬ 
lation  byzantine,  12  deniers  ou  «  miliaresia  ».  L’Anonyme  donne 
ici  sa  valeur  en  deniers  d’Occident,  soit  i5  deniers  pour  un 
hyperpre  au  lieu  de  12.  Voir  Andréadès,  ‘leropla  tîJç  èXXTjvixi^ 
?Tj|AOffia;  oixovo(i!ai<;  {Histoire  de  l’économie  politique  des  Grecs), 
Athènes,  1918,  p.  4o5.  Raimond  d’Aguilers  (6,  p.  245)  donne  ce 
détail  que,  pendant  cette  période  de  détresse,  la  nourriture  d’un 
cheval  coûtait  7  ou  8  sous,  soit  loô  à  120  deniers,  par  nuit. 

3.  Guillaume  le  Charpentier,  vicomte  de  Melun,  parent  de 
Hugue  le  Mainsné.  Il  avait  fait  partie  de  l’armée  de  Godefroi  de 
Bouillon  (Albert  d’Aix,  I,  28,  p.  294,  et  IV,  36,  p.  414). 

4.  C’est  la  première  fois  que  le  nom  de  Pierre  l’Ermite  est  pro¬ 
noncé  depuis  le  départ  de  Constantinople;  il  n’a  donc  dans  l’ar¬ 
mée  qu’un  rôle  secondaire. 


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yS  DE  PROFÜGORUM  CRUCESIGNATORUM  JUDICIO 

Willelmus  uti  mala  res  in  tentorio"  Boamundi  jacuit, 
Crastina  vero  die,  summo  diluculo,  veniens  erubes- 
cendo,  ante  Boamundi  presentiam  stetit,  quem  alloquens 
Boamundus  dixit  :  «  O  infelix  et  infamia  totius  Francie, 
dedecus  et  scelus  Galliarum!  O  nequissime  omnium 
quos  terra  suffert!  Cur  tam  turpiter  fugisti?  Forsitan 
ob  hoc  quod  voluisti  tradere  hos  milites  et  hostem* 
Christi,  sicut^  tradidisti  alios  in  Hispania^?  »  Qui  om- 
nino  tacuit  et  nullus  sermo  ex  ejus  ore  processit.  Adu- 
naverunt  sese  omnes  fere  Francigene*  rogaveruntque 
humîliter  dominum  Boamundum  ne  deterius  ei  fieri 
permitteret.  Annuit  ille  sereno  vultu  et  ait  :  «  Hoc  pro 
vestri  amore  libenter  consentiam,  si  mihi  toto  corde  et 
mente  juraverit  quod  nunquam  recedet  ab  Hierosoli- 
mitano  itinere,  sive  bono  sive  malo,  et  Tancredus 
neque  per  se  neque  per  suos  aliquid  contrarii  ei  consen- 
tiet  fieri.  »  Qui  auditis  his  verbis  voluntarie  concessit^; 
ipse*  vero  protinus  dimisit  eum.  Postmodum  vero  Car- 
pentarius,  maxima  captus  turpitudine  non  diu  morans 
furtim  recessit-^*. 

Hanc  paupertatem  et  miseriam  pro  nostris  delictis 
concessit  nos  habere  Deus  :  in  tota  namque  hoste  non 
valebat  aliquis  invenire  mille  milites  qui  equos  habe- 
rent^  opiimos^. 

[16.]  Interea  inimicus  Tetigus®  audiens  quod  exerci- 

a.  in  tenda  B.  —  à.  gentem  A^.  —  c.  sicut  olim  C^,  O.  —  d.  con- 
sensit  C*,  C*.  —  e.  Boamundus  C. —  /.  non  diu  moratus  latenter 
aufugit  C.  —  g.  habuissent  A^^  C. 

1.  Il  avait  pris  part  à  une  expédition  contre  les  Maures  et  avait 
déserté  (Guibert  de  Nogent,  IV,  7,  p.  174). 

2.  Dans  la  pensée  de  l’auteur,  les  Francigenae  diffèrent  des 
Franci.  11  entend  par  là  les  Français  des  provinces  du  nord,  com¬ 
patriotes  de  Guillaume  le  Charpentier  et  qui,  à  ce  titre,  inter¬ 
cèdent  pour  lui. 


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JUGEMENT  DES  CROISÉS  FUGITIFS  79 

Guillaume  resta  dans  la  tente  de  Bohémond,  gisant  à  terre 
comme  un  vil  objet.  Le  lendemain,  au  point  du  jour,  il 
comparut  en  rougissant  en  présence  de  Bohémond  qui  lui 
adressa  ces  mots  :  «  Misérable!  honte  de  la  France!  dé¬ 
shonneur  et  crime  de  toutes  les  Gaules  !  O  le  plus  détestable 
de  ceux  que  la  terre  supporte!  Pourquoi  as-tu  fui  si  igno¬ 
minieusement?  Peut-être  voulais-tu  livrer  ces  chevaliers  et 
l’armée  du  Christ,  comme  tu  en  as  livré  d’autres  en  Es¬ 
pagne*?  »  Guillaume  garda  le  silence  et  aucun  discours  ne 
sortit  de  sa  bouche.  Les  Français*  s’assemblèrent  presque 
tous  et  supplièrent  humblement  le  sire  Bohémond  de  ne  lui 
faire  souffrir  aucune  autre  peine.  Il  y  consentit  sans  s’émou¬ 
voir  en  disant  :  «  J’y  consentirai  volontiers  pour  l’amour  de 
vous  s’il  me  jure  de  tout  son  cœur  et  de  toute  son  âme  que 
jamais  il  n’abandonnera  le  chemin  de  Jérusalem,  soit  dans 
la  bonne,  soit  dans  la  mauvaise  fortune,  et  Tancrède  con¬ 
sentira  à  ce  que,  soit  de  son  fait,  soit  du  fait  des  siens,  il 
ne  lui  soit  causé  la  moindre  contrariété.  »  Ayant  entendu 
ces  mots,  Tancrède  y  consentit  volontairement  et  Bohé¬ 
mond  le  renvoya  aussitôt.  Mais  dans  la  suite  le  Charpen¬ 
tier,  dévoré  d’une  grande  honte,  n’attendit  pas  longtemps 
pour  fuir  en  cachette  3. 

Telle  fut  la  pauvreté,  telle  fut  la  misère  que  Dieu  nous 
réserva  pour  nos  péchés  :  car,  dans  toute  l’armée,  on  n’eût 
pu  trouver  mille  chevaliers  qui  eussent  des  chevaux  en  bon 
état^. 

[16.]  Cependant,  Tatikios,  notre  ennemi*,  informé  que  des 

3.  Il  s’enfuit  pendant  le  siège  d’Antioche  par  Kerbôga.  Voir 
plus  loin,  chap.  xxiii,  où  l’Anonyme  ne  rappelle  pas  son  nom, 
mais  il  est  désigné  par  Albert  d’Aix,  IV,  39,  p.  417.  Cette  nou¬ 
velle  allusion  à  un  fait  postérieur  montre  que  ce  chapitre  n’a  été 
rédigé  qu^après  le  mois  de  juin  1098. 

4.  Renseignement  qui  concorde  à  peu  près  avec  celui  d’Anselme 
de  Ribemont.  Voir  plus  haut,  p.  73,  n.  2. 

5.  Tetigus  (Tatikios),  grand  primicier,  représentait  l’empereur 
auprès  des  croisés.  Son  départ,  attribué  par  l’Anonyme  et  par 
Raimond  d’Aguilers  (6,  p.  245)  à  la  lâcheté,  fut  dû,  d’après  Anne 
Comnène  (XI,  4,  p.  ii3),  aux  intrigues  de  Bohémond  pour  s’as¬ 
surer  la  possession  d’Antioche,  malgré  les  serments  prêtés  à 
l’empereur.  Voir  Chalandon,  Alexis  Comnène,  p.  199-203. 


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8o 


DE  TETIGI  RECESSIONE 


tus  Turcorum  venissent  super  nos,  ait  se  timuisse  ar- 
bitransque  nos  omnes  périsse  atque  in  manibus  inimi- 
corum  incidisse,  fingens  omnia  falsa®,  dixit  :  «  Seniores 
et  viri  prudentissimi,  videte  quia  nos  sumus  hic  in 
maxima  necessitate  et  ex  nulla  parte  nobis  adjutorîum 
succedit;  ecce  modo  sinite  me  in  Romanie*^  patriam 
reverti  et  ego  absque  ulla  dubitatione  faciam  hue  mul- 
tas  naves  venire  per  mare,  onustas  frumento,  vino,  hor- 
deo,  carne,  farina  et  caseis  omnibusque  bonis  que  sunt 
nobis  necessaria;  faciam  et  equos  conduci  ad  venden- 
dum  et  mercatum  per  terram  in  fidelitate  imperatoris 
hue  advenire*^*.  Ecce  hec  omnia  vobis  fideliter  jurabo 
et  attendam  ;  adhuc  quoque  et  domestici^  mei  et  papilio 
meus  sunt  in  campo,  unde  et  firmiter  crédité  quia  quan- 
tocius  redibo.  a 

Sic  itaque  fecit*^  finem  dictis.  Ivit*  ille  inimicus  et 
omnia  sua  dimisit  in  campo  et  in  perjurio  manet  et  ma- 
nebit.  Itaque  tali  modo  inerat  nobis  maxima  nécessi¬ 
tas,  quiaTurci  undique  perstringebant-^'  nos,  ita  ut  nul- 
lus  nostrorum  auderet^  exire*  extra  tentoria,  nam  illi 
constringebant  nos  ex  una  parte  et  famés  cruciabat  ex 
alia,  succursus  vero  et  adjutorium  nobis  deerat;  gens 
minuta  et  pauperrima  fugiebat  Giprum * ■*,  Romaniam  et 
in  montanas;  ad  mare  utique  non  audebamus  ire  prop- 
ter  timorem  pessimorum  Turcorum;  nusquam  nobis 
erat  via  patefacta. 


a.  falsa  quae  assidue  cismare  poterat  B;  ângens  et  componens 
omnia  mendacia  quae  jugiter  seminare  poterat  dans  Tudebode^ 

р.  41;  componens  omnia  fallacia  quae  assidue  fîngere  poterat 
dans  V  «  Hist.  belli  sacri  »,  p.  8g.  —  b.  Romaniam  A^,  O.  — 

с.  advenire  faciam  j4.‘,  B,  C.  —  d.  fecerunt  B.  —  e.  fugit  ;  fuit 
A^y  B.  —  /.  constringebant  C;  praesiringebant  B.  —  g.  jam 


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DÉPART  DE  TATiKios  (février  1098)  81 

armées  de  Turcs  marchaient  contre  nous,  se  déclara  rempli 
•de  crainte,  nous  voyant  déjà  tous  morts  ou  tombés  aux 
mains  de  nos  ennemis  et,  forgeant  toute  espèce  de  men¬ 
songes,  il  dit  :  «  Seigneurs  et  hommes  très  prudents,  voyez 
dans  quelle  grande  nécessité  nous  sommes  ;  et  nous  ne  voyons 
venir  de  secours  d’aucune  part.  Laissez^moi  donc  regagner 
ma  patrie,  la  Romanie^,  et,  n’en  doutez  pas,  je  ferai  venir 
ici  par  mer  des  navires  chargés  de  blé,  de  vin,  d’orge,  de 
viande,  de  farine  et  de  fromages  et  de  tout  ce  qui  nous  est 
nécessaire;  je  vous  enverrai  des  chevaux  à  vendre  et  le  ravi¬ 
taillement  arrivera  ici  à  travers  la  terre  qui  est  dans  la  fidé¬ 
lité  de  l’empereur^.  Et  tout  ceci  je  vous  le  jurerai  fidèle¬ 
ment  et  j’attendrai.  Les  gens  de  ma  maison®  et  ma  tente 
sont  encore  au  camp  et,  croyez-le  fermement,  je  reviendrai 
le  plus  tôt  possible.  » 

Il  termina  ainsi  son  discours.  Cet  ennemi  s’en  alla  et 
laissa  au  camp  tout  ce  qui  lui  appartenait.  Il  demeure  et 
demeurera  à  jamais  dans  son  parjure.  Nous  étions  alors 
dans  la  plus  grande  nécessité  :  les  Turcs  nous  pressaient 
de  tous  côtés,  si  bien  que  nul  n’osait  sortir  des  tentes,  car 
ceux-ci  nous  serraient  d’une  part  et  de  l’autre  la  famine 
nous  torturait,  et  toute  aide,  tout  secours  nous  faisait  défaut. 
La  menue  gent  et  les  pauvres  s’enfuyaient  à  Chypre^,  en 
Romanie,  dans  les  montagnes,  et  surtout  nous  n’osions  aller 
jusqu’à  la  mer  par  crainte  des  Turcs  exécrables  ;  nous 
n’avions  plus  aucune  issue. 

auderet  A®,  C^.  —  h.  contradicere  nec  exire  CK  —  i.  Cy- 
prum  A^,  B,  C. 

1.  La  f  Romanie  »  désigne  ici  tout  l’empire,  suivant  le  sens 
employé  couramment  par  les  Grecs. 

2.  D’ap/’ès  Raimond  d’Aguilers  (6,  p.  245),  Tatikios,  préoccupé 
du  ravitaillement  des  croisés,  leur  aurait  conseillé  de  bloquer 
Antioche  en  s’établissant  dans  les  châteaux  voisins  à  une  certaine 
distance. 

3.  Domestici  désigne  la  «  maison  »  civile  et  militaire  du  haut 
dignitaire  byzantin  qu’était  Tatikios. 

4.  L’île  de  Chypre  avait  été  recouvrée  par  l’empire  byzantin 
depuis  963. 


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82 


ANTIOCHIAE  AUXILU  TÜRCI  MITTUNT 


[17.]  Itaque  audiens  dominus.  Boamundus  innume- 
rabilem  gentem  Turcorum  venientem"  super  nos\ 
caute  venit  ad  alios  dicens*  :  «  Seniores  et  prudentis- 
simi  milites,  quid  facturi  erimus*?  Nos  namque  tanti 
non  sumus  ut  in  duabus  partibus  pugnare  valeamus.  Sed 
scitis  quid  faciemus?  Faciamus  ex  nobis  duas  partes  : 
pars  peditum  remaneat  jugiter  custodire  papiliones  et 
quibit  nimis^  obsistere  his  qui  in  civitate  sunt  ;  alia  vero 
pars  militum  nobiscum  veniat  obviam  inimicis  nostris 
qui  hic  hospitati  sunt  prope  nos  in  castello  Areg*',  ultra 
Pontem  Farreum*.  » 

Sero  autem  facto  exiit  e  tentoriis  vir  prudens  Boa¬ 
mundus  cum  aliis  prudentissimis  militibus  ivitque  ja- 
cere  inter  flumen  et  lacum*.  Summo  diluculo  jussit 
protinus  exploratores  exire  et  videre  quot  sunt-^  Turco¬ 
rum  turme  et  ubi  sim  aut  certe  quid  agant.  Exierunt 
illi  et  ceperunt  subtilîter  inquirere  ubi  essent  acies  Tur¬ 
corum  recondite.  Viderunt  tandem  Turcos  innumera- 
biles  segregatos  venire  ex  parte  fluminis  divisos  per^ 
duas  acies;  maxima  vero  virtus  illorum  veniebat  rétro. 
Reversi  sunt  namque  celeriter  speculatores  dicentes  : 
«  Ecce,  ecce  veniunt'M  Igitur  estote  parati  omnes,  quia 
jam  prope  nos  sunt  »  ;  dixitquevir  sapiens  Boamundus 
aliis  :  «  Seniores  et  invictissimi  milites,  ordinate  adin- 
vicem  bellum  »;  responderuntque  illi  :  «  Tu  sapiens  et 
prudens,  tu  magnus  et  magniticus,  tu  fortis  et  victor, 
tu  bellorum  arbiter  et  certaminum  judex,  hoc  totum 

a.  venire  C.  —  b.  sumus  C.  —  c.  satis  C.  —  d.  Areth  A^; 
Arech  C.  —  e.  Ferreum  A'^,  A^.  —  f.  sint  B.  —  g.  in  C.  —  h.  as- 
sunt  A^,  O,  C*;  adsuni  CK 

I.  lagi-Sian,  gouverneur  d’Antioche,  avait  envoyé  ses  fils  auprès 
des  émirs  de  Damas,  Alep  et  Jérusalem,  pour  leur  demander  des 


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SECOURS  TURCS  ENVOYÉS  A  ANTIOCHE 


85 


[17.]  Le  sire  Bohémond,  informé  qu’une  gent  innombrable 
de  Turcs  marchait  contre  nous*  vint  trouver  les  autres  chefs 
avec  prudence  et  leur  dit*  :  «  Seigneurs  et  très  sages  cheva¬ 
liers,  qu’allons-nous  faire?  Nous  ne  sommes  pas  assez  nom¬ 
breux  pour  pouvoir  combattre  en  deux  corps.  Mais  savez- 
vous  ce  que  nous  ferons  ?  Divisons-nous  en  deux  parties  ;  que 
les  piétons  restent  à  garder  les  pavillons  et  ils  pourront  suf¬ 
fisamment  tenir  tête  à  la  garnison  de  la  ville  ;  que  les  cheva¬ 
liers  viennent  avec  nous  au-devant  de  nos  ennemis  qui  ont 
pris  leurs  quartiers  tout  près  de  nous,  au  château  d’Harenc 
et  au  pont  du  Far.  » 

Le  soir  étant  venu,  le  sage  Bohémond  sortit  de  ses  tentes 
avec  les  autres  chevaliers,  très  prudents,  et  il  alla  passer  la 
nuit  entre  le  fleuve  et  le  lac*.  Au  point  du  jour,  il  envoya 
des  éclaireurs,  afin  de  voir  le  nombre  des  escadrons  turcs, 
leurs  positions  et  leurs  manœuvres.  Ils  sortirent  et  se  mirent 
à  rechercher  habilement  où  étaient  postés  les  corps  turcs. 
Ils  virent  enfin  des  Turcs  innombrables  qui  arrivaient  du 
côté  du  fleuve,  divisés  en  deux  escadrons;  leur  force  prin¬ 
cipale  venait  en  arrière.  Les  éclaireurs,  en  effet,  revinrent 
rapidement  en  disant  :  «  Les  voilà  1  Ils  viennent!  Préparez- 
vous  tous,  car  ils  approchent  »  ;  et  le  sage  Bohémond  dit  aux 
autres  :  «  Seigneurs  et  chevaliers  invincibles,  rangez-vous 
en  bataille  »;  et  ils  répondirent  :  «  Tu  es  sage,  tu  es  pru¬ 
dent,  lu  es  grand  et  magnifique,  tu  es  un  vaillant  vainqueur, 
l’arbitre  des  batailles,  le  juge  des  combats.  Fais  tout  ceci, 

secours  (Etienne  de  Blois,  lettre  n*  2,  dans  Epistulae  et  chartae, 
p.  i5o,  d’après  qui  l’armée  turque  de  secours  comprenait 
12  000  hommes).  Ces  renseignements  sont  confirmés  par  les 
sources  arabes  {Recueil  des  historiens  des  croisades;  historiens 
orientauXj  II,  p.  329). 

2.  D’après  Raimond  d’Àguilers  (7,  p.  246),  ce  conseil  de  guerre 
eut  lieu  au  quartier  de  l’évêque  du  Puy,  «  in  domo  episcopi  ». 

3.  Le  lac  d’Antioche,  situé  à  environ  trente  kilomètres  au  nord- 
est  de  la  ville,  reçoit  les  eaux  du  Kara-Sou  et  se  déverse  dans 
rOronte  par  un  émissaire.  Étienne  de  Blois  (lettre  n*  2,  dans 
Epistulae  et  chartae^  p.  i5o)  et  Anselme  de  Ribemont  (lettre  n“  2, 
Ibid.,  p.  i58)  s’accordent  sur  le  chiffre  de  700  chevaliers  comme 
effectif  de  l’armée  des  croisés. 


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«4 


TURCOS  BOAMUNDUS  INVADIT 


fac,  hoc  totum  super  te  sit,  omne  bonum  quod  tibi  vi- 
detur,  nobis  et  tibi  operare  fac^  » 

Tune  Boamundus  jussit  ut  unusquisque  principum 
per  se  dirigeret  aciem  suam  ordinatim  ;  feceruntque  ita  ; 
et  ordinate  sunt  vi  acies.  Quinque  vero  ex  eis  ierunt 
adunatim®  invadere  illos.  Boamundus  itaque  paulatim 
gradiebatur  rétro  cum  sua  acie.  Junctis  igitur  prospéré 
nostris,  unus  cominus  percutiebat  alium;  clamor  vero 
resonabat  ad  celum,  omnes  preliabantur  insimul, 
imbres  telorum  obnubilabant  aerem. 

Postquam  venit  maxima  virtus  illorum,  que  erat  ré¬ 
tro,  acriter  invasit  nostros  ita  ut  nostri  paulatim*  jam 
cederent  rétro.  Quod  ut  vidit  vir  doctissimus  Boamun¬ 
dus,  ingemuii;  tune  precepit  suo  conostabili^*,  scilicet 
Rotberto,  filio  Girardi^,  dicens  :  «  Vade  quam  citius 
potes,  ut  vir  fortis,  et*  esto  acer  in  adjutorium  Dei 
Sanctique  Sepulcri,  et  révéra  scias  quia  hoc  bellum  non 
est  carnale,  sed  spirituale.  Esto  igitur  fortissimus  athle- 
ta  Christi!  Vade  in  pace;  Dominus  sit  tecum  ubique®  !  » 
Fuit  itaque  ille  undique  signo  crucis  munitus,  qualiter 
leo  perpessus  famem  per  iii  aut  iv  dies,  qui,  exiens  a  suis 
cavernis  rugiens  ac  sitiens  sanguinem  pecudum,  sicut 
improvide  ruit  ille  inter  agmina  gregum,  dilanians  oves 
fugientes  hue  et  illuc,  ita  agebat  iste  inter  agmina  Tur- 
corum  ;  tam  vehementer  instabat  illis  ut  lingue  vexilli-^^ 
volitarent  super  Turcorum  capita. 

a.  ordinate  C^.  —  b.  paululum  B.  —  c.  5*c,  dans  tous  les 
manuscrits.  —  d.  Geraldi  ^4^,  O.  —  e.  et  recordare  pruden- 
tium  antiquorumque  nostrorum  fortium  parentum  et  esto  acer... 
B;  même  leçon  dans  Tudebode^  p.  144,  et  dans  V  «  Hist.  belli 
sacri  »,  p.  iqi.  —  /.  honorabilis  vexilli  B. 

1.  L’Anonyme  met  Bohémond  au  premier  plan  et  lui  attribue 
tout  l’honneur  de  la  victoire.  Raimond  d’Aguilers  (7,  p.  247) 
reproduit  tous  les  détails  donnés  par  l’Anonyme,  division  en 
six  corps  de  bataille,  recul  des  croisés,  rétablissement  du  combat. 


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BOHÉMOND  ATTAQUE  LES  TURCS 


83 


nous  nous  en  remettons  à  toi,  fais  exécuter  par  toi  et  par 
nous  tout  ce  que  tu  jugeras  bon^  » 

Bohémond  ordonna  alors  que  chacun  des  chefs  plaçât 
son  corps  avec  méthode.  On  fit  ainsi,  et  six  batailles  furent 
ordonnées  :  cinq  d’entre  elles  se  groupèrent  pour  attaquer 
l’ennemi  et  Bohémond  s’avançait  lentement  en  arrière  avec 
sa  bataille.  Les  nôtres  ayant  pris  contact  heureusement 
avec  l’ennemi,  un  corps  à  corps  s’engagea,  les  cris  réson¬ 
naient  jusqu’au  ciel,  tous  combattaient  à  la  fois  et  des  pluies 
de  flèches  obscurcissaient  l’air. 

Puis,  lorsque  arriva  le  gros  de  leur  armée,  demeuré  en 
arrière,  les  nôtres  furent  attaqués  avec  un  tel  acharnement 
qu’ils  reculaient  déjà  peu  à  peu.  A  cette  vue,  le  très  savant 
Bohémond  gémit  et  appela  son  connétable*  Robert,  fils  de 
Girard.  Il  lui  dit  :  «  Va  aussi  vite  que  tu  peux  comme  un 
vaillant  homme.  Secours  avec  énergie  la  cause  de  Dieu  et 
du  Saint-Sépulcre  et  sache  que  cette  guerre  n’est  pas  char¬ 
nelle,  mais  spirituelle.  Sois  donc  le  très  courageux  athlète 
du  Christ!  Va  en  paix  et  que  le  Seigneur  soit  avec  toi  par¬ 
tout*!  »  Et,  muni  de  tous  côtés  du  signe  de  la  croix,  tel  un 
lion  qui  a  souffert  de  la  faim  pendant  trois  ou  quatre  jours, 
sort  de  son  antre  en  rugissant,  altéré  du  sang  des  troupeaux, 
s’élance  comme  à  l’improviste  au  milieu  du  bétail,  déchi¬ 
rant  les  brebis  qui  fuient  çà  et  là,  ainsi  il  se  comportait  au 
milieu  des  rangs  des  Turcs;  et  il  les  poursuivait  si  ardem¬ 
ment  que  les  flammes  de  sa  bannière-*  volaient  par-dessus 
leurs  têtes. 


Le  récit  d’Etienne  de  Blois  et  d’Ânselme  de  Ribemont  (lettres 
citées  plus  haut,  p.  83,  n.  3)  est  plus  bref. 

2.  Le  connétable,  chef  des  écuries  et,  par  suite,  des  chevaliers 
qui  formaient  la  «  maison  »  de  Bohémond,  était  un  des  princi¬ 
paux  personnages  de  sa  bande  et  portait  sa  bannière. 

3.  Ce  discours,  dont  la  véracité  est  plus  que  suspecte,  trahit 
certainement  le  langage  d’un  clerc.  Voir  l’Introduction,  p.  vi-vii. 

4.  La  bannière  de  Bohémond  était  écarlate  (Foucherde  Chartres, 
I,  17,  p.  343;  Albert  d’Aix,  IV,  23,  p.  4o5).  Sur  ces  bannières  ter¬ 
minées  par  plusieurs  flammes,  voir  C.  Enlart,  Manuel  d'archéo¬ 
logie  française,  t.  III  :  le  Costume  (1916),  p.  461  et  fig.  402-403 
(reproductions  de  la  «  tapisserie  de  Bayeux  »),  et  la  Revue  de 
Vart  chrétien,  ann.  1912,  p.  348  (chapiteau  de  Notre-Dame-du-Port 
à  Clermont). 


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^6  DE  TURCORUM  STRAGE 

Videntes  autem  alie  acies  quod  vexillum  Boamundi 
tam  hpneste  esset  ante  alios  delatum,  illico  redierunt 
retrorsum  ;  nostrique  unanimiter  invaserunt  Turcos,  qui 
omnes  stupefacti  arripuerunt  fugam;  nostri  itaqueper- 
secuti  sunt  illos  et  detruncaverunt  usque  ad  Pontem 
Farreum*^  Reversi  sunt  autem  Turci  festinanter  in 
castrum  suum  acceperuntque  omnia  que  ibi  reperire 
potuerunt  totumque  castrum  spoliaverunt  miseruntque 
ignem  et  fugerunt.  Hermenii  et  Surani*,  scientes  Tur- 
cos  omnino  perdidisse  bellum,  exierunt  etexcubaverunt 
per  arta  loca  et  occiderunt  et  apprehenderunt*^  multos 
ex  eis. 

Superati  sunt  itaque  Deo  annuente  in  ilia  die  inimici 
nostri.  Satis  vero  recuperatî  sunt  nostri  de  equis*  et  de 
aliis  multis  que  erant  illis  valde  necessaria  et  c  capita 
mortuorum  detulerunt  ante  portam  civitatis,  ubi  legati 
ammirati*^  Babilonie  castrametati  fuerant,  qui  miite- 
bantur  senioribus*.  Illi  qui  remanserant  in  tentoriis, 
tota  die  preliati  sunt  cum  illis  qui  erant  in  civitate  ante 
III  portas  civitatis*.  Factum  est  hoc  bellum  in  die  Mar- 
tis  ante  caput  jejunii,  v®  idus  februarii®,  favente*  do¬ 
mino  nostro  Ihesu  Christo  qui  cum  Pâtre  et  Spiritu 
Sancto  vivit  et  régnât  Deus-^  per  immortalia  secula  se- 
culorum.  Amen. 

a.  ferreum  A^,  C*.  —  b.  Suriani  B,  C*.  —  c.  apprehende- 

runt  omis  dans  X*,  A^.  —  d.  admirati  A^y  A^;  admiralii  C.  — 
e.  régnante  ^4^,  C.  —  /.  Deus  omis  dans  A^. 


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DÉROUTE  DES  TURCS  (9  févriCf  IO98)  87 

Les  autres  batailles,  voyant  la  bannière  de  Bohémond  pré¬ 
céder  si  honorablement  les  autres,  arrêtèrent  subitement  leur 
retraite  et  tous  les  nôtres  chargèrent  d’un  seul  élan  les 
Turcs  qui,  stupéfaits,  prirent  la  fuite.  Les  nôtres  les  pour¬ 
suivirent  et  les  sabrèrent  jusqu’au  pont  du  FarL  Les  Turcs 
regagnèrent  rapidement  leur  camp,  prirent  tout  ce  qu’ils 
purent  y  trouver,  saccagèrent  le  camp,  y  mirent  le  feu 
et  s’enfuirent.  Les  Arméniens  et  les  Syriens,  informés  que 
les  Turcs  avaient  perdu  la  bataille,  sortirent  de  leurs  vil¬ 
lages,  se  mirent  en  embuscade  dans  les  défilés  et  en  tuèrent 
ou  en  prirent  un  grand  nombre. 

Ainsi  ce  jour-là,  par  la  volonté  de  Dieu,  nos  ennemis 
furent  vaincus.  Les  nôtres  parvinrent  à  recouvrer  des  che- 
vaux^  et  beaucoup  d’autres  choses  qui  leur  étaient  très 
utiles.  Ils  apportèrent  cent  têtes  de  morts  devant  la  porte 
de  la  ville,  où  les  ambassadeurs  de  l’amiral  de  Babylone, 
envoyés  à  nos  seigneurs,  avaient  pris  leurs  quartiers®.  Ceux 
qui  étaient  restés  au  camp  avaient  combattu  pendant  toute 
la  journée  avec  la  garnison  d’Antioche  devant  trois  portes  de 
la  cité^.  Cette  bataille  fut  livrée  le  mardi  avant  le  commen¬ 
cement  du  carême,  cinq  jours  avant  les  ides  de  février®,  avec 
la  protection  de  Notre-Seigneur  Jésus-Christ  qui  vit  et  règne 
avec  le  Père  et  le  Saint-Esprit,  Dieu  dans  tous  les  siècles 
des  siècles.  Ainsi  soit-il! 

1.  C’est-à-dire  :  de  l’Oronte.  Voir  plus  haut,  p.  66,  n.  1. 

3.  Cf.  Anselme  de  Ribemont  (lettre  n®  2,  dans  Èpistulae  et  char- 
tae,  p.  i58:  «  lllo  proelio  nostri  non  paucis  equis  recuperatis  »). 

3.  Le  calife  fatimite  du  Caire  (Babylone)  était  l’ennemi  des 
Turcs,  qui  lui  avaient  enlevé  la  Syrie  :  d’où  ces  rapports  diploma¬ 
tiques  avec  les  croisés.  Cf.  Raimond  d’Aguilers  (7,  p.  247)  et  la 
deuxième  lettre  d’Etienne  de  Blois  {Epistulae  et  chartae^  p.  iSi). 

4.  Sur  ce  combat,  voir  Raimond  d'Aguilers  (7,  p.  247). 

5.  Le  mardi  9  février  1098. 


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88 


DE  CONSILIO  III®  NONAS  MARTIS  HABITO 


[NARRATIO  SEPTIMA] 

[18.]  Reversi*  sunt  nostri»  Deo  agente,  triumphanies; 
et  gaudentes  de  triumpho  quem  in  die  illo  habuerunt; 
devictis  inimicis,  qui  sunt  per  omnia  superati,  semper 
fugientes,  hue  et  illuc  vagantes  et  errantes,  alii  in  Cor-^ 
rozanam,  alii  vero  in  Saracenorum  introierunt  terrant  ^ 
Videntes  autem  nostri  majores  quod  male  tractarent  et 
constringerent*  nos  inimici  nostri,  qui  erant  in  civitate, 
die  ac  nocte  invigilantes  et  insidiantes  qua  parte  nos 
ledere  possent,  congregati  in  unum^,  dixerunt  :  «  Prius- 
quam  perdamus  gentem  nostram,  faciamus  castrum  ad 
Machumariam^  que  est  ante  portam  urbis,  ubi  pons  est, 
ibique  forsitan  poterimus  nostros  constringere  inimi- 
cos.  » 

Consenserunt  omnes  et  laudaverunt  quod  bonum 
esset  ad  faciendum.  Cornes  de  Sancto  Egidio  primus 
dixit  :  a  Estote  mihi  in  adjutorium  ad  faciendum  cas¬ 
trum  et  ego  muniam  ac  servabo.  »  Respondit  Boamun- 
dus  :  «  Si  vos  vultis  et  alii^,  ibo  vobiscum  ad  portum 
Sancti  Simeonis^  diligenter  conducere*'  illos  qui  illic 
sunt  homines,  ut  peragant  hoc  opus*;  alii  qui  sunt  re- 
mansuri,  muniant  se  undique  ad  defendendum®.  » 
Factumque  est  ita. 

a.  R[eversi],  initiale  en  rouge  dans  A"^.  Blanc  et  alinéa  dans  A^.. 
—  b.  et  constringerent  omis  dans  A^.  —  c.  alii  seniores  lau- 
dant  B  et  Tudebode^  p.  46;  alii  omis  dans  A^.  —  d.  concedere  A^, 
-<43.  —  e.  ad  defendendum,  si  forte  inimici  nostri  et  Dei  exierint 
de  civitate  et  in  illo  loco  sint  omnes  congregati  in  unum,  licet 
ubi  nos  demonstraremus  B;  même  leçon  dans  Tudebode,  p.  46y 
et  dans  V  «  Hist.  belli  sacri  »,  p,  ig2. 

I.  Sur  cette  expression,  voir  p.  71,  n.  4.  Les  Turcs  se  replièrent 
sur  Alep. 


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CONSEIL  DE  GUERRE  DU  5  MARS  IO98 


89 


[SEPTIÈME  RÉCIT] 

[Le  siège  d’Antioche,  du  9  février  au  8  mars  1098J 

[18.]  Grâce  à  Dieu,  les  nôtres  revinrent  triomphants  et 
se  réjouirent  du  triomphe  qu’ils  eurent  en  ce  jour.  Les 
ennemis,  vaincus,  étaient  complètement  en  déroute;  ils  con¬ 
tinuaient  à  fuir,  errant  et  vaguant  çà  et  là,  les  uns  en  Kho- 
rassan,  les  autres  pénétrant  dans  la  terre  des  Sarrasins*. 
Mais  nos  chefs,  voyant  que  la  garnison  de  la  ville  nous  har¬ 
celait  et  nous  serrait  de  près,  veillant  nuit  et  jour  et  recher¬ 
chant  de  quel  côté  elle  pourrait  nous  nuire,  s’assemblèrent 
en  conseil  et  dirent  :  «  Avant  de  perdre  notre  gent,  faisons 
un  château  à  la  Mahomerie®,  qui  est  devant  la  porte  de  la 
ville  où  se  trouve  le  pont,  et  là  nous  pourrons  peut-être  res¬ 
serrer  à  notre  tour  nos  ennemis.  » 

Tous  y  consentirent  et  déclarèrent  le  projet  excellent.  Le 
comte  de  Saint-Gilles  parla  le  premier  :  «  Donnez-moi 
l’aide  nécessaire  pour  établir  ce  château  et  je  le  fortifierai 
et  le  garderai.  »  Bohémond  répondit  :  «  Si  vous  le  voulez, 
ainsi  que  les  autres,  j’irai  avec  vous  à  Port-Saint-Siméon 
afin  d'en  ramener  des  hommes  capables  d’achever  cet  ou- 
vrage*;  que  ceux  qui  resteront  ici  se  fortifient  de  tous  les 
côtés  pour  se  défendre.  »  Il  fut  fait  ainsi. 

2.  Ce  conseil  de  guerre  eut  lieu  le  5  mars  (lettre  du  clergé  et 
du  peuple  de  Lucques,  dans  les  Epistulae  et  chartaCy  p.  166). 

3.  D’après  la  description  plus  précise  de  Raimond  d’Aguilers 
(5,  p.  242-243),  le  pont  se  trouvait  à  l’angle  occidental  de  la  ville 
et  sur  un  monticule,  en  face  des  croisés,  étaient  deux  mosquées 
{MachumariaCy  Bafumariae^  «  Mahomeries  »)  et  un  cimetière 
musulman.  La  porte  du  pont  s’appelait  «  porte  de  la  Mer  », 
comme  étant  la  plus  rapprochée  de  Port-Saint-Siméon. 

4.  Porl-Saint-Siméon  (appelé  ainsi  en  l’honneur  de  saint  Siméon 
le  Stylite,  dont  le  monastère,  Kalaat-Sem’an,  était  non  loin  de 
là)  se  trouvait  à  l’embouchure  de  l'Oronte,  environ  à  vingt-deux 
kilomètres  d’Antioche. 

3.  Des  navires  occidentaux,  chargés  de  pèlerins  et  de  provisions, 
avaient  abordé  à  Port-Saint-Siméon  :  treize  navires  génois  vers 

Prtmiirt  croitade.  9 


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90 


CRUCESIGNATIS  TURCI  INSIDIANTUR 


Cornes  igitur®  et  Boamundus  perrexerunt  ad  Sancti 
Simeonis  portum*;  nos  vero,  qui  remansimus  congre- 
gati  in  unum,  castrum*  incipiebamus*,  dum  Turci  pre- 
paraverunt  se  illico^  et  exierunt  extra  civitatem  obviam 
nobis  ad  prelium;  sic  itaque  irruerunt  super  nos  etmi- 
serunt  nostros  in  fugam  occideruntque  plures  ex  nos- 
tris,  unde  tristes  valde  fuimus^. 

Crastina  autem  die"*,  videntes  Turci  quod  majores 
nostri  deessent  et  quod  preterita  die  ivissent  ad  portum 
preparaverunt  se  et  exierunt*  obviam  illis  venientibus 
a-^  portu.  Tune  videntes  comitem  et  Boamundum  ve- 
nientes  et^  conducentes  illam  gentem,  mox  ceperunt 
stridere  et  garrire  ac  clamare  vehentissimo  clamore, 
circumeingendo  undique  nostros  jaculando,  sagittando, 
vulnerando  et  crudeliter  detruncando.  Nam  tam  acriter 
invaserunt  nostros,  ut  illi  inirent  fugam  per  maximam 
montanam^  et  ubi  via  eundi'  patebat  :  qui  potuit  celeri 
se  gressu  expedire,  evasit  vivus,  qui  vero  fugere  nequi- 
vit,  mortem  suscepit*.  Fueruntque  in  ilia  die  martiri- 
zati  ex  nostris  militibus  seu  peditibus  plus  quam  mille®, 
qui,  ut  credimus,  in  celum  ascenderunt^  et  candidati 
stolam  martirii  receperunt^ 

a.  igitur  Sancti  Egidii  C*,  C^.  —  b.  incepimus  C.  —  c.  Turci 
autem  illico  praeparaverunt  se  C.  —  d.  poriam  B.  —  e.  ierunt 
B,  C;  iverunt  A^.  —  /.  e  A*,  B.  —  g.  venientes  et  omis 
dans  C.  —  h.  montaneam  X*,  A^,  5,  C^.  —  i.  fugiendi  C.  — 
k.  laetantes,  ascendebant  B.  —  LA  la  suite  de  ce  mot,  B  ajoute  : 
ascendebant  atque  candidati  ferentes  stolam  recepti  martyrii, 
glorificantes  et  magniâcantes  dominum  Deum  nostrum  trinum 
et  unum,  in  quo  féliciter  triumphabant,  et  dicebant  concordabili 
voce  :  ((  Quare  non  défendis  sanguinem  nostrum  qui  hodie  pro 
tuo  nomine  effusus  est?  »  Même  addition  dans  Tudebode,  p,  46^ 
4.7,  et  V  «  Hist.  belli  sacri  »,  p.  iga. 

le  17  novembre  1097  (Raimond  d’Aguilers,  5,  p.  241  ;  Cafaro, 


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EMBUSCADE  DES  TURCS  (6  mars  1098)  91 

Le  comte  et  Bohémond  partirent  donc  pour  Port-Saint- 
SiméonL  Nous,  qui  restâmes  groupés  en  un  seul  corps, 
nous  commencions  le  château*,  quand,  les  Turcs  s’étant 
préparés,  firent  une  sortie  et  vinrent  au-devant  de  nous 
pour  combattre.  Ils  s’élancèrent  sur  nous,  mirent  les  nôtres 
en  fuite  et  en  tuèrent  plusieurs,  ce  qui  nous  causa  une 
grande  douleur*. 

Le  lendemain^  les  Turcs,  voyant  que  nos  chefs  étaient 
absents  et  s’étaient  dirigés  le  jour  précédent  vers  le  port,  se 
préparèrent  et  sortirent  à  la  rencontre  de  ceux  qui  arrivaient 
du  port.  En  voyant  arriver  le  comte  et  Bohémond  à  la  tête 
de  cette  troupe,  ils  se  mirent  à  grincer  des  dents,  à  pousser 
des  huées  et  de  grands  cris,  puis  enveloppèrent  les  nôtres, 
les  criblèrent  de  javelots  et  de  flèches,  les  blessèrent  et  les 
sabrèrent  cruellement.  Ils  attaquèrent  les  nôtres  avec  une 
telle  violence  que  ceux-ci  prirent  la  fuite  dans  la  haute 
montagne  et  partout  où  s’ouvrait  une  issue  :  quiconque  put 
se  dérober  par  une  fuite  rapide  échappa  vivant,  quiconque 
ne  put  fuir  trouva  la  mort*.  Ce  jour-là,  plus  de  mille  de  nos 
chevaliers  et  de  nos  piétons®  subirent  le  martyre  et,  comme 
nous  le  croyons,  ils  montèrent  au  ciel  où  ils  reçurent  la 
robe  blanche  du  martyre. 

Liberatio  OrientiSj  dans  les  Historiens  occidentaux,  t.  V,  p.  5o) 
et,  le  4  mars  1098,  des  navires  anglais,  sur  l’un  desquels  se  trou- 
vait  Bruno  de  Lucques  (lettre  du  clergé  et  du  peuple  de  Lucques, 
dans  les  Epistuîae  et  chartae,  p.  166). 

1.  Ils  n’emmenaient  que  soixante  chevaliers  (voir  lettre  n*'  2 
d’Étienne  de  Blois,  dans  les  Epistuîae  et  chartae,  p.  166). 

2.  C’est-à-dire  le  château  dont  la  construction  était  résolue. 

3.  D’après  Raimond  d’Âguilers  (7,  p.  248)  et  Anselme  de  Ribe- 
mont  (lettre  n®  2,  dans  les  Epistuîae  et  chartae,  p.  i58),  la  défaite 
fut  due  à  l’indiscipline  des  croisés. 

4.  Le  6  mars  10^. 

5.  Récit  analogue  dans  la  deuxième  lettre  d’Etienne  de  Blois 

{Epistuîae  et  chartae,  p.  i5i)  et  dans  Raimond  d’Àguilers  (8, 
p.  248-249).  , 

6.  D’après  Etienne  de  Blois,  les  croisés  ne  perdirent  dans  ce 
combat  que  5oo  piétons  et  deux  chevaliers. 


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92 


A  CASTRORUM  PRAESIDIO  PELLUNTUR 


Itaque  Boamundus  viam  quam  tenuerant  non  tenuit, 
sed  celerius  cum  paucis  miliiibus  ad  nos  venit,  qui  era- 
mus  in  unum  congregati"^  Tune  nos  accensi  occisione 
nostrorum,  Christi  nomine  invocato  et  Sancti  Sepulcri 
confidentes  itinere,  juncti  simul  pervenimus  contra  eos 
ad  bellum  eosque  invasimus  uno  corde  et  animo.  Sta- 
bant  vero  inimici  nostri  et  Dei  undique  jam  stupefacti  et 
vehementer  perterriti,  putantes  nostros  se  devincere  et 
occidere,  sicui  fecerant  gentem  comitis  et  Boamundi, 
sed  Deus  omnipotens  hoc  illis  non  permisit.  Milites 
igitur  veri  Dei  undique  signo  crucis  armati  irruerunt 
acriter  super  illos  et  fortiter  invaserunt,  illi  autem  cele- 
riter  fugerunt  per  medium  angusti  pontis  ad  illorum 
introitum;  illi,  qui  vivi  nequiverunt  transire  pontem 
pre  nimia  multitudine  gentium  et  caballorum,  ibi  rece- 
perunt  sempiternum  interitum*  cum  diabolo  et  angelis 
ejus*^. 

Nos  itaque  illos  superavimus,  impellentes  in  flumen 
et  dejicientes;  unda  vero  rapidi  fluminis  undique  vide- 
batur  fluere  rubea  Turcorum  sanguine,  et  si  forte  ali- 
quis  eorum  voluisset  reptare  super  pontis  columnas  aut 
natando  ad  terram  moliretur  exire,  vulneratus  est  a 
nostris  undique  stantibus  super  ripam  fluminis.  Rumor 
quoque  et  clamor  nostrorum  et  illorum  resonabat  ad 
celum.  Pluvie  telorum  et  sagittarum  tegebant  polum  et 
claritatem  diei^;  mulieres  christiane  urbis  veniebantad 

a.  in  unum  annuncians  qui  illis  eveniant  O.  —  à.  A  la  suite  de 
ce  motf  B  ajoute  :  receperunt  sempiternum  interitum  et  reddide- 
runt  infelices  animas  diabolo  et  Sathanae  ministris.  3/éme  addi- 
tion  dans  Tudebode,  p.  47-4S,  et  V  «  Hist.  belli  sacri  »,  p.  ig2. 
—  c.  A  la  suite  de  ce  mot,  B  ajoute  :  altae  voces  intus  et  extra. 
Même  texte  dans  Tudebode^  p.  48,  et  V  «  Hist.  belli  sacri  », 
p.  g3. 

I.  Renseignement  particulier  à  l’Anonyme,  qui  était  resté  au 


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LES  TURCS  REPOUSSÉS  PAR  LA  GARNISON  DU  CAMP  gS 

Bohémond,  de  son  côté,  ne  suivit  pas  le  même  chemin 
qu’eux,  mais  revint  rapidement  avec  quelques  chevaliers 
auprès  de  nous,  qui  étions  groupés  en  un  seul  corps  ^  En¬ 
flammés  par  le  massacre  des  nôtres,  après  avoir  invoqué  le 
nom  du  Christ  et  confiants  dans  l’espoir  d’atteindre  le  Saint- 
Sépulcre,  nous  étant  groupés  ensemble,  nous  parvînmes  à 
engager  le  combat  avec  eux  et  nous  les  attaquâmes  d’un 
seul  cœur  et  d’une  seule  âme.  Les  ennemis  de  Dieu  et  les 
nôtres  se  montrèrent  stupéfaits  et  atterrés.  Ils  croyaient  nous 
vaincre  et  nous  exterminer  comme  ils  l’avaient  fait  de  la 
troupe  du  comte  et  de  Bohémond,  mais  Dieu  tout-puissant 
ne  le  leur  permit  pas.  Les  chevaliers  du  vrai  Dieu,  armés 
du  signe  de  la  croix,  s’élancèrent  sur  eux  avec  violence  et 
les  attaquèrent  vaillamment.  Eux  s’enfuirent  rapidement 
par  le  pont  étroit  jusqu’à  l’entrée  de  la  ville;  ceux  qui  ne 
purent  traverser  le  pont  vivants,  par  suite  de  la  cohue  que 
formaient  les  hommes  et  les  chevaux*,  reçurent  là  une  mort 
éternelle  avec  le  diable  et  ses  anges*. 

Et  nous,  ayant  pris  le  dessus,  nous  les  poussions  et  les 
précipitions  dans  le  fleuve.  Les  flots  rapides  du  fleuve 
étaient  rougis  du  sang  des  Turcs  et,  si  l’un  d’eux  cherchait 
à  grimper  sur  les  piles  du  pont  ou  s’efforçait  de  gagner  la 
terre  à  la  nage,  il  était  blessé  par  les  nôtres  qui  couvraient 
la  rive  du  fleuve.  La  rumeur  et  les  cris  des  nôtres  et  des 
ennemis  résonnaient  jusqu’au  ciel.  Des  pluies  de  traits  et  de 
flèches  couvraient  le  pôle  et  la  clarté  du  jour;  les  femmes 

camp.  Etienne  de  Blois  (lettre  citée)  dit  seulement  que  les  croisés 
restés  au  camp  se  préparaient  à  aller  au-devant  de  l’expédition 
de  Port-Saint-Siméon,  quand  les  Turcs  firent  une  sortie  par  la 
porte  du  pont  et  attaquèrent  les  chrétiens.  Ce  fut  à  ce  moment 
que  Bohémond  et  Raimond  de  Saint-Gilles  revinrent  avec  leur 
troupe.  Les  deux  récits  se  concilient,  mais  celui  d’Etienne  de 
Blois  est  plus  complet. 

2.  Cf.  le  récit  analogue  d’Étienne  de  Blois  (/oc.  cit.)  :  «  Nam 
cum  transire  per  pontem  super  flumen  magnum  Moscholo  fun- 
datum  vellent,  nos  eos  comminus  insequentes,  multos  ex  ipsis, 
antequam  accederent  ad  pontem,  interfecimus,  multos  in  flumen 
projecimus  ». 

3.  Math.,  23,  41. 


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94 


MORTUOS  TURCI  CONDUNT 


mûri  fenestras,  spectantes  misera  fata  Turcorum  et  oc¬ 
culte  plaudebant  manibus";  Hermenii  et  Surani  jussu 
majorum  Turcorum  inviti  seu  spontanei  sagittas  jacie- 
bant  foras  ad  nos.  Mortui  sunt  etiam  in  anima  et  cor- 
pore  XII  ammiralii*  de  Turcorum  agmine  in  prelio  illo 
et  alii  prudentissimorum  et  foriiorum'^  militum  qui 
melius  civitatem  pugnando  defendebant,  numerus  quo¬ 
rum  fuit  M  et  Alii  qui  remanserant  vivi,  jam  am- 
plius  non  audebant  clamitare  vel  garrire  nec  die  nec 
nocte*'  sicut  ante  solebant.  Omnes  itaque  nos  vel  illos 
solummodo  superavit  nox,  noxque  divisit  utrosque®  in 
preliando,  jaculando,  spiculando,  saggittando.  Sic  su- 
perati  sunt  inimici  nostri  virtute  Dei  et  Sancti  Sepul- 
cri  et  ulterius  non  valuerunt  talem  virtutem  habere 
neque  in  voce  neque  in  opéré  sicuti  prius.  Nos  itaque 
valde  fuimus  refecti  in  ilia  die  de-'"  rebus  que  satis  erant 
nobis  necessarie  et  de  equis^*. 

Crastina  vero  die^,  summo  diluculo,  exierunt  alii 
Turci  de  civitate  et  collegerunt  omnia  cadavera  feien- 
tia  Turcorum  mortuorum  que  reperire  potuerunt  super 
ripam  fluminis*  et  sepelierunt  ad  Machumariam  que 
est  ultra  pontem^  ante  portam  urbis  simulque  illis 
consepelierunt  pallia,  bisanteos^,  aureos,  arcus,  sagittas 
et  alla  plurima  instrumenta  que  nominare  nequimus. 
Audientes  itaque  nostri  quod  humassent  mortuos  suos 
Turci,  omnes  sese  preparaverunt  et  venerunt  festi¬ 
nantes  ad  diabolicum  atrium  et  jusserunt  desepeliri  et 

a.  A  la  suite  de  ce  mot,  B  ajoute  :  sicut  mos  erat  illarum. 
Même  texte  dans  Tudebode,  p.  48,  et  F  a  Hist.  belli  sacri  »,  p.  9^. 
—  b.  admiralii  A^,  A^,  C^,  O;  admirarii  C*.  —  c.  fortium  A"^,  — 
d.  in  die  sive  in  nocte  B;  die  r.octeque  C.  —  e.  utraque  agmina 
C*.  — /.  die  de  illonim  equis  et  de  aliis  multis  rebus  B:  même 
texte  dans  Tudehode,  p.  48,  et  dans  V  «  Hist.  belli  sacri  », 
p.  igS.  —  g.  et  de  equis  omis  dans  B.  —  h.  fluminis,  exceptis 


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LES  TURCS  ENTERRENT  LEURS  MORTS  (7  ITiarS  IO98)  qS 

chrétiennes  de  la  ville  apparaissaient  aux  créneaux  des  mu¬ 
railles  et  regardaient  le  misérable  sort  des  Turcs  en  y 
applaudissant  en  cachette;  par  ordre  des  chefs  turcs,  des 
Arméniens  et  des  Syriens,  de  gré  ou  de  force,  nous  lan¬ 
çaient  des  flèches.  Douze  émirs  turcs  perdirent  dans  ce 
combat  leur  corps  et  leur  âme,  ainsi  que  d’autres  très  pru¬ 
dents  et  vaillants  guerriers  qui  comptaient  parmi  les  meil¬ 
leurs  défenseurs  de  la  ville,  dont  le  nombre  fut  de  i  5oo^ 
Les  autres,  restés  vivants,  n’osaient  plus  pousser  des  cris 
ou  des  huées,  soit  la  nuit,  soit  le  jour,  comme  ils  en  avaient 
l’habitude.  La  nuit  seule  parvint  à  nous  séparer,  eux  et  nous. 
Ce  fut  la  nuit  qui  arrêta  les  deux  partis  en  train  de  com¬ 
battre  à  coups  de  lances,  d’épées  ou  de  flèches.  Nos  enne¬ 
mis  furent  ainsi  vaincus  par  la  puissance  de  Dieu  et  du 
Saint-Sépulcre  et,  dans  la  suite,  ils  n’eurent  plus  le  même 
ressort  qu’auparavant,  soit  pour  crier,  soit  pour  agir.  Et 
nous,  ce  jour-là,  nous  nous  refîmes  bien  en  ressources 
nécessaires  et,  en  particulier,  en  chevaux  2. 

Le  lendemain^,  au  point  du  jour,  d’autres  Turcs  sortirent 
de  la  ville  et  rassemblèrent  les  cadavres  fétides  de  leurs 
morts  qu’ils  purent  trouver  sur  la  rive  du  fleuve,  puis  ils  les 
ensevelirent  à  la  Mahomerie  située  au  delà  dupont^,  devant 
la  porte  de  la  ville.  Avec  les  corps  ils  ensevelirent  des  man¬ 
teaux,  des  besants*,  des  pièces  d’or,  des  arcs,  des  flèches  et 
autres  objets  que  nous  ne  pouvons  nommer.  Les  nôtres, 
apprenant  que  les  Turcs  avaient  ainsi  enseveli  leurs  morts, 
tous  se  préparèrent  et  vinrent  en  toute  hâte  au  diabolique 

illis  que  in  alveo  latebant  ejusdem  fluminis  A*.  A^,  B  et  Tude~ 

bodCy  p. 

_  g 

1.  D’après  Etienne  de  Blois  (lettre  citée,  Epistulae  et  chartae, 
p.  i5i),  il  périt  3o  émirs,  3oo  nobles  turcs,  en  tout  i  23o  Turcs 
ou  Sarrasins  (i  400  d’après  Anselme  de  Ribemont,  2*  lettre,  Ibid., 
p.  i58). 

2.  Même  renseignement  dans  Raimond  d’Aguilers,  8,  p.  25o. 

3.  Le  7  mars. 

4.  A  l’endroit  même  où  les  croisés  voulaient  construire  un  ch⬠
teau. 

5.  Le  «  besant  a,  ainsi  appelé  de  «  Byzance  »,  est  la  même  pièce 
que  le  sou  d’or  ou  l’hyperpre.  Voir  p.  76,  n.  i. 


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96 


CASTRUK  CRÜCESIGNATI  AEDIFICANT 


frangi  tumbas®  eorum  et  trahi  eos  extra  sepulcra  et 
ejecerunt  omnia  cadavera  eorum  in  quandam  foveam* 
et  deportaverunt  cesa  capita  ad  tentoria  nostra  quatinus 
perfecte  sciretur  eorum  numerus,  excepto  quod  onera- 
verant  un  equos  de  nunciis  ammiralii  Babilonie  et  mi- 
serant  ad  mare^*.  Quod  videntes  Turci  doluerunt  ni- 
mis  fueruntque  tristes  usque  ad  necem,  nam  cotidie 
dolentes  nichil  aliud  agebant  nisi  flere  et  ululare. 

Tercia  vero  die*  cepimus  simul  juncti  cum  gaudio 
magno  edificare  castrum  supradictum  de  lapîdibus  sci- 
licet  quos  abstraximus  de  tumulis  Turcorum^.  Peracto 
igitur'^  Castro,  mox  cepimus  ex  omni  parte  coangus- 
tare  inimicos  nostros  quorum  superbia  ad  nichilum 
jam  erat  redacta.  Nos  autem  secure  ambulabamus  hue 
et  illuc,  ad  portum*  et  ad  montaneas,  laudantes  et  glo- 
rificantes  Deum  nostrum,  cui  est  honor  et  gloria  per 
omnia  secula  seculorum.  Amen. 


[NARRATIO  O  CT  A  VA] 

[19.]  Jamjam-^omnes  semite  pene  prohibiteet  incise 
undique  erant  Turcis,  nisi  ex  ilia  parte  fluminis  ubi  erat 
castrum  et  quoddam  monasterium^.  Quod  castrum,  si 

a.  tumulos  C‘.  —  b.  faucam  yl>.  —  c.  equos  qui  fuerunt  ad 
mare  nuntiis  ammiralii  de  Babylone  delata  B  et  Tudebode,  p.  4g. 

—  d.  itaque  B,  O.  —  e.  portam  A^,  A^,  5,  C*;  portum  dans 
Tudebode.  La  variante  portam  n'a  pas  de  sens;  il  s’agit  de  Port- 
Saint’Siméony  dont  l’accès  est  désormais  libre  pour  les  croisés. 

—  /.  J[amjam],  initiale  ornée  et  alinéa  dans  A^;  alinéa  dans  A^; 
initiale  en  rouge  dans  A^. 

1.  Sur  cette  ambassade  égyptienne,  voir  chap.  xvii,  p.  87.  Cf.  le 
récit  de  Raimond  d’Âguilers,  8,  p.  249. 

2.  Le  8  mars,  date  confirmée  par  la  lettre  du  clergé  et  du  peuple 


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LES  CROISÉS  CONSTRUISENT  UN  CHATEAU  (8  lUafS  IO98)  97 

édiHce.  Ils  ordonnèrent  d’exhumer  les  cadavres,  de  briser 
les  tombes  et  de  les  tramer  hors  des  sépulcres.  Tous  les 
cadavres  furent  jetés  dans  une  fosse  et  les  têtes  coupées 
furent  apportées  au  camp,  afin  qu’on  pûl  en  savoir  le 
nombre,  sauf  qu’ils  avaient  chargé  de  têtes  quatre  chevaux 
des  ambassadeurs  de  l’amiral  de  Babylone  et  les  avaient 
envoyés  vers  la  mer*.  A  cette  vue,  les  Turcs  furent  saisis  de 
douleur  et  d’une  tristesse  mortelle.  Chaque  jour  ils  se 
lamentaient  et  ne  faisaient  pas  autre  chose  que  de  pleurer 
et  pousser  des  cris. 

Le  troisième  jour^,  nous  nous  réunîmes  tout  joyeux  pour 
construire  le  château  dont  il  a  été  question  avec  les  pierres 
que  nous  enlevions  aux  tombes  des  Turcs*.  Une  fois  le  ch⬠
teau  terminé,  nous  commençâmes  à  resserrer  de  tous  les 
côtés  nos  ennemis,  dont  l’orgueil  était  déjà  réduit  à  néant. 
Quant  à  nous,  nous  allions  en  toute  sécurité  n’importe  où, 
au  port  ou  dans  les  montagnes,  louant  et  glorifiant  notre 
Dieu,  à  qui  reviennent  gloire  et  honneur  dans  tous  les  siècles 
des  siècles.  Ainsi  soit-il! 


[HUITIÈME  RÉGIT] 

[Fin  du  siège  et  prise  d’Antioche  (8  mars-3  juin  1098)] 

[19.]  Déjà  toutes  les  issues  étaient  à  peu  près  interdites 
aux  Turcs  et  coupées,  sauf  dans  la  partie  du  fleuve  où  se 
trouvaient  un  château  et  un  monastère^.  Et  si  nous  garnis- 

de  Lucques  {Epistulae  et  chartae,  p.  166)  :  «  Tertia  autem  die 
erecto  castello.  » 

3.  Sur  cette  construction  improvisée,  voir  la  deuxième  lettre 
d'Anselme  de  Ribemont  {Epistulae  et  chartae,  p.  i58-i59).  L'Ano¬ 
nyme  ne  dit  rien  des  incidents  à  la  suite  desquels  le  comte  de 
Toulouse  prit  le  commandement  du  château  (Raimond  d’Agui- 
1ers,  8,  p.  249-250;. 

4.  Ce  château  se  trouvait  auprès  du  monastère  de  Saint-Georges, 
sur  la  rive  gauche  de  l'Oronte,  sur  les  pentes  occidentales  du 
mont  Cassius.  C’est  ce  secteur  que  l’Anonyme  a  appelé  au  cha¬ 
pitre  XIV  (p.  75)  :  c  La  montagne  de  Tancrède.  » 


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98  COMMEATIBUS  TURCOS  TANCREDUS  INTERCLUDIT 


fuisset  a  nobis  perfecte  munitum,  jam  nullus  eorum 
auderet  extra  civitatis  portam  exire.  Conciliaverunt  se 
denique  nostri  et  una  voce  concorditer  dixerunt  :  «  Eli- 
gamus  unum  ex  nobis  qui  robuste  teneat  illud  castrum 
et  nostris  inimicis  prohibeat  montaneas  et  plana  et  in- 
troitum  urbis  et  exitum®*.  »  Tancredus  igîtur  primus 
protulît  se  ante  alios  dicens  :  «  Si  scirem  quid  proficui 
mihi  attigerit*,  ego  sedule  cum  meis  solummodo  ho- 
minibus  corroborarem  castrum  et  viam,  per  quam  ini- 
mici  nostri  soient  frequentius  sevire,  viriliter  devetabo 
illis.  »  Qui  continuo  spoponderunt  ei  cccc  marcas  ar¬ 
gentin. 

Non  adquievit  Tancredus**,  tamen  perrexit  cum  suis 
honestissimis  militibus  ac  servientibus®  et  extemplo 
abstulit  undique  viam**  Turcis,  ita  ut  nulli  auderent  ex 
eis,  jam  timoré  ejus  perterriti,  extra  urbis  portam  exire 
neque  propter  herbam  neque  propter  ligna  neque 
propter  ulla  necessaria.  Remansit  vero  ibi  Tancredus 
cum  suis  cepitque  vehementer  ubique  coangustare  civi- 
tatem. 

Ipsa  quoque  die^  veniebat  maxima  pars  Hermenio- 
rum  et  Suranorum  secure  de  montaneis*  qui  ferebant 
alimenta  Turcis  in  adjutorium  civitatis;  quibus  advenit 
obviam  Tancredus  et  apprehendit  eos  omnia  que  defe- 
rebant,  videlicet  frumentum,  vinum,  hordeum,  oleum 
et  alia  hujusmodi.  Sic  itaque  robuste  et  prospéré  dedu- 
cebat  se  Tancredus  jamque  habebai  prohibitas  et  inci¬ 
sas  omnes  semitas  Turcis,  donec  Antiochia  esset  capta. 


a.  A  la  suite  de  ce  mot^  B  ajoute  :  plures  vero  ex  illis  prohiben- 
tes  se  illud  hospitari,  nisi  forte  fuissent  multi  in  unum;  même 
texte  dans  Tudebode,  p.  53;  plures  vero  ex  illis  renuebant  sin- 
gulatim  se  illud  servare  non  posse,  nisi  cum  magna  multitudine 
aliorum  dans  V  «  Hist.  belli  sacri  »,  p.  jq4.  — b.  contingeret  C. 
—  c.  quamquam  solus  erat  B  et  Tudebode,  p.  53.  —  d.  et  semi* 


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TANCREDE  COUPE  LES  VIVRES  AUX  TURCS  (avril  IO98)  99 

sions  ce  château  d^une  force  suffisante,  nul  d’entre  eux 
n’oserait  plus  franchir  une  porte  de  la  cité.  Aussi  les  nôtres 
tinrent  conseil  et  dirent  d’une  voix  unanime  :  «  Choisissons 
l’un  d’entre  nous  pour  tenir  fortement  ce  château  et  inter¬ 
dire  à  nos  ennemis  l’accès  de  la  plaine  et  de  la  montagne, 
ainsi  que  toute  sortie,  toute  entrée  dans  la  ville  ^  »  Tancrède, 
le  premier,  se  présenta  devant  les  autres  et  dit  :  «  Si  je  savais 
quel  profit  me  reviendra,  j’occuperais  le  château  avec  mes 
seuls  hommes  et,  quant  à  la  route  par  laquelle  nos  ennemis 
ont  l’habitude  de  nous  harceler  si  souvent,  je  la  leur  inter¬ 
dirais  vigoureusement.  »  On  lui  promit  aussitôt  400  marcs 
d’argent^. 

Sans  même  souffler,  Tancrède  partit  avec  ses  valeureux 
chevaliers  et  sergents^  et,  immédiatement,  il  intercepta  tout 
chemin  aux  Turcs,  si  bien  qu'aucun  d’eux  —  ils  étaient  déjà 
frappés  de  terreur  —  n’osa  plus  franchir  une  porte  de  la 
ville  pour  amasser  du  fourrage,  du  bois  ou  toute  autre  den¬ 
rée  nécessaire.  Tancrède  demeura  là  avec  les  siens  et  com¬ 
mença  à  bloquer  la  ville  de  toute  part. 

Le  même  jour^,  un  fort  parti  d’Arméniens  et  de  Syriens 
s’en  venait  en  toute  sécurité  des  montagnes,  portant  aux 
Turcs  des  aliments  pour  ravitailler  la  ville.  Tancrède  alla  à 
leur  rencontre  et  les  captura,  ainsi  que  toutes  leurs  provi¬ 
sions,  blé,  vin,  orge,  huile  et  autres  denrées  de  ce  genre. 
Ainsi  Tancrède  manifestait  sa  force  et  faisait  merveille  : 
avant  qu’Antioche  fût  prise,  il  avait  déjà  interdit  et  coupé 
aux  Turcs  toutes  les  issues. 

tam  B  et  TudebodCy  p.  53;  «  Hist.  belli  sacri  »,  p.  jg4.  —  e.  mon- 
tanis  A3. 


1.  .\ucun  des  manuscrits  ne  donne  le  récit  de  la  discussion  qui 
se  trouve  dans  le  texte  de  Bongars  et  de  Tudebode. 

2.  Cf.  les  récits  analogues  de  Raimond  d’Aguilers  (8,  p.  23o)  et 
Raoul  de  Caen  (5o,  p.  ôqS).  Le  marc,  dérivant  de  la  livre  romaine, 
était  Tunité  de  poids  des  métaux  précieux,  valant  au  xi*  siècle 
8  onces,  soit  12  deniers  d'argent. 

3.  Le  mol  sergent  est  employé  ici  comme  synonyme  de  piéton. 

4.  Le  jour  où  Tancrède  prit  le  commandement  du  château, 
c'est-à-dire  vers  le  b  avril. 


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100 


DE  BOAUUNOI  CUH  PIRO  PACTO 


Omnia  que  egimus  antequam  urbs  esset  capta  nequeo 
enarrare*,  quia  nemo  est  in  his  pariibus^,  sive  cleri- 
cus  sive  laicus,  qui  omnino  possit  scribere  vel  narrare 
sicut  res  gesta  est  :  tamen  aliquaniulum  dicam. 

[20.]  Erat  quidam  ammiratus  de  généré  Turcorum» 
cui  nomen  Pirrus®*qui  maximam  amicitiam  receperat 
cum  Boamundo.  Hune  saepe  Boamundus  pulsabat 
nuntiis  adinvicem  missis  quo  eum  infra  civitatem  ami- 
cissime  reciperet  eique  christianitatem  liberius  promit- 
tebat  et  eum  se  divitem  facturum  cum  multo  honore 
mandabat^.  Consensit  ille  dictis  et  promissionibus, 
dicens  :  «  Très  turres  custodio  eique  libenter  ipsas  pro- 
promitto  et*  quacunque  hora  voluerit  in  eas  eum  re- 
colligam.  » 

Erat  itaque  Boamundus  jam  securus  de  introitu  civi- 
taiis;  et  gavisus  serenaque  mente  et  placido  vuliu  venit 
ad  omnes  seniores  eisque  jocunda  verba  intulit  di¬ 
cens  :  «  Viri  prudentissimi  milites,  videte*  quomodo 
nos  omnes  in  nimia  paupertate  et  miseria  sumus  ma¬ 
jores  sive  minores  et  ignoramus  penitus  qua  parte 
melius  succédât  nobis;  igitur,  si  vobis  bonum  et  hones- 
tum  videtur,  eligat  se  ante  alios  unus  ex  nobis*'  et  si 
aliquomodo  vel  ingenio  civitatem  acquirere  vel  inge- 
niare®  potuerit,  per  se  vel  per  alios,  concordi  voce  ei 

a.  Pyrrus  C’;  Pirus  B.  —  à.  quod  in  A^,  A^.  —  c.  videtis 

C.  —  d.  ex  nobis  ut  C;  ex  nobis  utnim  dans  Tudebode,  p.  55. 

1.  Cette  rétiexion  montre  que  ce  chapitre  et  les  suivants  ont 
été  rédigés  par  PAnonyme  après  la  prise  d’Antioche. 

2.  Expression  intéressante  qui  prouve  que  la  rédaction  de  cette 
partie  a  bien  eu  lieu  au  cours  de  la  croisade. 

3.  Firouz,  d’après  les  sources  arabes  {Recueil  des  historiens  des 
croisades;  documents  arméniens,  t.  I,  p.  40,  n.  2).  Il  était  fabri- 


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ENTENTE  DE  BOHÉMOND  AVEC  FIROÜZ  lOI 

II  m’est  impossible  de  raconter  tout  ce  que  nous  fîmes 
avant  la  prise  de  la  ville  ^  ;  nul  de  ceux  qui  se  trouvent  dans 
ces  régions^,  clerc  ou  laïque,  ne  pourrait  écrire  ou  narrer 
entièrement  comment  les  choses  se  passèrent.  J’en  dirai 
cependant  quelque  peu. 

[20.]  Il  y  avait  un  amiral  de  race  turque,  nommé  Pirrus^, 
qui  s’était  lié  d’une  grande  amitié  avec  Bohémond.  Souvent 
Bohémond  l’engageait,  au  cours  des  messages  qu’ils  s’en¬ 
voyaient  mutuellement,  à  le  recevoir  dans  son  amitié;  il  lui 
promettait  en  retour  de  l’admettre  dans  la  chrétienté  et  lui 
faisait  espérer  des  richesses  et  de  grands  honneurs^.  Pirrus 
acquiesça  à  ces  paroles  et  à  ces  promesses  en  disant  :  «  Je 
garde  trois  tours;  je  les  lui  promets  volontiers  et,  à  l’heure 
où  il  voudra,  je  l’y  recevrai.  » 

Assuré  ainsi  d’entrer  dans  la  ville,  Bohémond  se  réjouit  : 
tranquillisé,  il  aborda  les  autres  seigneurs  avec  un  visage 
calme  et  leur  dit  joyeusement  :  t  Chevaliers  très  prudents, 
considérez  dans  quelle  pauvreté,  dans  quelle  misère  nous 
sommes  tous,  grands  et  petits,  et  nous  ignorons  à  peu  près 
de  quel  côté  nos  afifaires  s’amélioreront.  Donc,  si  cela  vous 
paraît  bon  et  honorable,  que  l’un  d’entre  nous  se  désigne 
devant  les  autres  et  si,  d’une  manière  quelconque  ou  par 
son  industrie,  il  parvient  à  acquérir  ou  à  emporter  d’assaut* 

cant  de  cuirasses,  et  la  tour  qu’il  gardait  avait  une  fenêtre  grillée 
d’où  l’on  voyait  la  vallée  où  se  trouvaient  les  Francs.  Guillaume 
de  Tyr  {Historiens  occidentauXy  t.  I,  p-  212)  l’appelle  Emirfeirus 
et  dit  que  sa  tour,  située  près  de  la  porte  Saint-Georges,  à  l’ouest, 
s’appelait  la  tour  des  Deux-Sœurs. 

4.  En  fait,  Firouz  se  convertit  au  christianisme,  reçut  au  bap¬ 
tême  le  nom  de  Bohémond,  prit  part  à  l’expédition  dans  les  rangs 
des  croisés  jusqu’à  la  prise  de  Jérusalem,  puis  retourna  chez  les 
Musulmans  et  apostasia  (Guibert  de  Nogent,  VI,  17,  p.  212,  et 
Chronique  anonyme  de  Fleury,  dans  les  Historiens  occidentaux, 

t.  V,  p.  357). 

5.  Ingeniare  signifie  littéralement  «  prendre  la  ville  au  moyen 
d’engins  »,  c’est-à-dire  de  machines  de  guerre.  Comme  le  récit  de 
l’Anonyme  ne  fait  aucune  mention  de  l’emploi  de  machines  de 
ce  genre  au  siège  d’Antioche,  il  faut  prendre  ce  mot  dans  un  sens 
plus  général,  «  prendre  d’assaut  ». 


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102  PRINCIPUM  ERGA  BOAMUNOUM  PROMISSA 

urbem  concedamus**.  »  Qui  omnino  prohibuerunt  et 
denegaverunt  dicentes  :  «  Nemini  dimittetur  hec  civi- 
tas,  sed  omnes  equaliter  habebimus  illam;  sicut  equa- 
lem  habuimus  laborem,  sic  inde  equalem  habeamus 
honorem.  »  Itaque  Boamundus  auditis  his  verbis,  pau> 
lominus  subridens  protinus  recessit. 

Non  multo  post  audivimus  nuntios  de  exercitu*  hos- 
tium  nostrorum^  Turcorum,  Publicanorum*^,  Azimi- 
taruîn^'*  et  aliarum  plurimarum  nationum*  statimque 
adunaveruDt  se  omnes  majores  simul  tenueruntque  con- 
cilium^,  dicentes  quoniam  :  «  Si  Boamundus  potuerit 
adquirere  civitatem  aut  per  se,  aut  per  alios,  nos  una 
libenti  corde  ultroei  donamus,  eo  tenoreut,  si  impera- 
tor  venerit  nobis  in  adjutorium  et  omnem  conventio- 
nem  nobis,  sicut  promisit  et  juravit,  attendere  voluerit, 
nos  ei  eam  jure  reddemus;  sin  autem,  Boamundus  eam 
in  sua  habeat  potestate-^^.  » 

Mox  itaque  Boamundus cepit  humiliteramicumsuum 
cotidiana  deprecari  petitione,  promittendo  humillima, 
maxima  et  dulcia  in  hune  modum  :  «  Ecce  vere  modo 
tempus  habemus  idoneum  in  quo  possumus  operari 

a.  urbem  dono  concedamus  A^y  B.  —  b,  de  adventu  exercitus 
O,  C*.  —  c.  Publicanorum,  Ângulanorum  -4  *  ;  Agulanorum  B 
et  dans  Tudebode,  p.  55,  et  V  «  Hist.  belli  sacri  »,  p.  ig6.  — 
d.  Anizitarum  B;  azimatorum  A*.  —  e.  gentilium  quas  numerare 
neque  nominare  nescio  A*,  B,  C*,  C*.  —  /.  in  suam  habeat  po- 
testatem  4,  B. 

I.  Une  armée  envoyée  par  le  sultan  de  Perse  (Kharezm)  et  com¬ 
mandée  par  l’émir  de  Mossoul,  Kerb<^ga,  marchait  au  secours 
d’Antioche  et,  sur  sa  route,  avait  assiégé  inutilement  Edesse.  La 
nouvelle  arriva  aux  croisés  peu  de  jours  avant  la  capitulation  de 
la  ville  (Anselme  de  Ribemont,  2*  lettre,  dans  les  Epistulae  et 


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PROMESSES  DES  PRINCES  A  BOHÉMOND  (mai  IOqS)  Io3 

la  cité,  soit  par  lui-même,  soit  par  d’autres,  concédons-lui 
sa  possession  d’une  voix  unanime.  »  Mais  ceux-ci  refusèrent 
et  s’y  opposèrent  en  disant  :  «  Nul  ne  recevra  la  possession 
de  cette  cité,  mais  nous  l’aurons  tous  à  part  égale;  nous 
avons  supporté  tous  les  mêmes  travaux,  nous  recevrons  tous 
le  même  honneur.  *  Bohémond,  a  ces  mots,  sourit  légère¬ 
ment  et  se  retira  aussitôt. 

Peu  après,  nous  reçûmes  des  nouvelles  de  l’armée  de  nos 
ennemis*,  Turcs,  Publicains,  Azymites*  et  autres  nations. 
Aussitôt  nos  chefs  se  réunirent  et  tinrent  conseil®  en  disant  : 
«  Si  Bohémond  peut  acquérir  la  cité  par  soi-même  ou  par 
d’autres,  nous  lui  en  faisons  don  bien  volontiers,  à  cette 
condition  que,  si  l’empereur  vient  à  notre  secours  et  veut 
observer  la  convention  qu’il  nous  a  promise  et  jurée,  nous 
lui  remettrons  la  ville  de  droit,  même  dans  le  cas  où  Bohé- 
mond  l’aurait  en  sa  possession^.  » 

Bientôt  Bohémond  commença  à  presser  son  ami  humble¬ 
ment  par  des  demandes  quotidiennes,  lui  promettant  toute 
espèce  d’égards  et  d’avantages  en  ces  termes  :  «  Voici  venir 
le  moment  favorable  où  nous  pourrons  accomplir  le  bien 
que  nous  avons  résolu  :  que  mon  ami  Pirrus  m’accorde 


chartaey  p.  i59)et,  d’après  Albert  d’Aix  (IV,  14,  p.  398-399),  sept 
jours  avant  l’arrivée  de  l’armée  turque  devant  la  ville,  soit  le 
28  mai. 

2.  Les  Grecs  appelaient  «  Azymites  >  tous  ceux  qui  usaient  de 
pain  azyme  pour  l’Eucharistie,  comme  les  Latins,  les  Maronites, 
les  Arméniens.  C’est  de  ces  derniers  qu’il  est  question  ici. 

3.  Ce  conseil  de  guerre  eut  lieu  vraisemblablement  le  29  mai 
1098. 

4.  L’Anonyme  est  le  seul  à  donner  le  texte  précis  de  cette  con¬ 
vention  importante,  véritable  compromis  entre  les  projets  ambi¬ 
tieux  de  Bohémond,  qui  ne  parait  plus  se  soucier  des  droits  de 
l’empereur,  et  la  résistance  des  autres  princes,  surtout  Raimond  de 
Toulouse,  qui  veulent  réserver  les  droits  impériaux  comme  une 
barrière  aux  projets  de  Bohémond.  Albert  d’Aix  (IV,  16,  p.  400) 
cite  simplement  le  fait.  Raimond  d’Aguilers  (8,  p.  25o)  le  place 
en  janvier  et  dit  que  Raimond  de  Toulouse  refusa  de  faire  aucune 
promesse. 


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104  ANTIOCHIAM  BOAMUNDO  PIRUS  TRADIT 

quicquid  boni  volumus;  ergo  adjuvet  me  nunc  amicus 
meus  Pirrus.  »  Qui,  salis  gavisus,  ait  se  ilium  adjuvare 
omnino  sicut  agere  deberet.  Nocte  iiaque  veniente  pro- 
xima*,  misit  filium  suum  caute  pignus  Boamundo,  ut 
securior  fieret  de  introitu  urbis,  misitque"  ei  verba  in 
hune  modum  :  ut  in  crasiinum  omnem  Francorum 
gentem  summoveri*  faciat^et  quasi Saracenorum  ter- 
ram  depredari*  vadai,  dissimulet-^  ac  deinde  celeriter 
revertatur  per  dextram  monianam  «  Ego  vero,  ait,  ero 
intentione  erecia  prestolans  ilia  agmina  eaque  recipiam 
in  turres  quas  in  mea  habeo  potestate  ac  custodia.  » 
Dein  Boamundus  jussit  celeriter  ad  se  vocari  quen- 
dam  servientem®  suum,  videlicet  Malam  Coronam, 
eique  precepii  ut  quasi  preco  commoneret  Francorum 
maximam  gentem  quaiinus  fideliter  prepararet  se  in 
Saracenorum  ituram^  terram  ;  factumque  est  ita.  Credi- 
dit  itaque  Boamundus  hoc  consilium  duci  Godefrido 
et  Flandrensi  comiti,  comiti  quoque  de  Sancto  Egidio 
atque  Podiensi  episcopo"*,  dicens  quia  :  «  Favente  Dei 
gratia,  hac  nocte  tradetur  nobis  Antiochia*.  » 

Ordinaia  sunt  denique  hec  omnia  :  milites  tenuerunt 
plana  et  pedites  montaneam;  iota  nocte  ambulaverunt 
et  equiiaverunt  usque  prope  auroram®  ac  deinceps  ce- 
perunt  appropinquare  ad  turres  quas  ille  pervigil*  cus- 
todiebat.  Confestim  descendit^  Boamundus  et  precepit 
omnibus  dicens  :  «  Ite*  securo  animo  et  felici  concor- 
dia  et  ascendite  per  scalam  in  Antiocham,  quam  statim 

a.  misit  quoque  5,  C.  —  â.  praeconiare  atque  sum- 

movere  B;  même  leçon  dans  Tudebode,  p.  56 ;  sub  voce  praeco- 
nia  moneri  dans  V  «  Hist.  belU  sacri  »,  p.  ig6.  Cf.  Baudri  de 
Bourgueily  p.  55,  et  Guibert  de  Nagent,  p.  i86;  sumoneri  A^; 
summoneri  C*,  C®.  —  c.  faciat  omis  dans  A^,  A^;  faceret  C^.  — 
d.  quod  in  B;  même  leçon  dans  Tudebode,  p.  56,  et  V  «  Hist, 
belîi  sacri  »,  p.  ig6.  —  e.  depraedare  B.  —  /.  dissimulans  B.  — 
g.  itura  A^,  B,  C,  —  h.  vigil  A^,  B.  —  i.  ascendit  B  {le  contexte 


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KIROUZ  LIVRE  ANTIOCHE  A  BOHÉMOND  (2-3  juin  IO98)  I05 

maintenant  son  aide.  »  Celui-ci,  enchanté,  déclara  qu’il 
l’aiderait  comme  il  devait  le  faire.  La  nuit  suivante  il  envoya 
à  Bohémond  son  propre  fils  en  otage,  afin  de  lui  confirmer 
qu’il  lui  livrerait  l’entrée  de  la  ville,  et  lui  adressa  ce  mes¬ 
sage  :  «  Que  demain  toute  l’armée  franque  soit  convoquée 
par  lui,  comme  s’il  s’agissait  d’aller  dévaster  la  terre  des  Sar¬ 
rasins,  qu’il  dissimule  et  revienne  rapidement  par  la  mon¬ 
tagne  à  droite  2.  Et  moi,  observant  ces  troupes  avec  atten¬ 
tion,  je  les  attendrai  et  les  recevrai  dans  les  tours  que  j’ai 
en  mon  pouvoir  et  sous  ma  garde.  » 

Aussitôt,  Bohémond  fit  venir  un  de  ses  sergents  2,  appelé 
Male  Couronne,  et  lui  prescrivit,  comme  à  un  héraut,  de  con¬ 
voquer  la  grande  armée  des  Francs,  afin  qu’elle  se  préparât 
fidèlement  à  pénétrer  dans  la  terre  des  Sarrasins  :  ainsi  fut 
fait.  Bohémond  confia  ce  dessein  au  duc  Godefroi,  au  comte 
de  Flandre  et  aussi  au  comte  de  Saint-Gilles  et  à  l’évêque 
du  Puy^  en  disant  :  «  Si  la  grâce  de  Dieu  nous  favorise, 
c’est  cette  nuit  que  nous  sera  livrée  Antioche*.  * 

Tout  fut  donc  disposé  ainsi  :  les  chevaliers  tinrent  la 
plaine,  les  piétons  la  montagne;  toute  la  nuit  ils  marchèrent 
et  chevauchèrent  jusqu’à  l’aurore®,  puis  ils  s’approchèrent 
des  tours,  dont  le  gardien  avait  veillé  toute  la  nuit.  Aussitôt, 
Bohémond  mit  pied  à  terre  et  donna  ses  instructions  à  tous 
par  ces  mots  :  «  Allez  en  toute  sécurité  et  en  bon  accord; 
montez  par  l’échelle  jusqu’à  Antioche,  que  nous  aurons 

equitaverunt...  venerunt  illi  usque  ad  scalam  montre  que  cette 
lecture  doit  être  écartée).  —  k.  ila  A*. 

I.  La  dernière  nuit  qui  précède  la  reddition  d’Antioche,  nuit  du 
2  au  3  juin. 

3.  La  terre  des  Sarrasins  était  située  à  l’est  et  au  sud;  la  mon¬ 
tagne  à  droite  (par  rapport  au  camp  des  croisés)  était,  au  con¬ 
traire,  à  l’ouest,  où  se  trouvaient  les  tours  de  Firouz. 

3.  Sur  les  «  sergents  »,  voir  p.  99,  n.  3. 

4.  D’après  Raoul  de  Caen  (64,  p.  653),  ce  fut  l’évêque  du  Puy 
qui  fut  averti  le  premier  des  projets  de  Bohémond  et  ce  fut  seu¬ 
lement  ensuite  que  les  princes  furent  convoqués. 

3.  Dans  la  nuit  du  3  au  3  juin. 

6.  Au  méridien  d’Antioche,  le  3  juin,  le  soleil  se  lève  à  quatre 
heures  et  demie;  ce  fut  donc  vers  quatre  heures  que  commença 
l’escalade. 

Première  croisade.  10 


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I06  SCALIS  MURUM  ANTIOCHIAE  FRANCI  SCANDtJNT 

habebimus,  si  Deo  placet,  in  nostra®  custodia.  m  Vene- 
runt  illi  usque  ad  scalam,  que  jam  erat  erecta  et  fortiter 
ligata  ad  civitatis  menia*,  et  ascenderunt  per  illam  ho- 
mines  fere  lx  ex  nostris  ac  divisi  sunt  per  turres  quas 
ille  custodiebat**.  Videns  hoc  Pirrus  quod  tam  pauci 
ascendissent  ex  nostris,  cepit  pavere,  timens  sibi  et 
nostris  ne  in  manus  Turcorum  inciderent  dixitque  : 
«  Micro  Francos  echome''  (hoc  est  :  paucos  Francos 
habemus)’.  Ubi  est  acerrimus  Boamundus?  Ubi  est 
ille®  invictus?  »  Intérim  descendit  quidam  serviens  Lan- 
gobardus*  deorsum  et  cucurrit  quantocius  ad  Boamun- 
dum,  dicens  :  «  Quid  hic  stas-^,  vir  prudens?  Quamob- 
rem  hue  venisti?  Ecce  nos  jam  très  turres  habemusl  » 
Motus  est  ille  cum  aliis  et  omnes  gaudentes  pervene- 
runt  ad  scalam. 

Videntes  itaque^  qui  jam  erant  in  turribus  ceperunt 
jocunda  voce  clamare  :  «  Deus  le  volt*  !  »  Nos  vero  idem 
clamabamus^.  Tunc^  ceperunt  illico  mirabiliter  ascen- 
dere;  ascenderunt  tamen  et  cucurrerunt  festinanter  in 
alias  turres;  quos  illic  inveniebant  morti  tradebant*, 
fratrem  quoque  Pirri  occiderunt.  Interea  forte  rupta 
est^  scala  per  quam  noster  erat  ascensus,  unde  inter  nos 
orta  est  immensa  angustia  et  tristicia.  Quamquam  au- 
tem  scala  fuisset  fracta,  tamen  quedam  porta  erat  juxta 
nos  clausa  in  sinistra  parte,  que  quibusdam  manebat 
incognita;  nox  namque  erat,  sed  tamen  palpando  et 
inquirendo  invenimus  eam  omnesque  cucurrimus  ad 
illam  et,  ipsa  fracta,  intravimus  per  eam^ 

a.  vestra  B.  —  à.  merulas  B  et  Tudebode^  p.  Sj;  mergula 
«  Hist.  belli  sacri  »,  p.  zp6.  —  c.  observabat  B.  —  d.  Trans¬ 
cription  du  grec  :  (xtxpoi;  ^pàyxou;  miles  B.  — 

/.  Quid  agis  A^^  C.  —  g.  illi  qui  A^,  B,  C.  —  h.  Deus  vult 
Ay  C;  Deus  lo  vult  dans  Tudebode,  p.  Sy,  et  F  Hist.  belli 
sacri  »,  p.  ig6.  —  i.  nunc  A^y  A^y  B.  —  k.  A  la  suite  de  ce  mot, 


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ESCALADE  d’aNTIOCHE  (3  juilî  IO98)  IO7 

bientôt,  s’il  plaît  à  Dieu,  sous  notre  garde.  »  Ils  vinrent 
jusqu’à  l’échelle  qui  était  dressée  et  fortement  liée  aux  murs 
de  la  cité;  environ  soixante  hommes  des  nôtres  l’escaladèrent 
et  furent  répartis  entre  les  tours  dont  il  avait  la  garde.  Pir- 
rus,  voyant  que  si  peu  des  nôtres  étaient  montés,  commença 
à  craindre,  redoutant  pour  lui  et  les  nôtres  de  tomber  entre 
les  mains  des  Turcs.  «  Mixpovç  «tpàYxouc  »,  s’écria-t-il 

(c’est-à-dire  :  nous  avons  peu  de  Francs*).  «  Où  est  donc 
cet  ardent  Bohémond?  Où  est  cet  invincible?  »  Au  même 
moment  un  sergent  longobard^  redescendit  et,  courant 
précipitamment  à  Bohémond,  lui  dit  :  «  Que  fais-tu  là, 
homme  prudent?  Pourquoi  es-tu  venu  ici?  Voici  que  nous 
tenons  déjà  trois  tours!  *  Excité  par  ces  mots,  il  rejoignit 
les  autres,  et  tous  parvinrent  joyeusement  à  l’échelle. 

A  cette  vue,  ceux  qui  étaient  déjà  dans  les  tours  se  mirent 
à  crier  d’une  voix  joyeuse  :  «  Dieu  le  veut!  »  Nous-mêmes 
poussions  le  même  cri^  Alors  commença  l’escalade  merveil¬ 
leuse;  ils  atteignirent  enfin  le  faîte  et  coururent  à  la  hâte 
aux  autres  tours;  ils  massacraient  tous  ceux  qu’ils  y  trou¬ 
vaient,  et  le  frère  de  Pirrus  périt  ainsi.  Puis  l’échelle  par 
laquelle  avait  lieu  notre  escalade  se  rompit,  ce  qui  nous 
plongea  dans  une  grande  angoisse  et  dans  la  tristesse. 
Cependant,  bien  que  l’échelle  fût  rompue,  il  y  avait  à  notre 
gauche  une  porte  fermée,  ignorée  de  quelques-uns.  11  faisait 
encore  nuit,  mais,  en  tâtonnant  et  en  cherchant,  nous 
finîmes  par  la  trouver  :  tous  nous  y  courûmes  et,  après 
l’avoir  brisée,  nous  entrâmes  grâce  à  elle^. 


B  ajoute  :  inveniebant,  mortalem  eis  continue  dabant  senten- 
tiam.  Même  texte  dans  Tudebode,  p.  5/,  et  dans  V  t  Hist.  belli 
sacri  »,  p.  ig6.  —  l.  fracta  C. 


1.  Il  n’y  a  aucune  raison  pour  mettre  en  doute,  comme  le  veut 
Hagenmeyer  (édition  des  Gesta,  p.  3o3,  n.  43),  la  véracité  de  la 
réflexion  de  Firouz.  Le  grec  était  resté  en  Orient  une  langue  inter¬ 
nationale  et  beaucoup  de  Turcs  le  parlaient. 

2.  Sur  le  sens  du  mot  «  Longobard  »,  voir  p.  6,  n.  2. 

3.  L’auteur  se  trouvait  donc  dans  la  suite  de  Bohémond. 

4.  L’emploi  de  la  première  personne  montre  que  l’Anonyme 
faisait  partie  lui-même  de  cette  troupe. 


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108  TüRCI  FUGATI  A  FRANCIS  TRUCIDANTUR 

Tune  innumerabilis  fragor  mirabiliter  resonabat  per 
totam  urbem.  Non  adquievit  Boamundus  his,  sed  ilico 
imperavit  honorabile  vexillum  deferri  sursum  coram 
castello^  in  quodam  monte;  omnes  vero  pariter  stride- 
bant  in  civitate.  Summo  autem  diluculo  audientes  illi 
qui  foris  erant  in  tentoriis  vehementissimum  rumorem 
strepere  per  civitatem,  exierunt  festinantes  et  viderunt 
vexillum  Boamundi  sursum  in  monte  celerique  cursu 
properantes  venerunt  omnes  et  per  portas  intraverunt 
in  urbem  et  interfecerunt  Turcos  et  Saracenos  quos  ibi 
reppererunt",  extra  illos  qui  fugerant  sursum  in  cas- 
trum*;  alii  vero  Turcorum  per  portas  exierunt  et  fu- 
gientes  vivi  evaserunt*. 

Cassianus^  vero,  dominus  illorum,  dédit  se  omnimodo 
fuge  cum  aliis  multis  qui  erant  cum  eo  et  fugiendo  per- 
venit  in  Tancredi  terram*  non  longe  a  civitate.  Fatigati 
vero  erant  equi  eorum  miseruntque  se  in  quoddam  ca- 
sale®  et  mersi  sunt  in  unam  domum*.  Cognoverunt  ergo 
eum  habitatores  illius  montanee,  scilicet  Surani  et  Her- 
menii,  et  confestim  apprehenderunt  eum  truncave- 
runtque  caput  illius  et  tulerunt  ante  Boamundi  presen- 
tiam,  ut  inde  mererentur  libertatem  accipere^,  Balteum 
quoque  ejus  et  vaginam  appreciaverunt  lx  bizanteis*. 

a.  reperierunt  C®.  —  b.  Fatigati . unam  domum,  phrase  omise 

dans  C'. 

1.  11  s’agit  de  la  citadelle  d’Antioche,  située  au  point  le  plus 
élevé  de  l’enceinte,  sur  les  pentes  du  mont  Cassius.  Les  croisés 
ne  purent  s’en  emparer. 

2.  L’Anonyme  omet  les  tentatives  que  ht  Bohémond  pours'em> 
parer  de  cette  citadelle  et  au  cours  desquelles  il  fut  blessé  (Fou- 
cher  de  Chartres,  I,  17,  p.  343,  et  Raimond  d’Aguilers,  9,  p.  252). 

3.  Ce  récit  de  la  prise  d’Antioche  concorde  avec  les  détails  don- 


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109 


MASSACRE  DES  TURCS  (3  juiD  IO98) 

A  ce  moment,  une  immense  clameur  résonnait  dans  toute 
la  ville.  Bohémond  ne  perdit  pas  de  temps,  mais  il  ordonna 
que  sa  glorieuse  bannière  fût  arborée  sur  une  éminence  en 
face  du  château^  Au  point  du  jour,  ceux  qui  étaient  encore 
dans  leurs  tentes  entendirent  la  rumeur  immense  qui  reten¬ 
tissait  dans  la  ville.  Étant  sortis  à  la  hâte,  ils  virent  flotter 
la  bannière  de  Bohémond  sur  une  hauteur;  aussitôt  entraî¬ 
nés  par  une  course  rapide,  ils  pénétrèrent  dans  la  ville  à 
travers  les  portes  et  massacrèrent  les  Turcs  et  les  Sarrasins 
qu’ils  rencontrèrent,  à  l’exception  de  ceux  qui  parvinrent  à 
fuir  dans  la  citadelle  du  haut*  :  d’autres  Turcs  sortirent  par 
les  portes  et  durent  leur  salut  à  la  fuite*. 

Cassian^,  leur  seigneur,  se  mit  aussi  à  fuir  avec  beaucoup 
d’autres  qui  étaient  à  sa  suite  et,  en  fuyant,  il  parvint  dans 
la  terre  de  Tancrède*,  non  loin  de  la  cité.  Comme  leurs 
chevaux  étaient  fatigués,  ils  pénétrèrent  dans  un  casai*  et  se 
réfugièrent  dans  une  maison.  Mais  ils  furent  reconnus  par 
les  habitants,  des  Syriens  et  des  Arméniens,  qui  saisirent 
aussitôt  Cassian  et  lui  coupèrent  la  tête,  qu’ils  portèrent  à 
Bohémond,  afin  d’obtenir  leur  liberté^.  Le  ceinturon  et  le 
fourreau  de  son  cimeterre  furent  vendus  soixante  basants*. 

nés  dans  la  lettre  des  princes  à  Urbain  II  {Epistulae  et  chartae^ 
p.  162)  et  dans  la  chronique  de  Raimond  d’Aguilers  (9,  p.  25i-252). 

4.  Cassian,  transcription  de  lagi-Sian,  Jaghi-Seian,  Yâgi-Sian 
(Âboulfeda,  dans  le  Recueil  des  historiens  des  croisades;  histo¬ 
riens  orientaux,  t.  I,  p.  3  et  863).  c.mir  d’Antioche  et  beau-père 
de  Roudwân,  prince  d’Alep  (voir  H.  Derembourg,  Ousâma-ibn- 
Mounkidh.  Un  émir  syrien  au  premier  siècle  des  croisades,  1889, 
p.  229). 

b.  La  «  terre  de  Tancrède  »  désigne  certainement  la  région 
située  à  l’ouest  de  l'enceinte  gardée  par  Tancrède  et  non  les  villes 
acquises  par  Tancrède  en  Cilicie. 

6.  Le  a  casai  »  est  un  village  habité  par  des  tenanciers  et 
entouré  de  terres.  Après  la  conquête  franque,  le  casai  devint  une 
subdivision  du  fief  (voir  Rey,  Colonies  franques  de  Syrie,  p.  24!). 

7.  Sur  la  mort  de  lagi-Sian,  mêmes  témoignages  d’Anselme  de 
Ribemont,  de  la  lettre  des  princes  à  Urbain  II  et  de  Raimond 
d’Aguilers  (voir  p.  109,  n.  3). 

8.  Sur  la  valeur  des  besants,  voir  p.  95,  n.  3. 


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110  CURBARAM  EZERCITUM  AD  ANTIOCHIAM  MOVET 

Hec  omnia  gesta  sunt  iii»  die*  intrante  mense  junio, 
V*  feria,  iii*  nonas  junii.  Omnes  namque  platee  civita- 
tis  jam  undique  erant  plene  cadaveribus  mortuorum, 
ita  ut  nemo  posset*  ibi  esse  pre  nimis  fetoribus;  nullus 
vero  poterat  ire  per  semîtam  civitatis  nisi  super  cada- 
vera  mortuorum. 


[NARRATIO  NONA] 

[21.]  Curbaram*^  princeps*  milicie  soldani  Persie*, 
dum  adhuc  esset  Corrozanum,  quotiens  Cassianus  am- 
miralius  Antioche  legationem  ei  misit*^  quo  sibi  suceur- 
reret  in  tempore  opportune,  quoniam  gens  fonissima 
Francorum  eum  impeditum  graviter  obsidebat  in  An- 
liochia  et,  si  adjutorium  ei  impenderet,  urbem  Antio- 
chiam*  illi  traderet  aut  eum  maximo  munere  ditaret-^  ; 
cumque  jam  habuisset  maximum  exercitum  Turcorum, 
ex  longo  collectum  tempore,  et  licentiam  occidendi 
Christianos  accepisset  a  calipha,  illorum  apostolico®, 
ilico  inchoavit  iter  longe  vie  Antiochie. 

Hierosolymitanus  ammiralius  in  adjutorium  cum  suo 
exercitu  venit;  rex  Damasci  illuc  venit  cum  maxima 
gente;  idem  vero  Curbaram  congregavit  innumeras 
gentes  paganorum,  videlicet  Turcos,  Arabes,  Saracenos, 
Publicanos,  Azimitas,  Curtos*,  Persas,  Agulanos^  et 

a.  tertia  die  omis  dans  A^y  A^y  C.  —  b.  possel  sufFerre  ^4^  B. 
—  c.  C[urbaram],  initiale  en  rouge  dans  A^;  alinéa  dans  A^.  — 
d.  quantocius  misit  ad  eum  legationem  C.  —  e.  Antiochenam 
A^y  A^y  By  C.  —  /•  aut  eum  maximo  munere  ditaret  omis  dans 
A^.  —  g.  Angulanos  C^,  C*. 

I.  Courbaram  (appelé  Corbaga  par  Raimond  d’Aguilers,  Corba- 


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KERBOGA  ENTRAÎNE  SON  ARMÉE  SUR  ANTIOCHE  I  I  I 

Ces  événements  eurent  lieu  le  troisième  jour  de  juin,  cin¬ 
quième  férié,  trois  jours  avant  les  nones  de  juin.  Toutes  les 
places  de  la  ville  étaient  encombrées  de  cadavres,  au  point 
que  nul  ne  pouvait  y  séjourner  à  cause  de  la  puanteur.  On 
ne  pouvait  circuler  dans  les  rues  qu’en  marchant  sur  les 
cadavres  des  morts. 


[NEUVIÈME  RÉCIT] 

[Siège  d’Antioche  par  les  Turcs  (3-28  juin  1098)] 

[21.]  Courbaram*,  chef  de  la  milice  du  Soudan  de  Perse*, 
étant  encore  en  Khorassan,  avait  reçu  de  Cassian,  amiral 
d’Antioche,  plusieurs  messages  qui  lui  demandaient  de  le 
secourir  en  temps  opportun,  car,  tombé  dans  le  plus  grave 
embarras,  il  était  assiégé  dans  Antioche  par  la  courageuse 
nation  des  Francs.  Si  Courbaram  lui  fournissait  des  secours, 
il  lui  livrerait  la  ville  d’Antioche  ou,  du  moins,  lui  donnerait 
une  riche  récompense.  Courbaram  avait  réuni  depuis  long¬ 
temps  déjà  une  grande  armée  de  Turcs.  Ayant  reçu  du 
calife,  qui  est  leur  apostolique®,  licence  de  tuer  les  chré¬ 
tiens,  il  prit  immédiatement  la  longue  route  qui  mène  à 
Antioche. 

L’amiral  de  Jérusalem  vint  à  son  aide  avec  son  armée;  le 
roi  de  Damas  vint  aussi  avec  une  grosse  troupe  et  Courbaram 
rassembla  des  masses  innombrables  de  païens.  Turcs, 
Arabes,  Sarrasins,  Publicains,  Azymites,  Kurdes^,  Persans, 

gath  par  Foucher  de  Chartres,  KovipTcayâv  par  Anne  Comnène, 
Kerbôga  par  les  historiens  arabes),  émir  de  Mossoul,  au  service 
des  sultans  seldjoucides  de  Perse. 

2.  La  Perse  désigne  l’empire  turc  seldjoucide,  gouverné  par  le 
sultan  Barkariok  (1092-1104). 

3.  Le  calife  abbasside  de  Bagdad,  dont  les  Turcs  reconnais¬ 
saient  l’autorité  spirituelle  :  d’où  sa  naïve  assimilation  au  pape 
des  chrétiens. 

4.  Cwrh,  les  Kurdes,  que  l’on  trouve  déjà  établis  en  grand 
nombre  hors  de  leur  pays  d’origine,  en  particulier  en  Syrie. 


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II2  ANTIOCHIAE  OPPIDUM  CURBARAM  PRINCIPI  TRADITUR 

alias  multas  gentes  innumerabiles.  Et  Agulani^  fuerunt 
numéro  iii  milia,  qui  neque  lanceas  neque  sagittas  neque 
ulla  arma  timebant,  quia  omnes  erant  undique  cooperti 
ferro  et  equi  eorum  ipsique  nolebant  in  bellum  ferre 
arma,  nîsi  solummodo  gladios.  Isti  omnes  venerunt  in 
obsidionem  Antiochie  ad  dispergendum  Francorum 
collegium. 

Et,  cum  appropinquassent  urbi,  venit  obviam  illis 
Sensadolus’,  fillus  Cassiani,  ammiralii  Antiochie,  et 
continuo  cucurrit  ad  Curbaram  lacrimabiliter  rogans 
eum  et  dicens  :  «  Invictissime  princeps,  te  supplex  pre- 
cor  quatinus  modo  mihi  succurras,  quoniam  Franci 
undique  obsident  me  in  Antiocheno  oppido*  urbemque 
tenent  in  suo  imperio  nosque  alienare  a  regione  Re¬ 
manie^  sive  Syrie",  aut  eciam*  et  Corrozani*^  cupiunt. 
Omnia  patravere  que  voluerunt,  patrem  occiderunt 
meum;  nihil  aliud  superest,  nisi  ut  me  et  te  et  omnes 
alios  ex  genere  nostro  imerficiant.  Ego  namque  jamdu- 
dum  tuum  exspecto  auxilium  ut  mihi  succurras  in  hoc 
periculo.  »  Cui  ait  ille  :  «  Si  vis  ut  ex  toto  corde  in  tuo 
sim  proficuo  tibique  fideliter  in  hoc  succurram  pericu¬ 
lo  illud  oppidum  in  meam  trade  manum  et  tune  vide- 
bis  qualiter  in  tuo  ero  proficuo  idque  faciam  custodire 
meis  hominibus*.  »  Ait  illi  Sensadolus  :  «  Si  potes  omnes 
Francos  occidere  mihique  capita  eorum  tradere,  tibi 
dabo  oppidum  tibique  faciam  hominium  et  in  tua  fide- 
litate  custodiam  illud  oppidum.  »  Cui  Curbaram  : 
«  Non  ita,  inquit,  erit,  sed  continuo  in  meam  manum 
commiite  castrum.  »  Tandem  volens  nolensque  com- 
misit  illi  castrum®. 

a.  Romana  sive  Siriaca  A^,  A^.  —  b.  adhuc  autem  B;  ne  cum 
et  O;  neenon  etiam  et  C*,  C®.  —  c.  Corrozana  A^;  Corozane  C. 
—  d.  tibique  fideliter .  periculo  omis  dans  C*.  —  e.  meos  ho- 


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LA  CITADELLE  D*ANTIOCHE  LIVREE  A  KERBOGA  Il3 

Angulans  et  autres  peuples  innombrables.  Les  Angulans^ 
étaient  au  nombre  de  trois  cent  mille  et  ne  craignaient  ni 
lances,  ni  flèches,  ni  aucune  autre  arme,  car  eux  et  leurs 
chevaux  étaient  entièrement  couverts  de  fer  et  eux-mêmes 
ne  voulaient  porter  d’autres  armes  au  combat  que  des  glaives. 
Tous  vinrent  assiéger  Antioche,  afin  de  disperser  l’armée 
des  Francs. 

Comme  ils  approchaient  de  la  ville,  ils  rencontrèrent 
Sensadolus*,  fils  de  Cassian,  amiral  d’Antioche.  Il  courut 
à  Courbaram,  en  l’implorant  avec  des  larmes,  en  lui 
disant  :  «  Prince  invincible,  je  t’en  supplie,  viens  à  mon 
secours,  car  les  Francs  m’assiègent  de  toute  part  dans  la 
citadelle  d’Antioche  ^  et  ils  tiennent  la  ville  en  leur  pouvoir 
et  désirent  nous  chasser  de  la  Romanie^,  de  la  Syrie  et 
même  du  Khorassan.  Ils  ont  accompli  ce  qu’ils  voulaient  et 
ont  tué  mon  père;  il  ne  leur  manque  plus  que  de  m’exter¬ 
miner,  ainsi  que  toi  et  tous  ceux  de  notre  race.  Pour  moi, 
je  n’attends  plus  que  ton  aide  et  ton  secours  dans  ce  péril.  » 
Courbaram  répondit  :  «  Si  tu  veux  que  je  cherche  de  tout 
mon  cœur  à  t’être  utile  et  que  je  te  secoure  fidèlement  dans 
ce  péril,  remets  entre  mes  mains  cette  citadelle;  alors  tu 
verras  quel  service  je  te  rendrai,  et  je  la  ferai  garder  à  mes 
hommes.  »  Sensadolus  répartit  :  «  Si  tu  peux  tuer  tous  les 
Francs  et  me  livrer  leurs  têtes,  je  te  donnerai  la  citadelle, 
je  te  ferai  hommage  et  je  garderai  cette  citadelle  dans  ta 
fidélité.  »  Mais  Courbaram  :  «  Non,  dit-il,  ce  n’est  pas  cela, 
mais  c’est  tout  de  suite  qu’il  faut  remettre  ton  château  entre 
mes  mains.  »  Bon  gré,  mal  gré,  il  dut  lui  livrer  la  citadelle'^ 

mines  .(4^,  B.  La  leçon  de  et  de  C^que  nous  adoptons^  coïncide 
avec  TudebodCy  p.  6o,  et  V  «  Hist.  belli  sacri  »,  p.  igS. 

1.  Sur  les  Angulans,  voir  p.  49.  Inutile  de  faire  ressortir  Texa* 
gération  du  chiffre  de  trois  cent  mille,  qui  leur  est  attribué. 

2.  Sensadolus,  transcription  de  Schems-ed-daoula. 

3.  On  a  vu  plus  haut  que  les  Turcs  s'étaient  retranchés  dans  la 
citadelle  d’Antioche.  La  démarche  de  Schems-ed-daoula  prouve 
qu’elle  n’était  pas  encore  étroitement  bloquée. 

4.  La  Romanie  désigne  ici  l’Asie  Mineure.  Voir  p.  g. 

3.  Le  fond  même  de  ce  dialogue  est  tout  à  fait  vraisemblable 
et  a  pu  être  connu  des  croisés  par  des  espions. 


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114 


URBEM  CURBARAM  OBSIDET 


Tercia  vero  die  postquam  intravimus  civitatem*, 
eorum  precursores  ante  urbem  precurrerunt,  exercitus 
autem  illorum  ad  pontem  Farreum^  castrametatus  est 
et  expugnaverunt  turrim®  et  occiderunt  omnes  quos 
illic  invenerunt  et  nemo  evasit  vîvus,  nisi  dominus  illo¬ 
rum,  quem  invenimus  ligatum  in  vinculis  ferreis,  facto 
majore  bello^ 

Grastina  vero  die®,  moto  exercitu  paganorum,  appro- 
pinquaverunt  urbi  et  castrametati  sunt  inter  duoflumi- 
na*®  steteruntque  ibi  per  duos  dies^.  Recepto  itaque 
Castro®,  Curbaram  convocavit  unum  ammiralium  ex 
suis,  quem  sciebat  veracem,  mitem  et  pacificum,  et  ait 
illi  :  a  Volo  ut  intres  in  fidelitatem  meam  custodire 
hoc  castrum,  quoniam  ex  longissimo  tempore  scio  te 
fidelissimum,  ideoque  precor  te  ut  summa  cautela  hoc 
serves  oppidum*.  »  Gui  ait  ammiralius  :  «  Tibi  unquam 
de  tali  nollem  obedire  officio,  sed  tamen*  hoc  faciam 

1110  tenore  ut,  si  Franci  ejecerint  vos  de  mortali  prelio 
et  vicerint,  eis  continuo  tradam  hoc  castrum  »  ;  dixitque 

1111  Gurbaram  :  «  Tarn  honestum  et  prudentem  te  co- 
gnosco,  ut  omne  quicquid  boni  vis  agere,  ego  consen- 
liam.  » 

Reversus  est  itaque  Gurbaram  ad  suum  exercitum  et 
protinusTurci^,deludentes  Francorum  collegium,detu- 
lerunt  ante  conspectum  Gurbaram  quendam  vilissimum 
ensem  rubigine  tectum  et  teterrimum  arcum  ligneum 
et  lanceam  nimis  inutilem,  que  abstulerant  nuper  pau- 

a.  A  la  suite  de  ce  mot,  B  ajoute  :  adhuc  namque  quod  scio  te 
in  opéré  prudentissimum,  nullum  magis  veracem  et  fortissi- 
mum  hic  modo  reperire  possum.  Même  texte  dans  Tudebode, 
p.  6ij  et  V  a  Hist.  bellisacri  »,p.  Jg8.  —  b.  Xdimen  omis  dans  , 
B;  après  ce  mot,  B  ajoute  :  priusquam  me  tuo  arguas  stimule 
{texte  qu'on  retrouve  dans  Tudebode,  p.  6i,  et  V  «  Hist.  belli 
sacri  »,  p.  igS).  —  c.  Turci  omis  dans  A''-,  B. 


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RERBOGA  ASSIÈGE  LA  VILLE  (5  juin  IO98)  IlS 

Le  troisième  jour  après  notre  entrée  dans  la  ville  leurs 
éclaireurs  parurent  sous  les  murs  et  leur  armée  campa  au 
pont  du  Far*.  Ils  prirent  d’assaut  une  tour®  et  massacrèrent 
tous  ceux  qu’ils  y  trouvèrent,  et  personne  d’entre  eux 
n’échappa  à  la  mort,  sauf  leur  chef,  que  nous  trouvâmes 
chargé  de  chaînes  après  la  grande  bataille^. 

Le  lendemain*,  l’armée  païenne,  s’étant  ébranlée,  appro¬ 
cha  de  la  ville  et  vint  camper  entre  les  deux  fleuves®,  où  elle 
resta  deux  jours^.  Puis,  ayant  reçu  livraison  de  la  citadelle®, 
Courbaram  appela  un  amiral  de  sa  suite,  qu’il  savait  sincère, 
doux  et  pacifique,  et  lui  dit  :  «  Je  veux  que  tu  entres  dans 
ma  fidélité  pour  garder  cette  citadelle,  car  je  connais  ta 
fidélité  de  longue  date  et  je  t’adjure  de  garder  cette  citadelle 
avec  soin.  »  L’amiral  lui  répondit  ;  «  Je  préférerais  n’obéir 
jamais  à  un  pareil  ordre;  cependant  je  le  ferai,  à  cette  con¬ 
dition  que,  si  les  Francs  vous  repoussent  par  un  combat 
meurtrier,  je  leur  livrerai  immédiatement  ce  château.  » 
Courbaram  lui  répondit  :  «  Je  connais  assez  ton  honnêteté 
et  ta  prudence  pour  consentir  à  tout  ce  que  tu  jugeras  bon 
de  faire.  » 

Courbaram  revint  à  son  armée,  et  les  Turcs,  voulant  se 
moquer  des  Francs,  apportèrent  en  sa  présence  une  épée  de 
peu  de  prix,  toute  couverte  de  rouille,  un  arc  noirci  et  une 
lance  hors  d’usage  qu’ils  venaient  d’enlever  à  de  pauvres 


1.  Le  5  juin.  Cf.  la  lettre  des  princes  à  Urbain  11  {Epistulae  et 
chartae,  p.  162)  :  «  Qui  iii“  die  nos  obsederunt.  »  Anselme  de 
Ribemont  {Ibid. y  p.  iSg)  et  Albert  d’Aix  (IV,  27,  p.  407)  donnent, 
au  contraire,  le  4  juin. 

2.  L’Oronte.  Voir  plus  haut,  p.  66,  n.  i. 

3.  Il  s’agit  d’une  des  tours  qui  défendaient  l’entrée  du  pont  du 
Far. 

4.  Après  la  grande  victoire  remportée  sur  Courbaram  (ou  Ker- 
bôga)  le  28  juin.  Là  encore  l’auteur  anticipe  sur  les  événements. 

5.  Le  6  juin. 

6.  Dans  la  presqu’île  formée  par  l’embouchure  du  Kara-Sou 
dans  l'Oronte,  à  sa  sortie  du  lac  d’Antioche. 

7.  Les  6  et  7  juin. 

8.  La  citadelle  d’Antioche,  livrée  à  Courbaram  par  Schams-ed- 
daoula. 


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Il6  CURBARAM  AD  CALIPHAM  SCRIBIT 

peribus  peregrinis  dixeruntque  :  «  Ecce  arma  que  aitu- 
lerunt  Franci  obviam  nobis  ad  pugnam.  »  Tune  Cur- 
baram  cepit  subridere,  palam  dicens  omnibus"  :  «  Hec 
sunt  arma  bellica  et  nitida  que  attulerunt  Christiani  su¬ 
per  nos  in  Asiam,  quibus  putant  nos  et  confidunt  expel- 
lere  ultra  confînia  Corrozane  et  delere  omnia*  nomina 
nostra  ultra  Amazonia  fiumina  \  qui  propulerunt  omnes 
parentes  nostros  a  Romania  et  Antiochia  urbe  regia,  que 
est  honorabile  caput  totius  Syrie*.  » 

Mox  convocavit  suum  notarium  et  ait  :  «  Scribe  cîto 
plures  chartas  que  in  Corrozana  sint  legende,  videli- 
cet  :  Caliphe  nostro  apostolico*  ac  nostro  régi  domino 
soldano,  militi  fortissimo  atque  omnibus  prudentissi- 
mis  militibus  Corrozane  salus  et  immensus  honor. 
Satis  sint  leti  et  gavisi  jocunda  concordia  et  satisfaciant 
ventribus,  impereni  et  sermocinent  per  universam  re- 
gionem  illam  ut  omnino  dent  sese  ad  petulantiam  et 
ad  luxuriam  multosque  filios  patrare  congaudeant  qui 
contra  Christianos  fortiter  pugnare  prevaleant  etliben- 
ter  suscipiant  hec  tria  arma  que  olim  abstulimus  a 
Francorum  turma  et  discant  modo  que  arma  attulerit 
super  nos  gens  Francigena^.  Adhuc  quoque  sciant 
omnes  quoniam  ego  cunctos  Francos  intus  in  Antiochia 
conclusos  habeo  et  castrum  in  mea  libéra  teneo  volun- 
tate,  illi  vero  deorsum  sunt  in  civitate.  Habeo  etiam 
omnes  illos  jam  in  mea  manu  eosque  faciam  aut  capi- 

a.  A  la  suite  de  ce  mot,  B  ajoute  :  qui  in  illo  aderant  collegio. 
Même  addition  dans  Tudebode,  p.  62,  et  dans  V  «  Hist.  belli 
sacri  »,  p.  igS  (avec  la  variante  contubernio  au  lieu  de  colle- 
gio*).  —  b.  omnia  dans  B.  —  c.  A  la  suite  de  ce  mot,  B  ajoute  : 
qualiter  optima  et  perfecta  sunt,  heu!  certare  contra  nostra 
arma,  quae  bis  aut  ter  sive  quater  sunt  colorata  aut  purgata, 
seu  argentum  aut  aurum  purissimum.  Même  addition  dans  Tu~ 
debode,  p.  62,  et  dans  V  «  Hist.  belli  sacri  *,  p.  igg. 


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LETTRE  DE  KERBOGA  AU  CALIFE  II7 

pèlerins,  et  lui  dirent  :  «  Voici  les  armes  que  les  Francs  ont 
apportées  pour  nous  combattre.  »  Courbaram,  souriant,  dit 
en  présence  de  tous  :  «  Telles  sont  les  armes  belliqueuses 
et  brillantes  que  les  chrétiens  ont  apportées  pour  nous  sur¬ 
monter  en  Asie  et  avec  lesquelles  ils  pensent  avec  confiance 
nous  chasser  au  delà  du  Khorassan  et  détruire  notre  nom 
jusque  par  delà  les  fleuves  des  Amazones^,  eux  qui  ont 
expulsé  nos  parents  de  la  Romanie  et  d’Antioche,  cette  ville 
royale,  capitale  magnifique  de  toute  la  Syrie  2.  » 

Aussitôt  il  convoqua  son  notaire  et  lui  dit  :  «  Écris  tout 
de  suite  plusieurs  chartes  qui  seront  lues  en  Khorassan,  à 
savoir  :  A  notre  calife  apostolique^  et  à  notre  seigneur-roi 
le  Soudan,  chevalier  très  courageux,  et  à  tous  les  sages  che¬ 
valiers  du  Khorassan,  salut  et  grand  honneur  !  Puissent-ils 
être  gais  et,  dans  une  joyeuse  concorde,  donner  satisfaction 
à  leur  ventre,  commander  et  pérorer  dans  toute  la  région, 
s’adonner  à  leur  fougue  et  à  leur  luxure  et  engendrer  beau¬ 
coup  de  fils  capables  de  combattre  vaillamment  contre  les 
chrétiens.  Qu’ils  veuillent  bien  accepter  ces  trois  armes  que 
nous  avons  enlevées  à  une  troupe  de  Francs  et  qu’ils 
apprennent  quel  genre  d’armes  le  peuple  franc  a  apportées 
pour  nous  vaincre.  Que  tous  sachent  encore  que  je  tiens  les 
Francs  enfermés  dans  Antioche,  que  j’occupe  la  citadelle  à 
ma  volonté,  tandis  qu’ils  se  trouvent  en  bas  dans  la  ville. 
Ils  sont  déjà  tous  en  mon  pouvoir  et  ils  seront  ou  condam- 

1.  L’emploi  de  cette  allusion  à  un  souvenir  classique  montre 
le  caractère  fabuleux  du  discours  de  Courbaram  (ou  Kerbôga).  On 
plaçait  le  séjour  des  Amazones  sur  les  bords  du  Thermodon  et 
de  l’Iris  (lechil  Irmak),  fleuves  du  Pont.  Cette  légende  était  popu¬ 
laire  en  Occident,  comme  le  montre  le  curieux  chapitre  sur  les 
Amazones  et  leurs  rapports  avec  les  Goths,  inséré  (d’après  Jor- 
danis  et  Orose)  par  Ekkehard  d’Aura  (mort  en  ii25)  dans  sa 
Chronique  universelle  (Migne,  Patrologie  latine,  t.  CLIV,  col.  ySo- 
736). 

2.  Ces  réflexions  inutiles  forment  contraste  avec  la  sobriété 
habituelle  des  discours  qui  se  trouvent  dans  notre  texte.  Sur  le 
caractère  artificiel  de  ces  passages,  voir  l’Introduction,  p.  vi-vii. 

3.  Ce  protocole  imité  des  chartes  latines  et  l’expression  d’ «  apos¬ 
tolique  »  appliquée  au  calife  achèvent  de  démontrer  le  caractère 
fabuleux  et  imaginaire  du  morceau. 


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Il8  MATER  CURBARAM  FILIUM  ALLOQUITUR 

talem  subire  sententiam  aui  deduci  in  Corrozanum  in 
captivitatem  nimiam,  eo  quod  minantur  nos  suis  armis 
propulsare  et  expellere  ab  omnibus  finibus  nostris®, 
ceu*  ejecerunt  omnes  parentes  nostros  a  Romania  sive 
Syria.  Amodo  juro  vobis  per  Machomet  et  per  omnia 
deorum  nomina^  quoniam  ante  vestram  non  ero  redi- 
turus  presentiam  donec  regalem  urbem  Antiochiam  et 
omnem  Syriam  sive  Romaniam  atque  Bulgariam  usque 
in  Apuliam  acquisiero  mea  forti  dextera,  ad  deorum 
honorem  et  vestrum  et  omnium  qui  sunt  ex  genere 
Turcorum.  »  Sic  fecit  finem  dictis. 

[22.]  Mater  vero  ejusdem  Curbaram,  que  erat  in 
Aleph  civitate,  denuo*"  venit  ad  eum  dixitque  illi  lacri- 
mabiliter^  :  «  Fili,  suntne  vera  que  audio?  »  Cui  ait  ille  : 
«  Que?  »  Et  dixit  ilia  :  «  Audivi  quia  bellum  vis  com- 
mittere  cum  Francorum  gente.  »  Ait  ille  :  «  Verum 
omnino  scias.  »  Dixit  ilia  :  «  Contestor  te,  fili,  per  om¬ 
nium  deorum  nomina'^etpertuam  magnam  bonitatem 
ne  bellum  cum  Francis  committas  quoniam  tu  es  miles 
invictus*  et  te  e  campo  ab  aliquo  victore  fugientem 
quisquam  minime  invenit.  Diffamata  est  tua  milicia, 
ubique  omnesque  prudentes  milites  audito  tuo  nomine 
contremiscunt.  Satis  namque  scimus,  fili,  quoniam  tu 
es  bellipotens  et  fortis  et  bellorum  ingeniosus-'"  nul- 
laque  gens  christianorum  vel  paganorum  ante  tuum 
conspectum  aliquam  virtutem  habere  potuit,  sed  fugie- 
bant  solummodo  audito  tuo  nomine,  sicut  oves  ante 
leonis  furorem  fugiunt;  ideoque  obsecro  te,  carissime 


a.  A  la  suite  de  ce  mot,  B  ajoute  :  aut  ejicere  ultra  superio- 
rem  Judaeam  B.  Même  addition  dans  Tudebodey  p.  62-63^  et 
V  «  Hist.  belli  sacri  »,  p.  rpp  {avec  la  variante  Indiam  pour 
Judaeam  dans  ces  deux  textes).  —  b.  seu  B;  sicut  C*,  C*;  aut 


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DISCOURS  DE  LA  MERE  DE  KERBOGA  A  SON  FILS  II9 

nés  à  mort  ou  conduits  en  captivité  dans  le  Khorassan, 
parce  qu’ils  nous  menacent  de  nous  repousser  par  leurs 
armes  et  de  nous  expulser  hors  de  nos  frontières,  comme 
ils  ont  expulsé  nos  parents  de  Romanie  ou  de  Syrie.  Et  je 
vous  fais  serment  par  Mahomet  et  par  les  noms  de  tous 
nos  dieux*  que  je  ne  reparaîtrai  pas  en  votre  présence  avant 
d’avoir  acquis  de  ma  forte  main  la  ville  royale  d’Antioche, 
toute  la  Syrie  et  la  Romanie  et  la  Bulgarie  jusqu’à  l’Apulie, 
en  l’honneur  de  nos  dieux,  de  vous  et  de  tous  ceux  qui  sont 
de  la  race  turque.  »  Telle  fut  sa  conclusion. 

[22.]  La  mère  du  même  Courbaram,  qui  se  trouvait  dans  la 
ville  d’Alep,  vint  le  trouver  et  lui  dit  tout  en  larmes^  :  «  Fils, 
est-ce  vrai  ce  que  j’apprends?  *  —  «  Quoi?»  répondit-il. — 
«  J’ai  appris,  dit-elle,  que  tu  veux  engager  la  bataille  avec 
l’armée  des  Francs.  »  —  «t  Sache  que  c’est  vrai.  »  —  «  Je 
t’adjure,  mon  fils,  par  les  noms  de  tous  les  dieux  et  par  ton 
bon  naturel,  de  ne  pas  engager  la  bataille  avec  les  Francs. 
Chevalier  invincible,  nul  ne  t’a  jamais  vu  sur  le  terrain  fuir 
devant  un  vainqueur.  Ta  chevalerie  est  renommée,  et  partout 
les  meilleurs  chevaliers  tremblent  en  entendant  ton  nom. 
Nous  savons  suffisamment,  fils,  que  tu  es  un  guerrier  puis¬ 
sant,  courageux,  savant  dans  l’art  de  la  guerre  :  aucune 
nation  chrétienne  ou  païenne  n’a  pu  manifester  sa  force  de¬ 
vant  ta  face,  mais  on  les  voyait  fuir  au  seul  bruit  de  ton  nom, 
comme  des  brebis  fuient  devant  la  fureur  d’un  lion.  Pour 

sicui  C3.  —  c.  statim  B.  —  d.  numina  A*,  C.  —  e.  A  la  suite 
de  ce  mol,  B  ajoute  :  et  nullam  imprudentiam  ex  te  aut  ex  tuo 
exercitu  unquam  penitus  audivi.  Même  leçon  dans  Tudebode, 
p.  6Jf  et  V  «  Hist.  belli  sacri  »,  p.  igg  (c/.  Guibert  de  Nogenty 
p.  ig2).  —  /.  et  bellorum  ingeniosus  omis  dans  A*,  A*,  C*. 

1.  Les  Occidentaux  considéraient  les  Musulmans  comme  des 
païens  adorant  des  idoles  et  croyant  à  l’existence  de  plusieurs 
dieux.  Le  point  de  vue  de  l’Anonyme  est  le  même  à  cet  égard 
que  celui  des  chansons  de  geste. 

2.  Sur  le  caractère  entièrement  romanesque  de  ce  morceau,  voir 
l’Introduction,  p.  vi-vii. 


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120  CURBARAM  NE  CHRISTIANOS  INVADAT  MATER  HORTATUR 

fili,  Ut  meis  acquiesças  consiliis  et  ne  unquam  in  tuo 
hesitet"  animo  aut  in  tuo  inveniatur  consilio  ut  bellum 
velis  incipere  cum  christiana*  gente.  » 

Tune  Curbaram,  materna  audiens  monita,  feroci 
respondit  sermone  :  «  Quid  est  hoc,  mater,  quod  mihi 
refers?  Puto  quod  insanis  aut  furiis  es  plena.  Enimvero 
mecum  habeo  plures  ammiralios  quam  christiani  sint, 
sive  majores,  sive  minores.  »  Respondit  ei  mater  sua  : 
«  0  dulcissime  fili,  Christiani  nequeunt  vobiscum  bel- 
lare  :  scio  namque  quod  non  valent  nobis  pugnam  in- 
ferre;  sed  Deus  eorum  pro  ipsis  cotidie  pugnat  eosque 
die  noctuque  sua  protectione  défendit  et  vigilat  super 
eos  sicut  pastor  vigilat  super  gregem  suum  et  non  per- 
mittit  eos  ledi  vel  conturbari  ab  ulla  gente  et  quicumque 
volunt  eis  obsistere  idem  eorum  Deus  conturbat  illos, 
sicut  ipse  ait  per  os  David  prophète  :  Dissipa  gentes 
que  bella  volunt'  et  alibi  :  Effunde  iram  in  gentes  que 
te  non  noverunt  et  in  régna  que  nomen  tuum  non  znvo- 
caverunî^.  Antequam  preparaii  sint  ad  incipiendum 
bellum,  eorum  Deus  omnipotens*"  et  bellipotens^  simul 
cum  sanctis  suis  omnes  inimicos  jam  habet  devictos; 
quanto  magis  faciet  circa  vos  qui  ejus  estis  inimici 
et  qui  preparastis  vos  obsistere  eis  tota  virtute?  Hoc 
autem,  carissime,  in  rei  veritate  scias,  quoniam  isti 
Christiani  filii  Christi*  vocati  sunt  et,  prophetarum 
ore,  filii  adoptionis  et  promissionis^  et  secundum 
Apostolum  heredes  Christi  sunt*^  quibus  Christus 
hereditates  repromissas  jam  donavit  dicendo  per  pro- 
phetas  :  A  solis  ortu  usque  ad  occasum  erunt  termini 
vestri  et  nemo  stabit  contra  vo5*.  Et  quis-^  potest  his 

a.  hesites  A^;  hereat  C.  —  b.  Christianorum  A^.  —  c.  Deus 
optimus  A^f  Bj  C*.  —  d.  et  beUipotens  en  marge  dans  A^.  — 
e.  filii  Dei  C;  même  leçon  dans  Tudebode  (manuscrits  C,  Z);, 
p.  64y  et  V  «  Hist.  belli  sacri  »,  p.  200.  —  /.  qui  A^^  B,  C*,  O. 


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LA  MÈRE  DE  KERBOGA  LUI  DÉCONSEILLE  D^ATTAQUER  I2I 

ces  raisons,  je  te  supplie,  très  cher  fils,  d’écouter  mes  con¬ 
seils  et  de  ne  jamais  discuter  la  possibilité  ou  caresser  le 
dessein  de  commencer  la  guerre  contre  la  nation  chrétienne.  » 

A  ces  remontrances  maternelles,  Courbaram  répondit  fiè¬ 
rement  :  «  Qu’est-ce  donc,  ma  mère?  Que  me  racontes-tu  là? 
Es-tu  folle  et  la  proie  des  furies?  J’ai  avec  moi  plus  d’émirs 
qu’il  n’y  a  de  chrétiens,  grands  ou  petits  ».  —  <  Très  doux 
fils,  répondit  sa  mère,  les  chrétiens  ne  peuvent  soutenir  le 
combat  contre  vous;  je  sais  qu’ils  sont  incapables  d’engager 
la  bataille  contre  nous,  mais  leur  Dieu  combat  chaque  jour 
pour  eux  ;  jour  et  nuit  il  les  défend  par  sa  protection, 
comme  un  pasteur  veille  sur  son  troupeau,  et  il  ne  permet 
pas  qu’ils  soient  lésés  ou  troublés  par  une  nation  quel¬ 
conque;  et  ceux  qui  veulent  leur  résister,  leur  Dieu  les 
trouble  à  leur  tour,  comme  il  l’a  dit  par  la  bouche  du  pro¬ 
phète  David  :  Dissipe  les  nations  qui  veulent  la  guerre^,  et 
ailleurs  :  Déverse  ta  colère  sur  les  nations  qui  ne  t'ont  pas 
connu  et  sur  les  royaumes  qui  n’ont  pas  invoqué  ton  nom*. 
Avant  même  qu’ils  se  soient  préparés  à  commencer  une 
guerre,  leur  Dieu  tout-puissant  et  invincible  a  déjà  vaincu 
tous  leurs  ennemis  avec  ses  saints;  à  plus  forte  raison,  que 
fera-t-il  de  vous  qui  êtes  ses  ennemis  et  qui  vous  préparez 
à  leur  résister  de  toute  votre  force?  Sache-le,  mon  très  cher, 
en  toute  vérité  :  ces  chrétiens  sont  appelés  les  fils  du  Christ 
et,  par  la  bouche  des  prophètes,  les  fils  de  l’adoption  et  de  la 
promesse^  et,  suivant  l’apôtre,  ils  sont  les  héritiers  du  Christ^. 
C’est  à  eux  que  le  Christ  a  déjà  donné  l’héritage  qu’il  avait 
promis,  lorsqu’il  disait  par  les  prophètes  :  Du  levant  au 
couchant  seront  vos  frontières  et  nul  ne  se  dressera  contre 
voMJ*.  Qui  pourrait  contredire  ces  paroles  ou  s’y  opposer? 

1.  Ps.  67,  3i.  La  mère  de  Courbaram  prononce  un  véritable  ser¬ 
mon,  qui  est  dû  certainement  à  la  même  plume  que  le  chapitre  i. 

2.  Ps.  78,  6. 

3.  Rom.,  IX,  8;  Gai.,  IV,  5. 

4.  Rom.,  VIII,  17  :  «  Heredes  quidem  Dei,  coheredes  autem 
Christi.  » 

5.  Deuter,  XI,  24-26;  Josué,  I,  4-6. 

Prtmiirt  croitadt.  1 1 


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122  RENUENTI  CURBARAM  PESSIMA  MATER  MINATUR 

dictis  contradicere  vel  obstare?  Certe  si  hoc  bellum 
contra  eos®  inceperis,  maximum  tibi  erit  damnum*  ac 
dedecus  et  multos  fideles  tuos  milites  perdes  et  universa 
spolia  que  apud  te  habes  amittes  et  nimio  pavore  fu- 
giendo  everteris.  Tu  autem  in  hoc  bello  non  morieris 
modo,  sed  tamen®  in  hoc  anno’,  quoniam  ipse  Deus 
non  statim  judicat*^  offendentem  se  exerta  ira,  sed  quan- 
do  vult*  punit  cum  manifesta  vindicta-'^ ;  ideoque  timeo 
ne  te  judicet  penali  tristicia.  Non  morieris,  inquam, 
modo,  verumtamen  perditurus  es  in  presenti^  habita.  » 

Curbaram  denique  valde  dolens  intimis  visceribus, 
auditis  maternis  sermonibus,  respondit  :  «  Mater  caris- 
sima,  queso  te,  quis  dixit  tibi  talia  *  de  genie  christiana, 
quod  Deus  eorum  tantum  eos  amet  et  quod  ipse  pu- 
gnandi  virtutem  in  se  retinet  maximam  et  quod  illi 
Christiani  Vincent  nos  in  Antiocheno  prelio  et  quod 
ipsi  capturi  sunt  nostra  spolia  nosque  persecuturi  ma¬ 
gna  Victoria  et  quod  in  hoc  anno  moriturus  sum 
morte  subitanea?  » 

Tune  respondit  ei  mater  sua  dolens  :  «  Fili  carissime, 
ecce  sunt  plus  quam  centum  annorum  tempora  dequi- 
bus  inventum  est  in  nostra  pagina*  et  in  gentilium  vo- 
luminibus,  quoniam  gens  christiana  super  nos  foret 
ventura  et  nos  ubique  victura^ac  super  paganos  regna- 
tura  et  nostra  gens  illis  ubique  erit  subdita,  sed  ignoro 
utrum  modo  an  in  futuro  sint  hec  eventura*.  Ego 

a.  illos  A^.  —  b.  dampnum  A^.  —  c.  tantum  A*.  —  d.  vindi- 
cat  B.  —  e.  offendentem  sed  exerta  ira  quem  vult  A*,  A*^  C*. 
—  /.  cum  manifesta  ira  vindicta  A^  {sous  ira  un  mot  effacé).  — 
g.  presentiarum  A"^,  A^;  praesentiarum  B,  C  {seule  la  leçon  de 
A^  est  intelligible).  —  h.  ista  ^4*,  B.  —  i.  et  nos  ubique  victura 
omis  dans  A^. 

I.  En  réalité,  Courbaram  ne  devait  mourir  qu’en  495  de  l’hégire 


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KERBOGA  MENACÉ  PAR  SA  MERE  DES  PIRES  MALHEURS  123 

Certainement,  si  tu  commences  la  guerre  contre  eux,  tu  en 
retireras  un  grand  dommage  et  la  honte,  tu  perdras  beau¬ 
coup  de  tes  fidèles  chevaliers,  tu  abandonneras  tout  ton 
butin  et  tu  t’enfuiras  saisi  de  terreur.  D’ailleurs,  tu  ne  mour¬ 
ras  pas  dans  cette  bataille,  mais  au  cours  de  cette  année 
car  Dieu,  dans  sa  colère,  ne  juge  pas  de  suite  celui  qui  l’a 
offensé,  mais,  au  moment  voulu  par  lui,  il  en  tire  une  ven¬ 
geance  éclatante,  et  voilà  pourquoi  je  crains  qu’il  ne  te  juge 
digne  d’un  châtiment  sévère.  Tu  ne  mourras  pas,  dis-je, 
mais  tu  vas  perdre  tout  ce  que  tu  possèdes  à  présent.  » 
Remué  jusqu’au  plus  profond  de  ses  entrailles,  Courbaram, 
à  ce  discours  maternel,  répondit  :  «  Très  chère  mère,  je  t’en 
supplie,  qui  t’a  dit  tout  cela  de  la  race  chrétienne,  que  leur 
Dieu  les  aime  tellement,  qu’il  ait  en  lui  une  telle  puissance 
pour  combattre,  que  ces  chrétiens  nous  vaincront  devant 
Antioche,  qu’ils  s’empareront  de  nos  dépouilles,  qu’ils  nous 
poursuivront  après  une  grande  victoire  et  que  je  dois  mou¬ 
rir  dans  l’année  de  mort  subite?  » 

Sa  mère  lui  répondit  avec  tristesse  :  «  Très  cher  fils,  voilà 
plus  de  cent  ans  que  l’on  a  découvert  dans  notre  livre  *  et 
dans  les  écrits  des  païens  que  la  gent  chrétienne  nous  atta¬ 
quera  et  nous  vaincra  partout,  qu’elle  régnera  sur  les  païens 
et  que  notre  race  lui  sera  soumise,  mais  j’ignore  si  tous  ces 
événements  doivent  se  produire  maintenant  ou  plus  tard®. 


(octobre  1101-1102)  à  Khoï,  dans  TAzerbaïdjan  [Recueil  des  histo- 
riens  des  croisades;  documents  arméniens^  t.  I,  p.  39). 

2.  C’est-à-dire  le  Coran. 

3.  Tout  ce  passage  est  inspiré  des  innombrables  prophéties  ou 
oracles  attribués  au  prophète  Daniel,  aux  Sibylles,  à  l’empereur 
Léon  le  Sage,  répandus  en  Occident  aussi  bien  qu’en  Orient.  Une 
rédaction  de  ces  prophéties,  attribuée  à  un  certain  Methodios  de 
Patara,  circulait  en  Occident  depuis  le  viii*  siècle  (voir  Byi^anti- 
nische  Zeitschrift^  t.  IX,  1900,  p.  222-228).  Au  cours  de  son  ambas¬ 
sade  à  Constantinople  en  964,  Liutprand,  évéque  de  Crémone, 
avait  entendu  parler  de  ces  livres  prophétiques  où  les  Grecs  et 
les  Sarrasins  lisaient  l’avenir  [Liutprandi  legatio^  37,  dans  les 
Monumentae  GermaniaCy  ScriptoreSy  t.  III,  p.  355).  Sur  toute  cette 
littérature,  voir  la  bibliographie  de  Krumbacher,  Geschichte  der 
By^antinischen  Litteratur  (1897),  p.  627-630.  On  peut  en  rappro- 


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124  CONSILIA  MATRIS  CURBARAM  CONTEMNIT 

utique*  misera  sum  te  secuta  ab  Aleph  urbe  pulcherri- 
ma,  in  qua  speculando  atque  ingeniose  rimando  *  respexi 
in  celorum  astra  et  sagaciter  scrutata  sum  plânetas  et 
duodecim  signa^  sive  sortes  innumeras.  In  eis  omnibus 
reperi  quoniam  gens  christiana  nos  ubique  est  devic- 
tura  ideoque  de  te  timeo  valde,  nimis  mesta,  ne  ex  te 
remaneam  orbata.  » 

Dixit  illi  Curbaram  :  «  Mater  carissima,  die  mihi 
omnia  que  in  corde  meo  sunt  incredula.  »  Que  respon- 
dens^  ait  :  «  Hoc,  carissime,  libenter  faciam,  si  sciero 
ea  que  tibi  sunt  incognita'^^.  »  Cui  ille  dixit  :  «  Non 
sunt  igitur  Boamundus  et  Tancredus  Francorum  dii  et 
non  eos  libérant  de  inimicis  suis  et  quod*  ipsi  man- 
ducant  in  uno  quoque  prandio  ii  milia  vaccas  et  iv  milia 
porcos^.  n  Respondit  mater  :  «  Fili  carissime-^,  Boamun¬ 
dus  et  Tancredus  mortales  sunt  sicut  alii  omnes,  sed 
Deus  eorum  valde  diligit  eos  pre  omnibus  aliis  et  vir- 
tutem  preliandi  dat  eis  pre  ceteris;  nam  Deus  illorum, 
omnipotens  est*"  nomen  ejus,  qui fecit  celum et  terram  et 
fundavit  maria  et  omnia  que  in  eissunt^^  cujus  sedes  in 
celo*  parata  in  eternum,  cujus  potestas  ubique  est  me- 
tuenda.  »  Ait  filius  :  «  Si  ita  est  causa,  cum  eis  preliari 
non  desinam.  »  Itaque  audiens  mater  ejus  quod  nullo 
modo  acquiesceret  consiliis  suis,  mestissima  recessit  re- 
trorsum  in  Aleph,  deferens  secum  cuncta  spolia  que 
conducere  poiuit. 

[23.]  Tercia  vero  die*armavit  se  Curbaram  et  maxi- 

a.  itaque  O,  C®.  —  b.  ingenio  servando  A^,  A^j  CK  — 

c.  respondens  omis  dans  A'^.  —  d.  incredula  A^,  A^.  —  e.  non 
ipsi  A*,  A^y  C.  —  /.  karissime  AK  —  g.  est  omnipotens  AK  — 
fl.  in  celo  est  A^j  B,  C*. 

cher  les  prophéties  arabes  transmises  aux  croisés  devant  Damiette 


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RERBOGÀ  MÉPRISE  LES  CONSEILS  DE  SA  MERE  125 

Remplie  de  chagrin,  je  t’ai  suivie  d’Alep,  ville  magnifique, 
dans  laquelle,  par  des  observations  et  des  recherches  ingé¬ 
nieuses,  j’ai  lu  dans  les  astres  et  j’ai  interrogé  les  planètes 
et  les  douze  signes^  et  les  innombrables  présages.  Dans 
tous,  j’ai  trouvé  que  la  gent  chrétienne  nous  vaincra  par¬ 
tout,  et  je  tremble  pour  toi,  dans  ma  tristesse,  redoutant  de 
rester  privée  de  toi.  » 

Courbaram  lui  dit  :  «  Mère  chérie,  dis-moi  tout  ce  que 
mon  cœur  se  refuse  à  croire.  »  —  «  Je  le  ferai  volontiers, 
très  cher,  répondit-elle,  si  je  sais  les  choses  qui  te  sont  in¬ 
connues.  B  —  «  Bohémond  et  Tancrède,  reprit-il,  ne  sont 
pourtant  pas  les  dieux  des  Francs  et  ne  les  délivrent  pas  de 
leurs  ennemis  parce  qu’ils  mangent  en  un  seul  repas 
2  000  vaches  et  4000  porcs*!  »  —  «  Très  cher  fils,  dit  la  mère, 
Bohémond  et  Tancrède  sont  mortels  comme  tout  le  monde, 
mais  leur  Dieu  les  préfère  à  tous  les  autres  et  leur  donne  la 
force  de  combattre  avant  tous  les  autres;  car  leur  Dieu,  son 
nom  est  tout-puissant,  a  fait  le  ciel  et  la  terre  et  a  créé  les 
mers  et  tout  ce  qu^elles  renferment^ ;  son  trône  a  été  préparé 
au  ciel  éternellement,  sa  puissance  est  partout  à  craindre.  » 
—  «  S’il  en  est  ainsi,  répartit  le  fils,  je  ne  cesserai  pas  de  les 
combattre,  j»  La  mère,  entendant  qu’il  ne  voulait  pas  céder 
à  ses  objurgations,  retourna,  pleine  de  tristesse,  à  Alep,  non 
sans  emporter  avec  elle  tout  le  butin  qu’elle  put  y  conduire. 

[23.]  Le  troisième  jour^,  Courbaram  s’arma  et  un  gros  de 

en  i2ig  (édit.  Rdhricht,  Quinti  belli  scriptores^  publication  de  la 
Société  de  l’Orient  latin,  série  historique,  t.  II,  p.  202-228). 

1.  Les  douze  signes  du  zodiaque.  Témoignage  intéressant  sur 
la  vogue  de  l’astrologie  à  cette  époque. 

2.  Il  y  a  quelque  obscurité  dans  cette  réflexion  ironique.  Bau- 
dri  de  Bourgueil  (III,  4,  p.  63,  variante  26  des  manuscrits  G)  en  a 
certainement  altéré  le  sens  en  essayant  de  l’expliquer.  En  re¬ 
vanche,  les  chiffres  donnés  comme  correspondant  aux  besoins 
des  croisés  seraient  intéressants  si  l’on  pouvait  en  prouver  la 
véracité. 

3.  Exode,  XX,  II. 

4.  Le  8  juin.  L’Ânonyme  reprend  son  récit  au  troisième  jour 


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126 


DE  NONNULLORUM  MILITUM  FUGA 


ma  pars  Turcorum  cum  eo  veneruntque  ad  civitatem 
ex  ilia  parte  in  qua  erat  castrum^  Nos  autem  puiantes 
resistere  posse  illis,  paravimas  bellum  contra  eos,  sed 
tam  magna  fuit  virius"  illorum  quod  nequivimus  illis 
resistere,  sicque  coacti  intravimus  civitatem;  quibus* 
tam  mirabiliter  arta  et  angusta  fuit**  porta,  ut  illic  fue- 
rint  multi  mortui  oppressione  aliorum'^. 

Interea  alli  pugnabant  extra  urbem,  alii  intus,  in 
v»  feria  per  totum  diem  usque  ad  vesperam*.  Inter  hec 
Willelmus  de  Grentemaisnil^  et  Albericus  frater  ejus^ 
et  Wido  Trussellus**  et  Lambertus  Pauper®,  isti  omnes 
timoré  perierrito  de  hesterno  bello  quod  duraverat  ad 
vesperam,  nocte  latenter  demissi  sunt-^^  per  murum 
fugientes  pedibus  contra  mare,  ita  ut  neque  in  pedibus 
neque  in  manibus  eorum  remaneret  aliquid  nisi  solum- 
modo  ossa®;  multique  alii  fugerunt  cum  illis  quos  nes- 
cio®.  Venientes  igitur  ad  naves  que  erant  ad  Portum 
Sancti  Symeonis,  dixerunt  nautis  :  «  Quid  hic,  miseri, 
statis?  Omnes  nostri  mortui  sunt  et  nos  mortem  vix 
evasimus,  quia  exercitus  Turcorum  undique  obsident 
alios  in  urbe.  »  At  illi,  audientes  talia,  stabant  stupefacti 
ac,  timoré  perterriti,  cucurrerunt  ad  naves  et  miserunt 

a.  virtus  omis  dans  A^.  —  b.  quibus  fuit  A^.  —  c.  angusta  por¬ 
ta  A^.  —  d.  Grentamenilg  ^4',  B;  Grentemesnil  A*.  —  e.  Trus- 
sellus  et  Willelmus  de  Sichis  C*;  Trussellus  et  Guillelmus  de 
Archis  C*,  C*.  —  /.  dimissi  A*;  dimissi  sunt  fune  C;  «  Hist. 
belli  sacri  200  ;  Baudri  de  BourgueU,  ///,  5,  p.  64. 


de  l’arrivée  de  Courbaram  devant  Antioche.  La  lettre  des  princes 
à  Urbain  II  {Epistulae  et  chartae^  p.  162)  et  celle  d’Anselme  de 
Ribemont  {Ibid.,  p.  iSq)  indiquent  la  même  date. 

1.  La  citadelle,  toujours  occupée  par  les  Turcs. 

2.  Cette  porte  se  trouvait  au  midi,  dans  la  partie  la  plus  élevée 
de  l’enceinte. 


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FUITE  DE  QUELQUES  CHEVALIERS  (lO  juin  IO98)  127 

Turcs  s’approcha  avec  lui  de  la  cité,  du  côté  où  se  trouvait 
le  château^  Nous,  pensant  que  nous  pourrions  leur  résis¬ 
ter,  nous  nous  préparâmes  à  les  combattre;  mais  ils  dé¬ 
ployèrent  une  telle  vigueur  que  nous  ne  pûmes  leur  résister, 
et  ce  fut  par  force  que  nous  rentrâmes  dans  la  ville,  dont  la 
porte  se  trouva  si  resserrée  et  si  étroite  que  beaucoup  y 
moururent  étouffes  par  leurs  compagnons*. 

Les  uns  combattaient  hors  de  la  ville,  les  autres  à  l’inté¬ 
rieur,  le  jour  de  la  cinquième  férié,  pendant  toute  la  journée 
jusqu’au  soir*.  Sur  ces  entrefaites,  Guillaume  de  Grandmes- 
nil  et  son  frère  Aubri^,  Gui  Trousseau*  et  Lambert  le 
Pauvre®,  terrifiés  par  le  combat  de  la  veille,  qui  avait  duré 
jusqu’au  soir,  s’enfuirent  secrètement  la  nuit  le  long  du 
mur'^  du  côté  de  la  mer,  si  bien  que  de  leurs  pieds  et  de 
leurs  mains  il  ne  restait  plus  que  les  os®,  et  beaucoup,  qui 
me  sont  inconnus,  s’enfuirent  avec  eux*.  Arrivés  aux  navires 
qui  se  trouvaient  à  Port-Saint-Siméon,  ils  dirent  aux  mate¬ 
lots  :  «  Que  faites-vous  là,  malheureux? Tous  les  nôtres  sont 
tués,  et  c’est  à  grand’peine  que  nous-mêmes  avons  échappé 
à  la  mort,  car  l’armée  turque  nous  assiège  dans  la  ville  de 
tous  côtés.  »  A  ces  mots,  ceux-ci  restèrent  stupéfaits,  puis, 
frappés  de  terreur,  ils  coururent  à  leurs  navires  et  se  mirent 


3.  Le  10  juin.  D'après  la  lettre  des  princes  à  Urbain  11  (citée, 
p.  125,  n.  4),  cent  Turcs  avaient  réussi  à  pénétrer  dans  la  citadelle 
et  essayèrent  vainement  de  franchir  la  porte  qui,  dans  le  bas,  la 
faisait  communiquer  avec  la  ville. 

4.  Grandmesnil,  arrondissement  de  Lisieux. 

5.  Guy  Trousseau,  seigneur  de  Montlhéry. 

6.  Lambert  le  Pauvre,  comte  de  Clermont,  près  de  Liège 

7.  Les  variantes  de  C,  qui  introduisent  deux  autres  noms  et 
parlent  de  fuite  au  moyen  d’une  corde  {dimissi  sunt  fune)^  dé¬ 
notent  une  tradition  postérieure,  mais  qui  finit  par  prévaloir,  les 
fugitifs  n’étant  plus  désignés  que  sous  le  nom  de  «  funambules  ». 

8.  C’est-à-dire  qu’en  descendant  le  long  du  mur  ils  s’étaient 
écorchés  au  point  que  leurs  os  étaient  à  vif. 

9.  Dans  une  lettre  aux  évêques  des  Gaules  datée  de  janvier  1099, 
le  pape  Pascal  II  excommuniait  les  déserteurs  d’Ântioche  {Epis- 
tulae  et  chartae^  p.  175). 


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128 


A  TURCIS  FRANCI  OPPRIMÜNTUR 


se®  in  mare^  Deinde*  supervenienies  Turci  quos  inve- 
nerunt  occiderunt  et  naves  que  in  alveo  fluminis  reman- 
serant  combusserunt  igné®  et  apprehenderunt  spolia 
eorum. 

Nos  denique,  qui  remansimus**,  nequivimus  sufFere 
pondus  armorum  illorum  fecimusque  murum  inter  nos 
et  illos*,  quem  custodiebamus  diu  noctuque.  Interea 
tanta  oppressione  fuimus  oppressi  ut  equos  et  asinos 
nostros  munducaremus®. 


[24.]  Quodam  vero  die  stantibus  nostris  majoribus 
sursum  ante  castellum  tristibus  ac  dolentibus,  venit 
quidam  sacerdos^  ante*  eos  et  dixit  :  «  Seniores,  si  vo- 
»  bis  placei,  audite  rem  quamdam  quam  in  visione  vi- 
»  di  :  cum  nocte  una  jacerem  in  ecclesia  Sancte  Marie, 
»  matris  Domini  nostri  Jesu  Christi,  apparuit  mihi 
»  Salvator  mundi  cum  sua  genetrice  et  beato  Petro 
»  apostolorum  principe  stetitque  ante  me  et  dixit 
»  mihi  :  «  Agnoscis  me?  »  Cui  respondi  :  «  Non.  »  His 
»  dictis  ecce  apparuit  integra  crux  in  capite  ejus®.  Ite- 
»  rum  ergo  interrogavit  me  Dominus  dicens  :  «  Agnoscis 
»  me?  »  Cui  dixi  :  «  Te  alio  modo  non  agnosco,  nisi 
»  quiacrucem  in  capite  tui-^  cerno  sicut  Salvatoris  nos- 
»  tri.  »  Qui  dixit  :  «  Ego  sum.  »  Statim  cecidi  ad  pedes 
»  ejus  rogans  humiliter  ut  subveniret  nobis  in  oppres- 
»  sione  ilia  que  super  nos  erat.  Respondit  Domi- 
j)  nus  :  «  Bene  adjuvi  vosetamodo  adjuvabo;  ego  permis! 

a.  Le  texte  de  s'arrête  ici  (fol.  32  v)  pour  reprendre  au 
chapitre  2g  (fol.  33  r^).  Au  bas  du  fol.  32  v®,  une  note  écrite  au 
XIV*  siècle  :  Hic  quaternio  déficit,  explique  cette  lacune^  qui  ne 
se  retrouve  pas  dans  A*,  comme  l'avaient  cru  les  éditeurs  des 
Historiens  occidentaux  (t.  III)  et  Hagenmeyer.  Voir  sur  ce  point 
l'Introduction^  p.  xxiv-xxvi.  —  b.  denique  A*.  —  c.  igni  A^^  B, 
C‘,  C*.  —  d.  remanseramus  C*;  in  urbe  remanseramus  C*. 
—  e.  ad  eos  B;  la  leçon  de  A  et  de  C,  que  nous  adoptons,  se 


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LES  FRANCS  SERRÉS  DE  PRES  PAR  LES  TURCS  129 

à  la  mer*.  Puis  les  Turcs  survinrent  et  tuèrent  tous  ceux 
qu’ils  trouvèrent»  mirent  le  feu  aux  navires  embossés  dans 
le  lit  du  fleuve  et  s’emparèrent  de  leurs  dépouilles. 

Nous  qui  restâmes,  nous  ne  pouvions  plus  supporter  le 
poids  de  leurs  armes  et  nous  établîmes  entre  eux  et  nous  un 
mur  2  que  nous  gardions  jour  et  nuit.  Au  même  moment, 
nous  fûmes  tellement  resserrés  par  le  blocus  que  nous  man¬ 
gions  nos  chevaux  et  nos  ânes^. 

[24.]  Un  jour,  nos  chefs  se  trouvaient  dans  la  ville  haute, 
devant  le  château,  pleins  de  tristesse  et  de  douleur,  lorsqu’un 
prêtre  ^  parut  devant  eux  et  leur  dit  :  «  Seigneurs,  écoutez, 
»  s’il  vous  plaît,  ce  que  j’ai  vu  dans  une  vision  :  j’étais 
»  couché  la  nuit  dans  l’église  de  Sainte-Marie,  mère  de 
»  Notre-Seigneur  Jésus-Christ,  lorsque  m’apparut  le  Sau- 
»  veur  du  monde  avec  sa  mère  et  le  bienheureux  Pierre, 
»  prince  des  Apôtres,  et  il  se  tint  devant  moi  et  me  dit  :  <  Me 
»  reconnais-tu?  »  A  quoi  je  répondis  :  «  Non.  »  Aces  mots, 
»  une  croix  entière  m’apparut  sur  sa  tête*.  De  nouveau,  le 
n  Seigneur  m’interrogea  :  «  Me  reconnais-tu?  »  —  «  Je  ne 
»  te  reconnaîtrais  pas,  lui  dis-je,  si  je  ne  voyais  sur  ta  tête 
»  une  croix  semblable  à  <  celle  de  notre  Sauveur.  »  —  «  Je 
n  le  suis,  dit-il.  »  Aussitôt  je  tombai  à  ses  pieds  en  le  sup- 
»  pliant  humblement  de  nous  secourir  dans  les  calamités 
»  qui  nous  opprimaient.  Le  Seigneur  répondit  :  <  Je  vous 

trouve  dans  Tudebode^  p.  68 ^  et  V  «  Hist.  beîli  sacri  »,  p.  201. 
— /.  tuo  CK  C*. 

1.  Comme  l’indique  la  phrase  suivante,  ils  sortirent  du  Ut  du 
fleuve  pour  gagner  le  large. 

2.  Ce  mur  fut  construit  à  l’intérieur  de  la  ville,  dont  les  Turcs 
occupaient  les  parties  hautes. 

3.  Cf.  les  lettres  des  princes  à  Urbain  II  {Epistulae  et  chartae, 
p.  162)  et  du  clergé  et  du  peuple  de  Lucques  {Ibid.y  p.  166). 

4.  D’après  Raimond  d’Aguilers  (ii,  p.  255,  et  18,  p.  286},  il  s’ap¬ 
pelait  Étienne  Valentin,  et  ce  fut  le  ii  juin  qu’il  révéla  sa  vision. 

5.  Cette  croix  n’est  autre  chose  que  celle  qui  orne  toujours  le 
nimbe  réservé  au  Christ  par  la  tradition  de  l’art  religieux.  Le 
prêtre  voit  le  Christ  comme  il  est  représenté  dans  l’art. 


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l3o  VISIO  CUJUSDAM  SACERDOTIS 

»  VOS  habere  Nicenam  civitatem  et  conduxi  vos  usque® 
»  et  condolui  vestre  miserie  quam  passi  fuistis  in  obsi- 
»  dione  Antiochie;  ecce  in  auxilio  opportuno  misi  vos 
»  sanos  et  incolumes  in  civitatem  et  ecce  multam  pra- 
»  vam  dilectionem  operati  estis^  cum  christianis  et  pra- 
»  vis  paganis  mulieribus,  unde  immensus  fetor  ascendit 
»  in  celum*.  »  Tune  aima  Virgo  et  beatus  Petrus  ceci- 
»  derunt  ad  pedes  ejus*,  rogantes  eum  et  deprecanies 
»  ut  suum  in  hac  tribulatione  adjuvaret  populum  dixit- 
»  que  beatus  Petrus  «  Domine,  per  tôt  tempora  tenuit 
»  paganorum  gens  domum  meam^,  in  qua  multa  et 
»  ineffabilia  mala  fecerunt;  modo  vero  expulsis  inimi- 
»  cis  inde,  Domine,  letantur  angeli  in  celis  »;  dixitque 
»  mihi  Dominus  :  «  Vade  ergo  et  die  populo  meo  ut 
»  revertatur  ad  me  et  ego  revertar  ad  ilium  et  infra 
»  V  dies  mittam  ei  magnum  adjutorium  et  cotidie  de- 
»  cantet  responsorium  :  Congregati  sunt*^^  lotum  cum 
n  versu^.  »  Seniores,  si  hoc  non  creditis  esse  verum, 
»  sinite  modo  me  in  hanc  scandere  turrim  mittamque 
»  me  deorsum;  si  vero  fuero  incolumis,  credatis  hoc 
»  esse  verum,  sin  autem  ullam  lesionem  fuero  passus, 
»  decollate  me  aut  in  ignem  projicite  me®.  » 

Tune  Podiensis  episcopus  jussit  ut  adferrentur*^ 
evangelia  et  crux,  quatinus  juraret  ille  hoc  esse  verum 
Consiliati  sunt  omnes  majores  nostri  in  ilia  hora  ut 
jurareni  sacramentum-'"®  quod  illorum  nullus^  fugeret 

a.  usque  hue  C*,  C*.  —  b.  dilectionem  opérantes  B,  C*.  — 
c.  inimici  nostri  C*.  — d.  afFerrentur  A^.  — e.  ille  si  hoc  ver 
uni  esset  A^.  —  f.  super  sacramentum  C*;  omnes  sacramentum 
A^.  —  g.  nullus  illorum  A^. 

1.  Sur  les  désordres  des  croisés  après  leur  entrée  dans  Antioche, 
voir  Raimond  d’Aguilers,  9,  p.  252,  et  Foucher  de  Chartres,  I,  19, 

p.  345. 

2.  On  retrouve  dans  cette  vision  le  motif  iconographique  de  la 
«  Deisis  »  (supplication)  montrant  la  Vierge  et  le  Précurseur 


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VISION  d’un  prêtre  (il  juin  1098)  i3i 

»  ai  bien  aidés  et  je  vais  vous  aider.  J’ai  permis  que  vous 
n  vous  empariez  de  Nicée  et  je  vous  ai  conduits  jusqu’ici. 
»  J’ai  compati  à  la  misère  que  vous  avez  supportée  pendant 
»  le  siège  d’Antioche  ;  grâce  à  mon  secours  opportun,  vous 
»  êtes  entrés  dans  la  ville  sains  et  saufs,  et  voici  que  vous 
»  vous  êtes  livrés  à  de  criminelles  amours  avec  les  mau- 
»  vaises  femmes  chrétiennes  et  païennes,  d’où  une  immense 
»  puanteur  est  montée  jusqu’au  cieP.  »  Alors,  la  Vierge 
j>  vénérable  et  le  bienheureux  Pierre  tombèrent  à  ses  pieds* 
B  en  le  suppliant  et  le  priant  pour  qu’il  aidât  son  peuple 
»  dans  cette  tribulation,  et  le  bienheureux  Pierre  lui 
B  dit  :  «  Seigneur,  la  gent  païenne  a  occupé  trop  long- 
B  temps  ma  maison®,  qui  a  subi  de  son  fait  des  maux  inex- 
B  primables;  et  maintenant,  Seigneur,  les  ennemis  sont 
B  expulsés  et  les  anges  se  réjouissent  dans  les  cîeux  b  ;  et  le 
B  Seigneur  me  dit  :  «  Va  et  dis  à  mon  peuple  qu’il  revienne 
B  à  moi  et  je  reviendrai  à  lui.  D’ici  à  cinq  jours  je  lui  enver- 
B  rai  un  grand  secours  et  qu’il  chante  chaque  jour  le  répons  : 
«  Ils  se  sont  rassernHés,  complètement  avec  le  vers^.  b  Sires, 
B  si  vous  ne  croyez  pas  que  cela  soit  vrai,  permettez-moi  de 
B  monter  sur  cette  tour  et  je  me  jetterai  en  bas  ;  si  je  suis  sauf, 
B  ajoutez  foi  à  ceci,  et  si  je  subis  quelque  mal,  décapitez-moi 
B  ou  jetez-moi  au  feu*,  b 

Alors  l’évéque  du  Puy  ordonna  d’apporter  les  Evangiles 
et  la  croix,  afin  qu’il  jurât  la  véracité  de  ces  faits.  A  cette 
heure,  nos  chefs  prirent  la  résolution  de  jurer  par  le  sacre¬ 
ment*  que  nul  d’entre  eux,  tant  qu’ils  seraient  vivants,  ne 

implorant  la  miséricorde  du  Christ.  Souvent  saint  Jean  était  rem¬ 
placé  par  le  patron  d’une  ville,  saint  Démétrius  à  Salonique, 
saint  Marc  à  Venise.  Or,  saint  Pierre  étant  le  patron  d’Antioche, 
sa  présence  ici  est  toute  naturelle. 

3.  Allusion  à  la  cathédrale  d’Antioche,  dédiée  à  saint  Pierre  et 
changée  en  mosquée  par  les  Arabes. 

4.  Ps.  47,  4.  Responsortum  signifie  les  «  répons  b  du  chœur.  Le 
«  vers  »  est  la  doxologie  :  Gloria  Patri  et  Filio...y  par  laquelle 
on  termine  les  psaumes. 

5.  Exemple  caractéristique  des  «  épreuves  b  ou  «  jugements  de 
Dieu  B  si  usités  à  cette  époque,  dont  Pierre  Barthélemy  sera  vic¬ 
time  plus  tard  et  que  l’évéque  du  Puy  remplace  par  un  serment 
sur  la  croix  et  l’Evangile. 

6.  Le  «  sacrement  B  ne  peut  désigner  ici  que  l’Eucharistie.  C'est 


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i32 


DE  LANGEA  DOMINI  VISIONES 


neque  pro  morte  neque  pro  vita,  quamdiu  vivi  essent. 
Primus  dicitur*  jurasse  Boamundus,  deinde  cornes 
Sancti  Egidii  et  Rotbertus  Normannus  ac  dux  Godefri- 
dus  et  cornes  Flandrensis.  Tancredus  vero  juravit  ac 
promisit  tali  modo  quia,  quamdiu  secum  xl  milites 
haberet,  non  solum  ex  illo  bello  sed  etiam  ab  Hiero- 
solymitano  itinere  non  esset  recessurus.  Nimis  autem 
exsultavit  christiana  congregatio,  hoc  audiens  sacra- 
mentum"*. 

[26.]  Erat  autem  quidam  peregrinus  de  nostro  exer- 
citu,cui  nomen  Petrus^,  cui  antequam  civitatem  intra- 
remus,  apparuit  sanctus  Andréas  apostolus^,  dicens  : 
«  Quid  agis,  bone  vir?  »  Gui  ille  respondit  :  «  Tu,  quis 
es?  »  Dixit  ei  apostolus  :  «  Ego  sum  Andréas  apostolus. 
Agnoscas,  fili,  quia  dum  villam  intraveris,  vadens  ad 
ecclesiam  beati  Pétri,  ibi  invenies  lanceam  Salvatorîs 
nostri  Ihesu  Christi*  ex  qua  in  crucis  pendens  pati- 
bulo  vulneratus  est.  »  Hec  omnia  dicens  apostolus  con- 
tinuo  recessit. 

Ipse  autem,  timens  revelare consilium  apostoli,  noluit 
indicare  nostris  peregrinis.  Estimabat  autem  se  visum 
videre*;  et  dixit  ad  eum  :  «  Domine,  quis  hoc  credide- 
rit*^?  »  In  ilia  vero  hora  accepit  eum  sanctus  Andréas 
et  portavit  eum  usque  ad  locum  ubi  lancea  erat  recon- 

a.  audito  sacramento  C.  —  b.  vidisse  C*,  C*.  —  c.  crederet  C*. 

d'ailleurs,  très  clairement  exprimée,  l’interprétation  du  copiste 
du  manuscrit  de  Cambridge  (C*)  qui  a  ajouté  :  super,  «  sur  le 
sacrement  i>,  pour  plus  de  clarté. 

1.  L’expression  dicitur  laisse  supposer  que  l’Anonyme  n’a  pas 
assisté  à  la  scène. 

2.  Cependant,  le  découragement  était  tel  que,  le  soir  même, 
Bohémond  et  l’évêque  du  Puy  durent  arrêter  de  nouvelles  tenta> 
tives  de  fuite  (Raimond  d’Aguilers,  ii,  p.  256). 


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VISIONS  AU  SUJET  DE  LA  LANCE  DU  SEIGNEUR  l33 

fuirait  ni  pour  échapper  à  la  mort  ni  pour  sauver  sa  vie.  On 
dit^  que  Bohémond  jura  le  premier,  puis  ce  fut  au  tour  du 
comte  de  Saint-Gilles,  de  Robert  de  Normandie,  du  duc 
Godefroi  et  du  comte  de  Flandre.  Tancrède  jura  en  ces 
termes  que,  tant  qu’il  aurait  avec  lui  quarante  chevaliers,  il 
ne  s’écarterait  pas  non  seulement  de  cette  guerre,  mais 
même  de  la  route  du  Saint-Sépulcre.  A  la  nouvelle  de  ce 
serment,  toute  l’armée  chrétienne  exulta^. 

[26.]  Il  y  avait  un  pèlerin  de  notre  armée,  Pierre  était  son 
nom^,  à  qui,  avant  notre  entrée  dans  la  ville,  l’apôtre  saint 
André  apparut^  en  lui  disant  :  «  Que  fais-tu,  mon  brave?  » 
—  «  Toi,  qui  es-tu?  répondit-il.  »  L’apôtre  lui  dit  :  «  Je  suis 
l’apôtre  André.  Apprends,  mon  fils,  que  quand  tu  entreras 
dans  la  ville,  si  tu  te  rends  à  l’église  Saint-Pierre,  tu  y  trou¬ 
veras  la  lance  de  notre  Sauveur  Jésus-Christ*,  par  laquelle 
il  fut  blessé  lorsqu’il  était  suspendu  au  gibet  de  la  croix.  » 
Après  avoir  dit  ces  mots,  l’apôtre  disparut. 

Cet  homme,  craignant  de  révéler  le  conseil  de  l’apôtre, 
s’abstint  d’en  faire  part  à  nos  pèlerins.  Il  pensait  qu’il 
n’avait  eu  qu’une  vision  et  il  lui  dit  :  «  Seigneur,  qui  pour¬ 
rait  le  croire?  »  A  l’heure  même,  saint  André  le  prit  et  le 
conduisit  à  l’endroit  où  la  lance  était  cachée  dans  la  terre. 

3.  Cf.  la  lettre  du  clergé  et  du  peuple  de  Lucques  {Epistulae  et 
chartae,  p.  i66)  :  «  Un  très  pauvre  Provençal  méprisé  de  tous  »,  et 
Raimond  d’Aguilers,  lo,  p.  253  :  «  Un  pauvre  paysan  ».  Tude- 
bode,  p.  70,  et  VHistoria  belli  sacri,  p.  201,  donnent  son  nom  : 
Pierre  Barthélemi. 

4.  D’après  le  récit  de  Pierre  Barthélemi,  saint  André  lui  appa¬ 

rut  cinq  fois  :  au  moment  du  tremblement  de  terre  d’Àntioche 
(3o  décembre  1097),  mercredi  des  cendres  (10  février  1098), 

puis  le  dimanche  des  Rameaux  (20  mars  1098),  une  quatrième 
fois  lorsqu’il  tenta  de  s’enfuir  à  Chypre,  enfin  le  10  juin  1098  (Rai¬ 
mond  d’Âguilers,  10,  p.  253-255). 

5.  Jean,  XIX,  34.  Il  est  bon  de  remarquer  que  les  empereurs 
byzantins  prétendaient  posséder  la  <(  sainte  Lance  »,  apportée  à 
Constantinople  après  la  prise  de  Jérusalem  par  les  Perses.  Au 
XI*  siècle,  elle  était  conservée  dans  l’église  Sainte-Marie-du-Phare 
(Ebersolt,  Sanctuaires  de  By:{ance^  Paris,  1921,  p.  9,  24,  116). 


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i34  visionem  suam  petrus  denuntiat 

dita  in  terra.  Iterum  cum  essemus  ita  ut  superius  dixi- 
mus',  venit  sanctus  Andréas  rursus,  dicens  ei  :  «  Quare 
non  abstulisti  lanceam  de  terra,  ut  ego  tibi  praecepi? 
Scias  révéra  quia  quicunque  hanc  lanceam  portaverit 
in  bello  nunquam  ab  hoste  superabitur.  » 

Petrus  vero  continuo  revelavit  mysterium  apostoli 
hominibus  nostris*.  Populus  autem  non  credebat,  sed 
prohibebat  dicens  :  «  Quomodo  possumus  hoc  cre- 
dere?  »  Omnino  enim  erant  paventes  et  protinus  mori 
putabant.  Accessit  itaque  ille  et  juravit  hoc  totum  vera- 
cissimum  esse  quoniam  ei  sanctus  Andréas  bis’  in  vi- 
sione  apparuerat  eique  dixerat  :  «  Surge,  vade  et  die 
populo  Dei  ne  timeat,  sed  firmiter  toto  corde  credat  in 
unum  verum  Deum  eruntque  ubique  victuri  et  infra  v 
dies  mandabit  eis  Dominus  talem  rem  unde  leti  et  gavisi 
manebunt  et,  si  certare  voluerint,  mox  ut  exierint  una- 
nimiter  ad  bellum,  omnes  inimici  eorum  vincentur  et 
nemo  stabit  contra  illos.  »  Audientes  itaque  quod"  ini¬ 
mici  eorum  ab  eis  omnino  essent  vincendi,  protinus 
ceperunt  sese  vivificare  et  confortabant  se  adinvicem 
dicentes  :  «  Expergiscimini  et  estote  ubique  fortes  et 
prudentes,  quoniam  in  proximo  erit  nobis  Deus  in 
adjutorium  et  erit  maximum  refugium  populo  suo, 
quem  respicit  in  merore  manentem.  » 

[26.]  Turci  denique,  qui  erant  seorsum  in  castello, 
undique  tam  mirabiliter  coangustabant  nos,  ut  quadam 
die  incluserint  très  milites  ex  nostris  in  turrim  que  erat 
ante  eorum  castellum.  Exierant  namque  gentiles  et 
irruerant  super  illos  tam  acriter  ut  naquirent  sufferre 
pondus  eorum.  Duo  ex  militibus  exierunt  de  turri 
vulnerati  et  tercius  per  totum  diem  viriliter  defendebat 

a.  quod  inimici  eorum  ab  eis  omnino  essent  vincendi  omis  dans  O. 


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PIERRE  ANNONCE  SA  VISION 


l35 


Au  moment  où  nous  nous  trouvions  dans  la  situation  décrite 
plus  hauts  saint  André  revint  et  lui  dit  :  «  Pourquoi  n’as-tu 
pas  enlevé  la  lance  de  la  terre,  comme  je  te  l’ai  recom¬ 
mandé?  Sache  que  quiconque  portera  cette  lance  dans  la 
bataille  ne  sera  jamais  vaincu.  » 

Aussitôt  Pierre  révéla  le  mystère  de  l’apôtre  à  nos 
hommes^.  Le  peuple  n’y  croyait  pas,  mais  le  repoussait  en 
disant  :  «  Comment  croire  cela?  »  Ils  étaient  en  effet  dans 
l’épouvante  et  s’attendaient  à  une  mort  immédiate.  Pierre 
vint  donc  et  jura  que  tout  était  absolument  vrai,  que  saint 
André  lui  était  apparu  deux  fois^  et  lui  avait  dit  :  «  Lève- 
toi,  va  et  dis  au  peuple  de  Dieu  de  ne  rien  craindre,  mais 
de  croire  fermement  de  tout  son  cœur  en  un  seul  vrai  Dieu, 
et  partout  il  sera  vainqueur;  dans  les  cinq  jours,  le  Seigneur 
lui  enverra  un  message  qui  le  comblera  de  joie  et  d’allé¬ 
gresse  et,  s’il  veut  combattre,  dès  qu’il  sortira  d’un  cœur 
unanime  pour  la  bataille,  tous  ses  ennemis  seront  vaincus 
et  nul  ne  se  lèvera  plus  contre  lui.  »  A  la  nouvelle  que  leurs 
ennemis  allaient  être  entièrement  vaincus  par  eux,  tous 
commencèrent  à  respirer  et  ils  se  réconfortaient  les  uns  les 
autres  en  disant  :  «  Réveillez-vous  et  soyez  en  tout  lieu 
braves  et  prudents,  car  bientôt  Dieu  nous  viendra  en  aide 
et  il  y  aura  un  grand  réconfort  pour  son  peuple,  qu’il  voit 
maintenant  dans  l’affliction.  >» 

[26.]  Les  Turcs  qui  se  trouvaient  en  haut  dans  la  citadelle 
nous  serraient  de  si  près  de  toute  part  qu’un  jour  ils  réus¬ 
sirent  à  bloquer  trois  de  nos  chevaliers  dans  une  tour  située 
devant  leur  citadelle.  Les  païens,  en  effet,  avaient  fait  une 
sortie  et  les  avaient  chargés  avec  une  telle  violence  qu’ils 
n’avaient  pu  supporter  leur  choc.  Deux  chevaliers  blessés 
sortirent  de  la  tour.  Le  troisième  se  défendait  bravement  de 

1.  C’est-à-dire  au  moment  où  Kerbôga  tenait  les  croisés  étroi¬ 
tement  assiégés  (lo  juin). 

2.  Avant  de  révéler  sa  vision  aux  princes,  Pierre  en  parla  à  ses 
compagnons.  Ce  détail  est  particulier  à  notre  texte.  Raimond 
d’Aguilers  donne  la  date  du  ii  juin  comme  celle  de  la  révélation 
aux  princes  :  la  vision  aurait  eu  lieu  la  nuit  précédente. 

3.  Cinq  fois  d’après  Raimond  d’Aguilers.  Voir  p.  i33,  n.  4. 


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i36 


URBS  A  BOAMUNDO  CREMATUR 


se  deTurcorum  invasione  tam  prudenter  ut  in  ipsa  die 
duos  Turcos  straverit  super  aditum  muri’,cesis  hastîs  : 
nam  très  haste  detruncate  sunt  illi  illa“  die  in  manibus 
suis*;  illi  vero  acceperunt  capitalem  sentenciam.  Erat 
nomen  illi  Hugo  Insanus^,  de  exercitu  Gosfredi  de 
Monte  Scabioso^^. 

Videns  autem  vir  venerabilis  Boamundus  quia  nulla- 
tenus  posset  conducere  gentem  sursum  in  castellum*^ 
ad  bellum —  nam  qui  erant  inclusiindomibus  timebant, 
alii  famé,  alii  timoré  Turcorum  —  iratus  est  valde  jus- 
sitque  confestim  mitti  ignem  per  urbem  in  ilia  parte  in 
qua  erat  Cassiani  palatium®.  Quod  videntes  illi  qui 
erant  in  civitate,  dereliquerunt  domos  et  omnia  que 
habebant  fugiebantque,  alii  in  castellum-^^,  alii  ad  por- 
tam  comitis  Sancti  Egidii*,  alii  ad  portam  ducis  Gode- 
fridi®,  unusquisque  ad  suam  gentem.  Tune  nimia  tem- 
pestas  venti  subito  surrexit,  ita  ut  nemo  posset  se  regere 
rectum.  Boamundus  itaque  vir  sapiens  contristatus  est 
valde,  timens  pro  ecclesia  Sancti  Pétri  et  Sancte  Marie 
aliisque  ecclesiis^.  Hec  ira  duravit  ab  hora  tercia 
usque  in  mediam  noctem  fueruntque  cremate  fere  ii  mi¬ 
lia  ecclesiarum  et  domorum^.  Veniente  autem  media 
nocte  statim  omnis  feritas  ignis  cecidit. 

Itaque  Turci  habitantes  in  castello  intra  urbem  bella- 
bant  nobiscum  diu  noctuque  et  nichil  aliud  disseparabat 
nos  nisi  arma.  Videntes  hoc  nostri  quod  non  possent 

a.  in  ilia  B.  —  b.  illi  in  manibus  suis  illa  die  C. —  c.  Hugo  li 
Forcenez  B;  Hugo  visanus  C*;  Hugo  li  Forsenet  Tudebode 
(manuscrits  D).  —  d.  GofFredi  de  Monte  Scaioso  A^.  —  e.  castel- 
lum  sursum  A^.  —  /.  castrum  C*.  —  g.  Boamundus  itaque  vir 
sapiens .  aliisque  ecclesiis,  phrase  omise  dans  C^,  C*. 

1.  Le  mur  de  la  tour  dont  Hugue  défendait  Taccès. 

2.  Geoffroi  de  Monte-Scabioso  avait  été  tué  à  la  bataille  de 
Dorylée.  Voir  p.  5o,  n.  2. 


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BOHÉMOND  INCENDIE  ANTIOCHE 

l’invasion  des  Turcs,  pendant  tout  un  jour,  avec  une  telle 
vaillance  que  le  même  jour  il  abattit  deux  Turcs  aux  abords 
du  mur^,  après  avoir  rompu  des  lances  :  car  trois  lances,  ce 
jour-là,  furent  brisées  entre  ses  mains,  et  ceux-ci  subirent 
la  sentence  mortelle.  Son  nom  était  Hugue  le  Forcené,  de 
la  bande  de  Geoffroi  de  Monte-Scabioso^. 

Puis  l’honorable  Bohémond,  voyant  qu’il  lui  était  impos¬ 
sible  de  trouver  des  hommes  pour  combattre  devant  la  cita¬ 
delle  —  car,  enfermés  dans  leurs  maisons,  ils  tremblaient,  les 
uns  à  cause  de  la  famine,  les  autres  par  crainte  des  Turcs  — 
entra  dans  une  grande  colère  et  donna  l’ordre  de  mettre  le 
feu  à  la  ville,  du  côté  où  se  trouvait  le  palais  de  Gassian^. 
A  cette  vue,  ceux  qui  étaient  dans  la  ville  abandonnèrent 
leurs  maisons  et  tous  leurs  biens  et  s’enfuirent,  les  uns  vers 
le  château^,  les  autres  à  la  porte  du  comte  de  Saint-Gilles*, 
d’autres  à  celle  du  duc  Godefroi®,  chacun  vers  la  bande  à 
laquelle  il  appartenait.  A  ce  moment  s’éleva  une  grande 
tempête  de  vent,  au  point  que  personne  ne  pouvait  se  tenir 
droit.  Bohémond  le  Sage  en  fut  très  affligé,  craignant  pour 
l’église  Saint-Pierre,  pour  celle  de  Sainte-Marie  et  pour  les 
autres  églises.  Cette  fureur  dura  de  la  troisième  heure  au 
milieu  de  la  nuit  :  deux  mille  églises  et  habitations  furent 
incendiées"^.  Puis,  vers  minuit,  toute  la  violence  du  feu 
tomba. 

Les  Turcs,  enfermés  dans  la  citadelle,  à  l’intérieur  de  la 
ville,  ne  cessaient  de  nous  combattre  jour  et  nuit  et  nous 
n’etions  séparés  d’eux  que  par  nos  armes.  Les  nôtres,  voyant 
qu’ils  ne  pouvaient  endurer  plus  longtemps  ces  souffrances 

3.  Le  palais  de  lagi-Sian  (voir  p.  109,  n.  4).  Raoul  de  Caen  (76, 
p.  660-661)  attribue  cet  incendie  à  l’initiative  du  comte  de  Flandre. 

4.  C’est  ainsi  qu’il  faut  traduire  in  castellum.  Le  texte  de  Tude- 
bode  (p.  72)  :  «  Dans  la  montagne  située  devant  le  château  », 
l’interprète  ainsi. 

5.  La  porte  située  en  face  du  pont  et  du  château  de  la  Maho- 
merie,  qui,  avant  la  prise  de  la  ville,  avait  été  gardée  par  Rai¬ 
mond  de  Saint-Gilles  et  qu’il  occupait  toujours. 

.6.  Elle  était  située  immédiatement  à  l’est  de  la  porte  de  Raimond. 

7.  Ce  chiffre  ne  peut  être  admis  que  dans  le  sens  de  «  beaucoup 
de  maisons  ». 

Première  croisade. 


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i38 


FAME  FRANCI  OBRUUNTL'R 


diu  hec  paii,  quoniam  qui  habebat  panem  *,  non  licebat  ei 
manducare  et  qui  habebat  aquam*,  non  licebat^  bibere, 
fecerunt  murum  inter  nos  et  ipsos  petra  et  calce  et 
edificaverunt  castellum  et  machinas,  ut  securi  essent^ 
Pars  autem  Turcorum  remansit  in  castello  agendo  no- 
biscum  bellum,  alia  vero  pars  hospitata  erat  prope 
castellum  in  una  valle*. 

Nocte  quippe  superveniente,  ignis  de  celo  apparuit^ 
ab  occidente  veniens  et  appropinquans  cecidit  intra 
Turcorum  exercitus,  unde  mirati  sunt  et  nostri  et  Turci. 
Mane  autem  facto,  tremefacti  Turci  fugerunt  omnes 
pariter  pro  ignis  timoré  ante  domini  Boamundi  por- 
tam-*  illicque  hospitati  sunt;  pars  vero  que  erat  in  cas¬ 
tello,  agebat  bellum  cum  nostris  die  noctuque  sagit- 
tando,  vulnerando  occidendo  ;  alia  autem  pars  undique 
obsedit  civitatem  ita  ut  nullus  nostrorum  civitatem 
auderet  exire  aut  intrare  nisi  nocte  et  occulte.  Ita  vero 
eramus  obsessi  et  oppressi  ab  illis'^,  quorum  numerus 
fuit  innumerabilis®. 

Isti  autem*  profani  et  inimici  Dei  ita  tenebant  nos 
inclusos  in  urbe  Aniiochie  ut  muiti  mortui  fuerint 
famé,  quoniam  parvus  panis  vendebatur  uno  bisantio®; 
de  vino  non  loquar;  equinas  namque  carnes  aut  asini- 
nas  manducabant  etvendebant;  vendebant  quoque  gal- 
linam  xv  solidis,  ovum  duobus  solidis,  unam  nucem  uno 
denario.  Omnia  enim  valde  erant  cara  :  folia  fici,  vitis 
et  cardui  omniumque  arborum  coquebant  et  manduca¬ 
bant,  tantam  famem-^  immensam  habebant.  Alii  coria 

a.  cibum  C.  —  b.  aquam  omis  dans  B.  —  c.  licebat  ei  C.  — 

d.  ab  illis  paganis  inimicis  Dei  et  Trinitatis  B  (et  sanctae  chris- 
tianitatis  Tudebode,  p.  72,  c  Hist.  belli  $ac7'i  »,  p.  2o3.  — 

e.  istique  profani  B,  C*,  C^.  —  /.  tam  immensam  famem  C. 


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LES  FRANCS  ACCABLÉS  PAR  LA  FAMINE  l3g 

car  il  n’était  plus  permis  à  qui  avait  du  pain  de  le  manger, 
à  qui  avait  de  l’eau  de  la  boire,  établirent  un  mur  avec  de 
la  pierre  et  de  la  chaux  entre  eux  et  nous  et  construisirent 
un  château  garni  de  machines  pour  assurer  notre  sécurité 
Une  partie  des  Turcs  demeura  dans  la  citadelle  à  nous  com¬ 
battre;  l’autre  partie  prit  quartier  dans  une  vallée,  près  de  la 
citadelle^. 

La  nuit  survenant,  un  feu  apparut  dans  le  ciel,  venant  de 
l’ouest^,  et,  en  approchant,  il  tomba  au  milieu  de  l’armée 
turque,  à  la  grande  stupeur  des  nôtres  et  des  Turcs.  Au 
matin,  les  Turcs,  épouvantés,  s’enfuirent,  par  crainte  du 
météore,  jusqu’à  la  porte  de  Bohémond^  et  y  établirent  leur 
quartier.  La  garnison  de  la  citadelle  continuait  à  attaquer 
les  nôtres  jour  et  nuit,  en  les  blessant  ou  les  tuant  à  coups 
de  flèches  ;  le  reste  des  Turcs  assiégeait  la  ville  de  tous  côtés, 
si  bien  que  nul  des  nôtres  n’osait  en  sortir  ou  y  entrer,  si  ce 
n’est  la  nuit  et  en  cachette.  Ainsi  nous  étions  assiégés  et 
resserrés  par  ces  ennemis,  dont  le  nombre  était  incommen¬ 
surable*. 

Ces  sacrilèges  et  ennemis  de  Dieu  nous  tenaient  si  étroi¬ 
tement  bloqués  dans  Antioche  que  beaucoup  moururent  de 
faim.  Un  petit  pain  se  vendait  un  besant®;  inutile  de  parler 
du  vin.  On  mangeait  et  on  vendait  de  la  viande  de  cheval 
ou  d’âne;  une  poule  valait  quinze  sous,  un  œuf  deux  sous, 
une  noix  un  denier.  Tout  était  hors  de  prix  :  la  famine  était 
si  grande  qu’on  faisait  cuire  pour  les  manger  des  feuilles  de 

1.  Cf.  Raimond  d'Aguilers,  ii,  p.  239.  Ce  mur  devait  arrêter 
les  tentatives  de  la  garnison  turque  de  la  citadelle  pour  pénétrer 
dans  la  ville. 

2.  Dans  une  vallée  du  mont  Cassius. 

3.  Une  étoile  filante.  Cf.  Raimond  d’Aguilers,  11,  p.  257  : 
«  Signum  in  coelo  mirabile  vidimus.  » 

4.  Les  armées  entrées  dans  la  ville  avaient  reçu  la  garde  du 
secteur  qu’elles  avaient  assiégé. 

5.  Désespérant  de  pénétrer  dans  la  ville  par  la  citadelle,  Ker- 
bôga  essaye  de  la  prendre  par  la  famine  :  d’où  la  nouvelle  dispo¬ 
sition  de  ses  troupes. 

6.  Sur  la  valeur  du  besant  et  du  sou,  voir  p.  g5,  n.  b,  et  p.  76,  n.  2. 


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140 


DE  STEPHANI  COMITIS  SECESSIONE 


caballorum  et  camelorum  et  asinorum  atque  boum  seu 
bufalorum  sicca  decoquebant  et  manducabant.  Istas  et 
multas  anxietates  ac  angustias®,  quas  nominare  nequeo, 
passi  sumus  pro  Christî  nomine  et  Sancti  Sepulcri  via 
deliberanda^  ;  taies  quoque  tribulationes  et  famés  ac 
timorés  passi  sumus  per  xxvi  dies*. 

[27.]  Imprudens  itaque  Stephanus Carnotensis  cornes, 
quem  omnes  nostri  majores  elegerant  ut  esset  ductor 
nostrorum^,  maxima  se  finxit  deprimi  infirmitate 
priusquam  Antiochia  esset  capta^  turpiterque  recessit 
in  aliud  castrum  quod  vocatur  Alexandreta*.  Nos  itaque 
cotidie  prestolabamur  eum  quatinus  subveniret  nobis 
in  adjutorio,  qui  eramus  inclusi  in  urbe,  salutifero 
carentes  auxilio.  At  ille,  postquam  audivit  gentem  Tur- 
corum  circumcingentem  et  obsidentem  nos,  latenter 
ascendit  super  proximam  montaneamque  stabat  prope 
Antiochiam*  viditque  innumerabilia  tentoria,  vehemen- 
tique  captus  timoré,  recessit  fugitque  festinanier*  cum 
suo  exercitu.  Veniens  autem  in  suum  castrum,  exspo- 
liavit  illud  et  celeri  cursu  rétro  vertit  iter^^. 

Postquam  vero  venit  obviam  imperatori'^  ad  Philo- 
menam®,  seorsum  vocavit  eum  secreio  dicens  :  «  Scias 
révéra  quoniam  capta  est  A.ntiochia,  et* castrum  minime 

a.  ac  angustias  omis  dans  A^.  —  b.  ut  formidolosus  ajouté  par 

et  C3.  —  c.  retrovertitur  B,  C^;  vertitur  A^.  —  d.  qui  cum  suo 
exercitu  in  auxilium  properabat  christianorum  addition  de  C.  — 
e.  sed  B,  O,  O. 

1.  Deliberanda  ne  peut  avoir  d’autre  sens  ici  que  «  libérer,  déli¬ 
vrer  ».  C’est  une  des  nombreuses  impropriétés  d’expression  que 
renferme  ce  texte. 

2.  Cf.  la  lettre  des  princes  à  Urbain  II  {Epistuîae  et  chartac, 
p.  162),  Raimond  d’Aguilers,  ii,  p.  258,  et  Albert  d’Aix,  IV,  34, 
p.  412. 

3.  Etienne,  comte  de  Chartres  et  de  Blois  (cf.  p.  39,  n.  4),  avait 


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DÉSERTION  d’Étienne  de  blois  141 

figuier,  de  vigne,  de  chardon.  D’autres  faisaient  cuire  et 
mangeaient  des  peaux  desséchées  de  chevaux,  de  chameaux, 
de  boeufs,  de  buffles.  Cette  anxiété  et  ces  angoisses  de  toute 
sorte,  qu’il  est  impossible  de  rappeler,  nous  les  avons  souf¬ 
fertes  pour  le  nom  du  Christ  et  pour  rendre  libre ^  la  route 
du  Saint-Sépulcre.  Telles  furent  les  tribulations,  la  famine 
et  les  terreurs  auxquelles  nous  fûmes  en  proie  pendant 
vingt-six  jours 

0 

|27.]  Aussi,  Etienne,  comte  de  Chartres,  l’insensé,  que 
nos  grands  avaient  élu  comme  chef  suprême®,  feignit,  avant 
qu’Antioche  fût  prise*,  d’être  atteint  d’une  maladie  et  se 
retira  honteusement  dans  une  autre  ville  forte  appelée 
Alexandrette®.  Et  nous,  chaque  jour,  nous  attendions  qu’il 
vînt  nous  porter  secours,  enfermés  que  nous  étions  dans  la 
ville  sans  aucune  aide  salutaire.  Mais  lui,  ayant  appris  que 
l’armée  des  Turcs  nous  entourait  et  nous  assiégeait,  il  gra¬ 
vit  secrètement  une  montagne  voisine  qui  se  trouvait  à 
proximité  d’Antioche*  et  il  aperçut  les  tentes  innombrables. 
Saisi  d’une  grande  terreur,  il  se  retira  et  s’enfuit  à  la  hâte 
avec  sa  troupe.  Revenu  dans  son  camp,  il  le  déménagea  et 
battit  rapidement  en  retraite’. 

Arrivé  en  présence  de  l’empereur  à  Philomelium®,  il  lui 
demanda  une  audience  particulière  et  secrète.  «  Sache,  lui 
dit-il,  qu’Antioche  a  été  réellement  prise,  mais  la  citadelle 

été  élu  chef  suprême  le  29  mars  1098.  Voir  sa  deuxième  lettre 
{Epistulae  et  chartae;  lettres^  p.  149)  et  Raimond  d’Aguilers,  u, 
p.  258. 

4.  D’après  Foucher  de  Chartres,  16,  p.  342,  cette  fuite  eut  lieu 
la  veille  de  la  prise  d’Antioche,  le  2  juin  1098. 

5.  Le  port  d’Alexandrette,  situé  à  environ  soixante  kilomètres 
au  nord  d’Antioche. 

6.  Un  des  sommets  du  Djebel-Ahmar  (1,600  mètres),  qui  domine 
au  nord  la  plaine  d’Antioche. 

7.  Il  semble  s’être  embarqué  avec  sa  troupe  et  ce  fut  au  cours 
d’une  escale  qu’il  apprit  la  présence  de  l’empereur  à  Philomelium 
(Albert  d’Aix,  IV,  40,  p.  416-417). 

8.  Philomelium,  aujourd’hui  Akschehr,  entre  Eski-cheir  et 
Konieh.  .\nne  Comnène  (XI,  6,  p.  119)  et  Albert  d’Aix  [loc.  cit.) 
disent  qu’Alexis  marchait  au  secours  d’Antioche.  Raoul  de  Caen 
(72,  p.  638-659)  place  à  tort  cette  entrevue  à  Kutayeh. 


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142  CUM  IMPERATORE  STEPHANUS  PHILOMELII  COLLOQUITUR 

capium  est  nostrique  omnes  gravi  oppressione  obsessi 
sunt  et,  ut  puto,  a  Turcis  modo  interfecti  sunt.  Rever- 
tere  ergo  rétro  quam  ciiius  potes,  ne  et  ipsi  inveniant 
te  et  hanc  gentem  quam  tecum  ducis®^  » 

Tune  imperator*,  timoré  perterritus,  clam  vocavit 
Guidonem*^,  fratrem  Boamundi*,  et  quosdam  alios^  et 
ait  illis  :  «  Seniores,  quid  faciemus?  Ecce  omnes  nostri 
districta  obsessîone  impediti  sunt  et  forsitan  in  hac  hora 
omnes  a  Turcorum  manibus  mortui  sunt  aut  in  capti- 
vitatem  ducti,  sicut  iste  infelix  cornes  turpiter  fugiens 
narrat.  Si  vultis,  revertamur  rétro  celeri  cursu,  ne  et 
nos  moriamur  repentina  morte,  quemadmodum  et  illi 
mortui  sunt.  » 

Cum  Guido'^,  miles  honestissimus  talia  audisset  fal- 
lacia,  cum  omnibus*  cepit  plorare  aique  vehementis- 
simo  ululatu  plangere  unaque  voces  omnes  dicebant  : 
<1  O  Deus  verus,  trinus  et  unus-^,  quamobrem  hec  fieri 
permisisti?  Cur  populum  sequentem  te  in  manibus  ini- 
micorum  incidere  permisisti  et  viam  tui  itineris  tuique 
Sepulcri  liberare  voientes  tam  cito  dimisisti?  Certe  si 
verum  est  hoc  verbum  quod  ab  istis  nequissimis  audi- 

a.  A  la  suite  de  ce  mot,  C  ajoute  :  Guillelmus  denique  de  Àr- 
chis,  dudum  monachus  egregius,  tune  vero  miles  acerrimus, 
quem  superius  memoravimus  se  per  murum  cum  aliis  noctu 
latenter  dimisisse  quique  se  in  fuga  comiti  Stéphane  sociaverat, 
affirmare  cepit  sub  jurejurando  dicens  imperatori  quia,  si  Antio- 
chiam  pergeret,  quo  ire  festinabat,  caput  sine  dubio  amitteret. 
Sic  enim  Boamundum  jurasse  cum  sacramento  hrmabat.  Cette 
addition  ne  se  trouve  ni  dans  Tudebode  ni  dans  V  «  Hist.  belli 
sacri  ».  —  b.  His  auditis  imperator  C.  —  c.  Widonem  B,  C.  — 
d.  Wido  B,  C.  —  e.  fallacia  cum  omnibus  omis  dans  C.  — 
/.  trinus  et  unus  omis  dans  C. 

I.  L’addition  qui  hgure  ici  dans  C  peut  se  traduire  ainsi  : 
«  Guillaume  d’Arques,  naguère  moine  admirable,  alors  chevalier 


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ENTREVUE  d’ÉTIENNE  AVEC  l’eMPEREUR  A  PHILOMELIUM  I43 


n*est  pas  prise  et  les  nôtres  sont  assiégés  étroitement  et  pro¬ 
bablement  tous  exterminés  par  les  Turcs.  Reviens  donc 
aussi  vite  que  tu  pourras,  afin  de  ne  pas  tomber  entre  leurs 
mains,  toi  et  l’armée  que  tu  conduis^  » 

Alors,  l’empereur,  frappé  de  terreur,  fit  venir  en  secret 
Gui,  frère  de  Bohémond^,  et  quelques  autres^.  «  Seigneurs, 
leur  dit-il,  qu’allons-nous  faire?  Voici  que  tous  les  nôtres 
sont  arrêtés  et  assiégés  étroitement  et  peut-être,  à  cette 
heure,  ont  tous  été  frappés  mortellement  de  la  main  des 
Turcs  ou  conduits  en  captivité,  comme  ce  misérable  comte, 
qui  a  fui  honteusement,  le  raconte.  Si  vous  voulez,  battons 
rapidement  en  retraite,  afin  de  ne  pas  être  atteints,  comme 
ils  l’ont  été,  d’une  mort  subite.  » 

En  entendant  ces  mensonges,  Gui,  ce  vaillant  chevalier, 
se  mit  à  pleurer  avec  tous  les  autres  et  à  pousser  de  longs 
gémissements,  et  tous  s’écriaient  :  «  O  vrai  Dieu  triple  et 
un,  pourquoi  as-tu  permis  que  ces  choses  s’accomplissent? 
Pourquoi  as-tu  permis  que  le  peuple  qui  te  suivait  tombât 
aux  mains  de  ses  ennemis,  pourquoi  as-tu  abandonné  si 
vite  ceux  qui  voulaient  rendre  libre  la  route  de  ton  sépulcre? 
Certes,  si  la  parole  que  nous  avons  entendue  de  la  bouche 
de  ces  misérables  est  vraie,  nous  et  tous  les  autres  chrétiens 


très  vaillant,  que  nous  avons  signalé  plus  haut  comme  s’étant 
sauvé  la  nuit  avec  les  autres  du  haut  du  mur  et  qui  s’était  joint 
au  comte  Étienne  dans  sa  fuite,  affirma  sous  serment  à  l’empe¬ 
reur  que,  s’il  poussait  jusqu’à  Antioche,  vers  laquelle  il  se  hâtait, 
il  perdrait  certainement  sa  tête.  Il  affirmait  que  Bohémond  l’avait 
attesté  par  serment.  »  Cette  interpolation  remonte  vraisembla¬ 
blement  à  l’époque  des  hostilités  entre  Bohémond  et  l’empire 

(iio5-iiii). 

2.  Gui  était  fils  de  Robert  Guiscard  et  de  sa  deuxième  femme, 
Sykelgaite,  tandis  que  Bohémond  était  né  d’AIberada.  Gui  avait 
trahi  son  père  pendant  l’expédition  de  1084  et  s’était  laissé  ache¬ 
ter  par  Alexis  (Chalandon,  Histoire  de  la  domination  normande 
en  Italie,  t.  1,  p.  282-283). 

3.  D’après  Anne  Comnène  (XI,  6,  p.  119),  deux  fugitifs  d'An¬ 
tioche,  Guillaume  de  Grandmesnil  et  Pierre  d’Aulps,  s’efforçaient 
aussi  de  détourner  l’empereur  de  sa  route. 


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144 


DE  GUIDONIS  MOERORB 


vimus,  nos  et  alii  christiani  derelinquemus  te  nec  te 
amplius  rememorabimur  et  unus®  ex  nobis  non  aude- 
bit  ulterius  invocare  nomen  tuum.  »  Et  fuit*  hic  sermo 
mestissimus  in  tota  milicia,  ita  ut  nullus  eorum,  sive 
episcopus,  sive  abbas,  sive  clericus,  sive  laicus,  aude- 
ret  invocare  Christi  nomen  per  plures  dies*. 

Nemo  namque  poterat  consolari  Guidonem  ploran- 
tem  et  ferientem  se  manibus  suosque  frangentem  digi- 
tos  et  dicentem  :  «  Heu  mihi!  domine  mi  Boamunde^ 
honor  et  decus  tocius  mundi,  quem  omnis  mundus 
timebat  et  amabat!  Heu  mihi  tristis'^!  non  merui  dolens 
tuam  videre  honestissimam  speciem,  qui  nullam  rem 
magis  videre  desiderabam.  Quis  mihi  det  ut  ego  moriar 
pro  te,  dulcissime  amice  et  domine?  Cur  ego  ex  utero 
mairis  mee  exiens  non  statim  mortuus  fui?  Cur  ad  hanc 
lugubrem  diem  perveni  ?  Cur  non  demersus  fui  in  mare? 
Cur  non  ex  equo  cecidi  fracto  colle*^?  Utinam  tecum 
recepissem  felix  martirium,  ut  cernerem  te  gloriosissi- 
mum  suscepisse*  finem!  » 

Cumque  omnes  cucurrissent  ad  eum,  quatinus  con- 
solareniur  eum,  ut  jam  finem  daret  planctui,  in  se 
reversus  ait  :  «  Forsitan  creditis  huic  semicano  impru- 
denti  militi*?  Unquam  vere  non  audivi  loqui  de  milicia 
aliqua  quam  idem  fecisset,  sed  turpiter  et  inhoneste 
recedit  sicut  nequissimus  et  infelix  et  quicquid  miser 
nuntiat,  sciatis  falsum  esse.  » 

Interea  jussit  imperator  suis  hominibus  dicens  :  «  Ite 
et  conducite  omnes  homines  istius  terre  in  Bulgariam 
et  explorate  et  devastate  universa  loca  ut,  cum  venerint 

a.  nullus  C.  —  b.  Et  fuit  hic  sermo...  Consiantinopolim,  pas¬ 
sage  altéré  dans  C*.  —  c.  misero  C.  —  d.  ut  recepissem  repenti- 
num  interitum  B,  C;  recipiens  repenlinum  interitum  Tudebodey 


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DOULEUR  DE  GUI  145 

nous  t’abandonnerons,  nous  ne  nous  souviendrons  plus  de 
toi  et  pas  un  de  nous  n’osera  plus  jamais  invoquer  ton  nom.  » 
Ce  discours  parut  amer  à  toute  l’armée,  si  bien  que  nul 
d’entre  eux,  évêque,  abbé,  clerc  ou  laïque,  n’osa  plus  invo¬ 
quer  le  nom  du  Christ  pendant  plusieurs  jours  ^ 

Personne,  en  effet,  ne  pouvait  consoler  Gui,  qui  pleurait, 
se  frappait  la  poitrine,  se  tordait  les  doigts  et  s’écriait  : 
«  Oh!  mon  seigneur  Bohémond,  honneur  et  ornement  du 
monde,  que  le  monde  craignait  et  aimait!  Hélas!  quelle 
tristesse  est  la  mienne!  Je  n’ai  pas  mérité,  dans  ma  douleur, 
de  voir  ta  figure  respectable,  moi  dont  c’était  le  suprême 
désir!  Qui  me  donnera  la  possibilité  de  mourir  pour  toi, 
très  doux  ami,  mon  seigneur?  Pourquoi,  lorsque  je  suis 
sorti  du  sein  de  ma  mère,  ne  suis-je  pas  mort  aussitôt? 
Pourquoi  suis-je  parvenu  jusqu’à  ce  jour  néfaste?  Pourquoi 
n’ai-je  pas  été  englouti  dans  ta  mer?  Pourquoi  ne  suis-je 
pas  tombé  de  cheval  en  me  rompant  le  cou?  Plût  à  Dieu 
que  j’eusse  reçu  avec  toi  un  heureux  martyre,  afin  de  te  voir 
périr  d’une  mort  glorieuse!  » 

Et  comme  tous  accouraient  pour  le  consoler  et  mettre  fin 
à  sa  douleur,  revenant  à  lui,  il  ajouta  :  «  Vous  croyez  peut- 
être  ce  chevalier  grisonnant  et  insensé^?  Ai-je  jamais  entendu 
dire  qu’il  ait  accompli  quelque  exploit  de  chevalier?  Non; 
il  s’est  dérobé  avec  honte  et  déshonneur,  comme  un  vaurien 
et  un  misérable.  Sachez  que  tout  ce  que  ce  malheureux 
raconte  est  entièrement  faux.  * 

Sur  ces  entrefaites,  l’empereur  envoya  ses  ordres  à  ses 
hommes  en  ces  termes  :  <  Allez  et  conduisez  tous  les 
hommes  de  cette  terre  en  Bulgarie.  Parcourez  le  pays,  dé¬ 
vastez  tous  les  lieux,  afin  que,  quand  les  Turcs  viendront, 

p.  j6;  recepique  repentinum  interitum  «  Hist.  belli  sacri  », 
p.  2o3.  —  e.  récépissé  B,  C. 

1.  Tout  ce  développement  sent  la  rhétorique  et  les  discours 
sont  imaginés  de  toute  pièce.  Le  récit  des  autres  sources  est  plus 
bref  (Albert  d’Aix,  IV,  39,  p.  417;  Raoul  de  Caen,  72,  p.  658-659; 
Anne  Comnène,  XI,  6,  p.  1 19-120). 

2.  C’est  Étienne  de  Blois  qui  est  qualifié  ainsi.  Sur  le  caractère 
de  tout  ce  passage,  voir  l'Introduction,  p.  vu. 


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146 


DE  SANCTAE  LANCEAE  INVENTIONE 


Turci,  nihil  possint  hic  reperire‘.  »  Voluissent  noluis- 
sent®,  nostri  reversi  sunt  retrorsum,  dolentes  amaris- 
sime  usque  ad  mortem;  fueruntque  mortui  multi  ex 
peregrinis,  languentes  nec  valentes  fortiter  miliciam 
sequi,  remanebantque  morientes  in  via.  Omnes  vero 
alii  reversi  sunt  Constantinopolim*. 

[28.]  Nos*  igitur  auditis*^  sermonibus  illius  qui  nobis 
Christi  revelationem''  retulit  per  verba  apostoli®,  sta- 
tinri  festinantes  pervenimus  ad  locum  in  sancti  Pétri  cccle- 
sia^  quem  ille  demonstraverat  et  foderuni  ibi  xiii*  ho- 
mines  a  mane  usque  ad  vesperam  sicque  homo  ille 
invenii  lanceam  sicut  indicaverat;  et  acceperunt  illam 
cum  magno  gaudio  et  timoré  fuitque  ona  immensa  le- 
ticia  in  tota  urbe*. 

Ab  ilia  hora  accepimus  inter  nos  consilium  belli®. 
Porro  statueront  omnes  majores  nostri  consilium  qua- 
tinus  nuncium  mitterent  ad  inimicos  Christi  Turcos 
qui  per  aliquem  interpretem  interrogaret  eos,  securo 
eloquio  dicens  quamobrem  superbissime  in  Christia- 
norum  introissent  terram  et  cur  castrametati  sint-^  et 
quare  Christi  servos  occidant  et  conquassent.  Cumque 
jam  finis  esset  dictis,  invenerunt  quosdam  viros,  Pe- 
trum  scilicet  Heremitam^  et  Herluinum  illisque  dixe- 


a.  volentes  itaque  nolentesque  —  â.  N[osJ  initiale  ornée 

dans  AK  —  c.  auditis .  diligenter  narrata  eis,  passage  altéré 

dans  O.  —  d.  revelationem  lance  domini  C*,  C^.  —  e.  duode- 
cim  C.  —  /.  castra  super  ilios  metati  sunt  C‘,  C*. 

1.  D’après  Anne  Comnène  (XI,  6,  p.  120-121),  Alexis,  trompé  par 
le  rapport  d’Étienne,  aurait  craint  sérieusement  une  invasion 
turque  en  Asie  Mineure  et  non  en  Bulgarie,  renseignement  abso¬ 
lument  fantaisiste  forgé  par  l’Anonyme. 

2.  Sur  la  retraite  de  l’empereur,  voir  Anne  Comnène,  loc.  cit. 


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INVENTION  DE  LA  SAINTE  LANCE  (14  juin  IO98)  I47 

ils  ne  puissent  rien  y  trouver^.  *  Bon  gré,  mal  gré,  les  noires 
durent  rétrograder,  plongés  dans  une  douleur  amère  et  mor¬ 
telle;  beaucoup  de  pèlerins  périrent  de  langueur;  incapables 
de  suivre  l’armée,  ils  s’arrêtaient  et  mouraient  en  chemin. 
Tous  les  autres  revinrent  à  Constantinople*. 

[28.]  Et  nous,  écoutant  les  discours  de  celui  qui  nous 
avait  rapporté  la  révélation  du  Christ  par  les  paroles  de 
l’Apôtre*,  nous  parvînmes  en  toute  hâte  à  l’endroit  de 
l’église  Saint-Pierre^  qu’il  avait  désigné.  Treize  hommes 
creusèrent  du  matin  jusqu’au  soir  et  cet  homme  découvrit 
la  lance,  comme  il  l’avait  indiquée;  et  on  la  reçut  avec  beau¬ 
coup  de  joie  et  de  crainte,  et  une  immense  allégresse  régna 
dans  toute  la  ville®. 

A  partir  de  ce  moment,  nous  tînmes  entre  nous  un  con¬ 
seil  de  guerre®.  Nos  chefs  prirent  ensuite  la  résolution  de 
dépêcher  un  envoyé  aux  Turcs,  ennemis  du  Christ,  afin  de 
les  interroger  d’une  manière  précise  à  l’aide  d’un  interprète 
en  ces  termes  :  «  Pourquoi,  dans  leur  orgueil,  sont-ils  entrés 
dans  la  terre  des  chrétiens  et  pourquoi  y  ont-ils  établi  leur 
camp  et  pourquoi  font-ils  périr  et  massacrent-ils  les  servi¬ 
teurs  du  Christ?  »  La  délibération  terminée,  ils  trouvèrent 
certains  hommes,  dont  Pierre  l’Ermite^  et  Herlouin,  et  leur 

D’après  l’Anonyme,  il  devait  y  avoir  pas  mal  d’Occidentaux  dans 
l’armée  impériale  et  ce  détail  est  confirmé  par  Albert  d’Aix,  40, 
p.  417. 

3.  Pierre  Barthélemi.  Cf.  p.  i33. 

4.  La  cathédrale  d’Antioche,  où  était  conservée  la  chaire  de 
saint  Pierre. 

5.  La  date  du  14  juin  est  donnée  par  Tudebode,  p.  73,  et  Rai¬ 
mond  d’Âguilers,  11,  p.  257.  Cf.  le  récit  de  la  lettre  des  princes 
à  Urbain  II  [EpisUdae  et  chartae;  lettres^  p.  i63)  et  de  celle  d’An¬ 
selme  de  Ribemont  (/è/d.,  p.  159). 

6.  Le  conseil  de  guerre  aurait  eu  lieu  le  jour  même,  14  juin.  Il 
y  a  là  quelque  difficulté.  Voir  plus  loin. 

7.  Anne  Comnène  (XI,  6,  p.  121-122)  donne  du  rôle  joué  alors 
par  Pierre  l’Ermite  un  récit  purement  romanesque.  Elle  ne 
parle  pas,  d’ailleurs,  de  son  ambassade  à  Kerbôga,  qui  prouve 
que,  malgré  sa  tentative  de  fuite,  il  avait  gardé  encore  dans  l'ar¬ 
mée  un  certain  prestige. 


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I4S  DE  LEGATIONS  AD  CURBARAM  MISSA 

runt  hec  omnia  :  «  Ite  ad  exsecratam  Turcorum  exer- 
citumet  diligenter  narrateeis  hec  omnia,  interrogantes 
eos  cur  audacter  et  superbissime  introierint  terram 
Chrisiianorum  et  nostram.  » 

His  dictis’  recesserunt  nuncii®  veneruntque  ad  pro- 
fanum*  collegium,  dicentes  omnia  missa  verba  Curba- 
ram  et  aliis  ita  :  «  Satis  multumque  mirantur  nostri 
majores  et  seniores  quamobrem  temere  ac  superbissime 
in  christianorum  introisüs  terram  et  illorum.  Putamus 
forsitan  et  credimus  quia  hue  ideo  venistis  quoniam 
per  omnia  vultis  effici  christiani  aut*"  propterea  igitur 
hue  venistis  ut  per  omnia  christianos  afficiatis?  Rogant 
vos  igitur  omnes  pariter  nostri  majores  ut  velociter  re- 
cedatis  a  terra  Dei  et  christianorum  quam  beatus  Pe- 
trus  apostolus  jam  dudum  predicando  ad  Christi  cultu- 
ram  convertit.  At  illi  permittunt  adhuc  vobiscum  de- 
duci  omnia  vestra,  scilicet  equos  et  mulos  et  asinos  et 
camelos,  oves*^  et  boves  et  omnia  alia  ornamenta*, 
quodeumque-^  volueritis  ferre.  » 

Tune  Curbaram  princeps  milicie  soldani  Persidis^ 
cum  omnibus  aliis^,  pleni  superbia,  feroci  respondere 
sermone  :  «  Deum  vestrum  et  vestram  christianitatem  nec 
opiamus  nec  volumus^*  vosque  cum  illis  omnino  res- 
puimus.  Hue  usque  jam  venimus,  eo  quod  valde  mira- 
mur  quamobrem  seniores  ac  majores  quos  memoratis, 
cur  terram  quam  abstulimus  efFeminatis  gentibus  illi 
vocant  esse  suam.  Vultis  namque  scire  quid  vobis  dici- 

a.  legati  O.  —  b.  ad  prophanum  venerunt  C>.  —  c.  aut  prop¬ 
terea...  christianos  afficiatis  omis  par  C*.  —  d.  oves  quoque  A^. 
—  e.  ornamenta  permittunt  vobiscum  A^,  .4®,  B,  C®;  Tudebode, 
p.  jS;  «  Hist.  belli  sacri  »,  p.  204.  — /.  quocumque  A^.  — 
g.  et  omnes  alii  C®.  —  h.  nec  voluntatem  ad  id  habemus  O. 

1.  Le  récit  de  l’Ânonyme  laisse  croire  que  l’ambassade  a  suivi 


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ENVOI  d’une  ambassade  A  KERBOGA  (27  )uin  IO98)  149^ 

donnèrent  ces  instructions  :  «  Allez  trouver  l’armée  maudite 
des  Turcs  et  racontez-leur  exactement  tout  ceci;  demandez- 
leur  pourquoi,  dans  leur  audace  et  leur  orgueil,  ils  sont  en¬ 
trés  dans  la  terre  des  chrétiens,  qui  est  aussi  la  nôtre.  » 

A  ces  mots^,  les  envoyés  se  retirèrent  et  se  rendirent  dans 
l’assemblée  impie.  Là,  ils  transmirent  à  Gourbaram  et  aux 
autres  leur  message  en  ces  termes  :  «  Nos  chefs  et  nos  sei¬ 
gneurs  sont  extrêmement  étonnés  que  vous  ayez  pénétré, 
pleins  de  témérité  et  d’orgueil,  dans  la  terre  des  chrétiens, 
qui  est  aussi  la  leur.  Peut-être  pensons-nous  et  croyons- 
nous  que  vous  êtes  venus  ici  avec  le  dessein  d’embrasser  le 
christianisme,  ou  bien  le  motif  de  votre  venue  est-il  de 
maltraiter  les  chrétiens  de  toutes  les  manières?  Tous  nos 
chefs  vous  demandent  unanimement  de  vous  retirer  de  la 
terre  de  Dieu  et  des  chrétiens  que  le  bienheureux  apôtre 
Pierre  a  convertie  autrefois  par  sa  prédication  à  la  doctrine 
du  Christ.  Cependant,  ils  vous  permettent  encore  d’emme¬ 
ner  tout  ce  qui  est  à  vous,  chevaux,  mulets,  ânes,  chameaux, 
brebis,  bœufs,  tout  votre  matériel  et  de  le  transporter  où 
vous  voudrez.  » 

Alors,  Courbaram,  chef  de  la  garde  du  Soudan  de  Perse  2, 
et  tous  les  autres,  remplis  d’orgueil,  répondirent  fièrement  : 

«  Votre  Dieu,  votre  chrétienté,  nous  ne  nous  en  soucions 
pas,  nous  ne  les  voulons  pas  et  nous  les  repoussons  com¬ 
plètement  en  même  temps  que  vous.  Nous  sommes  venus 
jusqu’ici  parce  que  nous  sommes  très  étonnés  que  les  sei¬ 
gneurs  et  les  chefs  que  vous  mentionnez  appellent  leur  une 
terre  que  nous  avons  enlevée  à  des  nations  efféminées. 

immédiatement  le  conseil  de  guerre  et  la  découverte  de  la  sainte 
Lance.  Toutes  les  autres  sources  montrent,  au  contraire,  que 
cette  ambassade  eut  lieu  la  veille  de  la  bataille,  après  les  jeûnes 
et  les  processions  (2*  lettre  d’Anselme  de  Ribemont,  dans  les 
Epistulae  et  chartae,  p.  r6o;  Raimond  d’Aguilers,  11,  p.  259;  Fou- 
cher  de  Chartres,  I,  21,  p.  347;  Albert  d’Aix,  IV,  44-46,  p.  420- 
421).  Il  y  a  donc  ici  une  erreur  manifeste  dans  les  souvenirs  de 
l’Anonyme. 

2.  Sur  ces  expressions,  voir  p.  iio-iii,  n.  1-2. 


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l5o  DE  TURCORUM  RESPONSO 

mus?  Revertimini  ergo  quantocius  et  dicite  vestris  se- 
nioribus  quia  si  per  omnia  cupiunt  effici  Turci  et  Deum 
vestrum,  quem  vos  inclini*  colitis,  abnegare  volunt  et 
leges  vestras  spernere,  nos  illis  banc  et  satis  plus  dabi- 
mus  de  terra  et  civitates  et  castella,  adhuc  autem  quod 
nemo  vestrorum  remanebit  pedes*,  sed  erunt  omnes 
milites,  sicut  et  nos  sumus,  et  habebimus  semper  eos  in 
summa  amicicia;  sin  autem,  sciant  se  per  omnia  capi- 
talem  subire  sentenciam  aut  deducti*^  in  vinculis  Cor- 
rozanam  in  captivitate  perpertua,  servient  nobis  nos- 
trisque  infantibus  per  sempiterna  tempora.  » 

Nuncii  vero  nostri  velociter  reversi  sunt  retrorsum 
referentes  omnia  que  respondisset  eis  gens  crudelissima. 
Fertur*  Herluinus  utramque  scisse  linguam  fuitque 
interpres  Petro  Heremite.  Interea  exercitus  noster  in 
utraque  tremefactus  parte  ignorabat  quid  faceret  :  ex 
una  enim  parte  coangustabat  eos  cruciabilis  famés,  in 
alia  constringebat  timor  Turcorum. 

[29.]  Tandem  triduanis  expletis  jejuniis  etprocessio- 
nibus  celebratis  ab  una  ecclesia  in  aliam,  de  peccatis 
suis  confessi  sunt  et  absoluti  fideliterque  corpori  et 
sanguini  Christi  communicaverunt  datisque  eleemosi- 
nis  fecerunt  celebrari  missas*. 

Deinde  stabilité  sunt  vi  acies^  ex  eis  intra  civitatem. 
In  prima  vero  acie,  in  primo  videlicet  capite  fuit  Hugo 
Magnus  cum  Francigenis  et  Flandrensi  comité;  in  se¬ 
conda  dux  Godefridus  cum  suo  exercitu;  intercia  vero 

a.  Sic  dans  tous  les  manuscrits.  —  b.  pedestris  C‘^.  —  c.  de- 
duci  O. 

1.  Cette  expression  montre  que  le  chapitre  a  été  écrit  quelque 
temps  après  les  événements,  et  c’est  ce  qui  explique  l’erreur  de 
chronologie  signalée  plus  haut  (p.  149,  n.  i). 


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RÉPONSE  DES  TURCS  l5l 

Voulez-vous  connaître  notre  réponse?  Retournez  au  plus 
vite  et  dites  à  vos  seigneurs  que,  s’ils  veulent  se  faire  Turcs 
et  renier  votre  Dieu  que  vous  adorez  à  genoux,  ainsi  que 
mépriser  vos  lois,  nous  leur  donnerons  cette  terre  et  plus 
encore  et  des  cités  et  des  châteaux,  au  point  que  nul  des 
vôtres  ne  restera  piéton,  mais  tous  seront  chevaliers  comme 
nous  le  sommes  et  nous  les  aurons  toujours  en  grande  ami¬ 
tié;  sinon,  qu’ils  sachent  qu’ils  subiront  la  peine  de  mort 
ou  seront  emmenés  enchaînés  dans  le  Khorassan  en  capti¬ 
vité  perpétuelle  et  qu’ils  seront  nos  esclaves  et  ceux  de  nos 
enfants  dans  tous  les  siècles.  » 

Nos  envoyés  revinrent  rapidement  et  nous  rapportèrent 
tout  ce  que  leur  avait  répondu  cette  gent  très  cruelle.  On 
raconte  ^  que  Herlouin,  qui  connaissait  les  deux  langues,  ser¬ 
vit  d’interprète  à  Pierre  l’Ermite.  Pendant  ce  temps,  notre 
armée  subissait  deux  épouvantes  et  ne  savait  que  faire  : 
d’un  côté,  en  effet,  nous  étions  minés  par  une  famine  atroce, 
de  l’autre  la  crainte  des  Turcs  nous  obsédait. 

[29.]  Enfin,  après  avoir,  pendant  trois  jours,  accompli  des 
jeûnes  et  suivi  des  processions  d’une  église  à  l’autre,  tous 
confessèrent  leurs  péchés  et,  une  fois  absous,  communièrent 
fidèlement  au  corps  et  au  sang  du  Christ,  distribuèrent  des 
aumônes  et  firent  célébrer  des  messes^. 

Puis,  six  corps  de  bataille®  furent  établis  à  l’intérieur  de 
la  ville.  Dans  le  premier  qui  marchait  en  tête  se  trouvait 
Hugue  le  Mainsné  avec  les  Français  et  le  comte  de  Flandre; 
dans  le  second  le  duc  Godefroi  avec  sa  troupe;  dans  le  troi- 


2.  Tous  les  textes  indiquent  que  ce  triduum  précéda  immé¬ 
diatement  la  bataille.  Il  eut  donc  lieu  les  26,  27,  28  juin.  Voir  les 
lettres  du  clergé  et  du  peuple  de  Lucques  {Epistulae  et  chartae, 
p.  167),  d’Anselme  de  Ribemont  [Ibid.^  p.  160),  Raimond  d’Agui- 
1ers,  II,  p.  259,  Foucher  de  Chartres,  20,  p.  346.  La  mention  de 
la  communion  sous  les  deux  espèces  est  un  détail  intéressant. 

3.  Les  textes  ne  concordent  pas  sur  le  nombre  de  ces  divi¬ 
sions.  Raimond  d’Aguilers  (12,  p.  269)  et  Foucher  de  Chartres  (I, 
23,  p.  349)  en  indiquent  quatre;  Albert  dWix  (IV,  47,  p.  421-422) 
en  donne  dix. 


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ACIEM  FRANCI  INSTRUUNT 


I  52 

fuit  Rotbertus  Nonmannus  cum  sui  militibus";  in 
quarta  fuit  Podiensis  episcopus,  portans  secum  lanceam 
Salvatoris*,  cum  sua  gente  et  cum  exercitu  Raimundi 
comitis  Sancti  Egidii,  qui  remansit  sursum  custodire 
castellum  pro  timoré  Turcorum,  ne  descenderent  in  ci- 
vitatem*  ;  in  quinta  acie  fuit  Tancredus,  marchisi  filius, 
cum  sua  gente;  in  sexta  etenim  fuit  vir  sapiens  Boa- 
mundus  cum  sua  milicia.  Episcopi  nostri  et  presbiteri 
et  clerici  ac  monachi,  sacris  vestibus  induti,  nobiscum 
exierunt  cum  crucibus,  orantes  et  deprecantes  Domi- 
num*  ut  nos  salvos  faceret  et  custodiret  et  ab  omnibus 
malis  eriperet.  AHi  stabant  super  murum  porte,  tenentes 
sacras  cruces  in  manibus  suis  signando  et  benedicen- 
do*^  nos®.  Ita  nos  ordinati**  et  signo  crucis  protecti, 
exivimus  per  portam  que  est  ante  Machumariam^. 

Postquam  Curbaram  vidit  Francorum  acies  tam 
pulchre  ordinate  exire  unam  post  aliam,  dixit  :  «  Sinite 
eos  exire  ut  melius  eos  habeamus  in  potestate  nostra*.  » 
Postquam  vero  fuerunt  foris  de  urbe«  viditque  Curba¬ 
ram  ingentem  Francorum  gentem,  valde  timuit®.  Mox 
mandavit  suo  amiralio,  qui  omnia  habebat  in  custodia 
ut,  si  illevideret  ignem  accensum  in  capite  hostis,  pro- 

a.  electis  militibus  C>,  C^.  —  b.  Deum  et  Dominum  AK  — 
c.  signantes  ac  benedicentes  C*,  C^.  —  d.  signati  C®.  —  e.  fue¬ 
runt  omnes  foras  urbem  C‘,  C-. 

1.  En  fait,  la  sainte  Lance  était  portée  par  le  chroniqueur  Rai¬ 
mond  d’Aguilers,  chapelain  du  comte  de  Toulouse  (Raimond 
d’Aguilers,  12,  p.  261  :  «  J’ai  vu  moi-même  ce  que  je  raconte  et 
j’y  portais  la  lance  du  Seigneur  »).  Robert  le  Moine  (VU,  17, 
p.  834)  nous  montre  Adémar  de  Monteil  portant  le  heaume  et  le 
haubert  comme  l’évêque  Eude  sur  la  tapisserie  de  Bayeux. 

2.  L’évêque  du  Puy  commandait  sa  propre  bande  et  celle  du 
comte  de  Toulouse,  malade  depuis  quelques  jours,  et  qui  se 


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ORDRE  DE  BATAILLE  DES  FRANCS 


l53 


sième  Robert  de  Normandie  avec  ses  chevaliers;  le  qua¬ 
trième  était  commandé  par  l’évêque  du  Puy,  qui  portait 
avec  lui  la  lance  du  Sauveur  ^  ;  il  avait  avec  lui  sa  gent  et  la 
bande  de  Raimond,  comte  de  Saint-Gilles,  qui  demeura  en 
haut  à  la  garde  du  château,  par  crainte  des  Turcs,  pour  les 
empêcher  de  descendre  dans  la  ville  le  cinquième  corps 
comprenait  Tancrède,  fils  du  marquis,  avec  sa  gent;  le 
sixième  le  prud’homme  Bohémond  et  sa  chevalerie.  Nos 
évêques,  prêtres,  clercs  et  moines,  revêtus  des  ornements 
sacrés,  sortirent  avec  nous  en  portant  des  croix,  priant  et 
suppliant  le  Seigneur  de  nous  sauver  et  de  nous  garder  de 
tout  mal.  D’autres,  montés  au  haut  de  la  porte,  la  croix 
sainte  dans  leurs  mains,  faisaient  sur  nous  le  signe  de  la 
croix  et  nous  bénissaient^.  Disposés  ainsi  et  protégés  du 
signe  de  la  croix,  nous  sortîmes  par  la  porte  située  devant 
la  Mahomerie**. 

Lorsque  Courbaram  vit  les  corps  de  bataille  des  Francs  si 
bien  ordonnés  sortir  l’un  après  l’autre,  il  dit  :  «  Laissez-les 
sortir,  nous  ne  les  aurons  que  mieux  en  notre  pouvoit-*.  » 
Mais,  lorsqu’ils  eurent  franchi  les  portes  et  que  Courbaram 
vit  l’immense  armée  des  Francs,  il  fut  saisi  de  crainte*».  Sur- 
le-champ,  il  manda  à  son  amiral  chargé  de  la  surveillance 
générale^  que,  s’il  voyait  un  feu  allumé  sur  le  front  de  l’ar- 

chargea  de  tenir  en  respect  la  garnison  turque  de  la  citadelle 
(Raimond  d’Aguilers,  12,  p.  259)  avec  deux  cents  hommes. 

3.  Détail  confirmé  par  Raimond  d’Aguilers,  12,  p.  260. 

4.  La  porte  de  la  Mahomerie,  au  nord-ouest  de  la  ville  (cf. 
p.  89,  n.  2). 

5.  «  Nous  étions  si  peu  nombreux  »,  lit-on  dans  la  lettre  des 
princes  à  Urbain  11,  «  qu’ils  affirmaient  que  nous  ne  combattrions 
pas  et  que  nous  nous  enfuirions  »  {Epistulae  et  chartae^  p.  i63). 

6.  Détail  des  plus  suspects.  D’après  le  chroniqueur  arabe  Ibn- 
el-Athir,  fils  d’un  gouverneur  de  Mossoul  du  début  du  xni' siècle, 
mais  bien  renseigné,  la  situation  de  Kerbôga  était  affaiblie  par 
le  mécontentement  des  émirs  turcs,  qui  l’abandonnèrent  en  pleine 
bataille  {Recueil  des  historiens  des  croisades;  historiens  orientaux, 
t.  1). 

7.  Il  avait  le  rôle  d’un  grand  prévôt  et  avait  le  commandement 
du  camp  turc,  comme  on  peut  le  voir  un  peu  plus  loin. 

Première  croisade.  i3 


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i54  adversus  curbaram  franci  pugnant 

tinus  preconari  faceret  omnem  exercitum  redire,  sciens 
Turcos  amisisse  bellum. 

Continuo  Curbaram  cepit  paulatim  redire"  rétro 
contra  montaneam^  nostrique  paulatim  persequeban- 
tur  illos.  Denique  divisi  sunt  Turci  :  una  pars  ivit  con¬ 
tra  mare  et  alii  steterunt  illic,  putantes  nostros  inclu- 
dere  inter  se®,  Videntes  hoc  nostri,  fecerunt  similiter. 
Illic  fuit  ordinata  acies  septena  ex  acie  ducis  Godefridi 
etcomitis  Nortmannie  et  caput  illius  fuit  Reinaldus*®. 
Hanc  miserunt  obviam  Turcis  qui  veniebant  a  mari, 
Turci  autem  preliati  sunt  cum  illis  et  sagiitando  mul¬ 
tos  occiderunt  ex  nostris;  ordinate  sunt  autem  alie*^ 
turme  a  flumine  usque  ad  montaneam  quod  distat  per 
Il  milliaria. 

Ceperunt  vero  turme  ex  utraque  parie  exire  nos- 
trosque  undique  circumcingere  jaculando,  sagitiando, 
vulnerando^.  Exibani  quoque  de  montaneis  innumera- 
biles  exercitus,  habentes  equos  albos,  quorum  vexilla 
omnia  erant  alba.  Videntes  itaque  nostri  hune  exerci¬ 
tum,  ignorabant  peniius  quid  hoc  esset  et  qui  essent, 
donec  cognoverunt  esse  adjutorium  Christi,  cujusduc- 
lores  fuerunt  sancti  Georgius,  Mercurius  et  Demetrius, 
Haec  verba  credenda  sunt  quia  plures  ex  nostris  vide- 
runt*^. 

a.  rétro  cedere  C>,  C®.  —  b.  extitit  Reinaldus  de  Belvaco  C*. 
—  c.  aliae  vero  (autem  fi,  C®)  turmae  ordinaverunt  C  (ordinatae 
sunt  fi,  C3). 

1.  L’armée  chrétienne  étant  sortie  par  la  porte  du  Pont,  les 
Turcs  battent  en  retraite  vers  les  montagnes  situées  au  nord 
d’Antioche. 

2.  Cette  division  turque  est  chargée  d’attaquer  les  croisés  sur 
leur  tlanc  gauche. 


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i55 


BATAILLE  CONTRE  KERBOGA  (28  juill  IO98) 

mée,  il  fît  sonner  la  retraite,  car,  dans  ce  cas,  les  Turcs 
auraient  perdu  la  bataille. 

Aussitôt,  Gourbaram  commença  à  reculer  lentement  vers 
la  montagne  ^  et  les  nôtres  les  poursuivaient  du  même  pas. 
Puis  les  Turcs  se  divisèrent  :  une  partie  se  dirigea  vers  la 
mer,  tandis  que  les  autres  restaient  sur  place  dans  Pespoir 
de  nous  cerner  entre  eux^.  Les  nôtres  s’en  aperçurent  et 
firent  de  même.  Un  septième  corps  de  bataille  fut  ordonné 
avec  des  troupes  du  duc  Godefroi  et  du  comte  de  Norman¬ 
die  et  placé  sous  le  commandement  de  Rainaud^.  On  l’en¬ 
voya  à  la  rencontre  des  Turcs  qui  arrivaient  de  la  mer.  Les 
Turcs  engagèrent  le  combat  avec  eux  et  tuèrent  beaucoup 
des  nôtres  à  coup  de  flèches.  D’autres  bataillons  furent  dis¬ 
posés  depuis  le  fleuve  jusqu’à  la  montagne  sur  un  espace  de 
deux  milles. 

Ces  bataillons  commencèrent  à  s’avancer  des  deux  côtés 
et  enveloppèrent  les  nôtres  en  les  blessant  à  coups  de  jave¬ 
lots  et  de  flèches^.  On  voyait  aussi  sortir  de  la  montagne 
des  troupes  innombrables,  montées  sur  des  chevaux  blancs, 
et  blancs  aussi  étaient  leurs  étendards.  A  la  vue  de  cette 
armée,  les  nôtres  ne  savaient  ce  qui  arrivait  ni  quels  étaient 
ces  soldats,  puis  ils  reconnurent  que  c’était  un  secours  du 
Christ,  dont  les  chefs  étaient  les  saints  Georges,  Mercure  et 
Démétrius.  Ce  témoignage  doit  être  cru,  car  plusieurs  des 
nôtres  virent  ces  choses  ^ 

3.  Dans  ces  dispositions  si  sages,  on  devine  l’action  de  Bohé- 
mond.  Rainaud,  d’après  Guillaume  de  Tyr  (VI,  17),  est  un  cheva¬ 
lier  lorrain  de  Toul;  le  manuscrit  {voir  p.  154,  variante  b)  le 
donne  comme  originaire  de  Beauvais. 

4.  Les  deux  divisions  turques,  celle  qui  était  du  côté  de  la  mer 
et  celle  qui  reculait  vers  la  montagne,  attaquent  les  croisés  en 
même  temps. 

5.  Ces  trois  saints,  que  l’iconographie  chrétienne  représentait 
en  costumes  de  guerre,  étaient  les  patrons  des  armées  byzantines. 
Saint  Georges  devait  devenir  celui  des  croisés.  L’Anonyme  et  ses 
remanieurs  sont  les  seuls  à  parler  de  cette  vision  céleste.  Ni  Rai¬ 
mond  d’Aguilers,  qui  assistait  à  la  bataille,  ni  Albert  d’Aix  n’en 
parlent.  Foucher  de  Chartres  (I,  23,  p.  349)  dit  que  les  Turcs  se 


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î56 


TURCI  TERGA  VERTUNT 


Turci  autem  qui  stabant  in  pane  maris,  videntes 
quod  non  possent  sufferre  amplius,  miseront  ignem  in 
herbam,  ut  videntes  illi  qui  erant  in  tentoriis  fugerent^ 
At  illi,  cognoscentes  illud  signum,  arripuerunt  omnia 
honorabilia  spolia  et  fugerunt.  Nostri  vero  paulatim 
militabant*  ubi  maxima  virtus  eorum  erat,  scilicet  ad 
tentoria  illorum.  Dux  Godefridus  et  Flandrensis  cornes 
et  Hugo  Magnus  equitabant  juxta  aquam*  ubi  virtus 
illorum  erat.  Isti  primitus,  signo  crucis  muniti,  unani- 
miter  invaserunt  illos.  Videntes  hoc,  alie  actes  simili 
modo  invaserunt  illos;  exclamaverunt  autem  Perse  et 
Turci;  nos  itaque,  invocantes  Deum  vivum  et  verum, 
equitavimus  contra  illos  et  in  nomine  Ihesu  Christi  et 
Sancti  Sepulchri  incepimus  bellum  et  Deo  juvante  de- 
vicimus  eos. 

Turci  vero  tremefacti  arripuerunt  fugam  nostrique 
illos  persequebantur  juxta  tentoria;  itaque  milites 
Christi  magis  amabant  persequi  illos  quam  ulla  spolia 
querere  et  persecuti  sunt  illos  usque  ad  pontem  Far- 
reum*  ac  deinde  usque  ad  castellum  Tancredi^.  Illi 
vero  dimiserunt  ibi  papiliones  suos  et  aurum  et  argen- 
tum  et  multa  ornamenta,  oves  quoque  et  boves,  equos 
et  mulos,  camelos  et  asinos,  frumentum  et  vinum, 
farinam  et  alla  multa  que  nobis  erant  necessaria.  Her- 
menii  et  Suriani  qui  habitabant  in  illis  partibus,  au- 
dientes  nos  superasse  Turcos,  cucurrerunt  ad  monta¬ 
it.  equitabant  paulatim  C>;  equitabant  C*.  —  b,  Ferreum  A^. 

sauvèrent  comme  s’ils  avaient  été  effrayés  par  un  signe  céleste. 
Seule  la  lettre  du  clergé  et  du  peuple  de  Lucques  {Epistulae  et 
chartae,  p.  167)  parle  de  l’apparition  d’une  bannière  immense 
entourée  d’une  multitude  de  guerriers. 


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RETRAITE  DES  TURCS  (28  juin  IO98)  iSj 

Les  Turcs  placés  du  côté  de  la  mer,  voyant  qu’ils  ne  pou¬ 
vaient  tenir  plus  longtemps,  allumèrent  un  feu  d’herbes, 
ahn  que  ceux  qui  étaient  restés  dans  les  tentes  le  vissent  et 
prissent  la  fuite  L  Ceux-ci,  de  leur  côté,  reconnaissant  le 
signal,  s’emparèrent  de  tous  les  objets  de  valeur  et  s’en¬ 
fuirent.  Les  nôtres  s’avançaient  peu  à  peu  en  combattant 
vers  le  gros  de  leur  armée,  c’est-à-dire  vers  leur  camp.  Le 
duc  Godefroi,  le  comte  de  Flandre,  Hugue  le  Mainsné  che¬ 
vauchaient  le  long  du  fleuve  où  se  trouvait  le  gros  de  leur 
armée  2.  Munis  d’abord  du  signe  de  la  croix,  ils  dirigèrent 
contre  eux  une  attaque  d’ensemble;  à  cette  vue,  les  autres 
batailles  les  chargèrent  de  même.  Les  Turcs  et  les  Perses 
poussaient  des  cris  et  nous,  invoquant  le  Dieu  vivant  et 
véritable,  nous  chargeâmes  contre  eux  et,  au  nom  de  Jésus- 
Christ  et  du  Saint-Sépulcre,  nous  engageâmes  le  combat  et, 
avec  l’aide  de  Dieu,  nous  les  vainquîmes. 

Les  Turcs,  épouvantés,  prirent  la  fuite  et  les  nôtres  les 
poursuivirent  jusqu’à  leurs  tentes.  Mais  les  chevaliers  du 
Christ  aimaient  mieux  les  poursuivre  que  de  faire  du  butin 
et  ils  les  poursuivirent  jusqu’au  pont  du  Far,  puis  jusqu’au 
château  de  Tancrède^.  L’ennemi  abandonna  ses  pavillons, 
de  l’or,  de  l’argent,  un  mobilier  abondant,  des  brebis,  des 
bœufs,  des  chevaux,  des  mulets,  des  chameaux,  des  ânes, 
du  blé,  du  vin,  de  la  farine  et  beaucoup  d’autres  choses  qui 
nous  étaient  nécessaires.  Les  Arméniens  et  les  Syriens  qui 
habitaient  dans  cette  région,  instruits  de  notre  victoire  sur 


1.  Cf.  Raimond  d’Aguilers,  12,  p.  260. 

2.  Le  long  de  l’Oronte,  en  amont  et  à  l’est  d’Antioche,  où  se 
trouvait  le  gros  de  l'armée  turque.  Plus  loin,  on  voit  que  les 
Turcs  s’enfuient  dans  la  direction  du  pont  du  Far. 

3.  Hagenmeyer  (édition  des  Gesta^  p.  378,  n.  42)  voit  dans  ce  ch⬠
teau  de  Tancrède  le  château  de  Harenc,  situé  à  l’est.  Cependant, 
l’expression  deinde^  «  ensuite  »,  indique  deux  poursuites  dis¬ 
tinctes.  L’armée  turque  paraît  avoir  été  coupée  en  plusieurs  tron¬ 
çons,  dont  l’un  s’enfuit  à  l’ouest,  vers  le  château  dont  Tancrède 
avait  reçu  la  garde  (cf.  p.  97,  n.  4). 


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i58 


DE  ANTIOCHENAE  ARCIS  DEDITIONE 


neam  obviantes  illis  et  quantos  comprehenderunt  ex 
illis,  interfecerunt. 

Nos  autem  revertentes  ad  civitatem  cum  magno  gau- 
dio  laudavimus  et  benediximus  Deum  qui  victoriam 
dédit  populo  suo.  Ammiralius  itaque,  qui  castellum* 
custodiebat,  videns  Curbaram  et  omnes  alios  fugientes 
e  campo  ante  Francorum  exercitum,  magis  timuit  : 
statim  vero  cum  magna  festinatione  petebat®  Franco¬ 
rum  vexilla*.  Cornes  igitur  Sancti  Egidii  qui  illic  asta- 
bat  ante  castellum,  jussit  ei  portari  suum  vexillum;  ille 
autem  accepit  illud  et  diligenter  misit  in  lurrim.  Statim 
dixerunt  Longobardi*  qui  ilÜc  stabant  :  «  Hoc  vexillum 
non  est  Boamundi*.  »  Interrrogavit  ille  et  dixit  :  «  Cu- 
jus  est?  »  Qui  dixerunt  :  «  Sancti  Egidii  comitis.  »  Ac¬ 
cessit  ille  et  apprehenso  vexillo  reddidit  comiti.  Ipsa 
vero  hora  venit  vir  venerabilis^  Boamundus  deditque 
illi  suum  vexillum*;  ille  autem  illud  accepit  cum  ma¬ 
gno  gaudio  et  iniit  pactum  cum  domino  Boamundo  ut 
pagani  qui  vellent  christianitatem  recipere  essent  cum 
eo  et  qui  vellent  abire  sanos  et  absque  ulla  lesione  abire 
permitteret.  Consentit  ille  quicquid  admiralius  postu- 
lavit  et  continue  misit  suos  servientes‘='  in  castellum.  Non 
post  multos  dies  baptizatus  est  admiralius  cum  illis  qui 
Christum  recognoscere  maluerunt.  Illos  vero  qui  suas 
voluerunt  tenere  leges  fecit  dominus  Boamundus  con- 
duci  in  Saracenorum  terram*. 

Hoc  bellum  factum  est  iv®  kalendas*  julii,  vigilia-'' 

a.  siatimque  cum  festinatione  magna  petere  cepit  C>,  C®.  — 
b.  Fin  de  la  lacune  de  A'^^fol.  33'.  —  c.  honorabilis  .4',  J3,  C. 
—  d.  misit  duos  servientes  A^;  misit  homines  suos  C.  — 
e.  in  IV*  kalendas  A^y  B.  —  /.  in  vigilia  C. 


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CAPITULATION  DE  LA  CITADELLE  d’aNTIOCHE  1  Sq 

les  Turcs,  coururent  vers  la  montagne  pour  leur  barrer  la 
route  et  tuèrent  tous  ceux  qu’ils  purent  prendre. 

Nous  regagnâmes  la  ville  avec  une  grande  joie,  louant  et 
bénissant  Dieu  qui  donna  la  victoire  à  son  peuple.  L’amiral 
qui  avait  la  garde  du  château*,  voyant  Courbaram  et  tous 
les  autres  s’enfuir  du  champ  de  bataille  devant  l’armée  des 
Francs,  fut  saisi  de  crainte  ;  immédiatement,  en  grande 
hâte,  il  demandait  des  bannières  franques*.  Le  comte  de 
Saint-Gilles,  posté  là  devant  le  château,  ordonna  de  lui 
porter  sa  bannière;  il  la  reçut  et  l’arbora  aussitôt  sur  la  tour, 
mais  les  Longobards*  qui  se  trouvaient  là  dirent  :  «  Cette 
bannière  n’est  pas  celle  de  Bohémond.  »  —  «  A  qui  appar¬ 
tient-elle,  interrogea-t-il?  »  —  «  Au  comte  de  Saint-Gilles, 
répondirent-ils.  w  Alors  il  s’approcha  et,  prenant  la  ban¬ 
nière,  il  la  rendit  au  comte.  A  ce  moment  survint  le  véné¬ 
rable  Bohémond  et  il  lui  donna  sa  bannière*.  Le  Turc  la 
reçut  avec  joie  et  conclut  un  traité  avec  le  seigneur  Bohé¬ 
mond,  d’après  lequel  les  païens  qui  voudraient  recevoir  le 
christianisme  resteraient  avec  lui,  tandis  qu’il  permettrait 
à  ceux  qui  le  voudraient  de  se  retirer  sains  et  saufs  et  sans 
aucun  dommage.  Il  consentit  à  toutes  les  demandes  de 
l’amiral  et  plaça  aussitôt  ses  sergents  dans  la  citadelle. 
Quelques  jours  après,  l’amiral  fut  baptisé  avec  tous  ceux 
qui  préférèrent  reconnaître  le  Christ.  Quant  à  ceux  qui 
voulurent  garder  leurs  lois,  le  sire  Bohémond  les  fit  con¬ 
duire  dans  la  terre  des  Sarrasins  5. 

Cette  bataille  fut  livrée  le  quatrième  jour  avant  les  calendes 

1 .  L’émir  qui  avait  reçu  de  Courbaram  le  commandement  de  la 
citadelle  d’Antioche.  Voir  p.  îi2-ii3. 

2.  Comme  sauvegarde. 

3.  C’est-à-dire  les  soldats  de  Bohémond.  Sur  la  signification 
du  mot,  voir  p.  6,  n.  2.  Ces  détails,  qui  ne  se  trouvent  que  dans 
l’Anonyme  et  ses  remanieurs,  attestent  la  rivalité  latente  entre 
les  deux  chefs.  Les  autres  textes  se  contentent  de  mentionner  la 
reddition  de  la  citadelle. 

4.  Sur  la  bannière  de  Bohémond,  voir  p.  85  et  109. 

5.  Ce  détail  montre  bien  l’esprit  politique  de  Bohémond,  véri¬ 
table  précurseur  des  rois  normands  des  Deux-Siciles. 


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l60  DE  HUGONIS  MAGNI  AD  IMPERATOREM  LEGATIONE 

apostolorum  Pétri  et  Pauli^  régnante  Domino*  Ihesu 
Christo,  cui  est  honor  et  gloria  in  sempiterna  secula. 
Amen. 


[NARRATIO  DECIMA] 

[30.]  Cum*  jam  essent  omnes  inimici  nostri  —  Deo 
trino  et  uno  summoque  dignas  referimus  grates  —  per 
omnia  devicti,  hue  illucque  fugere  ceperunt^.  Alii  se- 
mivivi,  alii  vulnerati  in  vallibus  et  in  nemoribus  et  in 
arviset  in  viis  deficiebant^'mortui.  Populus  vero  Christi, 
victores  scilicet  peregrini,  reversi  sunt  gaudentes  felici 
triumpho,  devictis  hostibus,  in  civitatem^. 

Statim  omnes  nostri  seniores,  videlicet  dux  Godefri- 
dus,  cornes  Sancti  Egidii  Raimundus,  Boamundus, 
cornes  Nortmannie,  dominus  Rotbertus  comesque 
Flandrensis  et  alii  omnes  miseront  nobilissimum  comi- 
tem  ^  Hugonem  Magnum  imperatori  Constantinopolim, 
ut  ad  recipiendam  civitaiem  veniret  et  conventiones, 
quas  erga  illos  habebat,  expleret.  Ivit  nec  postea  re- 
diit^ 

Postquam  vero  hec  omnia  gesta^  sunt,  congregati 
nostri  majores  ordinaverunt  consilium  ^  quemadmodum 
huncfeliciter  valerent  conducere  et  regere  populum,  do- 
nec  peragerent  iter  Sancti  Sepulcri  pro  quo  hue  usque 
multa*  erant  perpessi^"  pericula.  Inventum  est  in  consi- 

a.  Domino  nosiro  X*,  5,  C.  —  b.  Et  cum  B;  C[um]  iwt- 
tiale  en  rouge  dans  A"^  avec  les  premiers  mots  en  capitales  jus¬ 
qu'à  Deo;  alinéa  dans  A^.  —  c.  hue  illucque  fugientes  -<4*,  5,  C. 
—  d.  deprehendebantur  A^,  A*.  —  e.  militem  A^,  B,  C.  — 
f.  facta  A^,  A*,  B.  —  g.  concilium  A^,  B,  C.  —  h.  hactenus 
tanta  C.  —  i.  passi  X*,  B. 


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AMBASSADE  DE  HUGUE  LE  MAINSNÉ  A  l’eMPEREUR  l6l 

de  juillet,  vigile  des  apôtres  Pierre  et  PauH,  sous  le  règne 
du  Seigneur  Jésus-Christ,  à  qui  appartiennent  honneur  et 
gloire  dans  tous  les  siècles.  Ainsi  soit-il! 


[DIXIÈME  RÉGIT] 

[De  la  délivrance  d’Antioche  a  la  victoire  d’Ascalon 

(29  JUIN  1098-12  AOUT  1099)] 

[30.]  Tous  nos  ennemis  ayant  été  complètement  vaincus 
—  et  nous  en  rendîmes  dignement  grâces  au  souverain  Dieu 
triple  et  un  —  ils  commencèrent  à  s’enfuir  de  tous  côtés.  Les 
uns  à  moitié  vivants,  d’autres  couverts  de  blessures,  tom¬ 
baient  morts  dans  les  vallées,  dans  les  bois,  dans  les  champs, 
sur  les  chemins.  Le  peuple  du  Christ,  les  pèlerins  victo¬ 
rieux  revinrent  dans  la  ville  tout  joyeux  de  leur  heureux 
triomphe,  après  avoir  vaincu  l’ennemi^. 

Aussitôt  nos  seigneurs,  le  duc  Godefroi,  le  comte  Rai¬ 
mond  de  Saint-Gilles,  Bohémond,  le  sire  Robert,  comte  de 
Normandie,  le  comte  de  Flandre  et  beaucoup  d’autres,  en¬ 
voyèrent  le  très  noble  comte  Hugue  le  Mainsné  trouver 
l’empereur  à  Constantinople  pour  qu’il  vînt  recevoir  la  ville 
et  exécuter  les  conventions  conclues  avec  eux.  II  partit, 
mais  ne  revint  pas  3. 

Après  que  tout  ceci  eut  été  accompli,  nos  chefs,  s’étant 
réunis,  convoquèrent  un  conseil  pour  trouver  les  moyens 
de  conduire  et  de  gouverner  le  peuple  jusqu’à  ce  qu’il  eût 
accompli  le  voyage  du  Saint-Sépulcre,  pour  lequel  on  avait 

1.  Le  28  juin  1098. 

2.  Cf.  les  détails  donnés  par  la  deuxième  lettre  d’Anselme  de 
Ribemont  {Epistulae  et  chartacy  p.  160). 

3.  Cf.  Foucher  de  Chartres,  I,  33,  p.  35o;  Albert  d’Aix,  V,  3, 
p.  434.  L’Anonyme  omet  les  violences  de  Bohémond  à  l’égard  des 
comtes  de  Toulouse  et  de  Flandre,  dont  il  fit  expulser  les 
hommes  de  la  citadelle  (Raimond  d’Aguilers,  i3,  p.  262}.  L’am¬ 
bassade  envoyée  à  l’empereur  semble  bien  une  manœuvre  diri¬ 
gée  contre  Bohémond. 


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102 


TERRAM  SARRACENORUM  FRANCl  INVADUNT 


lio®  quia  nondum  auderent  intrare  in  paganorum  ter- 
ram  V  eo  quod  valde  in  estivo  tempore  est*  arida  et  ina- 
quosa^;  ideoque  acceperunt  terminum  attendendum  ad 
kalendas  novembris^.  Denique  divisi  sunt  seniores  et 
unusquisque  profectus  est  in  terram  suam"*,  donec  es- 
set  terminus  eundi*^,  feceruntque  principes  preconari 
per  universam  urbem  ut  si  forte  aliquis  egens  illic  ades- 
set  et  auro  et  argento  careret,  conventione  facta  cum  illis 
remanere  si  vellet,  ab  eis  cum  gaudio  retentus  esset^. 

Erat  autem  ibi  quidam  miles  de  exercitu  comitis 
Sancti  Egidii^cui  nomen  Raimundus  Piletus®;hic  plu- 
rimos  retinuit  homines,  milites  et  pedites.  Egressus  est 
ille  cum  collecto  exercitu  et  viriliter  introiit  in  Sara- 
cenorum  terram  et  profectus  est  ultra  duas  civitates  et 
pervenit  ad  quoddam  castrum  cui  nomen  Talamannia^. 
Habitatorescastri,  scilicet  Suriani,  confestim  sua  sponte 
se  tradiderunt^  ei  cumque  omnes  essent  ibi  fere  per 
VIII  dies,  nuncii  venerunt  ad  eum*  dicentes  :  «  Quoniam 
hic  prope  nos  est  castrum  Saracenorum  multitudine 
plénum.  »  Ad  hoc  castrum  ilico  ierunt-^  Christi  milites 
peregrini  et  undique  invaserunt  illud^  quod  continuo 
ab  illis  captum  est  Christi  adjutorio^.  Apprehenderunt 

a.  concilie  A,  B,  C,  C®.  —  if.  nimis  sit  C^,  C^,-  fumis  sit  C'. 
—  c.  donec  proficiscendi  terminus  C*.  —  d.  reddidenini  C‘.  — 
e.  ad  eum  omi5  dans  C.  —  /.  perrexerunt  C.  —  illud  omis  dans 
C.  —  h.  statimque  captum  est  ab  illis  adjuiorio  Christi  C. 

1.  C’est-à-dire  dans  la  terre  des  Sarrasins,  en  Syrie. 

2.  En  Syrie,  la  saison  des  pluies  va  du  milieu  de  l’automne  au 
début  du  printemps.  L’été  est  particulièrement  chaud  dans  la 
zone  de  l’intérieur,  où  le  thermomètre  marque  des  températures 
tropicales;  quand  le  vent  d’est  souffle,  le  thermomètre  marque 
trente-trois  degrés  à  Beyrouth  et  trente-six  degrés  dans  la  mon¬ 
tagne.  Les  eaux  sont  rares.  Le  débit  des  torrents,  très  abondant 
en  hiver,  est  réduit  à  rien  en  été;  seuls  l’Oronte,  le  Jourdain  et 
le  Barada  ont  alors  un  débit  appréciable.  Cf.  Achard,  Etudes  sur 


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LES  FRANCS  ENVAHISSENT  LA  TERRE  DES  SARRASINS  l63 

surmonté  tant  de  périls.  Il  fut  décidé  en  conseil  qu’on  ne 
pouvait  encore  pénétrer  dans  la  terre  des  païens  car,  en 
été,  elle  est  trop  aride  et  dépourvue  d’eau  2;  on  accepta  donc 
de  fixer  le  terme  de  cet  arrêt  aux  calendes  de  novembre  3. 
Les  seigneurs  se  dispersèrent  et  chacun  partit  pour  sa  terre 
afin  d’y  attendre  le  terme  convenu.  Les  princes  firent  pro¬ 
clamer  par  toute  la  ville  que  ceux  qui  se  trouveraient  dans 
la  gêne  et  manqueraient  d’or  et  d’argent  pourraient,  s’ils  le 
désiraient,  demeurer  avec  eux  moyennant  contrat  et  seraient 
retenus  par  eux  avec  plaisir*. 

Il  y  avait  un  chevalier  de  la  bande  du  comte  de  Saint-Gilles, 
appelé  Raimond  Pilet®,  qui  retint  à  son  service  pas  mal 
d’hommes,  chevaliers  et  piétons.  Il  partit  avec  la  troupe  qu’il 
avait  rassemblée  et  entra  bravement  dans  la  terre  des  Sarra¬ 
sins.  Ayant  dépassé  deux  cités,  il  parvint  à  une  forteresse 
nommée  Talamannia^.  Les  habitants  de  la  forteresse,  des 
Syriens,  se  rendirent  tout  de  suite  à  lui  spontanément.  Ils 
y  séjournaient  depuis  environ  huit  jours,  lorsque  des  messa¬ 
gers  vinrent  lui  annoncer  qu’il  y  avait  tout  près  un  château 
de  Sarrasins  pourvu  d’une  nombreuse  garnison.  Les  pèle¬ 
rins,  chevaliers  du  Christ,  marchèrent  immédiatement  sur 

la  Syrie  et  la  Ciliciej  publication  du  haut  commissariat  de  la  Ré¬ 
publique  française  en  Syrie,  1922,  p.  74-79  (annexe  au  c  Congrès 
français  de  la  Syrie  à  Marseille  »).  Voir  aussi  dans  les  Actes  de 
ce  congrès  la  communication  du  docteur  Nègre,  fascicule  IV 
(climatologie),  p.  17-22. 

3.  En  réalité,  avant  de  continuer  la  marche  sur  Jérusalem,  cha¬ 
cun  des  chefs  songeait  à  quelque  entreprise  particulière,  mais  la 
mesure  prise  par  le  conseil  était  très  mal  vue  de  certains  croisés. 
Cf.  Raimond  d’Aguilers,  i3,  p.  302. 

4.  Dans  les  châteaux  et  villes  de  Cilicie  qu’ils  avaient  occupés 
avant  la  prise  d’Antioche.  D’après  Raimond  d’Aguilers  (i3, 
p.  262),  Bohémond  retourne  en^  Romanie  (Asie  Mineure),  Gode- 
froi  de  Bouillon  va  à  Rohez  (Édesse),  dont  son  frère  Baudouin 
avait  acquis  la  souveraineté.  L’Anonyme  a  omis  cet  événement. 

5.  Exemple  intéressant  de  troupes  soldées  jusqu’à  un  terme  fixé. 

6.  Sur  Raimond  Pilet,  voir  Arbellot,  Les  chevaliers  limousins 
aux  croisadeSy  p.  29.  Cf.  Henri  de  Huntingdon,  dans  les  Histo¬ 
riens  occidentaux,  t.  V,  p.  378. 

7.  Ce  serait  le  village  de  Tell-Mannas,  non  loin  de  Marra. 


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164 


CLADEM  FRANCI  ACCIPIUNT 


igilur  omnes  illius  loci  colonos**  et  qui  christianitatem 
recipere  noluerunt,  occiderunt,  qui  vero  Chrisium  re- 
cognoscere  maluerunt,  vivos  conservarunt*. 

Reversi  sunt  itaque  hoc  peracto^  nostri  Franci  cum 
niagno  gaudio  ad  prius  castrum^  Tercia  vero  die*  exie- 
runt  et  venerunt  ad  quamdam  urbem,  cui  nomen  Mar¬ 
ra*,  que  illic  erat  prope  illos.  Erant  autem  ibi  multi 
Turci  congregati  et  Saraceni  ab  Aleph  civitate  et  ab 
omnibus  urbibus  et  castris  que  circa  illam  sunt.  Exie- 
runt  ergo  barbari*'  contra  illos  ad  bellum  nostrique 
estimantes  luctari  cum  illis  preliando,  coegerunt^  eos 
in  fugam,  et  tamen  reversi  per  totum  diem  invadebant 
nostros  adinvicem  ;  et  usque  ad  vesperam  perduravit  ilia 
invasio.  Aestus  namque  erat  immensus  ;  nequibant  jam 
nostri  sufferre  tantam  si'tim,  quoniam  nullatenus  ad  bi- 
bendum  invenire-'  aquam  poterant.  Voluerunt*’^  tamen 
ad  illorum  castrum  secure  redire^.  Pro  illorum  enim 
peccatis  Suriani  et  minuta*  gens®  nimio  pavore  cor- 
repti  mox  ceperunt  viam  carpere^  retrorsum.  Ut  autem 
Turci  viderunt  illos  retrocedentes,  statim  ceperunt  illos 
persequi  et  Victoria  illis  ministrabat  vires,  multi  namque 
ex  nostris  reddiderunt  animas  Deo,  cujus  amore  illic 
congregati  fuerant.  Hec  occisio  facta  est  vo  die  *  in  mense 
julio*.  Reversi  sunt  autem  Franci  illi,  qui  remanserant, 
in  suum  castrum  et  fuit  ibi  Raimundus*  cum  sua  gente 
per  plures  dies. 

a.  incolas  C.  —  b.  conservaverunt  B,  C*,  O.  —  c.  his  peractis 
C.  —  d.  ergo  barbari  omis  dans  C.  —  e.  miserunt  C.  —  /.  inve- 
nire  ibi  B.  —  g.  nolueruntque  secure  redire  ad  castrum  suum 
C.  —  h.  inimica  C*.  —  1.  capere  A*,  C*.  —  k.  quinta  feria  C. 

1.  C’est-à-dire  à  Tell-Mannas. 

2.  Le  troisième  jour  après  la  prise  du  château  turc,  vers  le 
27  juillet. 


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i65 


DÉSASTRE  DES  FRANCS  (27  juillet  IO98) 

ce  château,  l’entourèrent  de  tous  côtés  et  s’en  emparèrent 
aussitôt  avec  l’aide  du  Christ.  Ils  saisirent  tous  les  paysans 
de  l’endroit  et  mirent  à  mort  tous  ceux  qui  ne  voulaient  pas 
recevoir  le  christianisme;  quant  à  ceux  qui  préférèrent  re¬ 
connaître  le  Christ,  ils  les  laissèrent  vivants. 

Ceci  accompli,  nos  Francs  revinrent  tout  joyeux  à  la  pre¬ 
mière  forteresse'.  Ils  en  sortirent  le  troisième  jour*  et 
vinrent  à  Marra^,  qui  se  trouvait  non  loin  d’eux.  Il  y  avait 
là  rassemblés  un  grand  nombre  de  Turcs  et  de  Sarrasins 
venus  d’Alep  et  de  toutes  les  villes,  de  tous  les  châteaux 
qui  sont  dans  ses  environs.  Les  barbares  sortirent  pour  les 
attaquer;  les  nôtres,  résolus  à  lutter  contre  eux  dans  un 
combat,  les  mirent  en  fuite.  Ils  revinrent  cependant,  et 
pendant  tout  le  jour  ils  attaquaient  les  nôtres  tour  à  tour. 
Cette  attaque  dura  jusqu’au  soir.  La  chaleur  était  acca¬ 
blante;  les  nôtres  ne  pouvaient  plus  supporter  la  soif,  car 
ils  n’avaient  trouvé  aucune  eau  à  boire.  Alors  ils  voulurent 
revenir  en  toute  sécurité  à  leur  château^;  mais,  pour  leurs 
péchés,  les  Syriens  et  les  petites  gens*,  saisis  d’épouvante, 
commencèrent  à  rétrograder.  En  les  voyant  battre  en  re¬ 
traite,  les  Turcs  se  mirent  à  les  poursuivre,  et  la  victoire  leur 
donnait  des  forces.  Beaucoup  des  nôtres  rendirent  leur  âme 
à  Dieu  pour  l’amour  duquel  ils  s’étaient  rassemblés  là.  Ce 
massacre  eut  lieu  le  cinquième  jour  du  mois  de  juillet®.  Les 
Francs  qui  y  avaient  échappé  revinrent  à  leur  forteresse  et 
Raimond^  y  séjourna  avec  sa  troupe  quelque  temps. 

3.  Maarat-en-Nouman,  an  sud-est  d’Antioche,  sur  la  route  de 
Hamah  à  Âlep,  aux  confins  du  désert  de  Syrie. 

4.  A  Tell-Mannas. 

3.  C’est-à-dire  les  piétons,  qui  changèrent  la  retraite  en  déroute. 

6.  Comme  l’a  montré  [Chronologie  de  la  première 

croisade^  n®  307),  on  ne  peut  admettre  cette  date  du  5  juillet,  Rai¬ 
mond  Filet  n’ayant  pu  quitter  Antioche  que  le  29  ou  3o  juin  au 
plus  tAt,  ayant  passé  huit  jours  à  Tell-Mannas  et  n’ayant  marché 
sur  Marra  que  trois  jours  après  la  prise  du  château  turc.  La  date 
du  27  juillet  donnée  par  VHistoria  belli  sacri,  p.  207,  et  par  le 
manuscrit  G  de  Baudri  de  Bourgueil  (III,  21,  p.  81-82)  paraît  plus 
vraisemblable. 

7.  Raimond  Filet. 


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i66 


DE  PODIENSIS  EPISCOPI  MORTE 


Alii  vero,  qui  in  Antiochia  remanserant^  steterunt 
in  ea  cum  gaudio  et  leticia  magna,  quorum  rector  et 
pastor^  exstitit  Podiensis  episcopus,  qui  nutu  Dei  gravi 
egritudine  captus  est  et,  ut  Dei  voluntas  fuit,  migravit 
ab  hoc  sæculo  et,  in  pace  requiescens,  obdormivit  in 
Domino,  in  solemnitate®  scilicet  sancti  Pétri  que  dicitur 
ad  Vincula^  :  unde  magna  angustia  et  tribulatio  immen- 
susque  dolor  fuit  in  tota  Christi  milîcia,  quia  ille  erat 
sustentamenium  pauperum,  consilium  divitum  ipseque 
ordinabat  clericos,  predicabat  et  summonebat  milites 
dicens  :  «  Quia  nemo  ex  vobis  salvari  potest  nisi  hono- 
rificet  pauperes  et  reficiat  vosque  non  potestis  salvari 
sine  illis  ipsique  vivere  nequeunt  sine  vobis.  Oportet 
igitur  ut  ipsi  cotidiana  supplicatione  pro  vestris  orent 
delictis  Deum,  quem  in  multis  cotidie*  offenditis,  unde 
vos  rogo  ut,  pro  Dei  amore,  eos  diligatis  et  in  quan¬ 
tum  potestis  eos  sustentetis.  » 

[31.]  Non  post  multum  vero  temporisé  venit  vir  vene- 
rabilis  Raimundus,  cornes  de  Sancto  Egidio,  et  intravit 
in  Saracenorum  terram  et  pervenitad  quamdam  urbem 
quae  vocatur  Albara®,  quam  invasit  una  cum  suo  exer- 
citu  eamque  continuo  cepit  et  occidit  omnes  Saracenos*^ 
et  Saracenas,  majores  et  minores  quos  ibi  reperit.  Quam 
postquam  suo  continuit  imperio®,  ad  Christi  revocavit 

a.  solempnilate  .<4»;  solennitate  O.  b.  quotidie  .4*,  A^,  B. 
—  c.  Saracenos  masculos  et  feminas  tam  majores  quam  mino¬ 
res  C. 


I.  Ces  termes  indiquent  certainement  que  l’auteur  a  pris  part 
à  l’expédition  de  Raimond  Pilet. 

3.  C’est  la  seule  allusion  aux  pouvoirs  spirituels  d'Adémar  de 
Monteil  en  tant  que  légat  du  pape.  Voir  aussi  les  détails  d’Albert 


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MORT  DE  l’évêque  DU  PUY  (l«‘‘aOÛt  IO98)  167 

Les  autres,  demeurés  à  Antioche’,  s’y  trouvaient  dans  la 
joie  et  dans  une  grande  allégresse,  lorsque  leur  directeur  et 
pasteur^,  l’évêque  du  Puy,  tomba  par  la  volonté  de  Dieu 
gravement  malade  et,  par  cette  même  volonté,  émigra  de  ce 
siècle  et,  reposant  en  paix,  s’endormit  dans  le  Seigneur  le 
jour  de  la  fête  dite  de  saint  Pierre  ès  liens^.  Il  en  résulta 
une  grande  angoisse,  une  tristesse,  une  immense  douleur 
dans  toute  l’armée  du  Christ,  car  il  était  le  soutien  des 
pauvres  et  le  conseiller  des  riches.  Il  ordonnait  des  clercs, 
prêchait  et,  dans  ses  allocutions  adressées  aux  chevaliers,  il 
leur  disait  :  «  Nul  de  vous  ne  peut  être  sauvé  s’il  n’honore 
et  ne  réconforte  les  pauvres;  sans  eux  vous  ne  pouvez  être 
sauvés,  sans  vous  ils  ne  peuvent  vivre.  Il  faut  donc  que,  par 
une  supplication  quotidienne,  ils  prient  pour  vos  péchés 
Dieu  que  vous  offensez  si  souvent,  je  vous  supplie  donc  de 
les  aimer  pour  l’amour  de  Dieu  et  de  les  secourir  autant 
que  vous  le  pourrez.  » 

[31.]  Peu  de  temps  après^  partit  le  vénérable  Raimond, 
comte  de  Saint-Gilles.  Il  pénétra  dans  la  terre  des  Sarrasins 
et  parvint  jusqu’à  une  ville  appelée  Albara*.  Il  l’attaqua 
avec  sa  troupe,  s’en  empara  aussitôt  et  massacra  tous  les 
Sarrasins  et  Sarrasines,  grands  et  petits,  qu’il  y  trouva. 
Après  en  avoir  pris  possession®,  il  la  rappela  à  la  foi  du 

d’Aix,  V,  1,  p.  433,  sur  la  «  réconciliation  »  de  l’église  Saint-Pierre 
par  l’évêque  du  Puy. 

3.  Le  I*'  août  10^.  Ces  détails  sur  l’impression  produite  par 
cette  mort  sont  confirmés  par  les  autres  textes  (lettre  des  princes 
à  Urbain  II,  dans  les  Epistuîae  et  chartacy  p.  164;  Raimond 
d’Aguilers,  i3,  p.  262;  Foucher  de  Chartres,  I,  23,  p.  35o;  Albert 
d’Aix,  V,  4,  p.  435;  Chronique  de  Saint-Pierre  du  Puy  y  p.  164). 

4.  Entre  la  mort  d’Adémar  de  Monieil  et  cette  expédition  contre 
Albara  eut  lieu  une  autre  expédition  infructueuse  du  comte  de 
Toulouse  contre  Hazar  (Raimond  d’Aguilers,  i3,  p.  263).  L’ex¬ 
pression  «  peu  de  temps  après  »  est  donc  inexacte.  L’expédition 
contre  Albara  eut  lieu  au  moins  après  le  ii  septembre,  date  de 
la  lettre  expédiée  à  Urbain  II  par  les  princes. 

5.  El-bâra,  à  l’est  de  l’Oronte,  à  deux  jours  de  marche  d’An¬ 
tioche. 

6.  D’après  les  idées  du  temps,  la  nomination  d’un  évêque  est 
un  signe  de  souveraineté. 


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i68 


DE  ANTIOCHIA  PRINCIPES  DISSENTIUNT 


fidem  quesivitque  consilium  a  suis  sapientissimis  viris 
ut  episcopum  in  hac  urbe  devotissime  preordinari 
facerei,  qui  illam  ad  fidem®  Christi  cultumque  fideliter 
revocaret  et  de  domo  diabolica  templum  Deo  vivo  et 
vero  etoracula^  sanctorum  consecraret.  Novissime  ele- 
gerunt  quemdam  honorabilem  ac  sapientissimum  vi- 
rum *  et  duxere  ilium  in  Antiochiam  ad  consecrandum ^  ; 
factumque  est  ita.  Alii  autem  qui  in  Antiochia  reman- 
serant  fuerunt  ibidem  cum  gaudio  et  leticia-*. 

Appropinquante  vero  termino,  videlicet  festo  Om¬ 
nium  Sanctorum,  regressi  sunt  omnes  majores  nostri* 
in  unum  in  Antiochiam  omnesque  ceperunt  querere 
qualiter  iter  Sancti  Sepulcri  valereni  peragere,  dicen- 
tes  :  «  Quoniam  appropinquaverat  eundi  terminus, 
nulla  erat  hora  conturbandi  amplius.  » 

Boamundus  autem  querebat  cotidie  conveniionem 
quam  omnes  seniores  olim  habuerant  ei^  in  reddendam 
civitatem*'®;  sed  cornes  Sancti  Egidii  ad  nullam  con- 
ventionem  volebat  se  emollire  erga  Boamundum,  eo 
quod  timebat  se  pejerare  erga  imperatorem®.  Tamen 
sepe  fuerunt  congregati  in  ecclesia  Sancti  Pétri  ad 
faciendum  quod  justum  erat.  Boamundus  recitavit 
suam  conventionem  suumque  ostendit  compotum^. 
Cornes  Sancti  Egidii  similiter  sua  patefecit  verba  et  jus- 
jurandum  quod  fecerat  imperaiori  per  consilium  Boa- 
mundi®.  Episcopi  et  dux  Godefridus  Flandrensisque 

a.  ad  Christi  cullum  B.  —  b.  nostri  et  convenerunt  C.  — 
c.  olim  erga  ilium  habuerant  C.  —  d,  reddenda  civitate  C. 

1.  Ce  qui  signifie  que  la  grande  mosquée  sera  changée  en 
église. 

2.  Pierre  de  Narbonne  (Raimond  d’Aguilers,  14,  p  266}. 

3.  C’est  la  première  tentative  faite  pour  établir  une  hiérarchie 
latine  en  Syrie.  Cependant,  les  croisés  paraissent  avoir  maintenu 


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DISCORDES  DES  PRINCES  (novembre  1098)  169 

Christ  et  prit  conseil  de  ses  prud’hommes,  afin  de  faire  or¬ 
donner  dans  cette  ville  en  grande  dévotion  un  évêque  qui 
la  ramenât  à  la  foi  et  au  culte  du  Christ  et,  de  la  demeure 
diabolique,  fît  un  temple  consacré  au  Dieu  vivant  et  véri¬ 
table,  ainsi  que  des  oratoires  en  l’honneur  des  saints  ^  Ils 
élurent  aussitôt  un  homme  sage  et  honorable^  et  le  condui¬ 
sirent  à  Antioche  pour  le  faire  sacrer.  Il  fut  fait  ainsi  3.  Les 
autres,  restés  à  Antioche,  y  vécurent  dans  la  joie  et  l’allé¬ 
gresse^. 

Lorsque  approcha  le  terme  fixé,  c’est-à-dire  la  fête  de  la 
Toussaint,  nos  chefs  revinrent  tous  à  Antioche  et  commen¬ 
cèrent  à  s’inquiéter  des  moyens  d’accomplir  le  voyage  du 
Saint-Sépulcre.  «  Puisque,  disaient-ils,  approche  le  terme 
fixé  pour  le  départ,  ce  n’est  plus  le  moment  de  contester 
davantage.  » 

Bohémond,  de  son  côté,  cherchait  tous  les  jours  à  faire 
reconnaître  la  convention  que  tous  les  seigneurs  avaient 
conclue  avec  lui  pour  obtenir  la  reddition  de  la  ville^,  mais 
le  comte  de  Saint-Gilles  ne  se  laissait  attendrir  par  aucune 
convention  avec  Bohémond,  parce  qu’il  craignait  de  se  par¬ 
jurer  vis-à-vis  de  l’empereur®.  De  nombreuses  assemblées 
furent  tenues  dans  l’église  Saint-Pierre  pour  rechercher  ce 
qui  était  juste.  Bohémond  récita  le  texte  de  la  convention 
et  montra  son  compte’.  De  même,  le  comte  de  Saint-Gilles 
communiqua  les  termes  du  serment  qu’il  avait  prêté  à  l’em¬ 
pereur,  suivant  le  conseil  de  Bohémond®.  Les  évêques,  le 

sur  le  siège  d’Antioche  jusqu’en  1100  le  patriarche  grec  Jean  IV, 
dont  relevait,  par  conséquent,  le  nouvel  évêché  latin. 

4.  Répétition  littérale  de  la  formule  employée  au  chap.  xxx, 
p.  166-167,  ligï^®  2. 

5.  Sur  cette  convention  conclue  avant  la  prise  d’Antioche,  voir 
chap.  XX,  p.  102. 

6.  Sur  le  conseil  des  princes,  voir  Raimond  d’Aguilers,  14, 
p.  267-268.  Le  comte  de  Toulouse  était  justement  celui  qui  avait 
le  moins  d’engagements  vis-à-vis  de  l’empereur  (voir  p.  32-33), 
mais  il  était  devenu  a  impérialiste  »  pour  empêcher  Bohémond 
de  garder  Antioche. 

7.  Sans  doute  le  compte  des  dépenses  qu’il  avait  faites  pour  se 
faire  livrer  Antioche. 

8.  Voir  chap.  vi,  p.  32-33. 

Première  croisade.  14 


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170  DE  BOAMUNDI  RAIMUNDIQUE  PACTIONE 

cornes  et  cornes  de  Nortmannia  aliique  seniores  divisi 
sunt  ab  aliis  et  intraverunt  ubi  est  cathedra  sancti  Pétri ^ 
ut  ibi  judicium  inter  utrumque  discernèrent.  Postea 
vero  timentes  ne  Sancti  Sepulcri  via  perturbaretur, 
noluerunt  aperte  judicium  dîcere^.  Ait  denique  cornes 
de  Sancti  Egidii  :  «  Priusquam  viam  Sancti  Sepulcri 
remaneat,  si  Boamundus  nobiscum  venire  voluerit, 
quicquid  nostri  pares,  videlicet  dux  Godefridus  et  Flan- 
drensis  cornes  et  Rotbertus  Nortmannus  aliique  seniores 
laudaverint,  ego  fideliter  consentiam,  salva  fideliiate 
imperatoris^.  » 

Hoc  totum  laudavit  Boamundus  et  promiserunt  ambo 
in  manibus  episcoporum  quod  nullo  modo  per  se  via 
Sancti  Sepulcri  deturbaretur.  Tune  accepit  Boamundus 
consilium  cum  suis  hominîbus  quomodo  munîret  cas- 
trum  de  alta  montanea  hominîbus  et  victu^  Similiter 
cornes  Sancti  Egidii  accepit  consilium  cum  suis  quo¬ 
modo  muniret®  palatium  Cassiani  ammiralii*  et  turrim 
que  est  super  portam  pontis  qui  est  ex  parte  portus 
Sancti  Simeonis®,  —  muniret,  inquam,  hominîbus  et 
victu  qui  non  deficerent  longo  tempore. 

[32.]  —  Cf.  Appendix^  p.  220^. 

a.  muniret  omis  dans  C.  —  b.  Situs  Antiochiae  en  marge  dans 
B.  Bien  que  ce  chapitre  figure  à  cette  place  dans  tous  les  manu¬ 
scrits,  son  caractère  d'interpolation  est  tellement  marqué  que 
nous  le  renvoyons  en  appendice.  Le  début  même  du  chapitre  33  : 
quibus  expletis,  indique  bien  que  dans  le  texte  primitif  il  n'y 
avait  aucune  interruption  entre  la  fin  du  chapitre  3i  et  le  début 
du  chapitre  33.  Comme,  d’autre  part,  la  division  en  chapitres 
n’existe  pas  dans  les  manuscrits,  l’interpolation  est  manifeste. 
La  fin  de  ce  morceau  montre  d’ailleurs,  par  les  éléments  chrono- 
logiques  qu’il  renferme,  qu’il  a  été  écrit  longtemps  après  le  départ 
des  croisés  d'Antioche.  Il  faut  noter  aussi  que  dans  A^  (fol.  5 1  r”), 
après  les  mots  qui  terminent  le  chapitre  3i  (non  deficere  longo 
tempore),  se  trouvent  un  blanc  et  un  nouvel  alinéa,  ce  qui  ferait 


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ACCORD  ENTRE  BOIIÉMOND  ET  RAIMOND  I7I 

duc  Godefroi,  le  comte  de  Flandre,  le  comte  de  Norman¬ 
die  et  les  autres  seigneurs  se  séparèrent  de  l’assemblée  et 
se  retirèrent  à  l’endroit  où  est  la  chaire  de  saint  Pierre*,  afin 
de  prononcer  un  arbitrage  entre  les  deux.  Puis,  craignant 
que  la  marche  vers  le  Saint-Sépulcre  ne  fût  troublée,  ils  re¬ 
fusèrent  de  proclamer  ouvertement  leur  décision  3.  A  la  fin, 
le  comte  de  Saint-Gilles  déclara  :  «  Avant  que  la  route  du 
Saint-Sépulcre  soit  abandonnée,  si  Bohémond  consent  à 
venir  avec  nous,  tout  ce  qu’auront  approuvé  nos  pairs, 
c’est-à-dire  le  duc  Godefroi,  le  comte  de  Flandre,  Robert 
de  Normandie  et  les  autres  seigneurs,  j’y  consens  fidèle¬ 
ment,  sauf  en  ce  qui  concerne  ma  fidélité  à  l’empereur®.  » 

Bohémond  approuva  entièrement  ces  paroles  et  tous  deux 
jurèrent  entre  les  mains  des  évêques  que  la  marche  vers  le 
Saint-Sépulcre  ne  serait  jamais  troublée  par  eux  d’aucune 
manière.  Alors  Bohémond  tint  conseil  avec  ses  hommes, 
afin  de  garnir  le  château  de  la  haute  montagne  en  hommes 
et  en  vivres*.  De  même,  le  comte  de  Saint-Gilles  tint  con¬ 
seil  avec  les  siens  pour  garnir  le  palais  de  Gassian  l’amiral® 
et  la  tour  élevée  sur  la  porte  du  pont  du  côté  du  port  de 
Saint-Siméon®,  —  pour  les  garnir,  dis-je,  en  hommes  et  en 
vivres  qui  pussent  durer  longtemps. 

[38.]  —  Cf.  y  Appendice,  p.  221. 

une  on:{ième  partie.  Sous  n  avons  pas  tenu  compte  de  cette  subdi¬ 
vision  que  rien  ne  justifie  et  qui  ne  figure  pas  dans  A*. 

1.  Dans  le  chœur  de  la  cathédrale  où  était  conservée  la  chaire 
de  saint  Pierre. 

2.  Afin  d’éviter  une  guerre  entre  Bohémond  et  Raimond. 
D’après  Raimond  d’Aguilers  (14,  p.  267-268),  ils  faillirent  en  venir 
aux  armes,  à  la  grande  indignation  des  croisés  qui  menaçaient 
de  détruire  Antioche. 

3.  La  conférence  aboutit  donc  à  un  compromis  provisoire  qui 
laisse  la  question  en  l’état,  ce  qui  en  fait  un  succès  pour  Bohé¬ 
mond. 

4.  La  citadelle  d’Antioche  où  ses  hommes  tenaient  seuls  gar¬ 
nison. 

5.  L’ancien  palais  de  lagi-Sian,  situé  en  pleine  ville. 

6.  La  porte  de  la  Mahomerie,  toujours  occupée  par  les  Proven¬ 
çaux. 


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172  MARRAM  OBSIDENT  CRUCESIGNATI 

[33.]  Quibus  expletis,  mense  novembrio^  discessit 
Raimundus  cornes  Sancti  Egidii  cum  suo  exercitu  ab 
Antiochia  venitque  per  unam  civitatem  que  vocatur 
Rugia^  et  per  aliam  que  dicitur  Albara®.  Quarto  vero 
die,  exeunte  novembrio,  pervenit  ad  Marram  civitatem, 
in  qua  maxima  multitudo  Saracenorum  etTurcorum  et 
Arabum  et  aliorum  paganorum  erat  congregata,  ipseque 
cornes  in  crastinum"  invasit  eam"*.  Non  post  multum 
vero  temporis  Boamundus  cum  suo  exercitu  secutus 
est  comités*®  et  applicatus  est  cum  eis  in  die  dominica. 
Secunda  vero  feria®  nimis  fortiter  invaserunt  undique 
civitatem  et  tam  acriter  tamque  fortiter  ut  scale  starent 
erecte  ad  murum;  sed  tam  maxima  erat  virtus  pagano¬ 
rum  quod  ilia  die  nihil  eos  offendere  aut  nocere  potue- 
runt. 

Videntes  autem  seniores  quia  nihil  agere  poterant  et 
frustra  laborabant,  fecit  Raimundus  cornes  de  Sancto  * 
Egidio^  fieri  quoddam  ligneum  castrum  forte  et  al- 
tum"^;  quod  castrum  ingeniatum  et  edificatum  erat 
super  IV  rotas;  super  quod  stabant  plures  milites  et 
Evrardus  Venator,  tubam  fortiter  sonans;  subter  vero 
erant  armati  milites,  qui  deduxerunt  castrum  usque 
prope  urbis  murum,  juxta  turrim  quamdam.  Quod  vi- 

a.  in  crastinum  omis  dans  A^.  —  b.  secutus  est  Raimun- 
dum  Tudebode,  p.  go;  secutus  est  comitem  «  Hist.  belli  sacri  », 
p.  208.  —  c.  Sancti  Egidii  A^^  A^. 

1.  La  date  du  23  novembre  est  donnée  par  Tudebode,  p.  90. 

2.  Identifiée  avec  le  bourg  actuel  de  Riha,  au  sud-est  d’An¬ 
tioche. 

3.  Prise  précédemment  par  le  comte  de  Toulouse  (voir 
p.  166-167). 

4.  C’est  la  ville  dont  Raimond  Pilet  n’avait  pu  s’emparer.  Voir 

p.  164-165. 


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SIÈGE  DE  MARRA  (novembre  1098)  173 

[33.]  Ces  mesures  prises,  au  mois  de  novembre  ^  Rai¬ 
mond,  comte  de  Saint-Gilles,  quitta  Antioche  avec  son  ar¬ 
mée  et  arriva  à  une  ville  appelée  Rugia*,  puis  à  une  autre 
nommée  Albara^.  Quatre  jours  avant  la  fin  de  novembre,  il 
parvint  à  la  cité  de  Marra,  où  une  grande  multitude  de  Sar¬ 
rasins,  de  Turcs  et  d’Arabes  et  autres  païens  se  trouvait 
rassemblée  et,  dès  le  lendemain,  le  comte  Tattaqua^.  Peu 
de  temps  après,  Bohémond  suivit  les  comtes*  avec  son  ar¬ 
mée  et  fit  sa  jonction  avec  eux  le  dimanche.  Le  lundi*,  ils 
attaquèrent  vivement  la  ville  de  toute  part  et  avec  une  telle 
ardeur  et  une  telle  vigueur  que  les  échelles  étaient  appli¬ 
quées  aux  murs;  mais  la  force  des  païens  était  si  grande 
que  ce  jour-là  ils  ne  purent  leur  causer  aucun  dommage. 

Nos  seigneurs  voyant  qu’il  n’y  avait  rien  à  faire  et  qu’ils 
se  donnaient  du  mal  en  vain,  Raimond,  comte  de  Saint- 
Gilles,  fit  construire  un  château  de  bois  fort  et  élevé^;  ce 
château  était  disposé  et  construit  sur  quatre  roues.  A  l’étage 
supérieur  se  trouvaient  plusieurs  chevaliers  et  Évrard  le 
Veneur,  qui  sonnait  très  fort  de  la  trompette;  au-dessous 
étaient  des  chevaliers  revêtus  de  leur  armure,  qui  poussèrent 
le  château  près  de  la  muraille,  contre  une  tour.  Ce  que 

5.  11  y  a  là  une  obscurité.  La  lecture  comités  («  les  comtes  ») 
figure  danstous  les  manuscrits,  alors  que  Raimond  de  Saint-Gilles 
est  seul  cité  comme  ayant  quitté  Antioche  avant  Bohémond.  Cepen¬ 
dant  Raimond  d’Aguilers  (14,  p.  268)  mentionne  Robert  de  Flandre 
au  siège  de  Marra,  Albert  d’Aix  (V,  26,  p.  448)  y  fait  assister  la 
plupart  des  chefs,  mais  dit  qu’après  cinq  jours  de  siège  ils  rega¬ 
gnèrent  Antioche.  D’autre  part,  Foucher  de  Chartres  (I,  34, 
p.  352)  affirme  que  seuls  Raimond  et  Bohémond  assiégèrent 
Marra.  Ce  qui  est  certain,  c’est  que,  d’après  la  suite  du  récit  de 
l’Anonyme,  ils  sont  seuls  présents  à  la  prise  de  Marra,  et,  au  cha¬ 
pitre  suivant,  on  voit  nettement  que  les  autres  chefs  sont  bien  à 
Antioche  (voir  p.  178-179).  Il  y  a  donc  une  lacune  dans  le  récit 
de  l’Anonyme;  il  est  probable  que  d’autres  chefs,  comme  le 
comte  de  Flandre,  ont  paru  au  siège  de  Marra  et  sont  retournés 
à  Antioche  sans  attendre  la  prise  de  la  ville. 

6.  Le  29  novembre  1098. 

7.  Il  s’agit  d’une  tour  roulante  plus  haute  que  les  remparts  de 
Marra. 


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174  MUROS  ASCENDERE  MILITES  CONANTUR 

dens  gens  pagana,  statim  fecerunt  instrumentum  quo 
jactabant  maximos  lapides  super  castrum\  ita  ut  pene 
nostros  milites  occiderent.  Jaciebant  quoque  grecos 
ignés®  super  castrum,  putantes  illud  ardere  et  devas- 
lare;  sed  Deus  omnipotens  noluit  ut  castrum  arderet 
hac  vice®;  supereminebat enim  omnes  muros*  civitatis. 

Milites  igitur  nostri,  qui  erant  in  superiori  solario, 
videlicet  Willelmus  de  Monte  Pislerio®  et  alii  multi, 
jactabant  immenses  lapides  super  illos  qui  stabant  in 
muro  urbis  et  ita  percutiebant  eos  super  clipeos,  ut  cli- 
peus*^  et  inimicus  caderent  deorsum  in  civiiatem  in 
mortem.  Ita  faciebant  isti;  alii  vero  tenebant  in  hastis 
honorabilia  signa**  et  cum  lanceis  et  hamis  ferreis  puta- 
bant  eos  trahere  ad  se;  et  sic  preliati  suntusque  ad  ves- 
peram. 

Rétro  castrum  stabant  presbiteri,  clerici  sacris  vesti- 
bus  induti,  orantes  et  obsecrantes  Deum  ut  suum  defen- 
deret  populum  et  christianitatem  exaltaret  ac  paganis- 
mum  deponeret.  In  alia  vero  parte  certabant  nostri 
milites  cotidie  cum  illis,  erigentes  scalas  ad  murum 
urbis,  sed  virtus  paganorum  erat  tanta  ut  nihil  profi- 
cere  nostri  possent.  Tamen  Gulferus  de  Daturre*  pri- 
mus  ascendit  per  scalam  in  murum;  sed  statim fuit 
fracta  scala  pro  multitudine  aliorum  ;  tamen  ascendit 
ipse  cum  aliquantis*  supra  murum.  Alii  quoque  inve- 
nerunt  aliam  scalam  erexeruntque  eam  festinanter  ad 

a.  ut  illud  hac  vice  combureretur  C*,  C*.  —  b.  omnibus  mûris 
O,  C®.  —  c.  clypeos  ut  clypeus  A^.  —  d.  statimque  A^^  A^.  — 
e.  ascenderunt  tamen  aliquanti  cum  eo  C. 

1.  Une  baliste  destinée  à  lancer  des  pierres.  Sur  ces  machines, 
voir  Viollet-le-Duc,  Dictionnaire  d’architecture  y  t.  V,  p.  221, 

2.  Les  Arabes  et  les  Turcs  avaient  fini  par  trouver  le  secret  du 
feu  grégeois,  resté  longtemps  le  monopole  de  l’empire  byzantin. 
C’était  un  liquide  enflammé,  probablement  à  base  d’huile  de 
naphte,  qu’on  lançait  au  moyen  de  tubes  ou  «  siphons  ». 

3.  Il  a  été  déjà  cité  au  ch.  xi,  p.  63. 


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X 


TENTATIVES  d’eSCALADE  DES  MURS  lyS 

voyant,  la  gent  païenne  fit  aussitôt  une  machine  qui  jetait 
de  grosses  pierres  sur  le  château*,  si  bien  que  presque  tous 
nos  chevaliers  furent  tués.  Ils  jetaient  aussi  du  feu  grégeois  ^ 
sur  le  château  dans  Fespoir  de  l’incendier  et  de  le  détruire, 
mais  Dieu  tout-puissant  ne  voulut  pas  que  le  château  brû¬ 
lât  cette  fois,  car  il  surpassait  en  hauteur  les  murs  de  la  cité. 

Nos  chevaliers  placés  à  l’étage  supérieur,  parmi  lesquels 
Guillaume  de  Montpellier^  et  beaucoup  d’autres,  lançaient 
d’énormes  pierres  sur  les  défenseurs  de  la  muraille.  Ils  ta¬ 
paient  si  raide  sur  leurs  boucliers  que  le  bouclier  et  l’homme 
tombaient,  celui-ci  mortellement  frappé,  à  l’intérieur  de  la 
ville.  Ainsi  combattaient  ceux-ci;  d’autres  tenaient  des 
lances  garnies  de  pennons*  et,  à  l’aide  de  leurs  lances  et 
d’hameçons  de  fer,  ils  cherchaient  à  attirer  à  eux  les  enne¬ 
mis.  On  combattit  ainsi  jusqu’au  soir. 

Derrière  le  château  étaient  les  prêtres,  les  clercs  revêtus 
de  leurs  ornements  sacrés,  qui  priaient  et  adjuraient  Dieu 
de  défendre  son  peuple,  d’exalter  la  chrétienté  et  d’abattre 
le  paganisme.  D’un  autre  côté,  nos  chevaliers  combattaient 
chaque  jour  l’ennemi,  dressant  des  échelles  contre  le  mur 
de  la  ville.;  mais  la  résistance  des  païens  était  telle  que  les 
nôtres  ne  pouvaient  faire  aucun  progrès.  Cependant,  Gou- 
fier  de  Lastours*  monta  le  premier  sur  le  mur  par  une 
échelle,  mais  aussitôt  l’échelle  se  rompit  sous  le  poids  de 
ses  trop  nombreux  compagnons.  Il  parvint  cependant  sur 
le  mur  avec  quelques-uns.  D’autres  ayant  trouvé  une 

4.  Mot  à  mot  :  «  garnis  de  signes  honorables  ».  Il  s’agit  des  pen- 
nons  et  des  gonfanons  que  les  chevaliers  fixaient  à  leur  lance. 

5.  «  Goufier  de  Lastours,  vicomte,  originaire  du  Limousin  » 
suivant  le  De  praedicatione  crucis  in  Aquitania  {Historiens  occi~ 
dentaux,  t.  V,  p.  35i).  Voir  dans  ce  morceau  l’exploit  fantastique 
qui  lui  est  attribué  et  l’histoire  de  son  lion  apprivoisé.  Il  était 
seigneur  de  Lastours,  près  de  Nexon  (Haute-Vienne),  et  frère  de 
Grégoire  Bechada,  auteur  d’une  première  Chanson  d'Antioche, 
que  la  plupart  des  critiques  considèrent  aujourd’hui  comme 
entièrement  perdue,  malgré  l’avis  de  Gaston  Paris  {Mélanges  de 
littérature  française  du  moyen  âge,  p.  221),  qui  croyait  en  recon¬ 
naître  un  fragment  important  dans  un  manuscrit  de  Madrid 
publié  par  Paul  Meyer  dans  les  Archives  de  VOrient  latin,  t.  II, 
p.  473-494.  Sur  Goufier,  cf.  Arbellot,  Les  chevaliers  limousins 
aux  croisades,  1881,  p.  70. 


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176  QUO  MODO  MARRA  EXPUGNATA  SIT 

murum  et  ascenderunt  peream  multi  milites  et  pediies 
siatimque  ascenderunt  super  murum.  Saraceni  igitur 
tam  robuste  invaserunt  illos  et“  per  murum  et  per  ter- 
ram,  sagittando  et  spiculando  comminus*  cum  suis 
lanceis,  ut  multi  ex  nostris,  timoré  perterriti,  demitte- 
rent  se  per  murum. 

Tamdiu  vero  illi  prudentissimi  viri  qui  remanserant 
in  muro  sufferebant  illorum  persecutionem  quamdiu^ 
alii,  qui  subter  castrum  erant,  foderunt  murum  urbis^. 
Videntes  vero  Saraceni  quod  nostri  fodissent  murum, 
statim  timoré  perterriti  inierunt  fugam  in  civitatem. 
Hoc  totum  factum  est  in  die  sabbati,  ad  horam  vesperi, 
occidente  sole,  xi®  die  intrante  decembri.  Boamundus 
igitur  fecit  per  interpretem  loqui  Saracenis  majoribus 
ut  ipsi  cum  suis  mulieribus  et  infaniibus  aliisque  subs- 
tantiis  mitterent  se  in  unum  palacium  quod  est  supra 
portam  ipseque  defenderet  eos  de  mortali  sentencia^. 

Intraveruntvero  omnes  nostri  in  civitatem  et  quicquid 
boni  invenerunt  in  domibus  et  in  foveis^,  hoc  unus- 
quisque  ad  suum  continebat  proprium*^.  Facto  autem 
die,  ubicunque  reperiebant  quemquam  illorum,  sive 
masculum  sive  feminam,  occidebant.  Nullus  angulus 
civitatis  deerat  vacuus  Saracenorum  cadaveribus  vixque 
poterat  aliquis  per  vias  ire  civitatis  nisi  calcando  su¬ 
per  Saracenorum®  cadavera.  Boamundus  denique  illos 
quos  jusserat  in  palacium  inirare  apprehendit  illisque 
abstulit  omnia  que  habebant,  videlicet  aurum,  argen- 
tum  aliaque  ornamenta;  alios  vero  fecit  occidi,  alios 
autem  jussit  conduci  ad  vendendum  Antiochie-^'^. 

Mora  autem  Francorum  fuit  in  ilia  urbe  per  unum 

a.  et  omïs  dans  A^y  B,  C.  —  b.  cominus  A^y  A^y  B,  C.  —  c.  quous- 
que  C.  —  d.  retinebat  ad  suum  opus  C.  —  e.  mortuorum  C.  — 
f,  in  Antiochiam  Ay  C*. 


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MARRA  PRISE  d’assaut  (ii  décembre  1098)  177 

autre  échelle,  la  dressèrent  rapidement  contre  la  muraille  : 
beaucoup  de  chevaliers  et  de  piétons  y  montèrent  aussitôt 
et  escaladèrent  le  mur.  Mais  les  Sarrasins  les  attaquèrent 
avec  une  telle  vigueur,  sur  le  mur  et  sur  le  sol,  en  lançant 
des  flèches  et  en  pointant  contre  eux  de  tout  près  avec  leurs 
lances,  que  beaucoup  des  nôtres,  frappés  de  terreur,  se  je¬ 
tèrent  du  haut  du  mur. 

Pendant  le  temps  que  ces  vaillants  hommes,  restés  au 
faîte  de  la  muraille,  supportaient  les  attaques,  ceux  qui 
étaient  sous  le  château  sapèrent  le  mur  de  la  ville  ^  Les 
Sarrasins,  voyant  que  les  nôtres  avaient  sapé  leur  muraille, 
furent  saisis  de  terreur  et  s’enfuirent  dans  la  cité.  Tout  ceci 
eut  lieu  le  samedi,  à  l’heure  de  vêpres,  au  coucher  du  soleil, 
le  II  décembre.  Bohémond  fit  dire  par  un  interprète  aux 
chefs  sarrasins  de  se  réfugier,  eux,  leurs  femmes  et  leurs 
enfants,  avec  leur  bagage,  dans  un  palais  situé  au-dessus  de 
la  porte  et  s’engagea  à  les  préserver  de  la  mort^. 

Puis  les  nôtres  pénétrèrent  tous  dans  la  ville,  et  tout  ce 
qu’ils  trouvèrent  de  quelque  valeur  dans  les  maisons  ou  les 
cachettes  3,  chacun  d’eux  se  l’appropriait.  Le  jour  venu,  par¬ 
tout  où  ils  découvraient  un  ennemi,  homme  ou  femme,  ils 
le  massacraient.  Pas  un  coin  de  la  cité  qui  fût  vide  de  ca¬ 
davres  sarrasins,  et  à  peine  pouvait-on  circuler  dans  les  rues 
de  la  ville  sans  marcher  sur  ces  cadavres.  Bohémond  saisit 
ceux  à  qui  il  avait  donné  l’ordre  d’entrer  dans  un  palais, 
leur  enleva  tout  ce  qu’ils  possédaient,  or,  argent  et  autres 
parures,  fit  tuer  les  uns  et  conduire  les  autres  à  Antioche 
pour  y  être  vendus^. 

Les  Francs  s’arrêtèrent  dans  cette  ville  pendant  un  mois 

1.  Le  château  de  bois  ayant  été  approché  des  murailles,  pen¬ 
dant  que  les  chevaliers  restés  sur  le  mur  tenaient  les  Sarrasins 
en  haleine,  les  sapeurs,  protégés  par  le  château,  ouvraient  une 
brèche  au  bas  de  la  muraille. 

2.  L’Anonyme  paraît  avoir  résumé  les  termes  de  la  capitula¬ 
tion. 

3.  On  y  a  vu  des  citernes  souterraines. 

4.  Rien  ne  montre  mieux  que  ce  trait  la  cupidité  qui  règne 
parmi  les  chefs. 


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178  COMITES  INTER  SE  LITIGANT 

mensem  et  iv  dies^,  in  qua  fuit  mortuus  Oriensis  epis- 
copus^.  Fuerunt  ibi  ex  nostris  qui  illic  non  invenerunt 
sicuti  opus  eis  erat,  tantum  ex  longa  mora  quantum  ex 
districtione  famis,  quia  foris  nequiverant  aliquid  inve- 
nire  ad  capiendum  ;  sed  scindebant  corpora  mortuorum, 
eo  quod  in  ventribus  eorum  inveniebant  bisanteos^  re- 
conditos;  alii  vero  cedebant  carnes  eorum  perfrusta  et 
coquebant  ad  manducandum*. 

[34.]  Boamundus  autem  non  potuit  apud  comitem 
SanctiEgidii  concordari  super  id  quod  petebat’  iratus- 
que  reversus  est  Antiochiam.  Cornes  igitur  Raimundus, 
non  diu  moratus,  mandavit  per  suos  legatos  Antiochie 
duci  Godefrido®  et  Flandrensi  comiti  ac  Rotberto  Nort- 
manno  et  Boamundo  ut  ipsi  venirent  ad  Rugiam®  civi- 
tatem  loqui  cum  eo;  veneruntque  illuc  omnes  seniores 
et  fecerunt  concilium  quomodo  honeste  possent  tenere 
viam  Sancti  Sepulchri  pro  qua  moti  sunt  et  usque  hue 
perventum  sit.  Nequiverunt  concordare  cum  Raimundo 
Boamundum,  nisi  Raimundus  cornes  redderet  Antio¬ 
chiam  ei^.  Noluit  cornes  ad  hoc  assentire*,  pro  fiducia 
quam  fecerat  imperatori.  Comités  denique  et  dux  revers! 
sunt  in  Antiochiam  cum  Boamundo;  cornes  vero  Rai¬ 
mundus  reversus  est  ad  Marram,  ubi  peregrini  erant, 
mandavit  quoque  suis  militibus  honestare  palacium  et 
castellum  quod  erat  supra  portam  pontis  civitatis®. 

a.  Les  mots  duci  Godefrido  et  tout  le  passage  qui  suity  jus¬ 
qu'aux  mois  omnem  abundantiam  frumenti  {p.  182^  ligne  23) 
inclusivement,  ont  été  omis  dans  C*.  —  b.  assentiri  C^. 

1.  Du  II  décembre  1098  au  i5  janvier  1099. 

2.  Guillaume,  évêque  d’Orange,  se  trouvait  dans  l’armée  des 
Provençaux  (Raimond  d’Aguilers,  20,  p.  3oi). 

3.  Sur  les  besants,  voir  p.  96,  n.  5.  A  l’entrée  des  Francs  dans 
la  ville,  des  Sarrasins  avaient  avalé  leurs  pièces  d’or  pour  mieux 
les  dissimuler. 


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DISCORDES  DES  COMTES  (janvier  1099)  179 


et  quatre  jours  et  ce  fut  alors  que  mourut  l’éveque 
d’Orange^.  Il  y  en  eut  parmi  les  nôtres  qui  ne  trouvèrent 
pas  là  ce  dont  ils  avaient  besoin,  tant  par  suite  de  la  lon¬ 
gueur  de  cet  arrêt  que  par  la  difficulté  de  se  nourrir,  car, 
hors  de  la  ville,  ils  ne  pouvaient  rien  trouver  à  saisir.  Alors 
ils  sciaient  les  cadavres,  parce  qu’on  découvrait  des  besants^ 
cachés  dans  leur  ventre;  d’autres  découpaient  leurs  chairs 
en  morceaux  et  les  faisaient  cuire  pour  les  manger^. 

[34.]  Bohémond  ne  put  s’accorder  avec  le  comte  de  Saint- 
Gilles  sur  ce  qu’il  demandait*;  irrité,  il  retourna  à  Antioche. 
Sans  retard,  le  comte  Raimond  manda  à  Antioche  par  des 
envoyés  au  duc  Godefroi,  au  comte  de  Flandre,  à  Robert 
de  Normandie  et  à  Bohémond  de  venir  jusqu’à  Rugia®  pour 
y  conférer  avec  lui.  Tous  les  seigneurs  y  vinrent  et  tinrent 
conseil,  afin  de  trouver  un  moyen  de  se  maintenir  honora¬ 
blement  sur  la  route  du  Saint-Sépulcre  pour  laquelle  ils 
s’étaient  croisés  et  étaient  parvenus  jusque-là.  Ils  ne  purent 
accorder  Bohémond  avec  Raimond  que  si  le  comte  Raimond 
lui  remettait  Antioche^.  Le  comte  refusa  d'y  consentir  à 
cause  de  la  foi  qu’il  avait  jurée  à  l’empereur.  A  la  fin,  les 
comtes  et  le  duc  revinrent  à  Antioche  avec  Bohémond,  et  le 
comte  Raimond  retourna  à  Marra  où  se  trouvaient  les  pèle¬ 
rins  et  manda  à  ses  chevaliers  de  mettre  en  état  le  palais  et 
le  château  qui  se  trouvait  au-dessus  de  la  porte  du  pont®. 

4.  Détails  confirmés  par  Raimond  d’Aguilers,  14,  p.  271;  Fou- 
cher  de  Chartres,  p.  352;  Raoul  de  Caen,  97,  p.  675;  Albert 
d’Aix,  V,  3o,  p.  461,  et  une  lettre  de  Daimbert,  archevêque  de 
Pise  {Epistuiae  et  chartae,  p.  170). 

5.  Les  détails  du  conflit  sont  donnés  par  Raimond  d’Aguilers, 
14,  p.  270.  Bohémond  proposait  de  différer  le  départ  de  Marra 
jusqu’à  Pâques.  Les  croisés  supplièrent  alors  Raimond  de  les 
conduire  à  Jérusalem  :  après  quelques  hésitations,  le  comte  fixa 
le  départ  à  quinze  jours.  Bohémond,  indigné,  se  retira  à 
Antioche. 

6.  Aujourd’hui  Riha;  la  réunion  eut  lieu  au  début  de  janvier 
1099. 

7.  Bohémond  exige  que  Raimond  lui  livre  les  parties  d’Antioche 
que  ses  troupes  occupent  toujours. 

8.  11  s’agit  des  postes  occupés  toujours  à  Antioche  par  les 


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l80  AD  HIERUSALEM  PERGIT  RAIMUNDUS 

Videns  autem  Raimundus  quod  nullus  seniorum  vo- 
luisset  causa  ejus  ire  in  viam  Sancti  Sepulcri,  exivit 
nudis  pedibus^  de  Marra  xiii®  die  intrante  januario  et 
pervenit  usque  Capharda^  fuitque  ibi  per  iii  dies^.  Illic 
adjunxit  se  cornes  Nortmannie®  comiti  Raimundo.  Rex 
autem  Cesaree**  multotiens  mandaverat  per  suos  nun- 
cios  comiti  Marre  et  Capharde  quod  cum  eo  pacem  vel- 
let  habere  et  de  suo  precium  ei  daret  et  christianos 
peregrinos  diligeret  fiduciamque  faceret,  quia  quantum 
continet  ejus  imperium  peregrinis  non  esset  offendicu- 
lum  et  mercatum  de  equis  et  de  corporalibus  alimentis 
daret  gaudenter. 

Exîerunt  autem  nostri  et  venerunt  hospitari  juxta 
Cesaream*  super  fluvium  Farfar®  ;  cumque  vidisset  rex 
Cesaree  contubernium  Francorum  tam^rope  civitatem 
hospitatum  esse,  doluit  animo  et  jussit  illis  devetari 
mercatum,  nisi  discederent  a  civitatis  confinio.  Cras- 
tina  vero  die  misit  cum  illis  duos  Turcos,  suos  videlicet 
nuncios,  qui  eis  monstrarent  fluminis  vadum  eosque 
conducerent  ubi  invenire  possent  ad  capiendum®.  De- 
nique  venerunt  in  vallem  quamdam  subter  quoddam 
castrum  ibique  depredati  sunt  plus  quam  quinque  ani- 
malium  milia  et  satis  frumenti  atque  alia  bona,  unde 
valde  fuit  refecta  tota  Christi  milicia.  Tamen  illud  cas¬ 
trum  reddidit  se  comiti  eique  dédit  equos  et  aurum 
purissimum  et  juraverunt  sua  lege^  quod  peregrinis  nil 
exinde  fieret  mali*^;  fuimusque  ibi  per  vdies®.  Egressi 

a.  nobilissimus  cornes  Normanniae  Roberlus  A^,  A^,  C^,  C*. 
—  b.  Caesaream  A^,  A^y  C^,  C^.  —  c.  nihil  deinceps  facerent 
mali  C»,  a. 

troupes  de  Raimond,  le  palais  de  lagi-Sian  et  le  château  de  la 
Mahomerie,  desquels  Bohémond  ne  tarda  pas  à  les  expulser. 
L’Anonyme  omet  ici  l’épisode  si  dramatique  de  la  destruction 
des  murs  de  Marra  par  le  bas  peuple,  indigné  des  discordes  des 
chefs  (Raimond  d’Aguilers,  14,  p.  271). 


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MARCHE  DE  RAIMOND  SUR  JÉRUSALEM  (l3  janvier  lOQQj  l8l 

Puis  Raimond,  voyant  que  nul  des  seigneurs  ne  voulait, 
à  cause  de  lui,  prendre  la  route  du  Saint*Sépulcre,  sortit  de 
Marra  nu-pieds’  le  i3  janvier  et  parvint  à  Capharda^,  où  il 
demeura  trois  jours  Là,  le  comte  de  Normandie  vint  se 
joindre  au  comte  Raimond.  Le  roi  de  Césarée^  avait  mandé 
souvent  au  comte  par  ses  envoyés  à  Marra  et  à  Capharda 
qu*il  voulait  vivre  en  paix  avec  lui,  qu’il  lui  donnerait  de 
son  avoir,  qu’il  honorerait  les  pèlerins  et  leur  jurerait  sa  foi, 
que  dans  les  limites  de  sa  domination  ils  ne  recevraient  au¬ 
cune  offense  et  qu’il  assurerait  volontiers  le  ravitaillement 
des  chevaux  et  la  nourriture  corporelle. 

Les  nôtres  partirent  et  vinrent  prendre  leurs  quartiers 
près  de  Césarée  sur  le  fleuve  Farfar*.  Le  roi  de  Césarée, 
voyant  le  camp  des  Francs  établi  si  près  de  la  cité,  fut  mé¬ 
content  et  ordonna  de  leur  refuser  le  ravitaillement  s’ils  ne 
s’éloignaient  de  l’enceinte  de  la  ville.  Le  lendemain,  il 
envoya  avec  evBc  deux  Turcs,  qui  lui  servaient  de  mes¬ 
sagers,  pour  leur  montrer  le  gué  du  fleuve  et  les  conduire 
où  ils  trouveraient  bonne  prise®.  Ils  arrivèrent  dans  une 
vallée  dominée  par  un  château  et  ils  razzièrent  plus  de 
cinq  mille  bêtes,  pas  mal  de  blé  et  d’autres  denrées, 
ce  qui  permit  de  refaire  les  forces  de  toute  Larmée  chré¬ 
tienne.  La  garnison  du  château  se  rendit  au  comte  et 
lui  donna  des  chevaux  et  de  l’or  fin,  puis  jura  par  sa  loi^ 
qu’il  n’adviendrait  aucun  mal  aux  pèlerins;  et  nous  fûmes  là 
pendant  cinq  jours^.  Nous  en  partîmes  pour  aller  tout 


1.  Afin  de  montrer  qu’il  reprend  le  pèlerinage  interrompu.  Cf. 
Raimond  d’Âguilers,  14,  p.  272. 

2.  Kafartab,  à  quatre  lieues  de  Marra. 

3.  Du  i3  au  16  janvier  1099. 

4.  Aujourd’hui  Schaizar,  sur  l’Oronte.  Par  *  roi  »,  il  faut 
entendre  l’émir  de  Césarée,  d’ailleurs  à  peu  près  indépendant. 

5.  Nom  donné  à  l’Oronte. 

6.  L’émir  de  Césarée  ne  trouve  rien  de  mieux  pour  se  débar¬ 
rasser  des  croisés  que  de  les  envoyer  piller  une  forteresse  voi¬ 
sine. 

7.  Probablement  en  jurant  sur  le  Coran.  On  remarquera  com¬ 
bien  le  ton  de  l’Anonyme  vis-à-vis  des  Musulmans  est  devenu 
moins  agressif. 

8.  Du  17  au  22  janvier  1099. 


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i82 


SARRACENORUM  OPPIDA  FRANCI  OBTINENT 


etenim  inde  pervenimus  gaudentes  hospitari  ad  quod- 
dam  Arabum  castrum.  Exivit  igitur  dominus  castri  et 
concordatus  est  cum  comité. 

Exeuntes  vero  inde,  pervenimus  ad  quamdam  civita- 
tem  pulcherrimam  et  omnibus  bonis  refertam,  in  qua- 
dam  valle  sitam,  nomine  Kephaliam^  Habitatores  vero 
illius,  audientes  Francos  venisse,  dimiserunt  urbem  et 
hortos  plenos  oleribus  et  domos  plenas  alimentis  cor- 
poralibus  et  fugerunt.  Tercia  die^,  egressi  ab  ilia  urbe, 
transivimus  per  altam  et  immensam  montaneam  et  in- 
travimus  invallem  deSem^^^in  qua  erat  maxima  uber- 
tas  omnium  bonorum*  fuimusque  ibi  per  dies  fere 
quindecim^. 

Hic  prope  nos  erat  quoddam  castrum  in  quo  erat 
congregata  maxima  paganorum  multitudo*.  Quod  cas¬ 
trum  aggressi  sunt  nostri  idque  fortiter  superassent 
nisî  Saraceni  jactassent  foras  immensas  turmas  ani- 
malium;  reversi  sunt  nostri  deferentes  omnia  bona 
ad  sua  tentoria.  Summo  autem  diluculo  collegerunt 
nostri  suos  papiliones  et  venerunt  obsidere  idem  cas¬ 
trum;  ibique  putabant  extendere  tentoria®;  sed  gens  pa- 
gana  omnino  dédit  se  fuge  ac  dimiserunt  castrum 
vacuum.  Intrantes  autem  nostri  invenerunt  ibi  omnem 
abundantiam  frumenti,  vini*^,  farine,  olei  et  quicquid 
eis  opus  erat.  Illic  devotissime  celebravimus  festivitatem 
Purificationis  sancte  Marie®  veneruntque  illic  nuncii 
de  Camela  civitate^.  Rex  namque  illius  mandavit  comiti 
equos,  aurum  et  pactus  est  cum  eo  quod  christianos 
nullo  modo  offenderet,  sed  eos  diligeret  et  honoraret. 

a.  Desem  X*,  C^;  de  Lem  B;  densam  A^.  —  b.  omnibus  bonis 
A^,  B,  C*.  —  c.  putabantque  ibi  figere  tentoria  C*,  C*.  —  d.  Ici 
prend  fin  la  lacune  de  C®  signalée  p.  178,  note  a. 

1.  L’ancienne  Raphania,  sur  !a  route  de  Césarée  à  Tripoli. 

2.  Le  25  janvier  1099. 


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OCCUPATION  DE  CHATEAUX  SARRASINS  (janv.-févr.  1099)  l83 

joyeux  prendre  nos  quartiers  près  d’un  château  d’Arabes. 
Le  seigneur  du  château  sortit  et  conclut  un  accord  avec  le 
comte. 

Après  notre  départ,  nous  parvînmes  à  une  ville  magni¬ 
fique  et  remplie  de  ressources,  située  dans  une  vallée;  elle 
s’appelait  Kephalia^  Ses  habitants,  à  la  nouvelle  de  l’arri¬ 
vée  des  Francs,  abandonnèrent  la  ville,  ses  jardins  remplis 
de  légumes,  ses  maisons  pleines  de  provisions  de  bouche  et 
s’enfuirent.  Trois  jours  après  2,  nous  quittâmes  cette  ville  et, 
après  avoir  franchi  une  immense  et  haute  montagne,  nous 
pénétrâmes  dans  la  vallée  de  Sem®,  où  se  trouvaient  des  res¬ 
sources  abondantes;  et  notre  étape  y  fut  de  quinze  jours^. 

Près  de  nous  était  un  château  où  se  trouvait  rassemblée  une 
multitude  de  païens®.  Nous  attaquâmes  ce  château  et  notre 
victoire  eût  été  certaine,  si  les  Sarrasins  n’avaient  fait  sor¬ 
tir  des  portes  un  immense  troupeau  de  bêtes.  Les  nôtres 
revinrent  dans  leurs  tentes  chargés  de  toute  espèce  de  biens. 
Puis,  au  petit  jour,  les  nôtres  plièrent  leurs  pavillons  et 
vinrent  assiéger  le  château  avec  le  dessein  d’y  établir  leurs 
tentes  ;  mais  toute  la  gent  païenne  prit  la  fuite  et  laissa  le 
château  désert.  Les  nôtres  y  pénétrèrent  et  y  trouvèrent  en 
abondance  du  blé,  du  vin,  de  la  farine,  de  l’huile  et  tout  ce 
qui  leur  était  nécessaire.  Là,  nous  célébrâmes  dévotement 
la  fête  de  la  Purification  de  sainte  Marie®  et  nous  reçûmes 
des  messagers  de  la  cité  de  la  ChamelleL  Son  roi  envoya 
au  comte  des  chevaux,  de  l’or  et  conclut  avec  lui  un  traité 
par  lequel  il  s’engageait  à  ne  pas  molester  les  chrétiens, 

3.  La  vallée  de  Sem  est  identifiée  avec  la  plaine  d’El  Boukeia, 
entre  le  Djebel  Akkar  et  le  Djebel  Ansarieh,  traversée  par  la 
route  d’Hamah  à  Tripoli. 

4.  Du  25  janvier  au  14  février  1099. 

5.  Cf.  Raimond  d’Aguilers,  14,  p.  274.  Ce  château,  habité  par 
des  Kurdes,  serait,  d’après  Hagenmeyer  (dans  son  édition  de  ce 
texte),  le  Krak  (Kalaat-el-Hosn),  qui  commande  le  défilé  par 
lequel  passent  les  routes  de  Homs  et  de  Hama  à  Tripoli  et  à 
Tortose. 

6.  Le  2  février  1099. 

7.  L’ancienne  Emèse,  dite  «  la  Chamelle  »  (Guillaume  de  Tyr, 
dans  les  Historiens  occidentaux^  t.  I,  p.  295). 


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TORTOSAM  FRANC!  INVADUNT 


184 

Rex  autem  Tripolis^  mandavit  comiti  quoniam  cum  eo 
fideliter  pactum  iniret  et  amiciciam  haberet,  si  ei  pla- 
ceret,  misitque  illi  equos  x  et  iv  mulas  et  aurum;  sed 
cornes  ait  nullo  modo  cum  eo  pacem  se  recipere®,  nisi 
ille  christianus  efficeretur. 

Exeuntes  autem  de  optima  valle,  pervenimus ad  quod- 
dam  casirum,  quod  dicitur  Arche^,  in  die  lune,  scilicet 
II»  feria  mediantc  februario^;  circa  quod  tentoria  teten- 
dimus,  quod*  plénum  erat  innumerabili  gente  pagano- 
rum^;  et*^  mirabiliter  munierunt  castrum  illud  et  defen- 
debant  se  fortiter.  Tune  exeuntes  xiv  ex  nostris  militi- 
bus,  ierunt  contra  Tripolim  urbem,  que  erat  secus  nos. 
Isti  XIV  invenerunt  circa  lx  Turcos  et  alios  quosdam 
qui  habebant  ante  se  collectos  homines  et  animalia  plus 
quam  md.  Qui,  signo  crucis  muniti,  invaserunt  eos*  et 
occiderunt  vi  ex  illis  apprehenderuntque  vi  equos-^. 

De  exercitu  vero  Raimundi  comitis  exierunt  Raimun- 
dus  Piletus*  et  Raimundus  vicecomes  de  Tentoria^ ^ 
veneruntque  ante  Tortosam  civitatem  ®  ;  et  fortiter  aggre- 
diuntur*  illam,  que  nimis  erat  munita  multiiudine  paga- 
norum.  Sero  autem  jam  facto  secesserunt  in  quemdam 
angulum  ibique  hospitati  sunt  feceruntque  innumera- 
biles  ignés,  quasi^  tota  hostis  esset  ibi.  Pagani  vero, 
timoré  perterriii,  nocte  latenter  fugerunt  et  dimiserunt 
civitatem  plenam  omnibus  bonis,  que  etiam  valde  opti- 

a.  cum  eo  nullo  modo  pacem  se  recipere  A^;  nullatenus  se  pa> 
cem  cum  illo  facere  C.  —  b.  quod  castrum  A^,  B,  C.  —  c.  pa- 
ganorum,  videlicet  Turcorum,  Saracenorum,  Arabum,  Publica- 
norum  A^,  -4*,  5,  C.  —  d.  qui  Ai,  B,  C.  —  e.  eos  et  Deo  juvante 
mirabiliter  superaverunt  illos  A*,  B,  O,  O.  —  f.  superaverunt 
et  apprehenderunt  vi  ex  illis  et  occiderunt  vi  equos  quos  ceperunt 
C*.  —  g.  Tentoriis  A*,  A^,  C*,  O.  —  h.  aggressi  sunt  C.  —  i.  ita 
ut  Al. 


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i85 


PRISE  DE  TORTOSE  (février  1099) 

mais  à  les  honorer  et  les  aimer.  Le  roi  de  Tripoli  %  de  son 
côté,  adressa  un  message  au  comte  pour  conclure  avec  lui 
un  accord  et,  s’il  le  désirait,  se  lier  d’amitié  avec  lui;  il  lui 
envoya  dix  chevaux,  quatre  mules  et  de  l’or;  mais  le  comte 
déclara  qu’il  ne  ferait  la  paix  avec  lui  que  s’il  consentait  à 
devenir  chrétien. 

Après  avoir  quitté  cette  belle  vallée,  nous  arrivâmes 
à  une  place  forte  appelée  Archas^  un  lundi,  au  milieu  de 
février^,  et  nous  y  fixâmes  nos  tentes.  Elle  était  occu¬ 
pée  par  une  innombrable  gent  païenne  qui  avait  fortifié 
admirablement  la  place  et  se  défendait  vigoureusement. 
Quatorze  de  nos  chevaliers  partirent  pour  marcher  contre 
Tripoli,  située  près  de  nous.  Ces  quatorze  trouvèrent  envi¬ 
ron  soixante  Turcs  et  quelques  autres  qui  avaient  rassemblé 
devant  eux  des  hommes  et  des  animaux,  au  nombre  de 
quinze  cents  et  plus.  Munis  du  signe  de  la  croix,  ils  les  at¬ 
taquèrent,  en  tuèrent  six  et  s’emparèrent  de  six  chevaux. 

De  l’armée  du  comte  Raimond  partirent  Raimond  Pilet^ 
et  Raimond,  vicomte  de  Turenne^*.  Ils  arrivèrent  devant  la 
ville  de  Tortose®,  défendue  par  une  multitude  de  païens,  et 
l’attaquèrent  vigoureusement.  Le  soir  venu,  ils  se  retirèrent 
dans  un  coin  et  y  établirent  leur  quartier  en  allumant  de 
grands  feux,  comme  si  toute  l’armée  se  trouvait  là.  Les 
païens,  saisis  de  terreur,  s’enfuirent  secrètement  la  nuit  et 
abandonnèrent  la  ville  avec  ses  nombreuses  ressources;  elle 

1.  Tripoli  (Taraboulan),  au  pied  du  Liban,  un  des  ports  de 
Syrie  les  plus  importants.  Sur  la  terreur  inspirée  par  les  croisés 
et  les  offres  de  soumission  des  émirs  de  Syrie,  voir  une  lettre  de 
Daimbert,  archevêque  de  Pise  {Epistulae  et  chartacj  p.  170). 

2.  Archas,  place  très  forte  dépendant  de  l’émir  de  Tripoli. 

3.  Le  14  février  1099. 

4.  Sur  Raimond  Pilet,  voir  p.  i63. 

5.  Raimond  de  Torena  (Tudebode,  p.  98),  de  Torenna  {De  prae- 
dicatione  crucis  in  Aquitania,  dans  les  Historiens  occidentaux j 
t.  V,  p.  35r),  identifié  avec  Raimond,  vicomte  de  Turenne  en 
Limousin  (Arbellot,  Les  chevaliers  limousins  aux  croisades,  p.  43). 

6.  Tortose,  ancienne  Antarad,  port  situé  au  nord  de  Tripoli,  en 
face  de  l’ile  de  Rouad  (ancienne  Arad). 

Première  croisade.  i5 


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l86  COMITES  RAIMUNDUSQUE  IN  UNUM  CONVENIUNT 

mum  portum  secus  mare  in  se  retinet^  Crastina  autem 
die  venerunt  nostri  ut  undique  invaderent  illam  invene- 
runtque  vacuam**  et  intrantes  hospitati  sunt*  in  ea 
usque  dum  obsessio  esset  ante  urbem  Archae.  Est 
prope  istam  alia  urbs  que  dicitur  Maraclea^;  ammira- 
lius  qui  eam  regebat  pactus  est  cum  nostris  et  misit 
nostros  in  civitatem*^  nostraque  vexilla. 

[35.]  Dux  quoque  Godefridus  et  Boamundus  Flan- 
drensisque  cornes  venerunt  usque  ad  Lichiam  civita- 
tem^;  disseparavit  enim  se  Boamundus  ab  illis  et  rever- 
sus  est  Antiochiam-*. 

Illi  vero  venerunt  et  obsederunt  quandam  urbem  cui 
nomen  Gibellum®.  Audiens  itaque  Raimundus  cornes 
de  Sancto  Egidio  quod  innumerabilis  gens  paganorum 
rueret  super  nos  ad  certum  bellum,  illico  consilium 
habuit  cum  suis  ut  mandaret^  senioribus  qui  erant*  in 
obsidione  Gibelli  quatinus  eis  subvenirent-^.  Quod  illi 
audientes^  statim  pacti  sunt  cum  ammiralio,  facientes 
pacem  cum  eo,  et  acceperunt  equos  et  aurum  dimîse- 
runtque  urbem,  venientes  ad  nos*  in  adjutorium;  sed 
illi^  non  venerunt  ad  bellum  contra  nos;  itaque  comi¬ 
tés  predicti  hospitati  sunt  ultra  flumen  ibique  obsede¬ 
runt  castrum  illud®. 

Non  mulio  post  equitaverunt  nostri  contra  Tripolim  ^ 

a.  illam  vacuam  A^^B.  —  b.  habitaveruni  A^,  B.  —  c.  et  rece- 
pit  nostros  in  civiiate  C.  —  d.  mandet  A^y  B.  —  e.  sunt  A  y  B.  — 
f.  obviam  venirent  O.  —  g.  quo  audiio  illi  C.  —  h.  dimittentes- 
que  urbem,  venerunt  ad  nos  C.  —  i.  illi  vero  de  quibus  audiera- 
mus  C. 

1.  L’Anonyme,  suivi  par  ses  remanieurs,  est  le  seul  à  donner 
des  détails  sur  la  prise  de  Tortose,  que  Raimond  d’Aguilers  (i5, 
p.  276)  et  Albert  d’Aix  {V,  3i,  p.  451)  ne  font  que  mentionner. 

2.  Marakia,  sur  la  mer,  au  nord  de  Tortose. 


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JONCTION  DES  COMTES  AVEC  RAIMOND  187 

possède,  en  outre,  un  port  excellent  près  de  la  mer<.  Le 
lendemain,  les  nôtres  se  préparèrent  à  attaquer,  mais  ils 
trouvèrent  la  cité  vide.  Ils  y  entrèrent  et  y  prirent  leurs 
quartiers  jusqu’au  moment  où  Ton  assiégea  Archas.  Tout 
près  est  une  autre  ville  appelée  Marakia*  :  l’amiral,  qui  la 
gouvernait,  traita  avec  les  nôtres  et  les  introduisit  dans  la 
ville  avec  leurs  bannières. 

[36.]  Le  duc  Godefroi,  Bohémond  et  le  comte  de  Flandre 
vinrent  jusqu’à  la  ville  de  La  Liche^.  Bohémond  se  sépara 
des  autres  et  retourna  à  Antioche^. 

Eux  continuèrent  leur  marche  et  assiégèrent  une  ville 
appelée  GibeP.  Le  comte  Raimond  de  Saint-Gilles,  appre¬ 
nant  qu’une  innombrable  troupe  de  païens  marchait  contre 
nous  pour  nous  livrer  bataille,  tint  immédiatement  un  con¬ 
seil  avec  les  siens  pour  mander  aux  seigneurs  qui  se  trou¬ 
vaient  au  siège  de  Gibel  de  venir  lui  porter  secours.  A  cette 
nouvelle,  ceux-ci  conclurent  un  traité  avec  l’amiral,  firent 
la  paix  avec  lui,  reçurent  des  chevaux  et  de  l’or  et  abandon¬ 
nèrent  la  ville  pour  venir  à  notre  secours  ;  mais  les  païens 
annoncés  ne  vinrent  pas  nous  combattre  ;  et  ces  comtes,  ayant 
pris  leurs  quartiers  au  delà  du  fleuve,  prirent  part  au  siège 
de  cette  place®. 

Peu  après,  les  nôtres  chevauchèrent  contre  Tripoli^  et 

3.  L’ancienne  Laodicée  (aujourd’hui  Latakieh),  appelée  La  Liche, 
dans  la  toponymie  de  l’Orient  latin. 

4.  Parce  que,  d’après  Albert  d’Aix  (V,  33,  p.  453),  il  craignait 
d’en  être  frustré  par  une  trahison  pendant  son  absence.  Après 
avoir  hésité  plus  de  deux  mois,  les  autres  chefs  se  décident  enfin 
à  suivre  l’exemple  de  Raimond  de  Saint-Gilles  et  à  marcher  sur 
Jérusalem. 

5.  Gibel,  l’ancienne  Gabala,  aujourd’hui  Djibleh,  petit  port 
entre  Latakieh  et  Tortose,  ne  doit  pas  être  confondue  avec  Gibe- 
let  (Djebeïl),  l’ancienne  Byblos. 

6.  La  place  d’Archas.  Le  bruit  avait  couru  que  le  calife  en  per¬ 
sonne  marchait  contre  les  croisés  (Raimond  d’Aguilers,  16,  p.  277; 
Albert  d’Aix,  V,  33,  p.  453). 

7.  Diversion  destinée  à  empêcher  les  Turcs  de  venir  au  secours 
d’Archas. 


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i88 


ARCHAM  FRAKCI  OBSIDENT 


inveneruntque  extra  civitatem  Turcos,  Arabes  et  Sara- 
cenos,  quos  invaserunt®  nostri  et  miserunt  eos  in  fugam 
et  occiderunt  maximam  partem  nobilium^  urbis.  Tanta 
fuit  paganorum  occisio  et  sanguinis  effusio,  ut  eciam 
aqua,  que  in  civhate  fluebat,  videretur  rubere  et  fluere  in 
cisternas  eorum*;  unde  valde  fuerunt  tristes^  dolentes- 
que,  jam  vero*'  tanto  timoré  perterriti  ut  nullus  eorum 
auderet  exire  extra  dvitatis  portam. 

Alia  vero  die  equitaverunt  nostri  ultra  de  Sem^  et  in- 
venerunt  boves  et  oves  et  asinos  multaque  animalia; 
camelos  quoque  depredati  sunt  fere  iii  milia.  Obsedi- 
mus  vero  castrum  supradictum^  per  iii  menses  minus 
una  die  ibique  Pascha  Domini  celebravimus  iv^  idus 
aprilis'*.  Naves  quippe  nostre  venerunt  prope  nos  in 
quendam  portum  quamdiu  fuimus  in  ilia  obsidione’*^ 
deferentes  maximum  mercatum,  scilicet  frumentum, 
vinum  et  carnem  et  caséum  et  hordeum  et  oleum,  unde 
maxima  ubertas  fuit  in  tota  expedicione.  In  ilia  denique 
obsidione  féliciter  acceperunt  mariirium  plures  ex  nos- 
tris,  videlicet  Anselmus  de  Ribomont**,  Willelmus 
Picardus  et  aliiplures,  quos  ignoro. 

Rex  quoque  Tripolis  sepe  nuntios  mittebat  seniori- 
bus  ut  dimitterent  castrum  et  cum  eo  concordarentur. 
Audientes  itaque  nostri  hoc,  scilicet-'"  et  dux  Godefridus 
et  Raimundus  cornes  S[ancti]  Egidii#"  ac  Rotbertus 
Nortmannus*  Flandrensisque  cornes,  videntesque  no- 

a.  invadentes  C;  terruerunt  A^.  —  b.  civium  C.  —  c.  tristes 
alii  B,  C.  —  d.  jam  vero  erant  A^^  By  C.  —  e.  Ansellus  de 
Ribodimonte  A^,  O,  C^.  —  /.  porro  rex  Tripolis  sepe  mittebat 
legatos  ad  seniores,  rogans  ut  castrum  dimitterent  et  cum  eo 
concordiam  facerent.  Quod  audientes  nostri,  scilicet  dux  C.  — 
g.  Sancti  Egidii  omis  dans  A^.  — h.  inclytusque  cornes  (miles  C) 
Rotbertus  Normannie  A^j  C. 

I.  «  Nobles  B  doit  être  pris  dans  le  sens  général  de  «  notables  n. 


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SIÈGE  dVrchas  (14  février-i3  mai  1099]  189 

trouvèrent  hors  de  la  ville  des  Turcs,  Arabes  et  Sarrasins. 
Les  nôtres  les  attaquèrent,  les  mirent  en  fuite  et  tuèrent 
une  grande  partie  des  nobles^  de  la  ville.  Le  massacre  des 
païens  et  Teffusion  de  sang  furent  tels  que  Teau  qui  cou¬ 
lait  dans  la  ville  et  alimentait  les  citernes  semblait  rouge, 
ce  qui  les  remplit  de  douleur  et  de  chagrin.  Ils  étaient 
épouvantés  au  point  que  nul  d’entre  eux  n’osait  franchir  les 
portes  de  la  ville. 

Un  autre  jour,  les  nôtres  chevauchèrent  au  delà  de  Sem* 
«t  trouvèrent  des  bœufs,  des  brebis,  des  ânes  et  beau¬ 
coup  de  bestiaux,  ainsi  que  des  chameaux;  ils  en  raflèrent 
prés  de  trois  mille.  Nous  assiégeâmes  la  place  mentionnée  ^ 
pendant  trois  mois  et  un  jour,  et  nous  y  célébrâmes  la 
Pâque  du  Seigneur  quatre  jours  avant  les  ides  d’avriH.  Nos 
navires  vinrent  à  proximité  de  nous  dans  un  port  pendant 
tout  le  temps  que  dura  ce  siège*  et  ils  nous  apportèrent  un 
abondant  ravitaillement  en  blé,  vin,  viande,  fromage,  orge 
et  huile,  ce  qui  procura  une  grande  abondance  au  cours  de 
l’expédition.  Pendant  ce  siège,  plusieurs  des  nôtres  reçurent 
un  heureux  martyre,  entre  autres  Anselme  de  Ribemont®, 
Guillaume  le  Picard  et  plusieurs  autres,  que  j’ignore. 

Le  roi  de  Tripoli  envoyait  souvent  des  messagers  aux  sei¬ 
gneurs  pour  les  engager  à  abandonner  cette  place  et  à  s’ac¬ 
corder  avec  lui.  En  étant  informés  et  voyant  les  nouvelles 
récoltes  s’annoncer  (car,  au  milieu  de  mars,  nous  mangions 

2.  Il  s’agit  ici  d’une  razzia  dans  la  plaine  d’El  Boukeia,  afin  de 
ravitailler  l’armée. 

3.  La  place  d’Ârchas.  Le  siège  dura  du  14  février  au  i3  mai 
1099. 

4.  Le  10  avril. 

5.  Probablement  à  Tortose.  Il  s’agit  de  la  flotte  génoise  qui  a 
croisé  sur  les  côtes  de  Syrie  pendant  toute  l’expédition.  On  se 
souvient  qu’elle  avait  abordé  à  Port-Saint-Siméon.  Voir  p.  89 
et  129. 

6.  Seigneur  de  Ribemont,  dans  la  vallée  de  l’Oise,  non  loin  de 
Saint-Quentin  (Aisne),  auteur  des  deux  lettres  à  Manassès,  arche¬ 
vêque  de  Reims,  que  nous  avons  citées  plusieurs  fois  (entre 
autres,  p.  35,  n.  9;  p.  67,  n.  i;  p.  96,  n.  i,  etc.).  Sur  cette  mort, 
voir  Raimond  d’Aguilers,  16,  27Ô-377;  Foucher  de  Chartres,  I,  25, 
p.  353;  Albert  d’Aix,  V,  3i,  p.  432;  Raoul  de  Caen,  106,  p.  680-^1. 


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190  DE  FACTO  CUM  TRIPOLIS  REGE  COMPOSITO 

VOS  fructus  properasse®,  quia  in  medio  martio  comede- 
bamus  novellas  fabas,  medio  quoque  aprili  frumen- 
tum\  consiliati  sunt  nostri  dicentes  bonum  valde  esse 
Hierosolimitanum  iter  explere  cum  novis  fructibus^. 

[36.]  Discessimus  igitur  a  Castro  et  pervenimus  Tri- 
polim  in  vi«  feria,  xiiio  die  intrante  maio  ibique  fuimus 
per  iii  dies^.  Tandem  concordatus  est  rex  Tripolis  cum 
senioribus  illisque  continuo  dissolvit  plus  quam  ccc  pe- 
regrinos  qui  illic  capti  erant*  deditque  xv  milia  bisan- 
teorum^  et  xv  equos  magni  precii*^;  dédit  eciam  nobis 
magnum  mercatum  equorum,  asinorum  omniumque 
bonorum,  unde  nimis  ditata  est  omnis  Christi  milicia. 
Pacms  est  vero  cum  illis  quia,  si  bellum  quod  eis  ammi- 
ralius  Babylonie**  parabat  possent  devincere  et  Hieru- 
Salem  apprehendere,  ille  christianus  efficeretur  terram- 
que  ab  eis  recognosceret  atque  tali  modo  factum  est 
placitum. 

Nos  autem  discessimus  ab  urbe  in  ii«  feria  mensis 
maii*  transivimusque  per  viam  artam  et  arduam  tota 
die  ac  nocte*'  et  pervenimus  ad  castrum  cui  nomen, 
Bethelon®,  deinde  ad  urbem  que  dicitur  Zebar-/^^  secus 

a,  propinquasse  C.  —  b.  in  vinculum  tenebantur,  insuper  et 
quindecim  C*  (necnon  et  quindecim  C*).  —  c.  bizancios  A^; 
bizanteos  B,  C.  —  d.  precii  dédit  eis.  Donavit  vero  nobis  (do- 
navit  etiam  C*,  C*).  —  e.  quotidie  et  tota  nocte  A^.  — 
/,  Zebari  B,  C. 


1.  Sur  l’exactitude  de  ce  renseignement  (la  culture  du  blé  et  des 
légumes  occupe  toujours  la  première  place  dans  l’agronomie 
syrienne),  voir  l’étude  de  P.  Huvelin,  Que  vaut  la  Syrie?  [Con¬ 
grès  français  de  Syrie,  Marseille,  1919,  fasc.  1,  p.  i5-i8). 

2.  Ce  qui  doit  faciliter  le  ravitaillement. 

3.  II  ressort  de  ce  récit,  confirmé  par  les  autres  sources,  que 
les  croisés  ont  levé  le  siège  d’Archas  sans  avoir  pu  prendre  la 


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TRAITÉ  AVEC  LE  ROI  DE  TRIPOLI  (l6  mai  IOQQ)  IQI 

des  fèves  nouvelles  et,  au  milieu  d’avril,  nous  avions  du 
bléM,  les  nôtres  —  je  veux  dire  :  le  duc  Godefroî,  Rai¬ 
mond,  comte  de  Saint-Gilles,  Robert  de  Normandie,  le 
comte  de  Flandre* —  tinrent  un  conseil  et  décidèrent  qu’il  y 
avait  intérêt  à  accomplir  le  voyage  de  Jérusalem  avec  les 
fruits  nouveaux^. 

[36.]  Nous  quittâmes  donc  cette  place  et  atteignîmes 
Tripoli  le  vendredi,  i3  mai,  et  nous  y  demeurâmes  trois 
jours^.  Le  roi  de  Tripoli  conclut  enfin  un  accord  avec 
les  seigneurs  et  il  leur  livra  immédiatement  plus  de  trois 
cents  pèlerins,  qui  étaient  là  en  captivité;  il  leur  donna 
quinze  mille  basants  et  quinze  destriers  de  grand  prix;  il 
nous  fournit  aussi  un  abondant  ravitaillement  en  chevaux, 
ânes  et  denrées  de  toute  sorte,  ce  qui  enrichit  toute  l’armée 
du  Christ.  Il  stipula  avec  les  chefs  que,  s’ils  pouvaient  ga¬ 
gner  la  guerre  que  leur  préparait  l’amiral  de  Babylone^  et 
prendre  Jérusalem,  il  se  ferait  chrétien  et  tiendrait  d’eux  sa 
terre.  Ainsi  fut-il  fait  et  conclu. 

Nous  quittâmes  la  ville  un  lundi  du  mois  de  mai*  et 
nous  suivîmes  toute  la  nuit  une  route  étroite  et  escar¬ 
pée.  Nous  parvînmes  à  un  château  appelé  Béthelon*,  puis 
à  une  ville  située  près  de  la  mer,  qu’on  nomme  Zebar^. 

ville.  Dans  toute  cette  partie  le  récit  de  l’Anonyme  est  d’ailleurs 
manifestement  incomplet.  Il  omet  l’arrivée  au  camp  d’une  am¬ 
bassade  de  l’empereur  (Raimond  d’Âguilers,  i8,  p.  286),  la  nou¬ 
velle  vision  de  Pierre  Barthélemy  et  l’épreuve  du  feu  subie  par 
lui  devant  Ârchas,  enfin  sa  mort  à  la  suite  de  ses  blessures  (Rai¬ 
mond  d’Aguilers,  17,  p.  280-288;  Foucher  de  Chartres,  ^I,  18, 
p.  344-345),  l’arrivée  à  Archas  d’une  ambassade  du  calife  d’Égypte 
qui  offre  que  trois  cents  croisés  aillent  à  Jérusalem  sans  armes 
(Raimond  d’Aguilers,  16,  p.^  277). 

4.  Le  calife  fatimite  d’Égypte,  dont  les  troupes  occupaient 
Jérusalem,  s’inquiétait  des  progrès  des  croisés. 

5.  Tudebode  (p.  loi)  précise  :  le  lundi  du  milieu  de  mai,  c’est- 
à-dire  le  16  mai. 

6.  Aujourd’hui  Bâtroun,  à  vingt-cinq  kilomètres  au  sud  de  Tri¬ 
poli. 

7.  D’après  Tudebode,  p.  loi,  Gibelon,  l’ancienne  Byblos,  aujour¬ 
d’hui  Djebaïl. 


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192  PALAESTINAM  FRANCI  TRANSEUNT 

mare,  in  qua  passi  sumus  nimiam  sitim,  et  sic  defessi 
pervenimus  ad  flumencui  nomen  Braym^  ;  deinde  tran- 
sivimus  nocte  ac  die  Ascensionis  Domini^  per  montem 
in  quo  est  via  nimis  angusta^  et  illic  putavimus  inimi- 
cos  nobis®  insidiantes  invenire,  sed  Deo  annuente  nul- 
lus  eorum  audebat  properare  ante  nos;  nostri  denique 
milites,  precedentes  nos,  liberaverunt  ante  nos  viam  il- 
lam  et  applicuimus  ad  civitatem  juxta  mare,  que  dici- 
tur  Baruth*  et  inde  venimus  ad  aliam  urbem  que  voca- 
tur  Sagitta^,  dehinc  ad  aliam  que  dicitur  Sur^  et  de 
Sur  ad  Acram  civitatem^;  de  Acra  vero  venimus  ad  cas- 
trum  cui  nomen  Cayphas  ac  deinceps  hospitati  sumus 
juxta  Cesaream  ibique  celebravimus  Pentecosten  iii*  die 
exeunte  maio®. 

Deinde  venimus  ad  urbem  Ramola®,  quam  Sara- 
ceni  dimiserant  vacuam  propter  metum  Francorum, 
juxta  quam  erat  honorabilis  ecclesia  in  qua  requie- 
vit  preciosissimum*  sancti  Georgü  corpus,  quia  illic 
a  perfidis  paganis  pro  Christi  nomine  féliciter  marti- 
rium  suscepit*®,  ibique  consiliati  sunt  nostri  majores 
ut  eligerent  episcopum  qui  hanc  custodiret  et  rege- 
ret^  ecclesiam,  cui  suas  dederunt  décimas  et  auro 
argentoque  ditaverunt  et  equis  ac  animalibus  aliis,  quo 
devote  et  honeste  viveret  cum  illis  qui  cum  eo  essent; 
remansit  ipse  illic  cum  gaudio^'. 

a.  nobis  omis  dans  A*,  B,  C*,  C*.  —6.  pretiosissimum 
B,  C*,  C*.  —  c.  erigeret  B. 

1.  Le  Nahr  Ibrahim,  ancien  fleuve  d* Adonis,  au  sud  de 
Byblos. 

2.  Le  19  mai  1099. 

3.  Il  s’agit  de  la  route  très  difficile,  située  à  flanc  de  rocher, 
qui  va  de  Djebaïl  à  Beyrouth. 

4.  La  grande  ville  de  Beyrouth. 

5.  L’ancienne  Sidon,  aujourd’hui  Saïda,  Sagette  dans  la  topo¬ 
nymie  médiévale. 


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TRAVERSÉE  DE  LA  PALESTINE  (mai-juin  IO99)  I93 

Nous  y  souffrîmes  d’une  grande  soif  et,  ainsi  épuisés,  nous 
atteignîmes  un  fleuve  qu’on  nomme  le  Brahim',  puis,  pen¬ 
dant  la  nuit  et  le  jour  de  l’Ascension  du  Seigneur^,  nous 
franchîmes  une  montagne  par  un  chemin  très  resserré^. 
Nous  pensions  y  trouver  des  ennemis  en  embuscade,  mais, 
par  la  permission  de  Dieu,  nul  d’entre  eux  n^osait  approcher 
de  nous.  Nos  chevaliers  nous  précédèrent  et  ouvrirent  la 
route  devant  nous.  Puis  nous  atteignîmes  une  cité  mari¬ 
time  appelée  Beyrouth^;  de  là  nous  arrivâmes  à  une  autre 
ville  du  nom  de  Sagette*,  puis  à  une  autre  appelée  Sour®et 
de  Sour  à  la  cité  d’Acre"^.  D’Acre,  nous  parvînmes  à  une 
place  forte  appelée  Caïffa,  puis  nous  prîmes  nos  quartiers 
près  de  Césarée,  où  nous  célébrâmes  la  Pentecôte  le  29  mai®. 

Ensuite,  nous  vînmes  à  la  ville  de  Ramleh®,  que  les  Sarra¬ 
sins  évacuèrent  par  crainte  des  Francs.  Tout  près  se  trouvait 
une  église  vénérable  dans  laquelle  repose  le  corps  très  pré¬ 
cieux  de  saint  Georges  car  c’est  là  que  les  païens  perfides 
lui  ont  fait  subir  un  heureux  martyre  pour  le  nom  du 
Christ;  nos  chefs  décidèrent  en  conseil  d’élire  un  évêque 
pour  garder  et  régir  cette  église;  ils  lui  accordèrent  des 
dîmes  et  l’enrichirent  en  or,  en  argent,  en  chevaux  et  autres 
animaux,  afin  qu’il  pût  vivre  là  dévotement  et  honorable¬ 
ment  avec  ses  hommes;  il  y  demeura  avec  joie^^ 

6.  L’ancienne  Tyr,  où,  le  23  mai,  l’armée  fut  rejointe  par  des  che¬ 
valiers  venus  d’Antioche  et  d’Édesse  (lettre  de  Daimbert,  dans  les 
Epislulae  et  chartae,  p.  170). 

7.  Saint-Jean  d’Acre. 

8.  Le  passage  à  Césarée  eut  lieu  le  29  mai  1099.  Depuis  Tri¬ 
poli  les  croisés  n’ont  cessé  de  suivre  la  côte. 

9.  Ramleh,  au  sud-est  de  Jaffa,  sur  la  route  de  cette  ville  à  Jéru¬ 
salem. 

10.  D’après  la  tradition,  saint  Georges,  originaire  de  Lydda,  fut 
martyrisé  à  Nicomédie  sous  Dioclétien.  Cependant,  une  église, 
celle  dont  il  est  question  ici,  avait  été  élevée  non  loin  de  Ramleh 
par  Justinien  (Guillaume  de  Tyr,  VII,  22,  dans  les  Historiens 
occidentaux^  t.  I,  p.  3i3). 

11.  Ce  fut  un  Normand,  Robert,  originaire  du  diocèse  de  Rouen, 
qui  fut  élu  évêque  (Guillaume  de  Tyr,  VII,  22,  dans  les  Histo¬ 
riens  occidentaux^  t.  I,  p.  3i3).  Le  séjour  à  Ramleh  dura  du  3  au 
6  juin. 


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194  HIERUSALEM  FRANCI  ADVENIUNT 

[37.]  Nos  autem,  letantes  et  exultantes,  usque  ad  civi« 
tatem  Hierusalem®  pervenimus  feria  tercia,  viii»  idus 
junii^  eamque  mirabiliter  obsedimus^.  Rotbertus  nam- 
que  Nortmannus*  eam  obsedit  a  septentrione  juxta 
sanctî  Stephani  protomartiris®  ecclesiam  ubi*^  lapida- 
tus  est  pro  Christi  nomine®;  juxta  eum  Rotbertus  Flan- 
drensis  cornes.  Ab  occidente  vero  obsedit  eam  dux  Go- 
defridus  et  Tancredus^.  A  meridie  obsedit  eam  cornes 
Sancti  Egidii,  scilicet  in  monte  Sion,  circa  ecclesiam 
Sancte  Marie,  matris  Domini,  ubi  Dominus  cum  suis 
cenavit  discipulis®. 

Tercia  vero  die  ex  nostris,  scilicet*  Raimundus  Pile- 
tus  et  Raimundus  deTaurina*  et  alii  plures  causa  pre- 
liandi-^  sequestraverunt  se  ab  exercitu  inveneruntque^ 
bis  centum  Arabes  et  preliati  sunt  Christi  milites  contra 
illos  incredulos  et  Deo  adjuvante  fortiter  illos  supera- 
verunt  et  occiderunt  multos  ex  eis  et  apprehenderunt 
XXX  equos. 

Secunda  vero  veniente  feria^  aggredimur  fortissime 
civitatem  tam  mirabiliter  ut,  si  scale  fuissent  parate,  in 
nostra  fuissetcivitas  manu.Tamen  minorem  stravimus 

a.  lerusalem  A^.  —  b.  piissimus  etectusque  miles  (miles  omis 
dans  .4^)  Robertus,  vir  nobilissimus,  Normannie  (Normannorum 
A^,A^)  cornes,  cum  suo  preclaro  exercitu  A^jA^,  C.(Le  change¬ 
ment  d'orthographe^  Robertus  Normannus,  apparaît  à  cet  endroit 
dans  tous  les  manuscrits  ;  nous  avons  cependant  conservé  l’ortho¬ 
graphe  que  nous  regardons  comme  celle  de  Varchétype.)  —  c.  pro- 
ihomartiris  A^.  —  d.  ubi  gaudenter  B.  —  e.  ex  nostris  scilicet 
omis  dans  C.  —  /.  praedandi  Tudebode,  p.  io3.  —  g.  causa  pre- 
liandi  invenerunt  A^^  A^y  B. 


t.  Foucher  de  Chartres  (I,  25,  p.  354)  Albert  d’Aix  (V,  43, 
p.  461)  mentionnent  le  passage  par  Emmaüs  et  la  pointe  poussée 
par  Tancrède  jusqu’à  Bethléem.  Le  huitième  jour  avant  les  ides 
correspondrait  au  lundi  6  juin;  le  jour  indiqué  (le  mardi)  cor- 


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ARRIVÉE  DEVANT  JÉRUSALEM  (']  )Uin  IO99)  I9S 

[37.]  Et  nous,  exultant  d’allégresse,  nous  parvînmes  jus- 
qu’à  la  cité  de  Jérusalem,  le  mardi,  huit  jours  avant 
les  ides  de  juin*,  et  nous  l’assiégeâmes  admirablement^» 
Robert  de  Normandie  l’assiégea  du  côté  nord,  près  de 
l’église  du  premier  martyr  saint  Étienne,  à  l’endroit  où  il 
fut  lapidé  pour  le  nom  du  Christ^;  à  sa  suite,  était  Robert, 
comte  de  Flandre.  A  l’ouest,  ce  furent  le  duc  Godefroi  et 
Tancrède^  qui  l’assiégèrent.  Le  comte  de  Saint-Gilles  l’as¬ 
siégea  au  midi,  sur  la  montagne  de  Sion,  vers  l’église  de 
sainte  Marie,  mère  de  Dieu,  où  le  Seigneur  célébra  la  Cène 
avec  ses  disciples*. 

Le  troisième  jour,  Raimond  Filet  et  Raimond  de  Turenne* 
et  plusieurs  autres,  désireux  de  combattre,  se  détachèrent 
de  l’armée.  Ils  rencontrèrent  deux  cents  Arabes,  et  ces  che¬ 
valiers  du  Christ  bataillèrent  contre  ces  incrédules  :  Dieu 
aidant,  ils  eurent  le  dessus,  en  tuèrent  un  grand  nombre  et 
saisirent  trente  chevaux. 

Le  lundis,  nous  attaquâmes  vigoureusement  la  ville, 
avec  un  tel  élan  que,  si  les  échelles  avaient  été  prêtes,  la 
ville  tombait  en  notre  puissance.  Cependant,  nous  détrui- 

respond  au  7  juin,  et  c’est  la  véritable  date  de  l’arrivée  devant 
Jérusalem;  elle  est  donnée  par  Tudebode  (p.  102}. 

2.  Sur  la  topographie  de  Jérusalem,  voir  la  description  du 
R.  P.  Hugue  Vincent,  Jérusalem^  t.  I  :  Jérusalem  antique  (Paris, 
1912),  et  l’excellente  carte  topographique  qui  y  est  annexée. 

3.  L’église  Saint-Étienne  était  située  en  dehors  de  l’enceinte  au 
nord,  devant  la  porte  du  même  nom. 

4.  En  face  de  la  porte  et  de  la  Tour  de  David. 

5.  Raimond  de  Saint-Gilles  avait  d’abord  été  placé  à  l’ouest,  à 
côté  de  Godefroi,  mais  entre  son  camp  et  la  muraille  se  trou¬ 
vait  une  vallée  qui  rendait  l’attaque  difficile.  11  se  transporta  au 
sud,  sur  la  montagne  de  Sion  (Raimond  d’Âguilers,  20,  p.  293). 
Sur  le  Cénacle  et  l’église  Sainte-Marie,  voir  les  PP.  Vincent  et 
Abel,  Jérusalem  nouvelle,  t.  II  (1922),  p.  421-481.  La  partie  orien¬ 
tale  de  l’enceinte  dominait  la  vallée  de  Cédron.  De  ce  côté, 
aucune  attaque  n’était  possible. 

6.  Le  9  juin.  Sur  Raimond  Pilet,  voir  p.  i63  et  184.  «  Raimun- 
dus  de  Taurina  »  est  le  même  que  «  Raimundus  de  Tentoria  » 
cité  p.  184. 

7.  Le  lundi  i3  juin. 


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196  HIERUSALEM  FRANCI  OPPUGNANT 

murum^  et  unam  scalam  ereiimus  ad  majorem  mu- 
rum“,  super  quam  ascendebant  nostri  milites  et  comi¬ 
nus  percucîebant*  Saracenos  suis  ensibus  et  lanceis  et 
defensores  civitatis;  fueruntque  mortui  multi  ex  nostris, 
sed  plures  ex  illis.  In  iila  autem  obsidione  panes  ad 
emendum  invenire  non  poteramus  fere  per  spacium 
dierum  x,  donec  venit  nuncius  nostrarura  navium^,  et 
in  nimia  pressura  sitis  detenti  fuimus,  îta  ut  per  nimium 
terrorem  et  pavorem  per  vi  milia  nostros  potaremus 
equos  et  alla  animalia^.  Siloa  namque  fons,  qui  est  ad 
radicem  montis  Sion*^*  sustinebat  nos,  sed  tamen  cara 
vendebatur  aqua  inter  nos. 

Postquam  enim  venit  nuncius  nostrarum  navium, 
acceperunt  inter  se  nostri  seniores  consilium  quemad- 
modum  milites  mitterent,  qui  fideliter  cusiodirent  ho- 
mines  et  navesin  portuJaphie.  Summo  autem  diluculo 
exîerunt  c  milites  de  exercitu  Raimundi ,  comitis 
S[ancti]  Egidii,  Raimundus  Piletus  et  Achardus  de 
Mommellou*^*  et  Willelmus  de  Sabra®,  et  ibant  cum 
fiducia  ad  portum.  Diviseront  se  denique  xxx  milites 
ex  nostris  ab  aliis  et  invenerunt  ncc  Arabes  et  Turcos 
ac  Saracenos  de  exercitu  admiralii®’,  quos  invaserunt 
fortiter  Christi  milites;  sed  tam  magna  fuit  virtus  illo- 
rum  super  nostros,  ut  undique  circumcingerent  illos  et 


a.  unam  scalam  ereximus  ad  majorem  murum  omis  dans  A^.  — 
b.  percutiebant  fi,  C.  —  c,  Syon  A^,C.  —  d.  Montemerlo 

O.  —  e.  amiravisi  fi,  ammiralü  C*,  A^. 

1.  Cet  avant-mur  protégeait  l’enceinte  septentrionale.  Sur  ce 
premier  assaut,  voir  Raimond  d’Aguilers,  20,  p.  293. 

2.  C’est  le  17  juin  qu’un  messager  apporte  la  nouvelle  de  l’ar¬ 
rivée  de  la  flotte  génoise  à  Jaffa  (Raimond  d’Aguilers,  20,  p.  294; 
Cafaro,  Liberatio  civitatum  OrientiSy  dans  les  Historiens  occi- 
dentaux^  t.  V,  p.  56-57). 


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197 


ATTAQUE  DE  JÉRUSALEM  (l3  juin  IO99) 

sîmes  le  petit  mur^  et  nous  appliquâmes  une  échelle  au 
mur  principal;  nos  chevaliers  y  montaient  et  frappaient 
de  près  les  Sarrasins  et  les  défenseurs  de  la  ville  à  coups 
d^épées  et  de  lances.  Beaucoup  des  nôtres,  mais  encore 
plus  des  leurs,  y  rencontrèrent  la  mort.  Pendant  ce  siège, 
nous  ne  pûmes  trouver  de  pain  à  acheter  pendant  Tes- 
pace  de  dix  jours,  jusqu’à  la  venue  d’un  messager  de  nos 
navires^,  et  nous  fûmes  en  proie  à  une  soif  si  ardente,  qu’en 
éprouvant  les  plus  grandes  frayeurs,  nous  faisions  jusqu’à 
six  milles  pour  abreuver  nos  chevaux  et  nos  autres  bêtes^. 
La  fontaine  de  Siloé,  située  au  pied  de  la  montagne  de 
Sion,  nous  réconfortait^,  mais  l’eau  était  vendue  parmi 
nous  beaucoup  trop  cher. 

Après  l’arrivée  du  messager  de  nos  navires,  nos  seigneurs 
tinrent  conseil  et  décidèrent  d’envoyer  des  chevaliers  pour 
garder  fidèlement  les  hommes  et  les  navires  au  port  de 
Jaffa.  Au  point  du  jour,  cent  chevaliers  se  détachèrent  de 
l’armée  de  Raimond,  comte  de  Saint-Gilles,  dont  Raimond 
Pilet,  Achard  de  Montmerle*,  Guillaume  de  Sabran*,  et 
allèrent  en  toute  confiance  vers  le  port.  Puis  trente  de  nos 
chevaliers  se  séparèrent  des  autres  et  rencontrèrent  sept 
cents  Arabes,  Turcs,  Sarrasins  de  l’armée  de  l'amiraF.  Les 
chevaliers  du  Christ  les  attaquèrent  avec  vigueur,  mais  la 
supériorité  des  ennemis  sur  les  nôtres  fut  telle  qu’ils  les 

3.  Cette  traduction  se  justifie  par  l’interprétation  que  Baudri 
de  Bourgueil  (IV,  10,  p.  98)  donne  de  ce  passage  obscur  :  c  Equos 
potum  ducebant,  non  sine  pavore  nimio,  per  vi  miliaria  »  («  Ils 
conduisaient  leurs  chevaux  à  l’abreuvoir,  non  sans  une  grande 
terreur,  l’espace  de  six  milles  »).  Cf.  Guillaume  de  Tyr,  VIII,  7, 
dans  les  Historiens  occidentaux^  t.  I,  p.  333-334. 

4.  Sur  la  fontaine  de  Siloé,  voir  le  P.  Hugue  Vincent,  Jérusa¬ 
lem  antique,  p.  63.  Sur  la  cherté  de  l’eau,  témoignages  concor¬ 
dants  de  Raimond  d’Âguilers  (20,  p.  294)  et  de  la  lettre  de  Daim- 
bert  {Epistuïae  et  chartae,  p.  170). 

5.  Mentionné  déjà  p.  i5. 

6.  Guillaume,  seigneur  de  Sabran  (Gard). 

7.  L’émir  de  Babylone  (Le  Caire)  qui  prépare  une  expédition, 
contre  les  croisés  et  a  envoyé  des  troupes  en  reconnaissance. 


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198  DE  AQUAE  VICTUUMQUE  INOPIA 

occiderunt  Achardum  de  Mommellou*  et  pauperes  ho- 
mines  pedites. 

Cum  autem  tenerent  nostros  jam  incluses,  qui  omnes 
putabant  mori,  venit  alius*  quidam  nuncius,  dicens 
Raimundo  Pileto  :  «  Quid  hic  astas*^  cum  his  militi- 
bus?  Ecce  omnes  nostri  in  nimia*' districtione  Arabum 
et  Turcorum  et  Saracenorum  sunt  et  forsiian  in  hac 
hora  omnes  mortui  sunt  :  succurrite  ergo  illis,  succur- 
rite!  »  Audientes  nostri  hec,  statim  cucurrerunt  celeri 
cursu  et  festinanter  j>ervenerunt  usque  ad  illos  preliando. 
Paganorum  vero  gens®,  videns  Christi  milites,  divisit 
se-^  et  fecerunt  duo  agmina.  Nostri  autem,  invocato 
Christi  nomine,  tam  acriterinvaserunt  illos  incrédules^ 
ut  quisque  miles  prosterneret  suum.  Videntes  vero  illi 
quod  non  possent  stare  ante  Francorum  fortitudinem, 
timoré  nimio  perterriti,  verterunt  scapulas  rétro;  quos 
nostri  persequentes  fere  per  spacia  iv  milium,  occide¬ 
runt  multos  ex  eis  unumque  retinuerunt  vivum,  qui 
nova  eis  per  ordinem  diceret;  retinuerunt  quoque 
cm  equos^ 

In  eadem  obsidione  tanta  oppressione  sitis  fuimus 
gravati,  ut  sueremus  coria  boum  et  bufalorum  in  quibus 
deferebamus  aquas*  fere  perspacium  vi  miliariorum^  ; 
ex  illis  quippe  vasculis  fetida  utebamur  aqua  et  quan¬ 
tum  ex  olida  aqua  et  hordeaceo^  pane  in  nimia  distric- 
tione  et  afflictione  eramus  cotidie.  Saraceni  namque  in 
cunctis  fontibus  et  aquis  latentes*  insidiabantur  nostris 
eosque  ubique  occidebant  et  dilaniabant;  animalia  quo- 
que  secum  in  suas  cavernas  et  speluncas  deducebant®. 

a.  Montemerlo  O.  —  6.  aliis  A^.  —  c.  stas  A^,  A^,  C.  —  d.  ma¬ 
gna  A^y  .43.  —  e.  pagani  vero  C.  — /.  diviserunt  se  C.  —  g.  incré¬ 
dules  omis  dans  C.  —  h.  aquam  C*,  O.  —  i.  hordacio  C^; 
ordeacio  A^;  hordeicio  A^,  Ô;  ordeicio  C*.  —  k.  latenter  A^. 


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DISETTE  d’eau  ET  d’aLIMENTS  I99 

entourèrent  de  tous  côtés  et  tuèrent  Achard  de  Montmerle, 
ainsi  que  de  pauvres  piétons. 

Les  nôtres  étaient  déjà  cernés  et  s’attendaient  à  la  mort, 
lorsqu’un  autre  messager  vint  dire  à  Raimond  Pilet  :  «  Que 
fais-tu  là  avec  ces  chevaliers?  Voici  que  les  nôtres  sont  aux 
prises  avec  des  Arabes,  des  Turcs  et  des  Sarrasins  ;  peut- 
être  à  cette  heure  sont-ils  tous  tués;  secourez-les,  secourez- 
les  donc!  j>  A  cette  nouvelle,  les  nôtres  s’empressèrent 
d’accourir  et  parvinrent  à  la  hâte  jusqu’à  eux,  tout  en 
combattant.  Apercevant  les  chevaliers  du  Christ,  la  gent 
païenne  se  divisa  et  forma  deux  colonnes.  Mais  les  nôtres, 
après  avoir  invoqué  le  nom  du  Christ,  chargèrent  sur  ces 
incrédules  avec  un  tel  élan  que  chaque  chevalier  abattit  son 
ennemi.  Comprenant  alors  qu’ils  ne  pourraient  tenir  devant 
la  valeur  des  Francs,  frappés  d’une  grande  terreur,  ils  tour¬ 
nèrent  le  dos;  les  nôtres  les  poursuivirent  pendant  quatre 
milles  environ,  en  tuèrent  un  grand  nombre,  en  prirent  un 
vivant,  afin  d’avoir  par  lui  des  renseignements,  et  s’empa¬ 
rèrent  de  cent  trois  chevauxL 

Pendant  ce  siège,  nous  endurâmes  le  tourment  de  la  soif 
à  un  point  tel  que  nous  cousions  des  peaux  de  bœufs  et  de 
buffles  dans  lesquelles  nous  apportions  de  l’eau  pendant 
l’espace  de  six  milles*.  L’eau  que  nous  fournissaient  de 
pareils  récipients  était  infecte  et,  autant  que  cette  eau  fétide, 
le  pain  d’orge  était  pour  nous  un  sujet  quotidien  de  gêne  et 
d’affliction.  Les  Sarrasins,  en  effet,  tendaient  secrètement 
des  pièges  aux  nôtres  en  infectant  les  fontaines  et  les  sources  ; 
ils  tuaient  et  mettaient  en  pièces  tous  ceux  qu’ils  trouvaient 
et  cachaient  leurs  bestiaux  dans  des  cavernes  et  des  grottes*. 

1.  Ce  combat  eut  lieu  le  lendemain  de  l’arrivée  du  message  de 
la  flotte,  le  18  juin.  Voir  Raimond  d’Aguilers,  20,  p.  294-295,  et 
Albert  d’Aix,  VI,  4,  p.  468. 

2.  Foucher  de  Chartres  (I,  27,  p.  358)  reproduit  le  même  détail, 
mais  en  termes  plus  clairs  :  «  Ils  allaient  chercher  de  l’eau  au 
loin,  à  quatre  ou  cinq  milles,  et  la  rapportaient  chaque  jour  dans 
leurs  outres.  » 

3.  Cf.  Raimond  d’Aguilers,  20,  p.  294;  Albert  d’Aix,  VI,  6, 
p.  469-470.  L’Anonyme  omet  le  combat  malheureux  livré  à  la 


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MACHINAMENTA  FRANCI  CONSTRUÜNT 


[38.]  Tune  seniores  nostri  ordinaverunt  quomodo 
ingeniare  possent  civitatem,  ut  ad  adorandum  nostri 
Salvatoris  intrarent  Sepulcrum,  feceruntque  duo  lignea 
castra  et  alia  plura  machinamenta^  Dux  Godefridus 
suum  fecit  castrum  cum  machinis  et  Raimundus®  co¬ 
rnes*  similiter,  quibus^  de  longinquis  terris  attrahe- 
bant**  ligna*.  Saraceni  igitur*,  videntes  nostros  facien- 
tes  bas  machinas,  mirabiliter  muniebant-^  civitatem  et 
turres  nocte  accrescebant. 

Videntes  autem  nostri  seniores  ex  qua  parte  esset  ci- 
vitas  magis  languida,  illuc  in  quadam  nocte  sabbati^* 
deportaverunt  nostram  machinam  et  ligneum  castrum 
in  orientalem  partem^.  Summo  autem  diluculo  erexe- 
runt  ea*  et  aptaverunt  et  ornaverunt  castrum  in  et 
II*  et  III*  feria®.  Cornes^  namque  S[ancti]  Egidii  a  me- 
ridiana  plaga  reficiebat  suam  machinam.  Interea  in 
tanta  pressura  sitis  fuimus  districti*,  ut  unus  homo  non 
posset  pro  uno  denario®  ad  sufficenciam  habere  aquam 
aut  exstinguere  sitim  suam. 

Nocte  vero  ac  die,  in  iv*  et  v*  feria"^,  mirabiliter^  ag- 
gredimur  civitatem"*  ex  omni  parte";  sed,  antequam 
invaderemus  eam,  ordinaverunt  episcopi  et  sacerdotes, 
predicando  et  commonendo  omnes,  ut  processionem 

a.  Raimundus  omis  dans  C.  —  b.  cornes  S.  Egidii  C.  —  c.  ad 
quorum  opus  C.  —  d.  attrahebantur  C.  —  e.  porro  Saraceni 
videntes  C.  —  /.  munire  ceperunt  C*,  O;  ceperunt  munire  C’. 
—  g.  sabati  A*.  —  h.  eam  —  i.  cornes  namque . suam  ma¬ 

chinam  omis  dans  C^.  —  k.  district!  omis  dans  C.  —  l.  mirabi¬ 
liter  omis  dans  —  m.  urbem  C.  —  n.  ex  omni  parte  omis 
dans  C. 

Hotte  égyptienne  par  les  Génois  qui  durent  abandonner  leurs 
navires  et  partirent  pour  Jérusalem  le  19  juin  (Raimond  d’Âgui- 
1ers,  20,  p.  295). 


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CONSTRUCTION  DE  MACHINES  DE  GUERRE  201 

[38.]  Nos  seigneurs  étudièrent  alors  les  moyens  d’attaquer 
la  ville  à  l’aide  de  machines,  afin  de  pouvoir  y  pénétrer  pour 
adorer  le  sépulcre  de  notre  Sauveur.  On  construisit  deux 
châteaux  de  bois  et  pas  mal  d’autres  engins.  Le  duc  Gode- 
froi  établit  un  château  garni  de  machines  et  le  comte  Rai¬ 
mond  fit  de  mêmeL  Ils  se  faisaient  apporter  du  bois  des 
terres  lointaines  Les  Sarrasins,  voyant  les  nôtres  cons¬ 
truire  ces  machines,  fortifiaient  admirablement  la  ville  et 
renforçaient  les  défenses  des  tours  pendant  la  nuit. 

Puis  nos  seigneurs,  ayant  reconnu  le  côté  le  plus  faible 
de  la  cité,  y  firent  transporter  dans  la  nuit  du  samedi®  notre 
machine  et  un  château  de  bois  :  c’était  à  l’est^.  Ils  les  dres¬ 
sèrent  au  point  du  jour,  puis  ils  préparèrent  et  garnirent  le 
château  le  dimanche,  le  lundi  et  le  mardi*.  Dans  le  secteur 
sud,  le  comte  de  Saint-Gilles  faisait  réparer  sa  machine.  A 
ce  moment,  nous  souffrîmes  tellement  de  la  soif  qu’un 
homme  ne  pouvait,  contre  un  denier®,  avoir  de  l’eau  en  quan¬ 
tité  suffisante  pour  éteindre  sa  soif. 

Le  mercredi  et  le  jeudis,  nous  attaquâmes  fortement  la 
ville  de  tous  les  côtés,  mais  avant  que  nous  ne  la  prissions 
d’assaut,  les  évêques  et  les  prêtres  firent  décider  par  leurs 
prédications  et  leurs  exhortations  que  l’on  ferait  en  l’hon¬ 
neur  de  Dieu  une  procession  autour  des  remparts  de  Jéru- 

I.  Raimond  d’Âguilers  (20,  p.  297)  donne  les  noms  des  ingé¬ 
nieurs  choisis  par  les  princes.  Ces  châteaux  de  bois  étaient  figu¬ 
rés  sur  les  vitraux  de  Suger  à  Saint-Denis  (Montfaucon,  Monu¬ 
ments  de  la  monarchie  françoise,  t.  I,  pl.  LII). 

2. 11  n’y  avait  pas  de  bois  dans  les  environs  immédiats  de  Jéru¬ 
salem.  Voir  les  détails  donnés  par  Albert  d’Aix,  VI,  2,  p.  469-470. 

3.  Dans  la  nuit  du  samedi  9  au  dimanche  10  juillet. 

4.  Le  mur  oriental  n’avait  pas  été  assiégé  jusque-là.  La  tour 
roulante  fut  transportée  entre  l’église  Saint-Etienne  et  la  vallée 
du  Cédron. 

5.  Du  10  au  12  juillet. 

6.  Sur  la  valeur  du  denier,  voir  p.  76,  n.  2. 

7.  Le  mercredi  i3  et  le  jeudi  14  juillet  1099. 

Première  croisade.  |6 


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202 


HIERUSALEM  CRUCESIGNATI  EXPUGNANT 


Deo  in  circuitu  Hierusalem  celebrarent  et  orationes 
atque  elemosinas*  et  jejunia  fideliter  facerent^ 

Sexta  vero  feria^,  summo  mane,  undique  aggredimur 
urbem  et  nichil  ei  nocere  potuimus;  eramusque  omnes 
stupefacii  ac  in  nimio  pavore,  Appropinquante  autem 
hora,  scilicet  in  qua  Dominus  noster  Ihesus  Christus 
dignaïus  est  pro  nobis  sufferre  patibulum  crucis^,  nos- 
tri  milites  fortiter  pugnabant  in  castello-*,  videlicet  dux 
Godefridus  et  cornes  Eustachius,  frater  ejus.  Tune  as- 
cendit  quidam  miles  ex  nostris,  Letholdus**  nomine, 
super  murum  urbis.  Mox  vero,  ut  ascendit,  omnes  de- 
fensores  civitatis  fugerunt  per  muros  et  per  civitatem 
nostrique  subsecuti  persequebantur  eos  occidendo  et 
detruncando  usque  ad  templum  Salomonis®  ibique  taiis 
occisio  fuit,  ut  nostri  in  sanguine  illorum  pedes  usque 
ad  cavillas  mitterent"^. 

At  Raimundus  cornes  a  meridie  conduxit  suum  exer- 
citum  et  castellum*^  usque  prope  murum.  Sed  inter  cas- 
tellum  et  murum  erat  quedam  fovea  ^  ;  feceruntque  pre- 

a.  eleemosynas  A^,  B,  C.  —  b.  Letoldus  ,<4*,  A^,  C.  —  c.  ad 
castellum  A^,  A^y  C^.  —  d.  fovea  nimis  profunda.  Tune  consiliaii 
sunt  nostri  ut  implerent  foveam  feceruntque  preconari  A^,B,  C. 


1.  La  chronologie  de  l’Anonyme  est  ici  en  défaut.  Ce  fut  le 
6  juillet  que  la  procession  fut  ordonnée  par  le  conseil  des  princes, 
et  elle  eut  lieu  le  vendredi  8  juillet  (Raimond  d’Aguilers,  20, 
p.  296-297;  lettre  de  Daimbert  dans  les  Epistulae  et  chartae, 
p.  170). 

2.  Le  i5  juillet  1099. 

3.  D’après  les  Évangiles,  le  Christ  fut  crucifié  à  la  troisième 
heure  (Marc,  i5,  26)  :  soit,  vers  neuf  heures  du  matin.  Les  ténèbres 
commencèrent  à  couvrir  la  terre  à  la  sixième  heure  (midi)  et  il 
expira  à  la  neuvième  heure,  vers  trois  heures  du  soir  (Mathieu, 
27,  45-46;  Marc,  i5,  33-34).  Le  texte  de  l’Anonyme  ne  précise  pas. 


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PRISE  DE  JÉRUSALEM  (l5  juillet  IO99]  2o3 

Salem  et  qu’elle  serait  accompagnée  de  prières,  d’aumônes 
et  de  jeûnes  ^ 

Le  vendredi*,  de  grand  matin,  nous  donnâmes  un  assaut 
général  à  la  ville  sans  pouvoir  lui  nuire;  et  nous  étions  dans 
la  stupéfaction  et  dans  une  grande  crainte.  Puis,  à  l’ap¬ 
proche  de  l’heure  à  laquelle  Notre-Seigneur  Jésus-Christ 
consentit  à  souffrir  pour  nous  le  supplice  de  la  croix*,  nos 
chevaliers  postés  sur  le  château^  se  battaient  avec  ardeur, 
entre  autres  le  duc  Godefroi  et  le  comte  Eustache  son 
frère.  A  ce  moment,  l’un  de  nos  chevaliers,  du  nom  de 
Liétaud*,  escalada  le  mur  de  la  ville.  Bientôt,  dès  qu’il  fut 
monté,  tous  les  défenseurs  de  la  ville  s’enfuirent  des  murs  à 
travers  la  cité  et  les  nôtres  les  suivirent  et  les  pourchassèrent 
en  les  tuant  et  les  sabrant  jusqu’au  temple  de  Salomon*,  où 
il  y  eut  un  tel  carnage  que  les  nôtres  marchaient  dans  leur 
sang  jusqu’aux  chevilles  L 

De  son  côté,  le  comte  Raimond,  placé  au  midi,  conduisit 
son  armée  et  le  château  de  bois  jusqu’auprès  du  mur.  Mais 
entre  le  château  et  le  mur  s’étendait  un  fossé,  et  l’on  fit  crier 

Michaud  et  Sybel  adoptent  l’heure  de  la  mort  de  Jésus  (trois 
heures  du  soir);  Hagenmeyer,  s’appuyant  sur  le  témoignage  de 
Raimond  d’Aguilers  (20,  p.  299),  d’après  lequel  les  Provençaux 
combattaient  encore  à  midi,  alors  que  les  croisés  étaient  déjà 
dans  la  ville,  en  conclut  que  leur  entrée  a  eu  lieu  dès  neuf  heures 
du  matin;  cependant,  si  l’on  examine  ce  texte,  on  voit  que  c’est 
vers  cette  heure  de  midi  que  Raimond  place  l’entrée  des  premiers 
croisés  à  Jérusalem,  et  il  se  trouve  d’accord  avec  Foucher  de 
Chartres,  I,  27,  p.  SSq  :  «  Bientôt,  à  l’heure  de  midi,  les  Francs 
pénétraient  dans  la  ville.  »  Ce  témoignage  décisif  ne  contredit  en 
rien  celui  de  l’Anonyme,  qui  se  contente  de  dire  :  «  À  l’approche 
de  l’heure  à  laquelle,  etc...  » 

4.  C’est-à-dire  dans  la  tour  roulante. 

5.  Originaire  de  Tournai.  Voir  Albert  d’Aix,  VI,  11,  p.  47a  : 
«  Liétaud  et  Engilbert,  originaires  de  la  cité  de  Tournai.  » 

6.  C’est-à-dire  la  mosquée  d’Omar,  bâtie  sur  son  emplacement, 
à  l’angle  sud-est  de  la  ville,  en  face  du  Saint-Sépulcre. 

7.  Détail  confirmé  parla  lettre  de  Daimbert  {Epistulae  et  char- 
tae^  p.  171},  qui  dit  que,  dans  le  temple  de  Salomon,  les  chevaux 
avaient  du  sang  «  jusqu’aux  genoux  ». 


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204  SARRACENORUM  TRUCIDATIONE 

conari  ut,  si  quis®  in  illam  foveam  ponasset  iii  petras^* 
unum  haberet  denarium.  Perduravit  hec  impletio  per 
III  dies  et  noctes^;  tandem,  plena  fovea,  conduxerunt 
castellum  juxta  murum.  Illi  autem  qui  intus  erant 
mirabiliter  preliabantur  cum  nostris  igne^  et  lapidibus. 
Audiens  itaque  cornes  quod  Franci  essent  in  urbe^’, 
^is  dixit  hominibus  :  «  Quid  tardatis?  Ecce  omnes 
Francigene  sunt  jam  in  urbe®.  » 

Ammiralius  itaque  qui  erat  in  Turri  David-*  reddidit 
se  comiti  eique  aperuit  portam  ubi  peregrini  persolvere 
solebant  tributa®.  Intrantes  autem civitatem,  nostri  pere¬ 
grini  persequebantur  et  occidebant  Saracenos  usque  ad 
templum  Salomonis,in  quo  congregati  dederunt  nostris 
maximum  bellum  per  totum  diem,  ita  ut  sanguis  illo- 
rum^  per  totum  templum  flueret®.  Tandem,  superaiis 
paganis,  apprehenderunt  nostri  masculos  et  feminas  sat 
in  templo  et  occiderunt  quos  voluerunt  et  quos  volue- 
runt  retinuerunt  vives.  Super  vero  templum®  Salomo- 
nis’  erat  maxima  paganorum  congregatio  utriusque 
sexus  quibus  Tancredus  et  Gaston  de  Beert-^®  dederunt 
sua  vexilla®.  Mox  cucurrerunt  per  universam  urbem, 
capîentes  aurum  et  argentum,  equos  et  mulos  domos- 
que  plenas  omnibus  bonis. 

a.  aliquis  A'^,  B,  C*.  —  b.  très  portas  (j/c)  deportaret  A^; 
très  deportaret  petras  C.  —  c.  civitate  A^,  A^.  —  d.  occisorum 
flueret  per  totum  diem  C.  —  e.  templum  vero  A^.  — f.  Beert 
A^;  Ber  O. 

1.  C’est  le  12  juillet  que  les  Provençaux  avaient  commencé  à 
combler  le  fossé. 

2.  Du  feu  grégeois.  Voir  plus  haut,  p.  173,  n.  2. 

3.  Raimond  d’Aguilers  (20,  p.  3oo)  confirme  que  les  croisés 
étaient  déjà  dans  la  ville  quand  les  Sarrasins,  situés  en  face  des 
Provençaux,  combattaient  toujours. 


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MASSACRE  DES  SARRASINS 


205 


que  quiconque  porterait  trois  pierres  dans  le  fossé  aurait  un 
denier.  Il  fallut  pour  le  combler  trois  jours  et  trois  nuits  ^ 
Enfin,  le  fossé  rempli,  on  amena  le  château  contre  la  mu¬ 
raille.  A  l’intérieur,  les  défenseurs  se  battaient  avec  vigueur 
contre  les  nôtres  en  usant  du  feu*  et  des  pierres.  Le  comte, 
apprenant  que  les  Francs  étaient  dans  la  ville,  dit  à  ses 
hommes  :  «  Que  tardez- vous?  Voici  que  tous  les  Français 
sont  déjà  dans  la  ville*.  > 

L’amiral  qui  commandait  la  Tour  de  David^  se  rendit  au 
comte  et  lui  ouvrit  la  porte  à  laquelle  les  pèlerins  avaient 
coutume  de  payer  tribut*.  Entrés  dans  la  ville,  nos  pèlerins 
poursuivaient  et  massacraient  les  Sarrasins  jusqu’au  temple 
de  Salomon,  où  ils  s’étaient  rassemblés  et  où  ils  livrèrent 
aux  nôtres  le  plus  furieux  combat  pendant  toute  la  journée, 
au  point  que  le  temple  tout  entier  ruisselait  de  leur  sang*. 
Enfin,  après  avoir  enfoncé  les  païens,  les  nôtres  saisirent 
dans  le  temple  un  grand  nombre  d’hommes  et  de  femmes, 
et  ils  tuèrent  ou  laissèrent  vivant  qui  bon  leur  semblait. 
Au-dessus  du  temple  de  Salomon^  s’était  réfugié  un  groupe 
nombreux  de  païens  des  deux  sexes,  auxquels  Tancrède  et 
Gaston  de  Béarn*  avaient  donné  leurs  bannières*.  Les  croi¬ 
sés  coururent  bientôt  par  toute  la  ville,  raflant  l’or,  l’argent, 
les  chevaux,  les  mulets  et  pillant  les  maisons,  qui  regor¬ 
geaient  de  richesses. 

4.  La  Tour  de  David  était  située  dans  la  partie  ouest  de  l’en¬ 
ceinte.  Albert  d’Âix  (VI,  28,  p.  482-483)  accuse  le  comte  de  s’étre 
laissé  corrompre  par  les  Sarrasins. 

5.  La  porte  de  Jaffa,  par  laquelle  les  pèlerins  entraient  à  Jéru¬ 
salem  après  avoir  payé  le  tribut  exigé  par  les  Turcs. 

6.  Répétition  du  même  détail  que  précédemment. 

7.  Le  toit  de  la  mosquée  d'Omar  (ou  mosquée  El  Aksa)  a  la 
forme  d’une  terrasse  octogonale  d’où  émerge  la  coupole. 

8.  Albert  d’Aix  (II,  23,  p,  3i6)  l’appelle  Gaston  de  Bederz  (Bé¬ 
ziers),  mais  Tudebode  (p.  iio)  donne  son  nom  :  Gaston  de 
Béarn. 

9.  Comme  sauvegarde.  Cf.  p.  xSg  (capitulation  de  la  citadelle 
d’Antioche). 


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206 


DUX  GODEFRIDUS  PRINCEPS  ELIGITUR 


Venerunt  autem  nostri  gaudentes®  et  pre  nimio  gau- 
dio  plorantes  ad  nostri  Salvatoris  Ihesu  sepulchrum 
adorandum^  et  reddiderunt ei  capitale  debitum**.  Mane 
autem  facto®,  ascendenint  nostri  caute  supra  tectum 
templi  et  invaserunt  Saracenos  masculos  et  feminas, 
décollantes  eos  nudis  ensibus;  alii  vero  dabant  se  pré¬ 
cipités  e  templo^.  Hoc  videns  Tancredus  iratus  est 
nimis. 

[39.]  Tune  nostri  tenuerunt  consilium"**^  ut  unus- 
quisque  faceret  elemosinas  cum  orationibus,  quatinus 
sibi  Deus  eligeret  quem  vellet  regnare  super  alios  et 
regere  civitatem**.  Jusserunt  quoque  Saracenos  mor- 
tuos  omnes  ejici  foras  pre  nimio  fetore,  quia  omnis 
urbs  fere-^  plena  erat  illorum  cadaveribus  et  vivi  Sara- 
ceni  trahebant  moriuos  ante  portarum  exitus  et  facie- 
bant^  montes*  ex  eis,  quasi  essent  domus.  Taies  occi- 
siones  de  paganorum  gente  nullus  unquam  audivit  nec 
vidit,  quoniam  pire  erant  ordinale  ex  eis  sicut  mete  et 
nemo  scit  numerum  eorum'  nisi  solus  Deus®.  Fecit 
vero  cornes  Raimundus  conduci  admiralium*  et  alios 
qui  cum  eo  erant^  usque  Scalonam^  sanos  et  illesos. 

Octavo  autem  die  quo  civitas  fuit  capta®,  elegerunt 
ducem  Godefridum  principem"*®  civitatis,  qui  debella- 

a.  deinde  venerunt  gaudentes  C.  —  b.  tributum  A^,  C.  — 
c.  in  templo  B.  —  d.  his  (itaque  O)  gestis  tenuerunt  seniores 

consilium  C.  —  e.  super .  civitatem  omis  dans  A^.  —  /.  fere 

omis  dans  B  et  C^.  —  g.  ordinabant  A^y  B.  —  h.  inde  aggeres  C. 
—  I.  quorum  numerum  nemo  scit  C.  —  k.  ammiralium  B,  C*, 
C®.  —  /.  Ascalonam  A^,  A^;  Ascaloniam  Ci.  —  m.  in  principem 
A^y  A^. 

1.  Sur  l’état  du  Saint-Sépulcre  en  1099,  voir  la  restitution  des 
PP.  Abel  et  Hugue  Vincent,  Jérusalem  nouvelle  (Paris,  1914). 

2.  C’est-à-dire  du  vœu  qu’ils  avaient  fait  en  prenant  la  croix. 


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ÉLECTION  DU  DUC  GODEFROI  (22  Juillet  IO99)  20'] 

Puis,  tout  heureux  et  pleurant  de  joie,  les  nôtres  allèrent 
adorer  le  Sépulcre  de  notre  Sauveur  Jésus*  et  s’acquittèrent 
de  leur  dette  envers  lui*.  Le  matin  suivant*,  les  nôtres 
escaladèrent  le  toit  du  temple,  attaquèrent  les  Sarrasins, 
hommes  et  femmes,  et,  ayant  tiré  l’épée,  les  décapitèrent. 
Quelques-uns  se  jetèrent  du  haut  du  temple.  A  cette  vue, 
Tancrède  fut  rempli  d’indignation. 

[39.]  Alors,  les  nôtres  décidèrent  en  conseil^  que  chacun 
ferait  des  aumônes  et  des  prières,  afin  que  Dieu  élût  celui 
qu’il  voudrait  pour  régner  sur  les  autres  et  gouverner  la  cité  ®. 
On  ordonna  aussi  de  jeter  hors  de  la  ville  tous  les  Sarrasins 
morts,  à  cause  de  l’extrcme  puanteur,  car  toute  la  ville  était 
presque  entièrement  remplie  de  leurs  cadavres.  Les  Sarra¬ 
sins  vivants  traînaient  les  morts  hors  de  la  ville,  devant  les 
portes  et  en  faisaient  des  monceaux  aussi  hauts  que  des 
maisons.  Nul  n’a  jamais  ouï,  nul  n’a  jamais  vu  un  pareil 
carnage  de  la  gent  païenne  :  des  bûchers  étaient  disposés 
comme  des  bornes  et  nul,  si  ce  n’est  Dieu,  ne  sait  leur 
nombre®.  Le  comte  Raimond  fit  conduire  l’amiral  et  ses  com¬ 
pagnons^  jusqu’à  Ascalon,  où  ils  arrivèrent  sains  et  saufs. 

Le  huitième  jour  après  la  prise  de  la  ville®,  on  élut  le  duc 
Godefroi  prince  de  la  cité®,  afin  de  combattre  les  païens  et 

3.  Le  16  juillet.  Cf.  Albert  d’Aix,  VI,  28,  p.  482-483. 

4.  D’après  Tudebode  (p.  iio),  «  un  autre  jour  »,  probablement 
le  17  juillet. 

5.  Texte  important  qui  montre  comment  a  été  préparée  l’élec¬ 
tion  de  Godefroi  de  Bouillon.  Il  s’agit  de  choisir  un  chef  qui 
défende  la  ville.  Sur  l’opposition  des  clers  à  ce  qu’il  portât  le 
titre  de  roi,  voir  Tudebode,  p.  iio. 

6.  Formule  courante.  Cf.  Foucher  de  Chartres,  I,  27,  p.  SSg,  et 
Albert  d’Aix,  VI,  3o,  p.  483-484. 

7.  L’émir  égyptien  de  Jérusalem  et  la  garnison  de  la  Tour  de 
David,  le  soir  même  de  la  prise  de  la  ville  d’après  Albert  d’Aix, 
VI,  28,  p.  <^3. 

8.  Le  22  juillet  1099. 

9.  Sur  cette  élection,  voir  Foucher  de  Chartres,  I,  3o,  p.  36i. 
D’après  Raimond  d’Aguilers  (p.  3oo-3oi)  et  Albert  d’Aix  (VI,  33, 
p.  485-486),  la  couronne  fut  d’abord  offerte  à  Raimond  de  Saint- 


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UWlVERSij:Y  OF  WISCONSIN 


2o8  francos  sarraceni  aggrediuntur 

ret  paganos  et  custodiret  christianos.  Similiter  elege- 
runt  patriarcham  sapientissimum  et  honorabilem  virum 
nomine  Arnulfum  in  die  sancti  Pétri  ad  Vincula^  Hec 
civitas  fuit  capta  a  christianisé  Dei  xv«  die  julii,  in 
VI®  feria*. 

Interea*^  nuncius  venit  Tancredo  et  comiti  Eustachio^ 
ut  préparent  se  et  pergerent  ad  recipiendam  Neopolita- 
nam'^  urbem®.  Exierunt  illi  et  duxerunt  secum  multos 
milites  et  pedones  et  pervenerunt  ad  urbem;  habitato- 
res  vero  illius  reddiderunt  se  ilico. 

Denuo  mandavit  illis  dux®  ut*  cito  venirent  ad  bel- 
lum  quod-^  admiralius  Babilonie*  preparabat  urbi  Sca- 
lonie^.  Illi  autem  festinando  intraverunt  montaneam 
querentes  Saracenorum  bella  et  venerunt  Cesaream. 
Itaque  venientes  illijuxta  mare  ad  urbem  Ramole*,  illic 
invenerunt  multos  Arabes,  qui  precursores  erant  belli; 
quos  nostri  persequentes,  apprehenderunt  plures  ex 
eis,  qui  dixeruni  omnia  belli  nova,  ubi  essent  et  quot 
essent  aut  ubi  bellare  disponerent  contra  christianos. 
Quod  audiens,  Tancredus  statim  misit  nuncium  Hieru- 
salem  duci  Godefrido  et  patriarche  omnibusque  princi- 
pibus,  dicens  :  «  Sciatis  quod  nobis  paratum  est  bellum 
Scalone^;  venite  ergo  festinanter  cum  omni  virtute 
quam  habere  poteritis®!  » 

a.  a  chrîstianis  et  servis  Dei  capta  C.  —  6.  feria  anno  ab 
incarnatione  Domini  millesimo  XC“*  indictione  vu*  (vin*  C*) 
pontificante  (pontifice  O)  sedem  apostolicam  papa  Urbano 
secundo  C.  —  c.  Début  du  fragment  ajouté  à  certains  manuscrits 
de  Raimond  d’AguilerSj  dont  les  variantes  sont  désignées  par  R. 
—  d.  urbem  Neapolim  R.  —  e.  dux  Godefridus,  qui  et  rex  Iheru- 
salem  R.  —  f.  quod  nobis  —  g.  apud  Ascaloniam  C,  R 
(Ascalonam  O,  iî).  —  h.  Les  manuscrits  portent  Ramore,  que 
nous  corrigeons  en  Ramole,  comme  plus  hauty  p.  ig3. —  i.  apud 
Ascalonam  C',  C*;  Ascaloniam  C®. 

Gilles,  qui  la  refusa.  Le  texte  de  Raimond  d’Âguilers  montre  que 
le  clergé  essaya  de  faire  élire  le  patriarche  avant  le  chef  laïque. 


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ATTAQUE  DES  SARRASINS  CONTRE  LES  FRANCS  2O9 

de  défendre  les  chrétiens.  De  même,  on  élut  patriarche  le 
jour  de  saint  Pierre  ès-Liens  un  homme  sage  et  honorable 
appelé  ArnouP.  Cette  cité  fut  prise  par  les  chrétiens  de 
Dieu  le  vendredi  quinze  juillet. 

Pendant  ce  temps,  un  messager  vint  trouver  Tancrède  et 
le  comte  Eustache*  pour  les  inviter  à  se  préparer  et  à  venir 
recevoir  la  ville  de  Naplouse^.  Ils  partirent  en  emmenant 
beaucoup  de  chevaliers  et  de  piétons  et  parvinrent  à  la  ville, 
dont  les  habitants  se  rendirent  immédiatement. 

Puis  le  duc^  leur  manda  de  marcher  rapidement  pour 
arrêter  l’attaque  que  l’amiral  de  Babylone®  préparait  à  Asca- 
lon.  Ils  pénétrèrent  en  hâte  dans  la  montagne,  cherchant 
des  Sarrasins  à  combattre,  et  arrivèrent  à  Césarée.  Puis, 
suivant  la  mer  jusqu’à  Ramleh,  ils  y  trouvèrent  de  nom¬ 
breux  Arabes  venus  en  éclaireurs,  les  poursuivirent  et  en 
prirent  plusieurs  qui  leur  donnèrent  des  renseignements  sur 
leurs  positions,  leur  nombre  et  l’endroit  où  ils  se  prépa¬ 
raient  à  combattre  les  chrétiens.  Ainsi  informé,  Tancrède 
envoya  aussitôt  un  messager  à  Jérusalem  au  duc  Godefroi, 
au  patriarche  et  à  tous  les  princes  pour  leur  dire  :  t  Sachez 
Qu’une  attaque  est  préparée  contre  nous  à  Ascalon;  hâtez- 
vous  de  venir  avec  toutes  les  forces  dont  vous  pourrez  dis¬ 
poser*  !  » 

1.  Le  août  109g.  D’après  les  expressions  de  l’Anonyme,  ce 
furent  les  mêmes  électeurs  qui  choisirent  le  roi  et  le  patriarche. 
Le  patriarche  grec  de  Jérusalem,  Simeon,  réfugié  en  Chypre, 
venait  de  mourir  (Albert  d’Aix,  VI,  39,  p.  489).  Arnoul  était  cha¬ 
pelain  de  Robert  Courte-Heuse. 

2.  Eustache  de  Boulogne,  frère  de  Godefroi  de  Bouillon. 

3.  Ancienne  Sichem,  puis  Flavia  Neapolis.  D’après  un  manu¬ 
scrit  de  Baudri  de  Bourgueil  (IV,  i3,  p.  100),  Tancrède  et  Eus¬ 
tache  avaient  fait  une  première  expédition  contre  Naplouse 
pendant  le  siège  de  Jérusalem,  et  c’est  ce  qui  explique  leur  inter¬ 
vention. 

4.  Godefroi  de  Bouillon. 

5.  Al-Afdhal,  émir  du  calife  fatimite  d’Egypte,  préparait  une 
attaque  destinée  à  chasser  les  croisés  de  Palestine.  Cf.  la  lettre 
de  Daimbert  {Epistulae  et  chartae,  p.  171). 

6.  Renseignements  intéressants,  particuliers  à  l’Anonyme  et  à 
ses  remanieurs. 


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210 


AD  ASCALONEM  FRANCI  TENDUNT 


Tune  jussit  dux  submoneri*  omnes,  ut  fideliter  irent 
preparati*  Scalonam  obviam  inimicis  nostris.  Ipse  vero 
cum  patriarcha  et  Rotberto  Flandrensi  comité  exivit 
de  urbe  in  feria  et  Marturanensis  episcopus  cum 
eis^. 

Cornes  vero  Sancti  Egidii  ac  Roibertus  Nortman- 
nus^  dixerunt  se  non  exituros  nisi  certum  bellum  sci- 
rent^.  Jusserunt  ergo  militibus  suis  ut  pergerent  videre 
si  bellum  vere  esset  et  reverterentur  quantocius,  quia 
ipsi  mox  essent  paraii  venire*.  lerunt  illi  videruntque 
bellum-''  et  cito  renuntiaverunt  se  vidisse  oculis  suis. 
Continuo  dux,  apprehenso  Marturanensi  episcopo, 
mandavit  Hierusalem  quo  milites  qui  ibi  erant  prepa- 
rarent  se  et  venirent  ad  bellum. 

Quarta  vero  feria**  illi  principes  exierunt  et  militave* 
runt  ad  bellum^.  Episcopus  vero  Marturanensis  rediit* 
reportans  verba  missa  patriarche  et  duci  exieruntque 
Saraceni  obviam  ei  et  apprehensum  secum  duxerunt®. 
Petrus  vero  Heremita  remansit  Hierusalem  ordinando 
et  precipiendo  Grecis  et  Latinis  atque  clericis  ut  fideli¬ 
ter  Deo  processionem  celebrarent  et  orationes  elemosi- 
nasque  facerent  ut  Deus  populo  suo  victoriam  daret®. 
Clerici*'  et  presbiteri,  induti  sacris  vestibus,  ad  templum 
Domini'*  conduxere  processionem,  missas  et  orationes 
décantantes,  ut  suum  defenderet  populum. 

a.  submoveri  A^,  C^,  C^;  commoneri  R.  —  b.  perge- 
remus  parati  C.  —  c.  in  ini*  feria  C.  —  d.  Normannorum  prin- 
ceps  A^j  A^y  C;  Normannus  princeps  A^.  —  e.  ire  B.  — 
/.  hostes  A^f  C;  bellum  paratum  R.  —  g.  quarta  vero...  ad 
bellum  omis  dans  A^,  C,  R.  —  h.  Marturanensis  veniebat  ferens 
ducis  mandata  militibus  qui  erant  Hierosolimis,  cui  obviam  fue- 
runt  Sarraceni  et  apprehensum  (apprehenderunt  C*)  ilium  duxe- 
runt  (duxeruntque  C*)  secum.  Quarta  autem  feria  exierunt  supra- 
dicti  principes  et  equitaverunt  ad  bellum.  Porro  Petrus  Eremita 
C  (Ici  s’arrête  le  manuscrit  C^).  —  i.  Clerici  namque  B,  C. 


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LES  FRANCS  MARCHENT  SUR  ASCALON  (9  aOÛt  IO99)  21  I 

4 

Le  duc  donna  alors  l’ordre  de  convoquer  tous  les  hommes^ 
afin  qu^après  s’etre  équipés  ils  allassent  en  toute  fidélité  à 
Ascalon  au-devant  de  nos  ennemis.  Lui-même,  avec  le  pa¬ 
triarche  et  Robert,  comte  de  Flandre,  sortit  de  la  ville 
le  mardi Tévêque  de  Martirano*  les  accompagnait,  mais 
le  comte  de  Saint-Gilles  et  Robert  de  Normandie  décla¬ 
rèrent  qu’ils  ne  marcheraient  que  si  l’attaque  leur  était  con¬ 
firmée  Ils  donnèrent  l’ordre  à  leurs  chevaliers  de  pousser 
en  avant  pour  voir  si  une  attaque  se  préparait  réellement  et 
de  revenir  au  plus  vite,  car  ils  étaient  tout  prêts  à  marcher. 
Ceux-ci  allèrent,  constatèrent  la  marche  de  l’ennemi  et  se 
hâtèrent  de  venir  annoncer  qu’ils  l’avaient  vue  de  leurs 
yeux.  Aussitôt  le  duc,  ayant  choisi  l’évêque  de  Martirano, 
l’envoya  à  Jérusalem,  afin  que  les  chevaliers  qui  y  étaient 
s’équipassent  et  marchassent  au  combat. 

Le  mercredi^,  ces  princes  partirent  et  marchèrent  au 
combat.  L’évêque  de  Martirano  revint  rapporter  ses  mes¬ 
sages  au  patriarche  et  au  duc.  Les  Sarrasins  partirent  à  sa 
rencontre,  le  capturèrent  et  l’emmenèrent*.  Pierre  l’Ermite 
resta  à  Jérusalem,  afin  de  prendre  des  mesures  et  de  prescrire 
aux  Grecs,  aux  Latins,  aux  clercs  de  célébrer  en  l’honneur 
de  Dieu  une  procession  et  de  faire  des  prières  et  des  au¬ 
mônes,  afin  que  Dieu  donnât  la  victoire  à  son  peuple®.  Les 
clercs  et  les  prêtres,  revêtus  de  leurs  ornements  sacrés,  con¬ 
duisirent  la  procession  au  temple  du  Seigneur^  et  chan¬ 
tèrent  des  messes  et  des  oraisons,  afin  que  Dieu  défendît 
son  peuple. 

1.  Le  9  août  1099. 

2.  Arnoul,  évêque  de  Martirano  (Italie  méridionale,  province 
de  Catanzaro). 

3.  Ce  simple  détail  montre  combien  était  précaire  l’autorité 
dévolue  à  Godefroi. 

4.  Le  10  août  1099. 

5.  D’après  le  texte  de  C  (p.  210,  note  /i),  l’évêque  de  Martirano 
aurait  été  pris  avant  de  pouvoir  atteindre  Jérusalem;  mais  les 
autres  manuscrits  et  les  remanieurs  sont  d’accord  avec  Raimond 
d’Aguilers  (21,  p.  3o3)  pour  affirmer  qu’il  a  d’abord  exécuté  sa 
mission. 

6.  Ce  rôle  curieux  dévolu  à  Pierre  l’Ermite  en  l’absence  des 
chefs  n’est  connu  que  par  les  Gesta. 

7.  C’est-à-dire  au  Saint-Sépulcre. 


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212 


ACIES  A  DUCIBUS  ORDINANTUR 


Denique  patriarcha  et  episcopi  aliique  seniores  con- 
gregati  sunt  ad  flumen  quod  est  ex  hac  parte  Scalone®^ 
Illic  multa  animalia  boum,  camelorum,  ovium  atque 
omnium  bonorum  depredati  sunt.  Venerunt  autem 
Arabes  fere  ccc  irrueruntque  nostri  super  illos  et  ap- 
prehenderunt  duos  ex  eis,  persequentes  alios  usque  ad 
oorum  exercitum.  Sero  autem  facto,  patriarcha  fecit  pre- 
conari  per  omnem  hostem*  ut  in  summo  mane  cras'^ 
essent  omnes  parati  ad  bellum,  excommunicans  ne*^  ul- 
lus  homo  intenderet  ad  ulla  spolia  donec  bellum  esset 
factum,  sed  eo  facto  reverterentur  cum  felici  gaudio  ad 
capiendum*  quicquid  eis  predestinatum  esset  a  Do¬ 
mino*. 

Summo  vero  diluculo  intraverunt  in  vallem  nimis 
pulchram  secus  litus  maris,  in  qua  suas  ordinaverunt 
acies*.  Dux  instruxit  suam  aciem  et  cornes  Nortmannie 
suam,  cornes  Sancti  Egidii  suam,  cornes  Flandrensis 
suam,  cornes  Eustachius  suam,  Tancredus  et  Gaston 
suam^;  ordinaverunt  quoque-''  pedites  et  sagittarios  qui 
précédèrent  milites*  et  sic  ordinaverunt  omnia  statim- 
que  militare  ceperunt^  in  nomine  Domini  Ihesu  Christi. 

In  sinistra  vero  parte  fuit  dux  Godefridus  cum  sua 
acie  comesque  Sancti  Egidii  equitavit  juxta  mare*  in 
dextra  parte;  cornes^  Nortmannie  comesque  Flandren¬ 
sis  et  Tancredus  omnesque  alii  equitabant  in  medio. 
Tune  nostri  sic  ceperunt  paulatim  ambulare.  Pagani 
vero  stabant  parati  ad  bellum.  Unusquisque  suum  ha- 

a.  Ascalonae  A*,  .<4*,  O,  C*;  Aschaloniae  R.  —  b.  exercitum  C, 
R.  —  c.  crastino  summo  C*,  C®.  —  d.  si  O,  O.  —  e.  accipien- 
dum  B.  —  /.  quippe  A^.  —  g.  ceperunt  militare  B;  militari 
cœperunt  ®;  praeliari  ceperunt  R.  —  h,  sinistra  A®,  A^.  — 
i.  mitissimus  cornes  Rotbertus  A^. 

I.  C’est-à-dire  entre  Ascalon  et  Jérusalem  :  le  Nahr-es-Safiyé. 


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LES  CHEFS  ORDONNENT  LEURS  BATAILLES 


2i3 


Enfin,  le  patriarche,  les  évêques  et  les  autres  seigneurs  se 
rassemblèrent  au  bord  du  fleuve  qui  est  de  ce  côté  d’Asca- 
lon^  Là,  ils  raflèrent  un  grand  nombre  de  bêtes,  bœufs,  cha¬ 
meaux,  brebis  et  toute  espèce  de  butin.  Les  Arabes  arrivèrent 
au  nombre  d’environ  trois  cents;  les  nôtres  s’élancèrent 
sur  eux,  en  prirent  deux  et  poursuivirent  les  autres  jusqu’à 
leur  armée.  Le  soir  venu,  le  patriarche  fit  crier  par  toute 
l’armée  que  le  lendemain,  de  grand  matin,  tous  eussent  à 
être  équipés  pour  la  bataille,  excommuniant  tout  homme 
qui  songerait  à  faire  du  butin  avant  que  la  bataille  fût  ter¬ 
minée;  mais,  ceci  accompli,  ils  pourraient  revenir  dans  la 
joie  pour  s’emparer  de  tout  ce  qui  leur  avait  été  prédestiné 
par  le  Seigneur  2. 

Au  point  du  jour,  ils  pénétrèrent  dans  une  vallée  magni¬ 
fique,  près  du  rivage  de  la  mer,  où  ils  ordonnèrent  leurs 
batailles  3.  Le  duc  rangea  sa  troupe  en  bataille,  le  comte  de 
Normandie  la  sienne,  le  comte  de  Saint-Gilles  la  sienne,  le 
comte  de  Flandre  la  sienne,  le  comte  Eustache  la  sienne, 
Tancrède  et  Gaston  la  leur^.  Ils  disposèrent,  en  outre,  des 
piétons  et  des  archers  pour  précéder  les  chevaliers®.  Tout 
fut  ordonné  ainsi,  et  ils  commencèrent  à  combattre  au  nom 
du  Seigneur  Jésus-Christ. 

A  l’aile  gauche  était  le  duc  Godefroi  avec  sa  troupe  et  le 
comte  de  Saint-Gilles  chevaucha  près  de  la  mer,  à  l’aile 
droite;  le  comte  de  Normandie,  le  comte  de  Flandre,  Tan¬ 
crède  et  tous  les  autres  chevauchaient  au  centre.  Les  nôtres 
avancèrent  ainsi  progressivement.  Les  païens,  de  leur  côté, 
étaient  prêts  au  combat.  Chacun  d’eux  avait  sa  gourde  pen- 

D’après  Guillaume  de  Tyr  (XV,  25,  dans  les  Historiens  occiden- 
tauXj  t.  1],  la  concentration  des  croisés  eut  lieu  à  Yebna  (Ibelin). 
Cf.  Raimond  d’Aguilers,  21,  p.  3o3;  Foucher  de  Chartres,  I,  3i, 
p.  362;  Albert  d’Aix,  VI,  42,  p.  491-492. 

2.  Intervention  intéressante  du  patriarche  connue  aussi  par 
Albert  d’Aix,  VI,  43,  p.  492. 

3.  Sur  cette  expression  qui  désigne  les  unités  tactiques,  voir 

p.  i5i. 

4.  Gaston  de  Béarn.  Cf.  p.  203-204. 

5.  Pour  engager  le  combat  avant  la  charge  des  chevaliers,  tac¬ 
tique  courante  du  xi*  au  xv*  siècle. 


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214 


PUGNA  AD  ASCALONEM 


bebat  vasculum  pendens  collo  ex  quibus  potarent  per- 
sequentes  nos^  sed  illis  non  licuit  gratia  Dei. 

Cornes  autem  de  Nortmannia®  cernens  admiralii* 
standarum  habentem^'  quoddam  pomum  aureum  in 
summitate  haste,  que  erat  cooperta  argento»  vehemen- 
ter  ruit  super  ilium  qui  hune  ferebat*^  eumque  vulne* 
ravit  usque  ad  mortem**.  Ex  alia  parte  cornes  Flan- 
drensis  nimis  acriter  invasit  illos^.  Tancredus  vero-^ 
împetum  fecit  per  medium  tentorium  eorum;  quod 
vidantes  pagani,  continuo  inierunt  fugam,  quorum^ 
multitudo  erat  innumerabilis  numerumque  eorum  nemo 
scit  nisi  solus  Deus;  bella  vero  erant  immensa,  sed  vir- 
tus  divina  comitabatur  nobiscum  tam  magna,  tam  for* 
tis,  quod  statim  superavimus  illos. 

Stabant  autem  inimici  Dei  excecati  et  stupefacti  ac 
videntes  Christi  milites  apertis  oculis  nil  videbant  et 
contra  christianos  erigere  se  non  audebant,  vinute  Dei 
tremefacti,  Pre  nimio  timoré  ascendebant  in  arbores  in 
quibus  putabant  se  abscondere*,  sed  nostri  sagiitando 
et  cum  lanceis  et  ensibus  occidendo  eos  ad  terram  pre- 
cipitabanf*;  alii  autem  jactabant^  se  in  terram  non  au- 
dentes  se  erigere  contra  nos.  Nostri  igitur  illos  detrun- 
cabant  sicut  aliquis  detruncat  animalia  ad  macellum. 
Cornes  Sancti  Egidii  juxta  mare  occidit  ex  eis  sine  nu¬ 
méro;  alii  vero  se  precipitabant  in  mare,  alii  fugiebani 
hue  illucque. 

Venions  itaque  admiralius^  ante  civitatem*,  dolens  et 


a.  incomparabilis  itaque  miles  scilicet  domnus  Rotbertus  co¬ 
rnes  Normannie  CS  C*.  —  b.  ammiravisi  B.  —  c.  stan- 

tarum  habere  A^y  B;  siantartum  R.  —  d.  qui  hune  ferebat  omis 
dans  A^j  5,  C.  —  e.  quem  viriliter  prosternens  vulneravit  A^; 
prosternens  cum  eodem  standaro  letaliter  vulneravit  CS  C*.  — 
/.  igitur  ^S  —  §■'  paganorum  multitudo  A^y  B.  —  h.  pu- 

tantes  ibi  se  posse  later  C*.  —  i.  precipitabant  illos  ad  terram 
CS  C‘^.  —  k.  civitatem  Ascalonam  A®,  O,  C®;  ante  Âscalon  R. 


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BATAILLE  d’aSCALON  {l2aOÛt  IO99)  21  5 

due  au  cou,  ce  qui  leur  permettait  de  boire  tout  en  nous 
poursuivant^,  mais  ils  n’en  eurent  pas  le  temps,  grâce  à 
Dieu. 

Le  comte  de  Normandie,  apercevant  l’étendard  de  l’ami¬ 
ral  orné  d’une  pomme  d’or  au  sommet  d’une  lance  ar¬ 
gentée,  s’élança  violemment  sur  son  porteur  et  le  blessa 
mortellement^.  D’autre  part,  le  comte  de  Flandre  les  atta¬ 
qua  vigoureusement^.  Tancrède,  de  son  côté,  fit  irruption 
dans  leur  camp,  ce  que  voyant  les  païens  prirent  aussitôt  la 
fuite.  Leur  multitude  était  innombrable,  et  nul  n’en  sait  le 
nombre,  excepté  Dieu.  La  bataille  était  acharnée,  mais  une 
force  divine  nous  accompagnait,  si  grande,  si  puissante 
que,  en  un  rien  de  temps,  nous  les  vainquîmes. 

Les  ennemis  de  Dieu  étaient  aveuglés  et  stupéfaits  :  ils 
voyaient  bien,  les  yeux  ouverts,  les  chevaliers  du  Christ,  mais 
c’était  comme  s’ils  ne  voyaient  rien  et  ils  n’osaient  plus  s’éle¬ 
ver  contre  les  chrétiens,  car  la  puissance  divine  les  terrifiait. 
Dans  leur  épouvante,  ils  grimpaient  aux  arbres  pour  s’y  ca¬ 
cher,  mais  les  nôtres,  à  coups  de  flèches,  de  lances  et  d’épées, 
les  massacraient  en  les  précipitant  à  terre*.  D’autres  se  cou¬ 
chaient  sur  le  sol,  n’osant  plus  se  dresser  contre  nous,  et  les 
nôtres  les  décapitaient  comme  on  découpe  des  animaux  au 
marché.  Près  de  la  mer,  le  comte  de  Saint-Gilles  en  tua  un 
nombre  incalculable;  quelques-uns  se  jetaient  à  la  mer, 
d’autres  fuyaient  çà  et  là. 

L’amiral*,  arrivé  devant  la  cité  dans  l’affliction  et  la  dou- 

1.  Détail  précis  et  pittoresque  particulier  à  l'Anonyme  et  à  ses 
remanieurs. 

2.  Cet  exploit  de  Robert  Courie-Heuse  est  mentionné  aussi  par 
Albert  d’Aix,  VI,  5o,  p.  497.  La  scène  fut  représentée  par  ordre 
de  Suger  sur  le  vitrail  de  la  croisade,  à  Saint-Denis  (1142)  avec 
l’inscription  :  «  R[otbertu8]  dux  Normannorum  Partum  proster- 
nit  »  (reproduit  dans  Montfaucon,  Monuments  de  la  monarchie 
françoise^  t.  I,  pl.  LUI,  p.  384). 

3.  Un  autre  compartiment  du  vitrail  mentionné  à  la  note  pré¬ 
cédente  représentait  ce  combat  sous  le  titre  :  «  Duellum  Parti  et 
Roberti  Flandrensis  comitis  »  (Montfaucon,  op.  cïf.,  pl.  LIV). 

4.  Mêmes  détails  dans  la  lettre  de  Daimbert  {Episîulae  et  char- 
tae^  p.  171),  dans  Foucher  de  Chartres  (I,  3i,  p.  363),  Albert  d’Aix 
(VI,  47,  p.  495). 

5.  L’émir  égyptien  qui  s’enfuit  à  Âscalon. 


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2i6 


DE  AUIRAUl  MŒRORE 


merens,  lacrymando  :  «  O  deorum"  spiritus  !  Quis 
unquam  vidit  vel  audivit  talia!  Tanta  potestas,  tanta 
virtus,  tanta  milicia  que  nunquam  ab  ulla  gente  fuit 
superata,  modo  a  tantilla  gente  christianorum*  est  dé¬ 
viera!  Heu  mihi  tristis  ac  dolens!  Quid  amplius  dicam? 
Superatus  sum  a  gente  mendica,  inermi  et  pauperrima 
que  non  habet  nisi  saccum  et  peram.  Ipsa  modo  per- 
sequitur  gentem  Egipiiacam,  que  illi  plerumque  suas 
largita  est  elemosinas  dum  olim  per  omnem  nostram 
patriam  mendicarent^^.  Hue  eonduxi'^  ad  conventio- 
nem  cc  milia  miliium®  et  video  ipsos  Iaxis  frenis  fugien- 
tes  per  viam  Babilonicam  et  non  audent  reverti  adver- 
sus  gentem  Franeigenam.  Juro  per  Maehumet*  et  per 
omnia  deorum  numina"*  quod  ulterius  non  retinebo 
milites  conventione  aliqua,  quia  expulsus  sum  a  gente 
advena-^.  Conduxi  omnia  armorum  généra  et  omnia 
maehinamenta,  ut  eos  obsiderem  in  Hierusalem  et  ipsi 
prevenerunt  me  ad  bellum  itinere  dierum  duarum^. 
Heu  mihi!  Quid  amplius  dieam?  Inhonoratus  ero  sem- 
per  in  terra  Babilonica.  » 

Nosiri  autem  acceperunt  ejus  stantarum^  quod  com- 
paravit®  eomes  de  Nortmannia  xx  marehas  argent!®  et^ 
dédit  patriarche  in  Dei  honorent  sanctique  Sepulchri; 
ensem  vero  émit  quidam  lx  bisanteis^. 

a.  Christianorum,  quod  in  pugillo  poiest  claudi 

B  (cf.  Tudebode,  p.  i  Si,  manuscrit  C).  —  c.  mendicaret  A‘^,  C*.  — 
d.  conduxi  gentem^*.  —  e.  Mohamel  C*;  Machometh  O;  Mahu- 
met  R.  —  /.  aliéna  et  advena  A^,  C*,  O,  R.  —  g.  duorum. 
Vech!  quid  mihi  esset  si  illius  gentem  conduxissem  meam  B  (cj, 
Tudebode,  p.  1 1 6).  L'interpolation  ne  figure  pas  dans  R.  — h.  itaque 
standarum  ejusdem  ammiralii  acceperunt  quem  inclitus  et  ab 
omnibus  honorandus  miles  Robertus  Normannorum  cornes  (cornes 
omis  dans  C)  nobilissimus  perempto  hujus  signifero  prosirave- 
rat,  quem  ipse  redemit  xx  marcis  argenti  deditque  patriarchae 
C2;  nostri  itaque  admiralii  ejusdem  acceperunt  standarum 
quod  honorandus  miles  Rotbertus  Normannorum  nobilissimus 


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DOULEUR  DE  l’ÉMIR  DE  BABYLONE  21 7 

leur,  s’écria  tout  en  larmes*  :  «  O  esprits  des  dieux!  Qui  a 
jamais  vu,  qui  a  jamais  ouï  de  telles  choses!  Une  pareille 
puissance,  une  pareille  force,  une  pareille  chevalerie  qui  n’a 
jamais  été  vaincue  par  aucune  nation  et  qui  s’est  fait  battre 
par  ce  peuple  minuscule  des  chrétiens!  Quelle  tristesse! 
Quelle  douleur!  Qu’ajouterai-je  de  plus?  Me  voilà  battu  par 
un  peuple  de  mendiants,  de  lâches,  de  gueux  qui  n’a  rien 
que  le  sac  et  la  besace!  C’est  lui  qui  poursuit  ce  peuple 
égyptien,  qui  lui  a  si  souvent  distribué  ses  aumônes,  quand 
il  allait  mendiant  à  travers  notre  patrie^.  J’ai  conduit  là,  après 
les  avoir  enrôlés,  deux  cent  mille  chevaliers  ^  et  je  les  vois, 
lâchant  les  rênes,  fuir  sur  la  route  de  Babylone,  et  ils  n’osent 
se  retourner  contre  la  gent  française.  Je  jure,  par  Mahomet 
et  par  la  puissance  de  tous  nos  dieux^,  que  jamais  plus  je 
n’enrôlerai  des  chevaliers  par  engagement,  puisque  me  voilà 
chassé  par  une  gent  étrangère.  J’ai  amené  toutes  les  espèces 
d’armes  et  de  machines  pour  les  assiéger  dans  Jérusalem, 
et  ce  sont  eux  qui  m’ont  attaqué  en  me  prévenant  de  deux 
jours.  Hélas!  que  dire  de  plus?  Me  voilà  déshonoré  pour 
jamais  dans  la  terre  de  Babylone.  » 

Les  nôtres  recueillirent  son  étendard  et  le  comte  de  Nor¬ 
mandie  l’acheta*  vingt  marcs  d’argent*  et  le  donna  au  pa¬ 
triarche  en  l’honneur  de  Dieu  et  du  Saint-Sépulcre.  Quel¬ 
qu’un  acheta  son  épée  soixante  besants^. 

perempto  hujus  signifero  prostraverat,  illud  redimens  x  marcas 
argenti  A^,  —  t.  et  omis  dans  A^^  A^. 

1.  Véritable  morceau  de  rhétorique  dont  le  ton  déclamatoire 
fait  contraste  avec  le  récit  de  l’Anonyme.  Voir  l’Introduction, 

p.  VI. 

2.  Allusion  aux  pèlerinages  qui  ont  précédé  la  croisade. 

3.  Il  s’agit  de  chevaliers  soldés  «  d’après  un  traité  ».  Le  chiffre 
donné  ici  est  évidemment  sans  valeur. 

4.  Ce  détail  suffit  à  révéler  le  caractère  apocryphe  du  morceau. 

5.  Robert  Courie-Heuse  avait  tué  le  porte-étendard,  mais  il 
dut  racheter  l’étendard  lui-même  au  soldat  qui  l’avait  ramassé. 

6.  Le  marc  d’argent  équivaut  à  une  livre  d’argent.  Cf.  p.  76,  n.  2. 

7.  Sur  la  valeur  du  besant,  voir  p.  qS,  n.  5.  Tous  ces  détails 
sont  particuliers  à  l’Anonyme  et  à  ses  remanieurs.  11  s’agit  de 
l’épée  de  l’émir  de  Babylone  qui  devait  être  richement  ornée. 

Première  croisade.  17 


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2i8 


HIERUSALEM  CRUCESIGNATI  REPETUNT 


Superati  sunt  itaque  inimici  nostri,  Deo  annuenie. 
Omnes  naves  terrarum  paganorum®  ibi  aderant^;  ho- 
minesvero  qui  intus  erant,  videntes  admiralium  fugien.- 
tem  cum  suo  exercitu,  statim^  suspenderunt  vêla  et 
impulerunt  se  in  alta  maria. 

Reversi  sunt  nostri  ad  tentoria  eorum*^  acceperunt- 
que  innumera  spolia  auri,  argenti  omniumque  bono- 
rum  cumula*^  ac  omnium  animalium  généra  omnium¬ 
que  armorum  instrumenta*;  que  voluerunt  asportave- 
runt,  reliqua  igné  consumpserunt-^. 

Redieruntque*'  nostri*  Hîerusalem  deferentes  secum 
omnia  bona'  que  illis  necessaria*  erant.  Hoc  bellum 
actum*  est  pridie  idus  augusti^,  largiente'®  Domino 
nostro  Ihesu  Christo®,  cui  est  honor  et  gloria  nunc  et 
semper  et  in  secula  seculorum®.  Dicat  omnis  spiritus  : 
Amenai 


a.  paganorum  omis  dans  —  b.  statim  omis  dans  —  c.  ad 
illorum  tentoria  A^.  —  d.  cumula  omis  dans  A^;  cumula,  equos 
et  mulos,  asinos  et  camelos,  innumerabiles  oves  et  boves  et  ins> 
trumenta  B  et  TudebodCyp.  i  rj.  —  e.  instrumenta.  Omnes  nam- 
que  montes  et  colles  et  omnia  plana  stabant  {sic)  cooperta  de  mul* 
titudine  illorum  animalium  et  invenerunt  armorum  cumula; 
quae  voluerunt  B  et  Tudebode,  p.  117-  — /.  combusserunt 
C>,  O.  —  g.  reversi  sunt  /!*,  B,  C.  —  h.  nostri  cum  gaudio  X*. 

—  i.  omnia  bona,  scilicet  camelos  et  asinos  honustos  pane,  bis- 
cocto  et  farina  et  frumento  et  caseo  et  pane  et  oleo  et  omnibus 
bonis  quae  illis  B  et  Tudebode^  p.  117.  --  k.  necesse  erant  B. 

—  l.  factum  B.  —  m.  largiente  hoc  B.  —  n.  Christo  fidelibus  suis 

victoriam,  qui  cum  pâtre  et  spiritu  sancto  vivit  et  régnât  Deus 
per  intinita  saecula  saeculorum.  Amen  R.  — 0.  per  infinita  secu- 
iorum  secula  ^4*,  C*.  —  p.  Explicit  via  bona,  dans  le  manus¬ 

crit  Camden  cité  par  Bongars  i  Introduction,  fol.  I  b). 


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RETOUR  DES  CROISÉS  A  JÉRUSALEM  (l3  aOÛt  IO99)  219 

Tous  nos  ennemis  furent  ainsi  vaincus  avec  la  permission 
de  Dieu.  Tous  les  navires  des  terres  païennes  se  trouvaient 
là'.  Les  hommes  qui  les  montaient,  voyant  Tamiral  fuir 
avec  son  armée,  hissèrent  aussitôt  leurs  voiles  et  gagnèrent 
la  haute  mer. 

Revenus  au  camp  ennemi,  les  autres  recueillirent  un  im¬ 
mense  butin  d*or  et  d’argent,  des  monceaux  de  richesses, 
des  animaux  de  tout  genre,  des  armes  de  toute  espèce.  Ils 
emportèrent  ce  qu’ils  voulurent  et  brûlèrent  le  reste. 

Les  nôtres  rentrèrent  à  Jérusalem,  rapportant  avec  eux 
toute  espèce  de  ressources  qui  leur  étaient  nécessaires. 
Cette  bataille  se  livra  la  veille  des  ides  d’août^,  par  la 
grâce  de  Notre-Seigneur  Jésus-Christ,  à  qui  reviennent 
honneur  et  gloire  maintenant  et  toujours  et  dans  les  siècles 
des  siècles.  Que  toute  âme  dise  :  Ainsi  soit-ill 

1.  Une  flotte  égyptienne  croisait  devant  Ascalon. 

2.  Le  vendredi  12  août  1099.  Le  retour  à  Jérusalem  eut  lieu  le 
lendemain.  Sur  ce  retour,  voir  Foucher  de  Chartres,  I,  32,  p.  363, 
et  Albert  d’Aix,  VI,  5o,  p.  496*497. 


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APPENDIX* 


SiTUS  URBIS  AnTIOCHIE**. 


Hec  urbs  Antiochia  scilicet  valde  est  pulchra  et  ho- 
norabilis,  quia  infra  muros  ejus  sunt  iv  montanee* 
maxime  et  nimis  alte^.  In  altiori  quoque^  est  castellum 
edificatum,  mirabile  et  nimis  forte®.  Deorsum  est  civi- 
tas  honorabilis  et  conveniens  omnibusque  ornata  hono- 
ribus,  quoniam  multe  ecclesie  sunt  in  ea  edificate,  ccc  et 
Lx  monasteria  in  se  continet.  Sub  suo  jugo  continet 
patriarcha  cliii  episcopos-*. 

Clauditur  civitas  duobus  muris^  major  quoque  valde 
est  altus  et  mirabîliter  latus  magnisque  lapidibus  corn- 
positus,  in  quo  sunt  ordinate  ccccl  turres®  modisque 
omnibus  est  civitas  formosa;  ab  oriente  clauditur 
IV  magnis  montaneis;  ab  occîdente  secus  muros  urbis 
fluit  quoddam  flumen,  cui  nomen  Farfar*'®.  Que  civi- 

a.  Titre  en  marge  dans  B,  omis  dans  A  et  C*;  de  situ  civitatis 
Antiochie  O,  C*.  —  b.  montane  A^,  A^,  B.  —  c.  quoque  monta- 
nea  C.  —  d.  A  la  suite  de  ce  mot,  B  et  Tudebode,p.  Sg,  ajoutent  : 
et  ita  noluerunt  stulte  neque  inane  dimittere  regalem  civitatem 
Antiochiam,  quae  tantae  auctoritatis  fuit  quod  eam  prius. 

1.  Nous  rappelons  que  nous  avons  renvoyé  en  appendice  ce 
passage  interpolé  dans  les  manuscrits  entre  les  chapitres  xxxi  et 
xxxiii.  Voir  plus  haut,  p.  170. 

2.  Ce  sont  les  quatre  éperons  formés  par  le  mont  Cassius,  le 
Silpius,  rOrocassias  et  le  Phrynimus  au  sud  de  la  ville. 


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APPENDICE^ 


Description  de  la  ville  d’Antioche. 


Cette  ville  d’Antioche  est  magnifique  et  grandiose,  car,  à 
l’intérieur  de  ses  remparts,  sont  quatre  montagnes  énormes 
et  très  élevées  3.  Sur  la  plus  haute  est  un  château  bien  cons¬ 
truit,  remarquable  et  fort  3.  En  bas  s’étend  la  cité  magni¬ 
fique  et  agréable,  ornée  de  toute  espèce  de  beautés,  car  elle 
possède  de  nombreuses  églises,  au  nombre  de  trois  cents, 
et  elle  contient  soixante  monastères.  Le  patriarche  tient 
sous  sa  domination  cent  cinquante-trois  évêques^. 

La  cité  est  close  de  deux  murailles  :  la  plus  grande  est  très 
haute,  merveilleusement  large  et  construite  en  bel  appareil  : 
quatre  cent  cinquante  tours  y  sont  disposées  *  et  à  tout  point 
de  vue  la  cité  est  belle.  A  l’est,  elle  est  bornée  par  quatre 
grandes  montagnes  ;  à  l’ouest,  près  des  murs,  coule  un  fleuve 
appelé  Farfar®.  Cette  cité  a  une  grande  renommée,  car  elle  fut 

3.  La  citadelle  d'Ântioche,  située  à  l’endroit  le  plus  élevé  de 
l'enceinte. 

4.  Ce  chiffre  correspond  à  celui  de  la  Notice  du  patriarche 
Anastase,  composée  dans  la  deuxième  moitié  du  vi*  siècle,  époque 
de  la  prospérité  du  patriarcat.  Au  x*  siècle,  le  nombre  des  évê¬ 
chés  melkites  suffragants  est  évalué  à  soixante-dix  environ,  et  il 
devait  être  encore  moindre  en  1098.  Voir  S.  Vailhé,  dans  les 
Échos  d’Orient,  t.  X  (1907),  et  dans  le  Dictionnaire  d’histoire  et 
de  géographie  ecclésiastiques,  publ.  par  Baudrillart,  Vogt  et  Rou- 
ziès,  t.  I,  col.  581-612,  article  :  Antioche  (1922). 

5.  Cette  enceinte  avait  été  reconstruite  par  Justinien  après  la 
prise  de  la  ville  par  Chosroès  en  640  (Diehl,  Justinien  et  la  civi¬ 
lisation  byzantine,  1901,  p.  58i-583). 

6.  Nom  donné  à  l’Oronte  à  cette  époque. 


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222 


SITÜS  URBIS  ANTIOCHIAE 


tas  magne  auctoritatis  fuit,  nam  eam  prius  lxxv*  reges 
constituerunt*,  quorum  fuit  caput  Antiochus  rex,  a 
quo  dicitur  Antiochia*.  Istam  civitatem  tenuerunt 
Franci  obsessam  per  viii  menses  et  unum  diem®,  pos- 
tea  fuerunt  intus  inclusi*  per  iii  hebdomadas  a  Turcis"* 
et  ab  aliis  paganis,  quorum  numéro  nunquam  fuit  ma¬ 
jor  congregatio  hominum  vel  christianorum  vel  paga- 
norum;  tamen  adjutorio  Dei  et  Sancti  Sepulcri,  devic- 
tis  illis  a  christianis,  requievimus  cum  gaudio  et  leticia 
magna  per  v  menses  et  viii  dies®. 

a.  Lxxxv  CK  —  6.  in  qua  et  ipsi  postea  fuerunt  obsessi  C. 

I.  La  liste  entièrement  fabuleuse  de  ces  rois  est  donnée  par 
Tudebode,  p.  89. 

3.  En  fait,  la  ville  fut  fondée  en  3oo  av.  J.-C.  par  Séleucus 
Nicator,  qui  l’appela  Antioche  en  l’honneur  de  son  père  Antio- 


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DESCRIPTION  d’aNTIOCHE 


223 


constituée  d’abord  par  soixante-quinze  rois*,  dont  le  pre¬ 
mier  fut  Antiochus,  d’où  vient  son  nom  d’Antioche*.  Les 
Francs  tinrent  cette  cité  assiégée  pendant  huit  mois  et  un 
jour*,  puis  ils  y  furent,  à  leur  tour,  assiégés  pendant  trois 
semaines  par  les  Turcs  ^  et  autres  païens,  dont  le  nombre 
était  tel  qu’il  n’y  eut  jamais  une  si  grande  réunion  d’hommes, 
chrétiens  ou  païens.  Cependant,  avec  l’aide  de  Dieu  et  du 
Saint-Sépulcre,  ils  furent  vaincus  par  les  chrétiens,  et  nous 
nous  reposâmes  dans  la  joie  et  l’allégresse  pendant  cinq 
mois  et  huit  jours*. 

chus.  Le  fils  de  Séleucus,  Antiochus  I*',  qui  lui  succéda  en  280,  en 
fit  sa  capitale. 

3.  Du  21  octobre  1097  au  3  juin  1098,  ce  qui  fait  sept  mois  et 
quinze  jours. 

4.  Du  5  au  28  juin  1098,  soit  vingt-trois  jours. 

5.  Du  28  juin  au  23  novembre  10^  (date  à  laquelle  Raimond  de 
Saint-Gilles  quitte  Antioche)  (cinq  mois  moins  cinq  jours).  Ces 
détails  chronologiques  prouvent  que  ce  morceau  a  été  écrit  bien 
après  le  départ  des  croisés  d’Antioche.  Voir  p.  170,  n.  b. 


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INDEX* 


A 

abmration.  —  Exigée  par  les 
Turcs  de  leurs  prisonniers,  à 
Exerogorgo  (octobre  1096),  ii. 
—  Voir  :  conversion. 

Âchard  de  Montmerle  {Achar- 
dus  de  Montemerloi  ou  de 
Mommellou).  —  Traverse 
ritalie  avec  Hugue  de  France, 
i5.  —  Au  siège  de  Jérusalem, 
va  en  expédition  à  Jaffa  pour 
protéger  les  navires  occiden¬ 
taux  (juin  1099),  197.  —  Il  est 
tué  dans  une  escarmouche, 

199* 

acies.  —  Voir  :  bataille. 

Acre,  ou  Saint-Jean-d’Acre 
Mcr<z),  aujourd’hui  Akka,  en 
Palestine.  —  Atteinte  par  les 
croisés  (fin  mai  1099),  193. 

Adana  {Athena)f  port  de  Gili- 
cie,  aujourd’hui  chef-lieu  de 
la  orovince  d’Adana.  —  Cédé 
à  Tancrède  (sept.  1097), 

[Adémar  de  Monteilj,  évêque 
du  Puy  {Podiensis  episcopus), 
représentant  et  légat  du  pape. 
—  Commande  une  division 
de  l’armée  des  Provençaux, 
avec  laquelle  il  traverse  l’Es- 
clavonie,  i3.  —  Devant  Nicée, 
prend  part  à  la  bataille  contre 
l’armée  turque  de  secours 
(16  mai  10Q7),  37-30.  —  Sape 
une  tour  de  la  ville,  39.  — 
Dans  la  seconde  armée  après 


le  départ  de  Nicée  (28  juin 
1097),  45.  —  Prend  part  a  la 
bataille  de  Dorylée  (i*'  juillet 

1097) ,  47,  49.  —  Défend  le 
camp  devant  Antioche  contre 
une  sortie  de  la  garnison, 
perd  son  sénéchal  et  sa  ban¬ 
nière  (2g  déc.  1097),  75.  — 
Reçoit  de  Bohémond  la  con¬ 
fidence  de  ses  négociations 
avec  Firouz,  io5.  —  E^ige  le 
serment  sur  l’Evangile  du 
prêtre  auquel  le  Christ  est 
^paru  (il  juin  1098),  i3i.  — 
Commande  le  quatrième 
corps  de  bataille  devant  An¬ 
tioche  et  porte  la  sainte 
Lance  (28  juin  1098),  i53.  — 
Meurt  à  Antioche  (1"  août 

1098) ;  son  éloge,  167. 

Ak-Cheïr.  —  Voir  :  Philome- 

lium. 

Akka.  —  Voir  ;  Acre. 

[Al-Afdhal],  émir  de  Babylone 
d’Egypte,  87,  97.  —  Prépare 
une  expédition  contre  les  croi¬ 
sés  (mai  1099),  191.  —  Con¬ 
centre  ses  troupes  à  Ascalon 
(août  1099),  209.  —  Sa  dou¬ 
leur  après  la  bataille  (12  août), 
215-217. 

Alamam.  —  Voir  :  Allemands. 

Albara.  —  Voir  :  El-bâra. 

A  Iberedus  de  Cagnano.  —  Voir  : 
Aubré  de  Cagnano. 

Alep  {Aleph\  grande  ville  de 
Syrie,  sur  la  route  d’Antioche 


1.  Les  renvois  sont  faits  aux  pages  de  la  traduction  française. 


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INDEX 


225 


à  l’Euphrate.  —  Les  prison¬ 
niers  chrétiens  y  sont  con¬ 
duits,  II.  —  Secours  envoyés 
d’Alep  à  Antioche  (fin  cféc. 
1097)1  73.  —  Habitée  par  la 
mère  ae  Kerbôga,  119,  125. 
—  Turcs  venus  d’Alep,  i65. 

Alexandrette  (  Alexanareta  ), 
port  de  la  Syrie  septentrio¬ 
nale,  sur  le  golfe  du  même 
nom,  141. 

Alexis  [Comnène]  {Alexius)^ 
empereur  de  Byzance  (1081- 
iri8).  —  Ses  rapports  avec  la 
croisade  populaire,  7.  —  Se 
réjouit  de  la  défaite  des  croi¬ 
sés  à  Civitot,  i3.  —  Hugue  de 
France  et  Guillaume,  nis  du 
marquis,  lui  sont  envoyés, 
i5.  —  Son  conflit  avec  Gode- 
froi  de  Bouillon  à  Constan¬ 
tinople,  17.  —  Conclut  un  ac- 
cora  avec  Godefroi  et  ravi¬ 
taille  son  armée,  19.  —  En¬ 
voie  un  curopalate  à  Bohé- 
mond  pour  ravitailler  l’armée 
normande  (janvier  1007),  25. 
—  Négocie  avec  les  chefs  de 
la  croisade  pour  obtenir 
d’eux  le  serment  de  fidélité, 
29,  3i.  —  Ses  mauvais  des¬ 
seins  contre  les  chefs  croisés^ 
29.  —  Il  réunit  un  conseil  qui 
décide  d’exiger  le  serment 
des  princes;  ses  négociations 
avec  Bohémond  pour  l’obte¬ 
nir,  3i.  —  Sollicité  par  les 
croisés,  envoie  devant  Nicée 
une  flottille  montée  par  des 
Turcoples,  41.  —  Accorde 
une  capitulation  aux  Turcs 
de  Nicee  (26  juin  109^,41-43. 
—  Son  représentant  Tatikios 
abandonne  le  siège  d’Antio¬ 
che  (février  1098),  79-81.  — 
Les  croisés,  en  promettant 
Antioche  à  Bohémond,  ré¬ 
servent  les  droits  de  l’empe¬ 
reur  (29  mai  1098),  io3.  — 
L’empereur  s’avance  jusqu’à 
Philomelium  pour  porter  se¬ 
cours  aux  croisés  (juin  1098), 


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141.  —  Son  entrevue  avec 
Etienne  de  Blois,  qui  le  dé¬ 
tourne  d’aller  plus  loin  et  lui 
fait  croire  qu’Antioche  a  été 
reprise  par  Kerbôga,  141,  143. 
—  Il  donne  à  son  armée  l’or¬ 
dre  de  battre  en  retraite,  145- 
147.  —  Invité  par  les  croisés 
à  venir  prenare  possession 
d’Antioche  (juillet  1098),  161. 
—  Raimond  de  Toulouse  ré¬ 
serve  les  droits  d’Alexis  sur 
Antioche  (nov.  1098  et  janv. 
1099),  169,  17Q. 

Allemands  (Alamanni).  —  Ar¬ 
rivent  à  Constantinople  avec 
Pierre  l’Ermite  (3o  juillet 
1096),  7.  —  Se  séparent  des 
Francs  et  élisent  un  chef,  7-0. 
—  Trahison  du  chef  des  Al¬ 
lemands  à  Exerogorgo  (oc¬ 
tobre  10^),  II. 

Alpes.  —  Voir  ;  Aups. 

Amalfi  {Malji  Scajardi  Pows), 
port  de  l’Italie  méridionale, 
arrond.  et  province  de  Sa- 
lerne.  —  Assiégé  en  1096  par 
Roger,  duc  de  Pouille,  et  Bo¬ 
hémond,  19. 

Amazones  (fleuve  Ama\o- 
nia  Jlumina,  117. 

ambassadeurs  {nuncii)  de  Bo¬ 
hémond  à  l’empereur  (jan¬ 
vier  1097),  25;  —  du  calife 
d’Egypte  aux  croisés  (février 
loqâ),  87,97;  —  croisés  à 
Kerbôga  (27  juin  10^),  147, 
149,  iDi.  —  Hugue  le  Mainsné 
envoyé  à  l’empereur  après  la 
victoire  sur  Kerbôga^  161.  — 
Ambassadeurs  du  roi  de  Cé- 
sarée  au  comte  de  Toulouse 
(janvier  1099),  181. 

amiral.  —  Voir  :  émir. 

André  (sain^^  Andréas.  —  Ap¬ 
paraît  à  Pierre  Barthélémi, 
i33-i35. 

Andronopolis  (vallée  d’)  [valîis 
de  Andronopoli),  en  Macé¬ 
doine  occidentale. —  Traver¬ 
sée  par  les  Normands  d’Ita¬ 
lie,  21. 


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220 


INDEX 


Ângulans  {Angulani)^  corps  de 
troupes  de  l’armée  turque, 
49,  ii3. 

Ansa,  ville  de  l’Italie  méridio¬ 
nale,  peut-être  Anzi,  province 
et  arrond.  de  Potenza.  — 
Voir  :  Robert  de  Ânsa. 

Anselme  dé  Ribemont  {Ansel^ 
mus  de  Ribomont)^  chevalier. 
—  Meurt  pendant  le  siège 
d’Archas  (fevr.-mai  looq), 

Antioche  {Antiochia),  ville  prin* 
cipale  de  la  ^rie,sur  l’Oronte. 
—  Les  captifs  chrétiens  y  sont 
conduits,  ii.  —  L’empereur 
offre  à  Bohémond  un  terri¬ 
toire  dans  les  environs,  3i. 
—  Faux  bruit  de  son  évacua¬ 
tion  par  les  Turcs  (oct.  1097), 
63.  —  Une  avant-garde  en¬ 
voyée  par  Raimond  de  Saint- 
Gilles  cherche  inutilement  à 
surprendre  la  ville,  63.  —  Ar¬ 
rivée  des  croisés  devant  la 
ville  {20  oct.  1097),  65.  —  Ils 
installent  leur  camp  (21  oct.), 
67.  —  Premières  escarmou- 
cnes  avec  les  Turcs  et  début 
du  siège  (oct.-nov.  1097),  71. 
—  Disette  au  camp  des  croi¬ 
sés  et  expédition  de  ravitail¬ 
lement  (déc.  ic^7),  71.  —  Sor¬ 
tie  de  la  garnison  turque  et 
combat  violent  (29  déc.  1097), 
75.  —  Famine  au  camp  des 
croisés  et  tentatives  de  déser¬ 
tion  (janv.  1098),  77-79.  — 
L'envoyé  impérial  abandonne 
le  siège  (févr.  1098),  81.  —  Bo¬ 
hémond  arrête  une  armée 
turque  de  secours  et  remporte 
une  grande  victoire  (9  févr. 
1098),  83-85.  —  Pendant  ce 
temps,  la  garnison  d’Antioche 
tente  une  sortie,  repoussée 
par  les  croisés,  87.  —  Les 
croisés  décident  la  construc¬ 
tion  du  château  de  la  Maho- 
merie  et  envoient  une  expé¬ 
dition  à  Port-Saint-Simeon 
(5  mars  1098;,  89-91.  —  Pen¬ 
dant  ce  temps,  sortie  de  la 
garnison  d’Antioche,  qui  in- 


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dige  de  lourdes  pertes  aux 
croisés,  91.  —  Le  lendemain 
(6  mars),  elle  attaque  avec 
succès  les  croisés  revenant 
de  Saint-Siméon,  91.  —  Les 
Turcs  sont  ramenés  dans  la 
ville  après  un  violent  combat 
(7  mars  1098),  93-95.  —  Ils 
ensevelissent  leurs  morts, 
dont  les  sépultures  sont  vio¬ 
lées  par  les  croisés,  97.  — 
Construction  par  les  croisés 
du  château  de  la  Mahomerie 
(8  mars  1098),  97.  —  Ils  ar¬ 
rivent  à  bloquer  entièrement 
la  ville,  99.  —  Firouz,  com¬ 
mandant  de  trois  tours,  né¬ 
gocie  avec  Bohémond,  loi. 
—  Bohémond  se  fait  pro¬ 
mettre  par  les  princes  la 
possession  d’Antioche,  s’il 
peut  s’en  emparer  (29  mai 
1098).  io3.  —  Etienne  de  Blois, 
élu  cnef  suprême,  abandonne 
le  siège,  141.  —  Bohémond 
arrête  avec  Firouz  le  plan  de 
l’entrée  des  Francs  dans  la 
ville  et  le  communique  aux 
chefs  (2  juin  1098),  îo5.  — 
Escalade  d’Antioche  par  les 
croisés  (nuit  du  2  juin  1098), 
107.  —  Entrée  des  croises 
dans  la  ville  et  massacre  des 
Turcs  (3  juin  1098);  109.  — 
Les  Turcs  se  réfugient  dans 
la  citadelle,  109.  —  Le  fils  de 
lagi-Sian  livre  la  citadelle  à 
Kerbôga,  ii3.  —  Début  du 
siège  d’Antioche  par  Kerbôga 
(5  )uin  1098),  ii5. —  Il  confie 
la  garde  cfe  la  citadelle  à  l’un 
de  ses  émirs  les  plus  sûrs, 
ii5.  —  Il  attaque  la  ville 
(10  juin  1098)  et  tue  de  nom- 
breuxcroisés,  127. — Plusieurs 
chevaliers  désertent  la  ville 
et  sont  massacrés  à  Port- 
Saint-Siméon  (10  juin  1098), 
129.  —  Le  Christ  apparaît  à 
un  clerc;  récit  de  sa  vision, 
129-131.  —  Vision  de  Pierre 
Barthélémi  et  révélation  de 
la  sainte  Lance,  i33-i35.  — 


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INDEX 


227 


Combats  violents  devant  la 
citadelle,  i35-i37.  —  Bohé- 
mond  incendie  Antioche,  137. 
—  Les  croisés  serrés  de  près 
par  les  Turcs,  139.  —  Inven- 
tiondelasainte  Lance(i4)uin 

1098) ,  147.  —  Ambassade  des 
chefs  croisés  à  Kerbôga 
(27  juin  1098),  147-151.  — 
Processions  et  jeûnes  des 
croisés  avant  la  bataille,  i5i. 
—  Sortie  de  l’armée  des  croi* 
sés  par  la  porte  de  la  Maho- 
mene;  leur  ordre  de  bataille, 
i5i-i53.  —  Leur  victoire  sur 
les  Turcs  de  Kerbûga  (28  juin 
1008),  i55,  157,  iSg.  —  Capi¬ 
tulation  de  la  citadelle,  159. 
—  Les  croisés  séjournent  dans 
la  ville  après  leur  victoire, 
167.  —  Adémar  de  Monteil  y 
meurt  (i*'  août  1098),  167.  — 
L’évêque  d’Albara  y  est  sacré 
(sept.  1098),  169.  —  Conseil 
des  princes  au  sujet  de  la 
contestation  entre  Bohémond 
et  Raimond  de  Toulouse 
(nov.  1098),  169-171.  —  Départ 
d’Antiocne  de  Raimond  de 
Saint-Gilles,  173.  —  Sarrasins 
de  Marra  conduits  à  Antioche 
(déc.  1098),  177.  —  Retour  de 
Bohémond  à  Antioche  (janv. 

1099) ,  179.  —  Nouveau  retour 
du  même  (7  mars  1099),  187. 
—  Durée  des  deux  sièges 
d’Antioche  et  du  séjour  des 
croisés  dans  la  ville,  223.  — 
Patriarche,  221.  —  Topogra¬ 
phie  de  la  ville  :  citadelle 
occupée  par  les  Turcs,  109, 

ii3,  ii5,  i35,  137,  139,  141, 
i53,  169;  —  occupée  par  Bo¬ 
hémond,  221-223;  —  palais 
de  lagi-Sian,  137,  171,  179^  — 
église-cathédrale  Saint-Pier¬ 
re,  i3i,  i33,  137^  147,  169, 
171;  —  église  Sainte-Marie, 
129,  137. —  Description  d’An¬ 
tioche,  221-223.  —  Voir  :  Ma- 
homerie. 

Antiochus,  fondateur  d’An¬ 
tioche,  223. 


Anzi.  —  Voir  :  Ansa. 
apostolique  (apostolicus),  terme 
employé  pour  désigner  le 
pape,  5,  5;  —  le  calife  de  Bag- 

dadj  III,  117. 

apparitions  —  du  Christ  à  un 
prêtre  pendant  le  siège  d’An¬ 
tioche  par  Kerbûga(juin  10^], 
i29-i3i;  —  de  saint  Bartne- 
lémi  à  Pierre  Barthélémi  au 
sujet  de  la  sainte  Lance,  i33- 
i35;  — >  des  saints  Georges, 
Mercure  et  Démétrius  pen¬ 
dant  la  bataille  devant  An¬ 
tioche  (28  juin  10^),  i55. 
Apulie  ou  Pouille  (Apulia)^  ré¬ 
gion  d’Italie^  119. 

Arabes.  —  Voir  :  Sarrasins, 
arbalétriers  (ari>altstae),  3q. 
Archas  (Archas),  ville  de  Syrie 
dépendant  de  l’émir  de  Tri¬ 
poli.  —  L’armée  du  comte 
de  Toulouse  arrive  devant  la 
lace  (14  févr.  1099),  i85.  — 
ertes  des  croisés  pendant  ce 
siège,  189.  —  Levee  du  siège 
(i3  mai  1099),  1^. 
archers  {sagittarii\  39,  21 3. 
Areg^  Aregh.  —  Voir  :  Harenc. 
armement  des  croisés  (énumé¬ 
ration  des  pièces  de  1’),  65. 
Arméniens  {Hermenii).  —  Sou¬ 
mis  par  les  Turcs,  M.  —  Ar¬ 
rivée  des  croisés  sur  leurs 
terres  (sept.  1097L  61.  —  Ceux 
des  environs  a  Antioche  se 
rendent  à  Pierre  de  Roaix, 
63.  —  Ils  espionnent  les  croi¬ 
sés  devant  Antioche  (  oct. 
1097),  60.  —  Spéculent  sur  le 
ravitaillement  des  croisés 
janv.  1098),  77.  —  Achèvent 
es  Turcs  vaincus  par  les 
croisés  (9  févr.  1098),  87.  — 
Forcés  de  combattre  dans  les 
rangs  turcs  (7  mars  1098),  95. 
—  Surpris  par  Tancrède,  oui 
les  empêche  de  ravitailler  les 
Turcs  d’Antioche  (avril  ic^), 
99.  —  Massacrent  lagi-Si’an, 
gouverneur  d’Antioche ,  et 

ffortent  sa  tête  à  Bohémond 
3  juin  1098),  109.  —  Achèvent 


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■228 


INDEX 


les  Turcs  après  la  victoire 
des  croisés  sur  KerbAga 
(28  juin  1098J,  157. 

Arnoul  [Arnulfus)^  élu  patriar¬ 
che  de  Jérusalem  ([•'  août 
1099),  209.  —  Reçoit,  avec 
Godefroi  de  Bouillon,  les  ren¬ 
seignements  envoyés  par  Tan- 
crède,  209.  —  Accompagne 
le  duc  etl’armée  qui  marchent 
sur  Ascalon,  21t.  —  Publie 
un  ordre  du  jour  la  veille  de 
la  bataille  fii  août  1099), 

—  Reçoit,  ae  Robert  Courte- 
Heuse,  l’étendard  de  l’émir 
de  Babylone,  217. 

fArnoul],  évêque  de  Martirano 
{Marturanensis  ^iscopus).  — 
Accompagne  Godefroi  de 
Bouillon  lors  de  la  marche 
sur  Ascalon  (9  août  1099),  2 1 1 . 
—  Envoyé  à  Jérusalem  pour 
y  demander  du  renfort,  il  est 
tait  prisonnier  par  les  Turcs, 
211. 

Ascalon  {Ascaîona^  Ascaloniay 
Scalona,  Scalonia)^  ville  de 
Palestine  occupée  par  les 
Egyptiens,  207.  —  Ils  y  pré¬ 
parent  une  attaque  contre 
Jérusalem,  209.  —  Marche 
des  croisés  sur  Ascalon  et 
bataille  d’Ascalon  (12  août 
1099),  2i3-2i5. 

Asie  117. 

Asie  Mineure.  —  Voir  :  Re¬ 
manie. 

astrologie ,  pratiquée  par  la 
mère  de  KerbAga,  123. 

Athéna.  —  Voir  :  Adana. 

Aubré  de  Cagnano  \Alberedus 
de  Cagnano)y  seigneur  nor¬ 
mand  de  l’armée  de  Bohé- 
mond,  21. 

Aubri  de  Grandmesnil  {Alberi- 
eus  de  Grentemaisnii),  frère 
de  Guillaume.  —  S’enfuit 
d'Antioche,  assiégée  (10  juin 
1098),  127. 

aumônes.  —  Envoyées  par  1  em¬ 
pereur  aux  croisés  pauvres 
après  la  capitulation  de  Ni- 


cée,  43.  —  Ordonnées  aux 
croisésavant  la  bataille  contre 
Kerbôga  ^26-28  juin  1098),  i3i  ; 

—  avant  l’assaut  contre  Jéru¬ 
salem  f6  juin.  1099),  — 

avant  rélection  crun  chef  à 
Jérusalem  ^17  juill.  1090),  207. 

Aups  (Alpes),  canton  de  Sa- 
lernes,  arrond.de  Draguignan 
(Var).  —  Voir  :  Pierre  d’Aups. 

Azymites  (A:^imitae),  dans  l’ar¬ 
mée  turque,  io3,  ni. 

B 

Babylone  d’Egypte  (JBabilonia), 
aujourd’hui  le  Caire.  —  Route 
y  menant,  217.  —  Emir  :  voir 
Al-Afdhal. 

Balduinus.  —  Voir  :  Baudouin. 

baliste.  —  Employée  par  la 
garnison  de  Marra  contre  les 
croisés,  175. 

bandes  formées  par  les  croisés, 
b,  i3,  i5. 

bannière  (vexiîlum)  de  l’évêque 
du  Puy  prise  par  les  Turcs 
(29  déc.  1097),  75;  —  de  Bo- 
nemond  pendant  la  bataille 
du  9  févr.  1098,85;  —  de  Bo- 
hémond,  arborée  sur  les  murs 
d’Antioche  (3  juin  1098),  109; 

—  de  Raimond  de  Toulouse 
et  de  Bohémond ,  donnée 
comme  sauf-conduit  à  la  gar¬ 
nison  de  la  citadelle  d’An¬ 
tioche  (28  juin  1098),  159.  — 
Les  croisés  entrent  dans  Ma- 
raclée  avec  leurs  bannières 
(févr.  1099),  187.  —  Bannière 
donnée  comme  sauf-conduit 
à  des  musulmans  après  la 
prise  de  Jérasalem  (i5  juillet 
1099),  2o5.  —  Bannière  de 
l’émir  de  Babylone,  dont  le 
porteur  est  blessé  par  le 
comte  de  Normandie  à  la 
bataille  d’Ascalon  (12  août 
1099),  2i5.  —  Le  comte  de 
Normandie  l’achète  vingt 
marcs  d’argent,  217.  —  Voir  : 
pennon. 


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INDEX 


baptême  (des  Turcs).  —  Voir  : 
conversion. 

Bardarus.  —  Voir  :  Vardar. 

Bari  {Bari)y  port  d’Italie,  chef- 
lieu  de  la  province  du  même 
nom.  —  Les  croisés  s’y  em¬ 
barquent,  i5. 

Barneville-sur-Mer  (Barna^ 
villa),  chef-lieu  de  canton  de 
l’arrond.  de  Valogne  (Man¬ 
che).  —  Voir  :  Roger  de  Bar- 
neville. 

[Barthélémi]  (Pierre).  —  Voir  : 
Pierre  Barthélémi. 


Baf'uth.  —  Voir  :  Beyrouth. 

bataille  {acies)j  unité  de  com¬ 
bat,  corps  de  troupes  disposé 
en  lignes.  —  A  Dorylée,  49. 
—  Dans  les  combats  devant 
Antioche,  73,  85.  —  Dans  la 
bataille  contre  Kerbôga 
(28  juin  1098),  i5i,  i53,  i55. 
—  A  la  bataille  d’Ascalon 
(12  août  1000)^  2i3. 

Bâtroun.  —  Voir  :  Béthelon. 

Baudouin  {Balduinus),  frère  de 
Godefroi  de  Bouillon,  chef 
d’une  bande  de  croisés,  5.  — 
Défend  les  croisés  contre  l’ar¬ 
mée  impériale  à  Constanti¬ 
nople,  17.  —  Participe  à  la 
conférence  secrète  entre  l’em¬ 
pereur  et  les  princes  croisés 
(avril  1097),  29.  —  En  Asie 
Mineure,  vers  le  14  septembre 
1097,  se  sépare  de  l’armée 
des  croisés,  57.  —  Dispute 
Tarse  à  Tancrède,  qui  finit 
par  la  lui  céder,  5^6i. 

Baudouin,  comte  de  Mons,  en 
Hainaut  {Balduinus,  cornes 
de  Monte),  5. 

Béarn  {Beert\.  —  Voir  :  Gaston 
de  Béarn. 

Beauvais  {Belvacus),  chef-lieu 
du  départ,  de  l’Oise.  —  Voir  : 
Rainaud. 

besant  {bi:(anteus)  ou  hyperpre, 
monnaie  d’or  byzantine,  77, 
95j  109,  139,  179,  iQi,  217. 

bestiaux,  dans  rarmée  des  croi¬ 
sés.  —  Remplacent  les  che¬ 


vaux,  57  (voir  :  sommiers). 
—  Pris  sur  les  Turcs,  67,  181, 
189,  2i3.  —  Livrés  par  l’émir 
de  Tripoli,  191.  —  Pris  après 
la  bataille  d’Ascalon,  218. 

Béthelon  {Bethelon),  aujour¬ 
d’hui  Bâtroun,  à  vingt-cinq 
kil.  au  sud  de  Tripoli  de  Sy¬ 
rie.  —  Les  croisés  y  passent 
(mai  109^,  191. 

Beyrouth  (Éaruth),  ville  de  Sy¬ 
rie.  —  Les  croisés  y  arrivent 
(fin  mai  10^),  iû3. 

[Blois],  chef-lieu  ou  départ,  de 
Loir-et-Cher.  —  Comte  :  voir 
Etienne. 

Boamundus.  —  Voir  :  Bohé- 
mond. 

Boel  de  Chartres  [Boello  Car-- 
notensis).  —  Croisé  de  l’ar¬ 
mée  de  Bohémond,  21. 

[BogomilesJ.  —  Probablement 
les  hérétiques  dont  la  ville 
fut  brûlée  par  les  Normands 
(fin  déc.  loÿ),  23. 

Bohémond  (Èoamundus),  fils 
de  Robert  Guiscard,  prince 
de  Tarente.  —  Commande  la 


troisième  armée  des  croisés, 
i3.  —  Prend  la  croix  au  siège* 
d’Amalfi  (début  de  1096)  et 
organise  sa  croisade,  19,  21. 
—  Aborde  en  Macédoine  oc¬ 
cidentale,  21.  —  Interdit  le 
pillage  à  son  armée,  21-23. — 
Reçoit  les  prisonniers  faits 
sur  les  troupes  impériales 

f)ar  Tancrède  et  leur  rend  la 
iberté  (18  février  1097),  25. 
—  Empêche  son  armee  de 
piller  une  ville  de  Macédoine, 
—  Laisse  son  armée  à 
Rousa  et  gagne  Constanti¬ 
nople  ,  où  il  négocie  avec 
l’empereur  et  les  autres  chefs 
(!•'  avril  1097),  29.  —  Reçoit 
des  propositions  avantageuses 
de  la  part  de  l’empereur,  3i. 
—  Ses  menaces  contre  Rai¬ 
mond  de  Saint-Gilles  pour 
l’empêcher  d’attaquer  rem- 
pereur,  33.  —  Arrivée  de  son 


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23o 


INDEX 


armée  à  Constantinople 
(26  avr.  1097J,  33.  —  Tient 
conseil  avec  ^empereur  pour 
le  ravitaillement  des  armées 
passées  en  Asie,  35.  —  Ravi¬ 
taille  l’armée  devant  Nicée 
^mai  1097),  —  Commande 

le  premier  front  devant  Ni¬ 
cée,  39.  —  Commande  la 
première  armée  au  départ  de 
Nicée  (28  juin  1097),  45.  — 
Attaqué  brusquement  par  les 
Turcs,  fait  dresser  les  tentes, 
45.  —  Envoie  un  message  à 
la  première  armée  pour  h⬠
ter  son  arrivée,  47.  —  Com¬ 
mande  l’aile  gaucne  à  la  ba¬ 
taille  de  Dorylée  (i*'  juillet 
1097),  49.  —  Entre  avec  la 
grande  armée  en  Petite-Ar¬ 
ménie,  61.  —  Pendant  la 
marche  sur  Antioche,  se  lance 
à  la  poursuite  des  Turcs  (oct. 

1097) ,  63.  —  Les  croisés  at¬ 
tendent  son  retour  à  Marasch, 
65.  —  Occupe  une  porte  d’An¬ 
tioche  (20  oct.  1097),  67.  — 
Protège  l’attaque  du  château 
de  Harenc,  69.  —  Son  camp 
devant  Antioche,  71.  —  Com¬ 
mande  une  expédition  de  ra¬ 
vitaillement  (hn  déc.  1097), 
73-77.  —  Dirige  une  charge 
contre  les  Turcs,  73.  —  Ses 
reproches  à  son  armée  après 
l’expédition  de  ravitaillement, 
77.  —  Juge  le  déserteur  Guil¬ 
laume  le  Charpentier  (janv. 

1098) ,  79.  —  Provoque  un 
conseil  de  guerre  et  com¬ 
mande  l’expédition  contre 
l’armée  de  secours  envoyée 
par  les  Turcs  à  Antioche,  83. 
—  Il  bat  les  Turcs  et  dégage 
le  camp  des  croisés  (9  tevr. 
1098),  85-85.  — 11  propose  une 
expédition  à  Port-Saint-Si¬ 
meon  (5  mars  1098),  89.  —  Il 
la  commande  avec  le  comte 
de  Toulouse,  91.  —  Il  re¬ 
pousse  dans  la  ville  la  gar¬ 


nison  turque  qui  avait  pris 
l’offensive  (6  mars  1008),  gS. 

—  Il  négocie  avec  Firouz, 
émir  d’Antioche,  pour  se  faire 
livrer  la  ville  (avril  1098),  loi. 

—  Après  des  résistances,  les 
croisés  lui  promettent  la  pos¬ 
session  d’Antioche,  s’il  peut 
s’en  emparer  {29  mai  1098), 
I0I-103.  —  Sa  correspondance 
avec  Firouz,  io3-io5.  —  Con¬ 
fie  aux  principaux  chefs  le 

f)lan  arrêté  entre  Firouz  et 
ui  pour  pénétrer  dans  An¬ 
tioche  (2  juin  1098),  io5.  —  A 
la  tête  de  son  armée,  s’ap¬ 
proche  des  murs  d’Antioche 
et  en  commence  l’escalade 
(nuit  du  2  au  3  juin  1098), 
105-107.  —  Reçoit  la  tête  de 
lagi-Sian,  109.  —  Mentionné 
par  KerbAga,  123.  —  Jure  de 
ne  pas  abandonner  Antioche 
(il  juin  1098),  i33.  —  Incendie 
Antioche,  137.  —  Son  quar- 


Antiocne,  137.  —  aon  quar¬ 
tier  à  Antioche,  iJg.  —  Com¬ 
mande  le  sixième  corps  de 
bataille  devant  Antioche 
{28  juin  1098),  i53.  —  Reçoit 
la  capitulation  de  la  garnison 
turque  de  la  citadelle  et  y  place 
ses  sergents,  159.  —  Décide 
l’envoi  de  Hugue  le  Mainsné 
à  l’empereur  (juillet  1098),  161. 
—  Réclame  aux  princes  sa 
mise  en  possession  d’Antio¬ 
che,  169.  —  Conclut  un  accord 
provisoire  avec  Bohémond, 
mais  place  une  forte  garni¬ 
son  dans  la  citadelle  (nov. 
1098),  171.  —  Fait  sa  jonction 
avec  Raimond  de  Saint-Gilles 
devant  Marra  et  assiège  la 
ville  (nov.  1098),  173.  —  Ac¬ 
corde  une  capitulation  aux 
Sarrasins  de  Marra  et  la  viole 
(il  déc.  1808),  177. —  Sa  rup¬ 
ture  avec  le  comte  de  Tou¬ 
louse  et  son  retour  à  Antio¬ 
che  (janv.  1099),  179.  —  Ac¬ 
compagne  les  comtes  jusqu’à 


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INDEX 


23i 


la  Liche  et  retourne  défini¬ 
tivement  à  Antioche  (mars 
logq),  187. 

Bosphore  (le).  —  Voir  :  Bras 
de  saint  Georges. 

Botrenthrot,  vallée  du  Taurus 
cilicien  où  Baudouin  et  Tan- 
crède  se  séparent  de  l’armée, 

57- 

[Bouillon]  (Godefroi  de).  — 
Voir  :  Godefroi. 

Brachium,  —  Voir  :  Bras  de 
saint  Georges. 

Brahim  [Braym)^  aujourd’hui 
Nahr-Ibrahim,  fleuve  syrien, 
au  sud  de  Djeball.  —  Atteint 
par  les  croisés  (avant  le  19  mai 
1099),  193. 

Bras  de  saint  Georges  (flra- 
chium  Sancti  Georgii^  Bra~ 
chium)^  ancien  nom  du  Bos< 
phore.  —  Traversé  par  la 
croisade  populaire  (  juill. 
'096)^7.  9:- par.,*, de 
Godefroi  de  Bouillon  (janv. 
1097),  19;  —  par  les  Normands 
d’Italie  sous  la  conduite  de 
Tancrède  (fin  avr.  1097),  35. 

Braym,  —  Voir  :  Brahim. 

Brindisi  {Brandosis),  port  d’ita* 
talie,  prov.  de  Fouille.  —  Les 
croisés  sV  embarquent,  i5. 

Bulgarie  {Bulgaria)y  nom  em¬ 
ployé  pour  désigner  la  Ma¬ 
cédoine  occidentale.  —  Tra¬ 
versée  par  l’armée  de  Bohé- 
mond,  ai.  —  Mentionnée, 
119,  145. 

butin  —  fait  par  les  croisés  à 
Dorylée,  5i  ;  —  devant  An¬ 
tioche  (20  oct.  1097),  67;  — 
pendant  l’e^édition  de  ravi¬ 
taillement  (fin  déc.  1097),  73; 
—  après  la  victoire  sur  les 
Turcs  (9  févr.  1098),  87;  — 
après  la  victoire  sur  Kerbô^a 
(28  juin  1098),  157;  —  apres 
la  prise  de  Marra  (ii  déc. 
1090),  177;  — dans  un  château 
près  de  Gésarée  d’Oronte 
(janv.  1099),  181;  —  sur  des 


troupes  de  Turcs  devant  Tri¬ 
poli  (tévr.  et  avril  1099),  i85, 
—  après  la  prise  de  Jé¬ 
rusalem  (i5  juillet  1099),  2o5. 
—  Défense  de  songer  au  bu¬ 
tin  avant  que  la  bataille  soit 
terminée,  par  ordre  du  pa¬ 
triarche,  avant  la  bataille 
d’Ascalon  (11  août  1099),  2i3. 
—  Butin  pris  par  les  croisés 
dans  le  camp  égyptien  après 
la  bataille  d’Ascalon,  219. 

Byblos.  —  Voir  :  Djebaïl. 

G 

Cagnano  Varano  {Cagnanus), 
ville  d’Italie,  prov.  de  Fog- 
gia,  arrond.  de  San  Severo. 
—  Voir  :  Aubré. 

Caïfia  {Cayphas)t  aujourd’hui 
Haïfa,  ville  de  Syrie,  à  une 
dizaine  de  kilomètres  au  sud 
de  Saini-Jean-d’Acre.  —  At¬ 
teinte  par  les  croisés  (fin  mai 
1099).  193. 

Caire  (le).  —  Voir  :  Babylone. 

calife  (calipha)^  abbasside  de 
Bagdad,  111,  117. 

Camela.  —  Voir  :  Chamelle 
(la). 

Cannes  {Canni)y  ville  d’Italie, 
prov.  de  Bari^  arrond.  de 
Barletta.  —  Seigneur  :  Her¬ 
mann. 

cannibalisme  (traits  de^  après 
la  prise  de  Marra  (janvier 
1009^  179. 

C^harda  {Capharda),  ville  de 
Syrie,  aujourd’hui  Kafartab, 
au  sud  de  Maarat-en-Nou- 
man.  —  Raimond  de  Saint- 
Gilles  y  séjourne  (i3-i6  janv. 
1099),  181. 

capitulation  —  de  la  garnison 
turque  de  Nicée  (26  juin  1097), 
41-45;  —  proposée  par  les 
croisés  à  kerbôga  (27  juin 
1098),  149;  —  des  Turcs  occu¬ 
pant  la  citadelle  d’Antioche 
(28  juin  1098),  iSg;  —  des  Sy- 


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232 


INDEX 


riens  de  Talamannia  juillet 
1098),  i63;  —  accordée  par 
Bohémond  à  des  Sarrasins  de 
Marra,  puis  violée  par  lui 
(il  déc.  1098),  177;  —  deman¬ 
dée  par  le  roi  de  Césarée  au 
comte  de  Toulouse  (janv. 
1099},  181;  —  de  la  garnison 
d'un  château  voisin  de  Césa¬ 
rée,  181;  —  d’un  autre  ch⬠
teau  arabe,  i83;  —  demandée 

f>ar  l’émir  de  la  Chamelle 
Emèse)  au  comte  de  Tou¬ 
louse  (février  1099),  i83;  — 
proposée  par  l’émir  de  Tri¬ 
poli  au  comte  de  Toulouse, 
i85  ;  —  de  l’émir  de  Maraclée 
(février  1099),  187;  —  de  l’émir 
de  Gibel  (mars  1099),  187:  — 
de  l’émir  de  Tripoli  (16  mai 
1099),  191  ;  —  accordée  à  des 
musulmans  réfugiés  sur  le 
toit  du  Temple  après  la  prise 
de  Jérusalem  (i5  juillet  1009) 
et  violée  le  lendemain  par  les 
croisés,  2o5-20t;  —  accordée 
par  Raimond  ae  Saint-Gilles 
a  l’émir  cmi  commandait  la 
tour  de  David  et  exécutée 
par  lui,  207;  —  de  Naplouse, 
reçue  par  Tancrède  et  Eus- 
tache  de  Boulogne,  209. 
Cappadoce(Ciippi:docia), région 
de  l’Asie  Mineure,  61. 
Carnotensis.  —  Voir  :  Chartres, 
carême  (abstinence  du),  21. 
Carpentarius  {WHlelmus).  — 
Voir  :  Guillaume  le  Charpen¬ 
tier. 

casai  (casale)^  nom  donné  à  des 
villages  syriens  habités  par 
des  tenanciers,  109. 

Cassian  (Ca5j(Vinz<5).  —  Voir  : 
lagi-Sian. 

Casiillon-sur-Dordogne  (  Cas- 
tellio)j  arrond.  de  Libourne 
(Gironde).  —  Voir  :  Pierre  de 
Castillon. 

Castoria  {Castoria)  ou  Kasto- 
ria,  ville  de  Macédoine  occi¬ 
dentale,  aujourd’hui  en  Grèce. 
—  Traversée  par  les  Nor¬ 


mands  d'Italie  (25  déc.  1096), 
23. 

castrum  ligneum,  —  Voir  :  ch⬠
teaux  de  bois. 

Cayphas.  —  Voir  :  Caïifa. 

Césarée  de  Cappadoce  [Cesarea 
Cappadocie\  aujourd'hui  Kaï- 
saneh,  en  Turquie  d’Asie.  — 
Traversée  par  les  croisés  (fin 
sept.  i<W),  6i* 

Césarée  iJCesarea)^  ville  de  Sy¬ 
rie,  aujourd’hui  Schaizar,  sur 
rOronte.  —  Rapportsdu  «roi» 
de  cette  ville  avec  Raimond 
de  Toulouse  (janvier  1099), 
181. 

Césarée  {Cesarea)^  ville  de  Pa¬ 
lestine,  aujourd’hui  Kaïza- 
rieh.  —  Les  croisés  célèbrent 
la  Pentecôte  près  de  cette 
ville  (29  mai  1099),  193.  — 
Tancrède  et  Eustache  de  Bou¬ 
logne  y  arrivent  (août  1099), 
209. 

Chamelle  (la)  {Camela)^  l’an¬ 
cienne  Emèse,  aujourd’hui 
Homs,  en  Syrie.  —  Traité  de 
son  chef  avec  le  comte  de 
Toulouse  (février  1099),  i83. 

change  de  la  monnaie  "byzan¬ 
tine  en  monnaie  franque  au 
camp  devant  Antioche,  77. 

Charlemagne  (  Karolus  Ma- 
^us).  —  Légende  de  la  route 
de  Constantinople  qu’il  aurait 
fait  construire,  5. 

Charpentier  (Guillaume  le).  — 
Voir:  Guillaume  le  Charpen¬ 
tier. 

Chartres  (Eure-et-Loir).  — 
Comte  :  voir  Etienne  (Car- 
notensis  cornes).  —  Seigneur  : 
voir  Boel  de  Chartres  {Car¬ 
notensis  Boeïlo). 

châteaux  de  bois  mobiles  (cj£- 
tra  lignea)  pour  approcher 
des  murs  d’une  place.  —  De¬ 
vant  Nicée,  37.  —  Devant 
Marra  (nov.  1098),  173-175. — 
Devant  Jérusalem  (  juillet 
1099),  201,  2o3,  2o5. 

chevaux  des  croisés.  —  Meurent 


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INDEX 


233 


pendant  la  traversée  de  l’Asie 
Mineure,  SS-Sy.  —  Tombent 
dans  les  précipices  du  Tau- 
rus,  65.  —  Chevaux  pris  aux 
Turcs,  73.  —  Mortalité  des 
chevaux  par  suite  de  disette 
devant  Antioche  (  janvier 
1098),  79.  —  Chevaux  pris 
aux  Turcs  (9  févr.  1098),  87. 
—  Chevaux  pris  au  combat 
du  7  mars  10^  contre  la  gar¬ 
nison  d’Antioche,  95.  —  Les 
croisés  assiégés  dans  Antioche 
mangent  leurs  chevaux,  139, 
189.  —  Chevaux  turcs  captu¬ 
rés  après  la  victoire  sur  ker- 
bôga  (38  juin  1098J,  157;  — 
livrés  par  la  garnison  d’un 
château  près  de  Césarée 
d’Oronte  (janv.  1090),  181.  — 
Chevaux  pris  sur  des  Turcs 
devant  Tripoli  (févr.  1099), 
i85;  —  livrés  par  l’émir  de 
Gibel,  187;  —  par  l’émir  de 
Tripoli,  191  ;  —  capturés  sur 
des  Arabes  devant  Jérusalem 
(juin  1099),  195,  199. 

chiffres  de  combattants.  — 
Voir  :  nombre. 

Chypre  {Ciprus),  île  de  la  Mé¬ 
diterranée.  —  Province  de 
l’empire  byzantin,  81. 

Civitot  (Cyv//o),  aujourd’hui 
Ghemlek  ou  Gemlik,  au  fond 
du  golfe  de  cè  nom,  sur  la 
mer  de  Marmara.  —  La  croi¬ 
sade  populaire  y  est  assiégée 
par  les  Turcs,  i3.  —  L’empe¬ 
reur  y  envoie  des  barques 
destinées  à  être  transportées 
devant  Nicée  (mai  1097),  di. 

clergé  dans  l’armée  des  croises, 
9,  i3.  loi.  —  Vision  d’un  prê¬ 
tre  aans  Antioche  assiégée, 
139.  —  Clergé  dans  l’armée 
impériale,  145.  —  Attitude  du 
clergé  pendant  la  bataille 
contre  Kerbôga  (28  juin  1098), 
i53.  —  Participation  des  évê¬ 
ques  au  conseil  des  princes 
(nov.  1098},  171  ;  —  ils  reçoi¬ 
vent  les  serments  de  Bohé- 

Première  croisadê. 


mond  et  de  Raimond  de 
Toulouse,  171.  —  Rôle  du 
clergé  pendant  le  siège  de 
Marra  (nov.  1098),  175.  — 
Devant  Jérusalem,  fait  déci¬ 
der  une  procession  autour 
des  murs  (6  juillet  1099),  201. 
—  Les  clergés  grec  et  latin 
célèbrent  des  processions 
pendant  que  se  livre  la  ba¬ 
taille  d’Ascaion(ioaoût  1099), 
21 1.  —  Voir  :  évêque,  pa¬ 
triarche. 

[Clermont-sur- Meuse],  ville  de 
Belgique,  près  de  Liège.  — 
Comte  :  voir  Lambert  le 
Pauvre. 

connétable  (conostabilis)  de  Bo- 
hémond,  85. 

conseil  des  princes  croisés  de¬ 
vant  Nicée,  41  ;  —  devant  An¬ 
tioche  (déc.  1097).  71;  —  le 
5  mars  1098,  89;  —  en  avril 
1098,  09,  loi.  —  Il  promet 
Antiociieà  Bohémond  (29  mai 
1098),  io3.  —  Il  décide  l’envoi 
d’une  ambassade  à  Kerbôga 
(avant  le  37  juin  1098L  147. 
—  A  Antioche,  après  la  vic¬ 
toire  sur  Kerbôga  (28  juin 
loÿ),  il  décide 'de  différer 
jusqu’à  la  Toussaint  la  mar¬ 
che  sur  Jérusalem,  r6i.  —  A 
Antioche,  il  prononce  un  ar¬ 
bitrage  entre  Raimond  de 
Toulouse  et  Bohémond  (nov. 

1098) ,  169.  —  A  Rugia,  il  ne 
peut  accorder  Bohémond  avec 
Raimond  de  Toulouse  (janv. 

1099) ,  179.  —  Devant  Archas, 
il  décide  de  reprendre  la 
marche  sur  Jérusalem  (16  mai 
1099),  189-iqi.  —  Devant  Jé¬ 
rusalem  ,  n  décide  l’envoi 
d’une  expédition  pour  garder 
les  navires  arrivés  à  Jaffa 
(juin  icw),  197.  —  Après  l’en¬ 
trée  à  Jérusalem,  il  ordonne 
des  prières  avant  l’élection 
d’un  chef  (17  juillet  1099),  207. 

Constantinople  {Constantinopo- 
lis),  regardée  comme  la  nou- 

18 


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INDEX 


234 


velle  Rome ,  résidence  de 
l’empereur,  point  de  concen¬ 
tration  des  armées  de  croisés, 
5,  i5,  21.  —  Légende  de  la 
route  qu'aurait  fait  construire 
Charlemagne,  5.  —  Séjour 
qu’y  fait  l^rmée  de  Godefroi 
ae  Bouillon,  i5,  17,  19.  —  Bo- 
hémond  y  arrive  (avril  1097) 
et  prend  ses  quartiers  hors 
de  la  ville,  29.  —  Conférences 
qui  y  sont  tenues  au  sujet  du 
serment  des  princes  croisés, 
3i.  —  L’armée  de  Bohémond 

L  arrive  (26  avril  1097),  33.  — 
'armée  de  Raimond  de 
Saint-Gilles  y  arrive  (27  avril 
1097),  35.  —  La  garnison  tur¬ 
que  de  Nicée  y  est  amenée, 
45.  —  L’armée  impériale  et 
les  croisés  fugitifs  sV  replient 
fjuin  1008),  147.  —  Hugue  le 
Mainsne  y  est  envoyé  en  am¬ 
bassade,  161. 

conversion  à  l’islam,  proposée 
par  Kerbôga  aux  croisés,  i3i. 
conversion  au  christianisme, 
p^roposée  par  Bohémond  à 
Firouz,  émir  d’Antioche,  loi; 
—  à  Kerbôga  par  les  croisés, 
149.  —  Conversion  de  l’émir 
commandant  la  citadelle 
d’Antioche  avec  plusieurs 
Turcs  (juillet  1098),  iSq.  — 
Conversion  imposée  aux  ha¬ 
bitants  d’une  forteresse  de 
Syrie  (juillet  1098),  i65;  — 
exigée  de  l’émir  de  Tripoli 
par  le  comte  de  Toulouse, 
i85;  —  promise  par  l’émir 
de  Tripoli  en  cas  de  victoire 
des  croisés  (mai  1099),  191. 
[Coran]  {nostra  pagina],  123. 
—  Serment  des  musulmans 
sur  le  Coran,  181. 

Corosanus.  —  Voir  :  Khorassan. 
corpalatius.  —  Voir  :  curopa- 
late. 

Courbaram  (  Curbaram  ).  — 
Voir  :  Kerbôga. 

Coxon,  peut-être  Gueuk-Sou, 
en  Asie  Mineure,  province 


de  Konieh,  sur  le  versant 
méridional  du  Taurus.  — 
Traversée  par  les  croisés 
(5  oct.  1097),  63.  —  Ils  y  sé¬ 
journent,  65. 

cri  de  guerre  des  croisés.  — 
Voir  :  b  Dieu  le  veut!  » 
cri  de  guerre  des  Turcs,  45. 
croix.  —  Prise  de  la  croix,  5. 
—  Croix  portée  par  les  pèle¬ 
rins,  19.  —  Prise  de  la  croix 
par  Bohémond,  19.  —  Croix 
destinées  à  indiquer  une 
route,  35.  —  SauveMrde  dans 
la  bataille,  37, 73,  w,  x53,  i85. 
Curbaram.  —  Voir  :  Kerbôga. 
curopalate  (corpalatius),  officier 
impérial.  —  Envoyé  par  l’em¬ 
pereur  Alexis  à  Bohémond 
pour  assurer  le  ravitaillement 
de  l’armée  normande  (févr. 
1097),  25.  —  Bohémond  traite 
à  Serrés  avec  deux  curopa- 
laies,  27. 

Curti.  —  Voir  :  Kurdes. 

Cyvito.  —  Voir  :  Civitot. 


Damas  (Damascus),  ville  de 
Syrie.  —  Des  secours  en  sont 
envoyés  à  Antioche  (déc.  1007), 
73.  —  Secours  amenés  à  lier- 
DÔga  par  le  «  roi  »  de  Damas 
(mai  tooS),  iii. 

Daturre  (Gulferus  de).  —  Voir  : 
Lastours. 

décapitation  des  ennemis  morts, 
87»  97;  *09- 

Démétnus  (saint).  --  Apparaît 
aux  croisés  pendant  la  ba¬ 
taille  devant  Antioche  (28  juin 
r<^),  i55. 

denier,  pièce  d’argent  pesant 
près  ae  deux  grammes  et 
demi,  5,  37,  65,  77,  139. 

déserteurs  (croisés).  —  Devant 
Antioche  (janv.  1098^  77.  — 
En  févr.  low,  81.  —  Pendant 
le  siège  d’Antioche  par  Ker¬ 
bôga  (10  juin  1098),  127.  — 


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INDEX 


235 


Désertion  d’Etienne,  comte 
de  Chartres,  141. 

«  Dieu  le  veut!  »  {Deus  le  voltf)f 
cri  de  guerre  des  croisés,  19, 
107. 

disette.  —  Voir  :  famine. 

Djebaïl.  —  Voir  :  Zebar. 

Djibleh.  —  Voir  :  Gibel. 

[Dorylée]  (bataille  de)  livrée 
par  les  croisés  aux  environs 
de  l’actuel  Eski-Cheïr  (Asie 
Mineure,  province  de  Brousse) 
(i"  juillet  1097),  45-5i. 

Durazzo  {puracnium).  port  sur 
l’Adriatique,  en  Aloanie. 
Hugue  ae  France  et  Guil¬ 
laume,  61s  du  Marquis,  y 
débarquent  et  y  sont  arrêtés 
par  le  gouverneur,  i5. 

Dyrrachium.  — Voir  :  Durazzo. 


eau.  —  Manque  au  château 
d’Exerogorgo  (oct.  1096),  0; 
—  pendant  la  traversée  de 
l’Asie  Mineure  (juillet  1097), 
55.  —  Provisions  d’eau  pour 
la  traversée  du  désert  au  sud 
de  Konieh,  5?.  —  Manque 
d’eau  devant  Marra  (juillet 
1098},  i65|  —  après  le  départ 
de  Tripoli  (mai  i<W),  193; — 
devant  Jérusalem  (juin  10^), 
107,  igo,  201.  —  Provision 
d^eau  des  soldats  égyptiens 

Sendant  la  bataille,  2i3-2i5. 
elles.  —  Voir  :  escalade, 
éclaireurs  {exploratores'i.  — 
Employés  par  les  croises,  63, 
85,  193,  209,  21 1;  —  par  les 
Turcs,  200; 

Egyptiens  (Égiptiaca  gens),  217. 
El-Bâra  {Albara),  ville  de  Sy¬ 
rie,  à  l’est  d’Antioche.  — 
Prise  d’assaut  par  le  comte 
de  Toulouse,  qui  y  établit  un 
évêque  (sept.  1090),  167,  169, 
171.  —  Traversée  par  le  comte 
de  Toulouse.  i73.  —  Evêque  : 
voir  Pierre  de  Narbonne. 
Emèse.  —  Voir  :  Chamelle  (la). 


émirs  (ammiralii),  gouverneurs 
turcs.  —  Emir  de  Babylone 
(le  Caire),  87, 97, 107.  —  Émirs 
d  Antioche  tués  dans  la  ba¬ 
taille  (7  mars  1098),  95.  — 
Emirs  sous  les  ordres  de 
Kerbôga,  ii5,  i53,  i5^.  — 
Emir  ou  «  roi  >  de  Césarée 
d’Oronte,  181;  —  de  la  Cha¬ 
melle,  i83;  —  de  Tripoli, 
i85,  191  )  —  de  Maraclée,  187; 

—  de  Gibel,  187;  —  de  Jéru¬ 
salem,  commandant  la  tour 
de  David,  2o3,  2o5,  207.  — 
Douleur  de  l’émir  de  Baby¬ 
lone  après  la  bataille  d’Asca- 
Ion  (12  août  1099),  215-217;  — 
sa  fuite,  219. 

empereur  {imperator).  —  Voir  : 
Alexis  Comnène. 

épreuve  judiciaire,  i3i. 

Èrachia.  —  Voir  :  Héraclée. 

Eregli.  —  Voir  :  Héraclée. 

Ermite  (Pierre  T).  —  Voir  : 
Pierre  l’Ermite. 

escalade  —  des  remparts  d’An¬ 
tioche  (3  juin  1090),  105-107; 

—  des  remparts  de  Marra 
(nov.  1098),  175-177;  —  des 
remparts  de  Jérusalem  (juin 
1009),  *97;  —(*5  juillet  1099), 
203. 

Esclavonie  iSclavinia)^  terri¬ 
toire  des  Croates  et  des  Ser¬ 
bes.  —  Traversé  par  l’armée 
des  Provençaux,  i3. 

Eski-Cheïr,  ville  d’Asie  Mi- 
neurej  province  de  Brousse. 
—  Voir  :  Dorylée. 

Espagne  (/fi^panid).  —  Allusion 
aux  expéditions  chrétiennes 
en  Espagne,  79. 

étendard.  —  Voir  :  bannière. 

Etienne  {Siephanus),  comte  de 
Chartres  [et  de  Blois].  — 
Prend  part  au  siège  de  Nicée, 
39.  —  Élu  chef  suprême  pen¬ 
dant  le  siège  d’Antioche 
(29  mars  1098),  141.  —  Se  re¬ 
tire  à  Alexandrette  avant  la 
prise  d’Antioche,  141.  -  S’en- 


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236 


INDEX 


fuit  avec  son  armée  pendant 
le  siège  d’Ântioche  par  Ker> 
bôga,  141.  —  Son  entrevue 
avec  l’empereur  à  Philome- 
lium.  141,  143, 

Eustacne  {Eustacnius),  comte 
[de  Boulogne],  frère  de  Go- 
defroi  de  Bouillon.  —  Parti¬ 
cipe  à  l’assaut  final  contre 
Jérusalem  (i5  juillet  1099), 
3o3.  —  Reçoit  la  capitulation 
de  Naplouse  et  est  envoyé  au- 
devant  des  troupes  égyptien¬ 
nes  d’Ascalon  (août  1009),  209. 
—  Participe  à  la  bataille  d’As¬ 
calon  (12  août  1009),  2i3. 
évêque  —  institue  a  El-bâra 

f)ar  le  comte  de  Toulouse 
sept.  1098)  :  voir  Pierre  de 
Narbonne;  —  à  Ramleh  par 
les  chefs  croisés  (juin  1099)  : 
voir  Robert.  —  Evêque  de 
Martirano  :  voir  Martirano. 
—  Evêque  d’Orai^e  :  voir 
Guillaume  !•'.  —  Évêque  du 
Puy  :  voir  Adémar  de  Mon- 
teil. 

Evrard  le  Veneur  {Evrardus 
Venator),  trompette  de  l’ar- 
méede  Raimonade  Toulouse, 

173. 

Evrard  (Evrardus),  seigneur  du 
Puiset.  —  Traverse  l’Italie 
avec  Hugue  de  France,  i5. 
Exerogorgo  (Xerigordo  d’après 
Anne  Gomnène).  —  Château 
d’Asie  Mineure  occupé  par  la 
croisade  populaire,  9.  —  As¬ 
siégé  par  les  Turcs  (20  sept.- 
6  oct.  10^),  9. 

F 


famines  et  disettes  supportées 
par  les  croisés  —  devant  Ni- 
cée  (mai  1097),  35;  —  pendant 
la  traversée  de  l’Asie  Mineure 
juillet  10971,55-57;  —  devant 
Antioche  (aéc.  1097),  71,  77; 

—  en  janvier-février  1008, 01  ; 

—  pendant  le  siège  d’Antio¬ 
che  par  Kerbôga  (juin  1098), 


129,  139,  141,  i5i;  —  après  la 
prise  de  Marra  (janvier  1099), 
179;  — devant  Jérusalem  (juin 

vAXfFarreus  pons. 
—  Voir  :  pont  du  Far. 

Farfar,  nom  donné  à  l’Oronte, 
rivière  de  la  Syrie  septentrio¬ 
nale,  181,  221. 

femmes  dans  l’armée  chrétien¬ 
ne.  —  Leur  rôle  à  la  bataille 
de  Dorylée,  47.  —  Au  camp 
devant  Anttocne,  71.  —  Fem¬ 
mes  chrétiennes  d’Antioche, 
95.  —  Mauvaises  femmes 
d’Antioche,  i3i. 

feu  grégeois  (graeci  ignés).  — 
Lance  par  la  garnison  turque 
de  Marra  sur  les  croisés,  175; 
—  par  les  défenseurs  de  Jé¬ 
rusalem,  204. 

fidélité  (fidelitas).  —  Serment 
de  fidelité  prêté  à  l’empereur 

Îiar  Hugue  de  France  et  Guil- 
aume,  fils  du  Marquis,  i5. 
—  Négociations  de  l’empereur 
avec  les  chefs  croisés  pour 
l’obtenir,  29-31.  —  Tancrède 
et  Richard  du  Principat  es¬ 
quivent  le  serment  de  fidélité 
en  passant  directement  en 
Asie  (fin  avril  1097),  33-35.  — 
Pierre  d’Aups  reçoit  des  croi¬ 
sés  une  terre  moyennant  le 
serment  de  fidélité,  61.  — 
Terre  dans  la  fidélité  de  l’em¬ 
pereur,  81.  —  L’émir  de  Tri¬ 
poli  promet  de  tenir  sa  terre 
en  fief  des  croisés  (mai  1099), 
191. 

fiels  constitués  par  les  croisés 
en  Asie  Mineure  (oct.  1097), 

61. 

Firouz  (Pirrus),  émir  turc  d’An¬ 
tioche,  commandant  de  trois 
tours.  —  Négocie  avec  Bohé- 
mond  pour  les  lui  livrer  (avril 
1098),  loi.  —  Son  entente 
avec  Bohémond  pour  la  tra¬ 
dition  de  la  ville,  io5.  —  Livre 
à  Bohémond  les  tours  qu’il 
commande  et  fait  entrer  les 


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INDEX 


croisés  dans  la  ville  (nuit  du 
2  juin  109g,  107. 

Flandre.  —  Comte  {Flandrensis 
cornes)  :  voir  Robert. 

flottes.  —  Flottille  impériale, 
transportée  par  terre  de  Ci- 
vitot  à  Nicée  (juin  1097),  41. 
—  Flottes  occidentales  à 
Port  -  Saint  -  Simeon  { mars 

1098) ,  89,  129.  —  Les  flottes 
occidentales  ravitaillent  les 
croisés  pendant  le  siège  d’Ar- 
chas  (fevrier-mai  1099), 

—  Flottes  occidentales  à  Jaffa 
pendant  le  siège  de  Jérusalem 
(juin  1099),  197.  —  Flotte 
égyptienne  a  Ascalon;  sa  fuite 
après  la  bataille  (  12  août 

1099) ,  219. 

Français  [Francigene).  habi¬ 
tants  du  royaume  de  France, 
79,  i5i,  2o5. 

France  {Francia).  —  Le  royau¬ 
me  de  France,  79. 

Francs  {Franci)^  c’est-à-dire  les 
peuples  d’Occident,  19, 41,48, 
5i,  io5,  n3,  117, 119,  i65, 198, 
199,  2o5,  228.  —  Prennent  la 
croix  et  se  divisent  en  plu¬ 
sieurs  armées,  5.  —  Se  que¬ 
rellent  avec  les  Longobards 
et  les  Allemands,  7. 

fronde  {funda)^  machine  de  jet. 
—  Sert  à  envoyer  dans  Nicée 
les  têtes  des  Turcs  décapités, 
89. 


G 

Galliae,  Galliarum  patriae.  — 
Voir  :  Gaules. 

Gaston  IV,  vicomte  de  Béarn 
[Gaston  de  Beert).  —  Après 
la  prise  de  Jérusalem,  donne 
sa  bannière  aux  musulmans 
réfugiés  sur  le  toit  du  Tem¬ 
ple  (i5  juillet  1099),  2o5.  — 
Participe  à  la  bataille  d’As- 
calon  (12  août  109QJ,  218. 

Gaules  {Galliae^  Galliarum  pa¬ 
triae),  les  régions  de  Gaule, 
8,  5,  79. 


237 

Gautier  sans  Avoir  {Gualierius 
sine  habere),  chef  de  la  croi¬ 
sade  populaire. — Commande 
les  croisés  à  Civitot  (oct.  1096), 

II. 

Gemlik.  —  Voir  :  Civitot. 

Geoffroi  ou  Godefroi  de  Mon- 
tescaglioso  (Gosfredus,  Gode- 
fridus  de  Monte  Scabioso), 
chef  d’une  bande  de  croisés, 
187.  —  Tué  à  la  bataille  de 
Dorylée,  5i. 

Georges  (saint),  Georgius.  — 
Monastère  qui  lui  est  dédié 
près  d’Antioche,  97.  —  Appa¬ 
raît  aux  croisés  pendant  la 
bataille  devant  Antioche 
(28  juin  1098),  i55.  —  Ses  re- 
lioues  dans  (^église  de  Ram- 
len,  iq8. 

Ghemlea.  —  Voir  :  Civitot. 

Gibel  (Gibellum'S,  l’ancienne 
Gabaia,  port  cle  Syrie,  au¬ 
jourd'hui  Djibleh,  entre  La- 
takieh  et  Tortose.  —  Assiégé 

f>ar  Godefroi  de  Bouillon  et 
e  comte  de  Flandre  (mars 
1099),  187. 

Godefroi  [de  Bouillon]  {Gode- 
fridus),  duc  de  Basse-Lor¬ 
raine.  —  Commande  une  ar¬ 
mée  de  croisés,  5.  —  Arrive  à 
Constantinople  (23  déc.  1096) 
et  est  logé  dans  un  faubourg, 
i5.  —  Son  conflit  avec  l’em¬ 
pereur,  suivi  d’un  accord, 
17-19.  —  entretien  secret 
avec  l’empereur  et  Bohémond 
à  Constantinople  (avril  1097), 
29.  —  Empêche  Raimond  de 
Saint-Gilles  d’attaquer  l’em¬ 
pereur,  88.  —  Arrive  à  Nico- 
médie  (début  de  mai  1097), 
85.  —  Fait  ouvrir  une  route 
de  Nicomédie  à  Nicée,  85.  — 
Commande  un  secteur  devant 
Nicée,  89.  —  Marche  au  se¬ 
cours  de  Bohémond  et  prend 
part  à  la  bataille  de  Dorylée 
(i*'  juillet  1097),  47.  —  Se 
trouve  à  l’aile  droite  pendant 
cette  bataille,  49.  —  Entre 


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238 


INDEX 


l 


avec  la  grande  armée  en  Pe- 
tite-Ârménie  (sept,  lo^),  6i. 
—  Bohémond  lui  confie  son 
plan  pour  pénétrer  à  Antio¬ 
che,  io5.  —  Jure  de  ne  pas 
abandonner  Antioche  assié¬ 
gée  (il  juin  1098),  i33.  —  Son 
quartier  à  Antioche,  137.  — 
Commande  le  second  corps 
de  bataille  devant  Antiocne 
(28  juin  1098),  i5t.  —  Détache 
une  panie  de  ses  troupes 
our  former  une  nouvelle 
ataille,  i55.  —  Dirige  une 
charge  contre  les  Turcs,  iSy. 
—  Décide  l’envoi  de  Hugue 
le  Mainsné  à  l’empereur  (juil¬ 
let  1098),  x6i,  — Arbitre  entre 
Raimond  de  Toulouse  et  Bo¬ 
hémond  (nov.  1008),  171.  — 
Assiste  aux  conférences  de 
Rugia  et  revient  à  Antioche 
(janv.  10^),  179.  —  Va  assié¬ 
ger  Gibel  et  reioint  le  comte 
de  Toulouse  devant  Archas 
(mars  1099),  187.  —  Fait  dé¬ 
cider  la  marche  sur  Jérusalem 
(mai  1099).  189-191.  —  Ausiège 
de  Jérusalem,  commande  le 
secteur  ouest  avec  Tancrède, 
iû5.  —  Fait  construire  un 
château  de  bois  pour  appro¬ 
cher  des  murs  (juillet  1099), 
201.  —  Participe  activement 
à  l’assaut  général  (i5  juillet 
1099),  2o3.  —  Est  élu  prince 
de  la  cité  de  Jérusalem 
(22  juillet  1099),  207.  —  Re¬ 
çoit  des  renseignements  sur 
l’attaque  préparée  par  les 
Egyptiens  à  Ascalon  (août 
1099),  209.  —  Convoque  tous 
ses  nommes  et  marche  avec 
eux  sur  Ascalon,  211.  — 
Range  son  armée  en  bataille 
et  commande  l’aile  gauche  à 
la  bataille  d’Ascalon  (12  août 
1099),  2i3. 

Godefroi  de  Montescaglioso 
{Godefridus  de  Monte  Sca~ 
oioso),  —  Voir  :  GeofFroi. 

Goufier  de  Lastours  {Gulferus 


de  Daturre)y  chevalier  limou¬ 
sin. —  Escalade lepremier  les 
murs  de  Marra  (nov.  1098)* 

175. 

Grandmesnil  {Grentemaisniî), 
cant.  de  Saint -Pierre -sur- 
Dives,  arrond.  de  Lisieux 
fCalvados).  —  Voir  :  Guil¬ 
laume  et  Aubri. 

Grecs  (Greci),  c’est-à-dire  les 
sujets  de  l’empire  byzantin, 
7.  —  Leurs  rapports  avec  les 
Normands  d’Italie,  23,  27,  29. 
—  Soumis  par  les  Turcs,  5i. 
—  Clergé  grec  de  Jérusalem, 
participe  aux  processions  pen¬ 
dant  la  bataille  d’Ascalon 
(août  1099),  21 1. 

Grentemaisnil.  —  Voir  :  Grand¬ 
mesnil. 

Gualterius  sine  habere.  —  Voir  : 
Gautier  sans  Avoir. 

Gueuk-Sou.  —  Voir  :  Coxon. 

Gui  {Guido)t  frère  utérin  de 
Bohémond.  —  Se  trouve  dans 
l’armée  de  l’empereur^  143. 

Gui  Trousseau  {wido  TrusseU 
lus),  seigneur  de  Montlhéry. 
—  S’échappe  d’Antioche  as¬ 
siégée  (10  juin  1098),  127. 

Guillaume  le  Charpentier  (  WiU 
lelmus  Carpenfnrmj), vicomte 
de  Melun.  —  Déserte  devant 
Antioche  (janvier  1098),  est 
arrêté  par  Tancrède,  77.  — 
A  trahi  ses  compagnons  en 
Espagne,  est  juge  par  Bohé¬ 
mond  et  acquitte,  79.  —  S’en¬ 
fuit  malgré  ses  serments,  79. 

Guillaume  de  Grandmesnil 
(Willelmus  de  Gientemais- 
ni7),  frère  d’ Aubri.  —  S’enfuit 
d’Antioche  assiégée  (10  juin 
1098),  127. 

Guillaume,  «  hls  du  Marquis  » 
iWillelmuSt  Marchisi  films). 
frère  de  Tancrède.  —  Arrêté 
par  le  gouverneur  de  Durazzo 
et  conduit  à  Constantinople, 
i5.  —  Tué  à  la  bataille  de 
Dorylée,  5i. 

Guillaume,  seigneur  de  Mont- 


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INDEX 


239 


pellier  CWillelmus  de  Monte 
Fisleri^.  —  Envoyé  en  avant* 
garde  sur  Ântiocne  par  Rai¬ 
mond  de  Toulouse,  63.  — 
Prend  part  à  Passant  de 
Marra  (nov.  iop8],  175. 

[Guillaume  !•'],  éveque  d’Oran- 
ge.  —  Meurt  à  Marra  (janv. 
19^),  179. 

Guillaume  le  Picard  (  Willelmus 
Picardus)^  chevalier  tué  pen¬ 
dant  le  siège  d’Ârchas  (fé¬ 
vrier-mai  iom),  189. 

Guillaume  de  Sabran  {WilleU 
mus  de  Sabra)y  chevalier  de 
l’armée  du  comte  de  Tou¬ 
louse.  —  Lors  du  siège  de 
Jérusalem,  va  en  expédition 
à  Jaffa  pour  protéger  les  na¬ 
vires  occidentaux  (juin  1099), 


IQ7. 

Guiferus.  —  Voir  :  Goufier. 


H 


Harenc  {Aregh)^  château,  près 
d’Antioche.  —  Attaqué  par 
les  croisés,  69.  —  Occupé  par 
les  Turcs  (février  1098),  8§. 

Hautpoul  [Put)^  commune  de 
Mazamet,  arrond.  de  Castres. 
—  Voir  :  Pierre  Raimond. 

Héraclée  [Erachia],  aujourd’hui 
Eregli,  en  Turquie  d’Asie, 
province  de  Konieh.  — 
L’avant-garde  des  croisés  y 
bat  un  corps  de  Turcs  (début 
de  septemore  1097),  57. 

Heremita  jPetrus).  —  Voir  : 
Pierre  l’Ermite. 

Herlouin  [Herluinus),  ambas¬ 
sadeur  des  chefs  croisés  à 
Kerbôga  (27  juin  1098),  1.17. 
—  Connaît  la  langue  arabe 
et  sert  d’interprète  à  Pierre 
l’Ermite,  i5i. 

Hermann  de  Cannes  {Herman- 
nus  de  Cannï)^  seigneur  nor¬ 
mand  d’Italie.  —  Prend  la 
croix  avec  Bohémond,  21. 

Hermenii.  —  Voir  :  Arméniens. 

Hierusalem. — Voir:  Jérusalem. 


» 

e 


Hispania.  —  Voir  :  Espagne. 

hommage  féodal  {hominium). 
—  Exigé  par  l’empereur  des 
chefs  croisés,  33.  —  Voir  : 
fidélité. 

Homs.  —  Voir  :  Chamelle  (la). 

Hongrie  {Hungaria).  —  Tra¬ 
versée  par  les  croisés,  5. 

Hugue  le  Forcené  {Hugo  Insa- 
nus  )  ^  chevalier  normand 
d’Italie.  —  Ses  exploits  à  An¬ 
tioche  (juin  1098)^  137. 

Hugue  de  France,  ait  «  le  Mains- 
ne  »  [Hugo  Magnus)^  comte 
de  Vermandois,  frère  du  roi 
Philippe  1".  —  Traverse  l’Ita¬ 
lie,  i5.  —  Ayant  abordé  à 
Durazzo,  est  conduit,  par 
ordre  du  gouverneur,  à  Cons¬ 
tantinople,  i3.  —  Dans  la 
seconde  armée  après  le  dé¬ 
part  de  Nicée  (28  juin  1097) 

â5.  —  Prend  part  à  la  batailh 
e  Dorylée  (i*'  juillet  1097), 
47.  —  Se  trouve  à  l’aile  droite 
p^endant  cette  bataille,  49.  — 
Commande  le  premier  corps 
de  bataille  devant  Antiocne 
(28  juin  1098),  i5i.  —  Dirige 
une  charge  contre  les  Turcs, 
157.  —  Après  la  victoire,  est 
envoyé  en  ambassade  à  l’em¬ 
pereur  par  les  chefs  croisés 
et  ne  revient  pas  (  juillet 
1098),  161. 

Hunfredus.  —  Voir  :  Onfroi. 
Hungaria.  —  Voir  :  Hongrie, 
hyperpre  {purpuratus^  nomis^ 
ma),  sou  d’or  ou  besant.  — 
Voir  :  besant. 


I 


lagi-Sian  {Cassianus),  gouver¬ 
neur  turc  d’Antioche.  —  S’en¬ 
fuit  après  la  prise  de  la  ville; 
est  massacré  par  des  Armé¬ 
niens  et  des  Syriens,  109.  — 
Avait  sollicité  les  secours  de 
Kerbôga,  émir  de  Mossoul, 
Il  I.  —  Son  palais  à  Antioche, 
137.  —  Ce  palais  est  occupé 


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240 


INDEX 


par  Raimond  de  Toulouse, 
*71»  *79- 

Iconium,  aujourd’hui  Koniah 
ou  Konieh ,  au  centre  du 
plateau  d’Ànatolie.  —  Tra¬ 
versée  par  les  croisés  (sept. 

1097)»  5?- 

idolâtrie  prétendue  des  musul¬ 
mans.  —  Voir  :  paganisme. 

Imverator.  —  Voir  :  Alexis 
Comnène. 

interprète.  —  Interprète  de 
Pierre  l’Ermite  devant  Ker- 
bôga  (27  juin  1098),  147  (voir  : 
Herlouin).  —  Interprète  en¬ 
voyé  parBohémond  aux  Sar¬ 
rasins  de  Marra  (ii  déc.  1098), 
177. 

Ismid.  —  Voir  :  Nicomédie. 

Isnik.  —  Voir  :  Nicée. 

Isoard  de  Mouzon  {Isuardus 
de  Musone).  —  Traverse  l’Ita¬ 
lie  avec  Hugue  de  France,  i5. 

J 


Jaffa  {Japhia\  port  de  Pales¬ 
tine  le  plus  voisin  de  Jérusa¬ 
lem.  —  Des  navires  occiden¬ 
taux  y  arrivent  pendant  le 
siège  de  Jérusalem  (juin  1099), 
197.  —  Cent  chevaliers  sont 
envoyés  pour  les  garder  et 
doivent  combattre  des  Sarra¬ 
sins,  197-1W. 

Jérusalem  [Hierusalem).  —  Se¬ 
cours  envoyés  de  cette  ville 
à  Antioche  (fin  déc.  1097),  7^* 
—  Le  chemin  de  Jérusalem, 
79.  —  Secours  amenés  à  Ker- 
DÔga  par  l’émir  de  Jérusalem 
(mai  1098),  III.  —  Marche 
sur  Jérusalem  décidée  au 
conseil  devant  Archas  (mai 
1099)^  *9*'  —  Arrivée  des 
croises  devant  la  ville  et  dé¬ 
but  du  siège  (7  juin  1099), 
195.  —  Assaut  général  (i3  juin 
1099),  195-197.  —  Construc¬ 
tion  de  machines  pour  ap¬ 
procher  des  murs  et  nouvelles 
attaques  (9-14  juillet  1099), 


201.  —  Procession  des  croisés 
autour  des  murs  (8  juillet 
1099),  2o3.  —  Assaut  général 
et  entrée  des  croisés  dans  la 
ville  (i5  juillet  1090),  2o3.  — 
Massacre  général  des  habi¬ 
tants,  2o3.  —  Entrée  du  comte 
de  Toulouse,  2o5.  —  Massacre 
dans  le  temple  de  Salomon; 
musulmans  réfugiés  sur  le 
toit  du  temple  admis  à  capi¬ 
tuler,  2o5.  —  Pèlerinage  des 
croisés  au  Saint-Sépulcre  et 
violation  de  la  sauvegarde 
donnée  aux  réfugiés  musul¬ 
mans  (i5-i6  juillet  1099),  207. 
—  Evacuation  et  incinération 
des  cadavres  sarrasins  (17  juil¬ 
let),  207.  —  Election  de  Go- 
defroi  de  Bouillon  comme 
prince  de  la  cité  {22  juillet), 
207.  —  Election  d’un  patriar¬ 
che  (i*'  août),  209.  —  Départ 
de  Godefroi  de  Bouillon  et 
des  chefs  pour  Ascalon  (9  août 
1099),  211.  —  Prières  publiques 
prescrites  aux  Grecs  et  aux 
Latins  par  Pierre  l’Ermite 
pendant  la  bataille,  211.  — 
Retour  des  vainqueurs  d’As- 
calon  à  Jérusalem,  2iq.  — 
Topographie  de  la  vnle  : 
église  Saint-Etienne,  195;  — 
montagne  de  Sion,  église  du 
Cénacle,  196:  —  fontaine  de 
Siloé  au  pied  de  la  montagne 
de  Sion,  197;  —  temple  de 
Salomon  (mosquée  d’Omar), 
2o3,  2o5,  21 1  ;  —  tour  de  Da¬ 
vid  et  porte  des  Pèlerins,  2o5. 

K 


Kafartab.  —  Voir  :  Capharda. 
Kaisariéh.  —  Voir  :  Césarée. 
Karolus  Magnus.  —  Voir  : 
Charlemagne. 

Kastoria.  —  voir  :  Castoria. 
K^halia  (Kephalia)^  l’ancienne 
Raphania  ville  de  Syrie,  au 
nord-ouest  d’Homs.  —  Aban¬ 
donnée  par  ses  habitants  à 


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INDEX 


241 


l’arrivée  des  croisés  (janv. 
1099),  i83. 

Kerbôga  ou  Courbaram  (Cur- 
baram),  émir  de  Mossoul, 
chef  de  la  garde  du  sultan 
turc.  —  Sollicité  par  lagi- 
Sian,  réunit  une  grande  ar¬ 
mée  pour  secourir  Antioche, 
lit.  —  Marche  sur  Antioche 
et  force  le  hls  de  lagi-Sian  à 
lui  livrer  la  citadelle  où  les 
Turcs  se  sont  réfugiés  après 
la  prise  de  la  ville  ()uin  1098), 
ii3.  —  Ses  troupes  paraissent 
devant  Antioche  (5  }uin  1098), 
ii5.  —  Il  confie  la  garde  de 
la  citadelle  à  un  de  ses 
émirs,  ii5. —  Sa  jactance  au 
sujet  des  Francs  et  sa  lettre 
au  calife,  117-119.  —  Son  en¬ 
tretien  avec  sa  mère  qui  cher¬ 
che  à  le  détourner  d’attaquer 
les  chrétiens,  iiq-i25.  —  Il 
donne  l’assaut  a  Antioche 
(lo  juin  1098),  127,  —  Il  reçoit 
une  ambassade  des  chefs 
croisés  (27  juin  1098),  149-151. 
—  Ses  dispositions  et  ses  or¬ 
dres  aux  émirs  avant  la  ba¬ 
taille  contre  les  croisés  (28  juin 
1098),  i53.  —  Sa  défaite  et  sa 
fuite,  i55-i57. 

Khorassan  {Corosanus).  — 
Terme  désignant  tous  les 
territoires  d’Asie  occupés  par 
les  Turcs,  ii,  i3,  39,  09,  ii3, 
117,  119,  i5i. 

Koniah  ou  Konieh.  —  Voir  : 
Iconium. 

Kurdes  (C«r/i),  peuple  d’Asie. 
—  Font  partie  de  l’armée  de 
Kerbôga,  iii. 

L 

Lambert  le  Pauvre  {Lambertus 
Pauper),  comte  de  Clermont- 
sur-Meuse. —  S’échappe  d’An¬ 
tioche  assiégée  (10  juin  1098), 
127. 

Lance  Ha  sainte).  —  L’endroit 
où  elle  se  trouve  est  révélé  à 


Pierre  Barthélémi,  i33.  — 
Son  invention  dans  l’église 
Saint-Pierre  (14  juin  1098), 
147.  —  Portée  par  l’évêque 
du  Puy  dans  la  bataille  con¬ 
tre  Kerbôga,  i53. 

Langobardi.  —  Voir  :  Longo- 
bards. 

Lastours,  commune  de  Rilhac- 
Lastours,  canton  de  Nexon, 
arrond.  de  Saint-Yrieii  (Hau¬ 
te-Vienne).  —  Voir  :  Goufier 
de  Lastours  {Gulferus  deDa^ 
turre). 

Latakieh.  —  Voir  :  Liche  (la). 

Letholdus.  —  Voir  :  Liétaud. 

Liche  (la)  (Ltc/iia),  ancienne 
Laodicée,  aujourd’hui  Lata¬ 
kieh,  sur  la  côte  s^tentrio- 
nale  de  Syrie.  —  Traversée 
par  les  croisés  (mars  1099), 
187. 

Liétaud  {Letholdus)^  chevalier 
de  l’armée  du  duc  de  Lor¬ 
raine.  —  Escalade  le  premier 
les  remparts  de  Jérusalem 
(i5  juillet  i(W),  2o3. 

Longobards  {Langobardi).,  ha¬ 
bitants  de  l’Italie  méridio¬ 
nale.  —  Se  trouvent  à  Cons¬ 
tantinople  avant  Pierre  l’Er¬ 
mite  ii096),  7.  —  Se  séparent 
des  Francs  à  Nicomédie  et 
élisent  un  chef,  7.  —  Sergent 
longobard  de  Bohémond, 
107,  lôg. 

M 

Maarat-en-Nouman.  —  Voir  : 
Marra. 

machines  de  guerre.  —  Voir  : 
tours  de  bois,  fronde,  baliste. 

Machumaria.  —  Voir  :  Maho- 
merie. 

Machumet.  —  Voir  :  Mahomet. 

Mahomerie  {Machumaria), 
mosquée,  entourée  d’un  cime¬ 
tière,  située  devant  une  porte 
d’Antioche.  —  Les  croisés 
décident  d’y  construire  un 
château,  89.  —  Les  Turcs  y 


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INDEX 


ensevelissent  leurs  morts,  g3. 
—  Les  croisés  violent  les  sé¬ 
pultures  et  construisent  un 
château  (8  mars  1098),  97.  — 
Porte  de  la  Mahomerie,  i53. 
—  Occupée  par  Raimond  de 
Toulouse,  171.  179. 

Mahomet  {Macnumet).  —  Ser¬ 
ment  «  par  Mahomet  »  prêté 
par  Kerbôga,  119;  —  par 
l’émir  de  Babylone,  217. 

Male  Couronne  Corona)j 

sergent  de  Bohémond. 
Chargé  de  convoquer  l’armée 
(2  juin  1098),  io5. 

Malji  Scafardi  pons.  —  Voir  : 
Amalh. 

Manustray  l’ancienne  Mop- 
sueste,  aujourd’hui  Missis, 
sur  le  Djihoun,  dans  la  pro¬ 
vince  d’Adana  (Turquie 
d’Asie).  —  Cédée  à  Tancrède 
(sept.  1007).  61. 

Maraclée  [Maraclea),  aujour¬ 
d’hui  Marakia,  dans  la  Syrie 
septentrionale,  non  loin  de 
Tortose.  —  Capitule  à  l’ar¬ 
rivée  des  croises  (févr.  1099), 
187. 

Marach  {Marasim)f  ville  d’Asie 
Mineure,  dans  la  haute  val¬ 
lée  du  Djihoun.  —  Les  croi¬ 
sés  y  parviennent  (vers  le 
i3  oct.  1097),  65. 

marc,  unité"^  ae  poids  des  mé¬ 
taux  précieux,  valant  12  de¬ 
niers  d’argent,  99. 

Maregariy  colline  près  d’An- 
tiocne.  — Les  croisés  y  cons¬ 
truisent  un  château^  71. 

Marra  {Marra) y  aujourd’hui 
Maarat-en-Nouman,  ville  de 
Syrie,  à  mi-chemin  entre 
Alep  et  Hamah.  —  Attaquée 
par  les  croisés  (juillet  1098). 
i65.  —  Assiéeée  par  Raimond 
de  Saint-Gilles  et  Bohémond 
(28  oct.  1098),  173.  —  Com¬ 
bats  violents  pendant  le  siège 
(nov.),  175-177.  —  Prise  d’as¬ 
saut  (Il  déc.  1098),  177.  —  Les 
Francs  y  séjournent  un  mois 


(il  déc.  1098-15  janv.  1099), 
177- 179. 

Martirano,  ville  de  l’Italie  mé¬ 
ridionale,  province  de  Caian- 
zaro,  arrond.  de  Nicastro.  — 
Evêque  {Marturanensis  epis- 
copus)  :  voir  Arnoul. 

martyrs.  —  Les  croisés  tués 
dans  un  combat  considérés 
comme  martyrs,  ii,  i3,  48, 

91,  189. 

massacres  —  des  prisonniers 
chrétiens  par  les  Turcs,  11; 

—  des  hérétiaues  de  Macé¬ 
doine  par  les  Normands  d’Ita¬ 
lie,  i3;  —  des  Turcs  par  les 
croisés  devant  Antioche,  71; 

—  des  Turcs  après  la  prise 
d’Antioche  (3  juin  ioq8).  109, 
1 1 1  ;  —  des  habitants  d’Albara 
par  le  comte  de  Toulouse 
(sept.  loÿ),  167;  —  des  habi¬ 
tants  deMarra  (ii  déc.  1098), 
177;  —  des  défenseurs  de  Jé¬ 
rusalem  (i5  juillet  1099),  2o3; 

—  des  musulmans  réfugiés 
sur  le  toit  du  Temple,  mal¬ 
gré  la  sauvegarde  qui  leur 
avait  été  donnée  (ib  juillet 
1099),  207- 

[Melurj,  chef- lieu  du  départ, 
de  Seine-et-Marne.  —  Vi¬ 
comte  :  voir  Guillaume  le 
Charpentier. 

mercatus.  —  Voir  :  ravitaille¬ 
ment. 

Mercure  (saint)  {Mercurtusy  — 
Apparaît  aux  croisés  pendant 
la  bataille  devant  Antioche 
(28  juin  1098),  i55. 

météore  (apparition  d’un)  pen¬ 
dant  le  siège  d’Antioche  par 
Kerbôga  (juin  1098),  iSg. 

Michel  (saint)  [Michael).  —  Sa 
fête  (29  sept.),  9. 

mines.  —  Voir  :  sape. 

miracles.  —  Voir  :  apparitions. 

Missis.  —  Voir  :  Manustra. 

Mommellou.  —  Voir  :  Mont- 
merle. 

monnaies.  —  Voir  :  deniers, 


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INDEX 


243 


SOUS,  hyperpres,  marc,  be- 
sant. 

Mons  [Morts),  ville  de  Belgique, 
en  Hainaut.  —  Comte  :  voir 
Baudouin. 

Mons  Merlus,  Mons  Merloi.  — 
Voir  :  Montmerle. 

Mons  Pislerius.  —  Voir  :  Mont¬ 
pellier. 

Montescaglioso  (3/ons  Scabio^ 
sus),  ville  de  Tltalie  méridio¬ 
nale,  province  de  Potenza, 
arrona.  de  Matera.  —  Sei¬ 
gneurs  :  voir  Onfroi.  Geoffroi, 

[Montlhéryl,  canton  a’Arpajon- 
arrond.  de  Corbeil  (Seine-et- 
Oise).  —  Seigneur  :  voir  Gui 
Trousseau. 

Montmerle  (Mons  Merlus  ou 
Merloi,  Mommellou),  canton 
et  arrond.  de  Trévoux  (Ain). 
—  Voir  :  Achard  de  Mont¬ 
merle. 

Montpellier  [Mons  Pislerius'S, 
chef-lieu  du  départ,  de  l’Hé¬ 
rault.  —  Seigneur  :  voir 
Guillaume. 

Mouzon  [Muso),  chef-lieu  de 
canton,  arrond.  de  Sedan  (Ar¬ 
dennes).  —  Voir  :  Isoard. 

N 


[Nahr-es-Safiyél,  rivière  de  Pa¬ 
lestine,  près  d’Ascalon,  212. 

Nahr-Ibrahim.  —  Voir  :  Bra- 
him. 

Naplouse  [Neopolitana  urbs). 
ville  de  Palestine.  —  Se  rena 
à  Tancrède  et  à  Eustache  de 
Boulogne  (août  1099),  209. 

Nicée  [Nicena),  aujourd’hui  Is- 
nik,  sur  le  lac  du  même  nom, 
en  Turquie  d’Asie,  province 
de  Brousse,  9.  —  Arrivée  des 
croisés  devant  cette  ville 
(6  mai  1097),  35.  —  Début  du 
siège  (14  mai  1097),  37.  —  Une 
armée  turque  de  secours  bat¬ 
tue  par  Raimond  de  Saint- 
Gilles  (16  mai),  37-39.  — 
Sape  d’une  tour  pendant  la 


nuit,  39.  —  L’arrivée  des 
autres  chefs  croisés  permet 
de  bloquer  la  ville;  disposi¬ 
tion  des  armées  autour  de  la 

Elace.  39.  —  Transport  d’une 
ottille  impériale  qui  attaque 
la  ville  par  le  lac,  41.  —  Red¬ 
dition  de  Nicée  à  rempereur 

fui  accorde  la  vie  sauve  aux 
urcs  (26  juin  1097),  41-43.  — 
Les  croisés  quittent  la  ville 
(28  juin  1097),  43.  —  Allusion 
a  la  prise  de  mcée,  i3i. 
Nicomedie  (Aricowedid)jaujour- 
d’hui  Ismid,  ville  de  Turquie 
d’Asie,  chef-lieu  de  la  pro¬ 
vince  d’Ismid,  sur  la  mer  de 
Marmara.  —  Traversée  par 
la  croisade  populaire  (août 
*096)1  7«  “  Traversée  par  les 
armées  de  Godefroi  de  Bouil¬ 
lon  et  Tancrède  (début  de 
mai  1097),  35. 

nimbe  cruciféré  du  Christ.  — 
Dans  la  vision  d’un  prêtre  à 
Antioche,  129. 

nombre  —  des  combattants 
dans  l’armée  des  croisés,  41; 
—  des  Turcs  à  la  bataille  de 
Dorylée,  49;  —  des  croisés 
tués  devant  Antioche  (6  mars 
1098),  91  ;  —  des  Turcs  de  la 
garnison  d’Antioche  tués 
(7  mars  1098),  q5.  —  Les 
croisés  comptent  les  têtes  des 
Turcs  tués,  97.  —  Nombre 
des  Angulans  dans  l’armée 
de  Kerbôga,  ix3. 

Normandie  [Nortmannia).  — 
Duc  :  voir  Robert  Courte- 
Heuse  [Rotbertus  Northman- 
nus). 

[Normands]  d’Italie  (armée 
des).  —  Voir  :  Bohémond. 


O 


Onfroi  de  Montescaglioso  [Hun- 
fredus  de  Monte  Scabioso), 
sei^eur  normand  de  l’armee 
de  Bohémond,  21. 

Onfroi,  fils  de  Raoul  [Hunfre^ 


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244 


INDEX 


dus^  filius  Radulfi)y  seigneur 
normand  de  l’armée  de  Bo- 
hémond,  21. 

Orange,  chef-lieu  d’arrond.  du 
départ,  de  Vaucluse.  —  Evê¬ 
que  (  Oriensis  episcopus  )  : 
voir  Guillaume. 

{Oronte],  fleuve  de  Syrie.  — 
Voir  :  Far,  Farfar. 

Otrante  {Otrentum),  ville  de 
l’Italie,  province  et  arrond. 
de  Lecce.  ~  Port  d’embar¬ 
quement  des  croisés,  i5. 

P 

paganisme.  —  Attribué  aux 
Turcs  par  les  croisés,  119, 
217. 

païens.  —  Terme  employé 
pour  désigner  les  musulmans, 
49,  lit,  ii5,  123,  i3i,  159, 
173,  175,  i83,  i85,  187,  189, 
199,  207,  2i3,  2t5,  223. 

païens  (terre  des).  —  Voir  : 
Sarrasins  (terre  des). 

Palagonia.  —  Voir  :  Pélagonie. 

Pape  (le).  —  Voir  :  apostolicus. 

patriarche  —  de  Jé^rusalem  : 
voir  Arnoul;  —  d’Antioche, 
221. 

Pauliciens  [Publicani)^  secte 
chrétienne  hérétique.  —  Dans 
l’armée  turque,  49,  63,  io3, 

III. 

Pélagonie  (Palagonia),  région 
de  la  plaine  de  Monastir 
(Haute-Macédoine).  —  Tra¬ 
versée  par  les  Normands 
d’Italie  (janv.  1097),  23. 

pennons  fixés  aux  lances,  175. 

Persans  dans  l’armée  turque, 

49»  i“»  Ï37- 

Perse  (Persts).  —  Désigne  le 
Turkestan,  i3,  iii,  140. 

Petchénègues  {Pincinati)j  peu¬ 
ple  barbare  de  la  Russie  mé¬ 
ridionale,  qui  fournit  des 
mercenaires  à  l’empire.  — 
Attaquent  l’armée  de  Gode- 
froi  à  Constantinople  (déc. 
1096),  17.  —  Attaquent  les 


Normands  d’Italie  sur  le 
Vardar  (févr.  1097)  et  sont 
faits  prisonniers  par  Tan- 
crède,  25. 

Petrus.  —  Voir  :  Pierre. 


Philomelium  (Philomena),  au¬ 
jourd’hui  Ak-Cheïr,  en  Asie 
Mineure,  province  de  Konieh. 
—  Entrevue  qui  y  a  lieu 
entre  Etienne  de  Blois  et 
l’empereurOuin  1098),  141-143. 

Picard  (le).  —  Voir  :  Guillaume 
le  Picard. 

Pierre  (saint)  (Petrus),  patron 
d’Antioche,  65,  i3i. 

Pierre  d’Aups  (Petrus  de  Alpi- 
bus).  —  Reçoit  une  ville  de 
Petite-Arménie  en  fief  des 
croisés,  61. 

Pierre  [Barthélémi]  (Petrus), 
soldat  provençal.  —  Reçoit 
de  saint  André  la  révélation 
de  l’endroit  où  se  trouve  la 
sainte  Lance,  i33.  —  Dé¬ 
couvre  la  sainte  Lance  en 


présence  des  chefs  croisés 
(14  juin  1098),  147. 

Pierre  de  Castillon  (PeU-us  de 
Castellione),  vicomte.  —  En¬ 
voyé  en  avant-garde  sur  An¬ 
tioche  par  Raimond  de  Tou¬ 
louse  (oct.  1097),  63. 

Pierre  l’Ermite  (Petrus  Here- 
mita).  —  Entre  en  Hongrie 
avec  une  armée,  5.  —  Arrive 
à  Constantinople  (3o  juillet 
1096),  7.  —  Aoandonne  les 
croisés  à  Civitot,  11.  —  Essaie 
de  déserter  devant  Antioche 
(janv.  1098),  77.  —  Envoyé 
comme  ambassadeur  à  Ker- 
bôga  (27  juin  1098),  147-151. 
—  Laissé  à  Jérusalem  pen¬ 
dant  la  marche  sur  Ascalon, 
afin  de  diriger  les  prières  pu¬ 
bliques  (août  1099),  211. 

[Pierre  de  Narbonne],  évêque 
d'El-Bâra.  —  Institué  évêque 
(sept-  1098),  i6q. 

Pierre  Raimond  d’Hautpoul 
(Petrus  Raimundus  de  Pul). 
—  Envoyé  en  avant-garde 


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INDEX 


245 


sur  Antioche  par  Raimond 
de  Toulouse,  63. 

Pierre  de  Roaix  (  Peints  de 
Roasa).  —  Envoyé  en  avant- 
garde  sur  Antioche  par  Rai¬ 
mond  de  Toulouse,  63.  — 
Bat  un  corps  de  Turcs  et  de 
Sarrasins  dans  la  vallée  de 
Rugia,  63.  —  S’empare  de 
Rusa,  63. 

piétons  dans  l’armée  des  croi¬ 
sés,  39,  45,  5i,  ÿ,  75,  83,  91, 
io5,  i65,  20g,  2i3. 

Pilet.  —  Voir  :  Raimond  Pilet. 

pillages  —  des  croisés  popu¬ 
laires  à  Constantinople  et  en 
Asie  Mineure  (août  1096),  7; 
—  des  Normands  d’Italie  en 
Macédoine  (déc.  1096),  23;  — 
des  Turcs  fugitifs  après  la 
bataille  de  Dorylée  (juillet 
1097),  55. 

Pincinati.  —  Voir  :  Petché- 
nègues. 

Pirrus.  —  Voir  :  Firouz. 


% 


Podiensis  eviscopus.  —  Voir  : 
Adémar  ae  Monteil,  évêque 
du  Puy. 

Pont  du  Far  {Farreus  pons)j 
sur  rOronte,  près  d’Antioche. 
—  Les  croisés  y  parviennent 
{20  oct.  1097),  07.  —  Occupé 
par  les  Turcs,  qui  viennent 
au  secours  d’Antioche  (févr. 
1098J,  81.  —  Les  Turcs  pour¬ 
suivis  jusqu’au  pont  du  Far 
févr.  10^),  87.  —  L’armée 
e  Kerbôga  y  campe  (5  juin 
1098),  ii5.  —  Elle  le  repasse 
après  sa  défaite  (28  juin  1098), 
157. 

Port  -  Saint  -  Siméon  (  Portus 
Sancti  Simeonis)j  port  situé 
à  l’embouchure  de  l’Oronte, 
17 1.  —  Les  croisés  y  envoient 
une  expédition  (5  mars  1098), 
89.  —  Arrivée  a  Port-Saint- 
Siméon  des  fugitifs  d’Antio¬ 
che  (10  juin  1098)^  127.  —  Ils 
y  sont  massacres  par  les 
Turcs,  129. 


Pouille  {Apulia).  —  Voir  : 
Apulie. 

prédictions  —  sur  la  ruine  des 
Turcs  d’après  le  Coran  et  les 
livres  des  païens,  i23  ;  — 
d’après  l’observation  des  as¬ 
tres,  125. 

prêtres  dans  l’armée  des  croi¬ 
sés.  —  Voir  :  clergé. 

Principat  (le)  {Princîpatus)^ 
nom  donné  à  un  comté  nor¬ 
mand  de  l’Italie  méridionale, 
au  sud  de  Salerne.  ^  Comte  : 
voir  Richard. 


prisonniers  de  guerre.  —  Par¬ 
tagés  par  les  Turcs,  ii,  i3. 
—  Prisonniers  turcs  décapi¬ 
tés  devant  Antioche,  71.  — 
Chevalier  fait  prisonnier  par 
les  troupes  de  Kerbôga  et 
chargé  ae  chaînes,  ii5.  — 
Traitement  dont  Kerbôga 
menace  les  croisés,  i5i.  — 
Sarrasins  de  Marra  envoyés 
à  Antioche  par  Bohémond 
(déc.  1008)^  177.  —  Prison¬ 
niers  cnretiens  livrés  aux 
croisés  par  l’émir  de  Tripoli 
(mai  10^),  191. 

prix  des  armes.  —  Prix  des 
armes  de  lagi-Sian,  109.  — 
Prix  des  armes  et  de  l’eten- 
dard  de  l’émir  de  Babyloiie. 
217.  —  Armes  vendues  à  vil 
prix  pendant  le  passage  du 
Taurus  (oct.  1097),  65. 

prix  des  denrées.  —  Prix  du 
pain  devant  Nicée  (mai  1097), 
35-37.  —  Provisions  vendues 
par  les  Arméniens  et  les  Sy¬ 
riens  devant  Antioche  (janv. 
10981,  77.  —  Prix  des  denrées 
pendant  le  siège  d’Antioche 
par  Kerbôga  (juin  1098),  139. 
—  Vente  de  l’eau  devant  Jé¬ 
rusalem  (juin  1099),  197,  201. 

prophéties.  —  Voir  :  prédic¬ 
tions. 

[Provençaux]  (armée  des).  — 
Voir  :  Raimond  de  Saint- 
Gilles. 


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24^ 


INDEX 


Publicains  [Publicanî).  —  Voir  : 
Pauliciens. 

Puiset  (lej  {Puisatium\  canton 
de  Janville,  arrond.  de  Char* 
très  (Eure-et-Loir).  —  Sei¬ 
gneur  :  voir  Evrard. 

Pul.  —  Voir  :  Hautpoul. 

(le),  chef-lieu  de  la  Haute- 
Loire.  —  Evêque  {Podiensis 
eciscoj^us)  :  voir  Adémar  de 
Monteil. 


Raimond  Pilet  {Raimundus  Pi- 
letus)^  chevalier  de  l’armée 
du  comte  de  Toulouse.  — 
Son  expédition  dans  la  terre 
des  Sarrasins  et  sa  défaite 
près  de  Marra  (juillet  1098), 
i63.  —  S’empare  de  Tortose 
(février  low),  i85.  —  Se  dé¬ 
tache  de  rarmée  pendant  le 
siège  de  Jérusalem  et  met  en 
fuite  un  corps  d’Arabes  (juin 
loqgj,  195.  —  Chargé  d^une 
expédition  pour  protéger  les 
navires  arrivés  à  Jaffa,  197. 
—  Met  en  fuite  un  corps 
d’Arabes  (juin  1099),  199. 

Raimond  de  Saint-Gilles  (/?ai- 
mundus  de  Sancto  Egidio)^ 
comte  de  Toulouse.  —  Tra¬ 
verse  l’Esclavonie  avec  la 
deuxième  division  des  croi¬ 
sés,  i3.  ~  Approche  de  Cons¬ 
tantinople  (avril  1097),  29.  — 
Refuse  le  serment  Féodal  à 
l’empereur  et  ne  consent  qu’à 
une  simple  promesse  de  ne 
pas  attaquer  l’empereur  (avril 
1097);  33.  —  Arrivée  de  son 
armee  à  Constantinople 
(27  avril  1097),  35.  —  Devant 
Nicée,  détruit  une  armée  de 
secours  envoyée  par  les  Turcs 
(16  mai  1097),  37-39.  —  Sape 
une  tour  de  la  vflle^  39.  — 
Dans  la  seconde  armee  après 
le  départ  de  Nicée  (28  )uin 
1097),  45.  —  Prend  part  à  la 


bataille  de  Dorylée  (i"  juillet 
1097),  47.  —  Se  trouve  à  l’aile 
gauche,  49.  —  Entre  avec  la 
grande  armée  en  Petite-Ar¬ 
ménie  (sept.  1097),  61.  —  En¬ 
voie  une  troupe  en  avant  pour 
essayer  de  surprendre  Antio¬ 
che,  63.  —  S’offre  au  conseil 
pour  garder  le  château  de  la 
Mahomerie  (5  mars  1098). 

—  Reçoit  de  Bohémona  fa 
confidence  de  ses  négocia¬ 
tions  avec  Firouz,  io5.  — 
Jure  de  ne  pas  abandonner 
Antioche  (11  juin  1098),  i33. 

—  Son  quartier  à  Antioche, 
137. —  Sa  bande  commandée 
par  l’évêque  du  Puy,  pendant 
que  lui-même  reste  a  Antio- 
cne  durant  la  bataille  pour 
empêcher  une  sortie  de  la 
garnison  de  la  citadelle 
(28  juin  1098),  i53.  —  Reçoit 
la  capitulation  de  la  citadelle 
après  la  victoire  des  croisés, 
IDQ.  —  Décide  l’envoi  d’Hueue 


let  1098),  161.  — Raimond  Pi¬ 
let  fait  partie  de  sa  bande, 
i63.  —  Son  expédition  dans 
la  terre  des  Sarrasins  ;  il  prend 
Albara  (sept.  1098),  167.  — 
Conteste  la  possession  a’An- 
tioche  à  Bohémond  (  nov. 
109Ç,  169.  —  Conclut  un  ac- 
cora  provisoire  avec  lui,  mais 
occupe  fortement  certains 
postes  de  la  ville,  171.  — 
Quitte  Antioche  et  va  assié¬ 
ger  Marra,  fait  construire  un 
château  de  bois  pour  s’ap¬ 
procher  des  murs  (nov.  logo), 
173.  —  S’empare  de  la  ville 
(il  déc.  1098),  177.  —  Provo¬ 
que  une  conférence  des  prin¬ 
ces  à  Rugia,  refuse  de  recon¬ 
naître  la  possession  d’Antio¬ 
che  à  Bohémond  et  retourne 
à  Marra  (janv.  1099),  179.  — 
Sort  de  Marra  nu  -  pieds 
(i3  janv.  1099),  marche  sur 
Jérusalem,  passe  par  Ca- 


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INDEX 


247 


pharda  {i3-i6  janv.),  campe 
devant  Césarée  de  TOronte. 
s’empare  d’un  château,  où  il 
séjourne  (1*7-22  janv.),  181.— 
S’empare  d'un  autre  château, 
occupe  Kephalia ,  s’engage 
dans  la  vallée  de  Sem,  occupe 
un  autre  château,  où  il  sé¬ 
journe  (25  janv. -14  févr.  1009), 
i83.  —  Arrive  devant  Ârcnas 
(14  févr.),  i85.  —  Demande 
secours  a  Godefroi  de  BouiN 
Ion  et  au  comte  de  Flandre, 
qui  le  rejoignent  devant  Ar- 
Æas  (mars  1099),  187. —  Fait 
décider  la  marche  sur  Jéru¬ 
salem  (mai  1099),  189-191.  — 
Commande  le  secteur  méri¬ 
dional  au  siège  de  Jérusalem, 
193.  —  Cent  chevaliers  de  son 
armée  vont  en  expédition  à 
Jaffa  et  se  heurtent  à  des 
corps  sarrasins,  197-199.  — 
Fait  construire  un  château  de 
bois  pour  approcher  des  murs 
de  Jérusalem  (juillet  1099), 
201.  —  Sa  participation  à 
l’assaut  ânal  et  son  entrée 
dans  la  ville,  après  qu’il  s’est 
fait  livrer  une  porte  par  un 
émir  (i5  juillet  1099),  2o3*2o5. 
—  Respecte  la  sauvegarde 
donnée  à  cet  émir  et  le  fait 
conduire  à  Ascalon,  207.  — 
Refuse  de  marcher  sur  Asca¬ 
lon  avant  d’avoir  des  rensei¬ 
gnements  personnels  sur  l’en¬ 
nemi  (9  août  1099),  211.  —  Se 
met  en  marche  (10  août),  211. 
—  Range  son  armée  en  ba¬ 
taille  devant  Ascalon  et  com¬ 
mande  l’aile  droite  (12  août), 
2i3.  —  Achève  la  déroute  des 
Egyptiens,  2i5. 

Raimond,  vicomte  de  Turenne 
{RaimundxiSy  vice  cornes  de 
lentoriay  onde  Taurinc^yde 
l’armée  du  comte  de  Tou¬ 
louse.  —  S’empare  de  Tor- 
tose  (févr.  1099),  i85.  —  Se 
détache  de  l’armée  pendant 
le  siège  de  Jérusalem  et  com¬ 


bat  un  corps  d’Arabes  (juin 
1099),  iq5. 

Rainald  [Rainaldus).  —  Élu 
chef  des  Longobards  à  Nico- 
médie,  7.  —  Dir^e  la  résis¬ 
tance  contre  les  'lurcs  à  Exe- 
rogorço,  9. 

Rainaud  [Keinaldus),  chevalier 
lorrain  ou  de  Beauvais.  — 
Commande  un  septième  corps 
de  bataille  devant  Antiocne 
(28  juin  1098),  i55  (et  164, 
note  b). 

Rainulfus.  —  Voir  :  Renoul. 

Ramieh  (Rnmo/a)  ^Palestine). 
—  Atteinte  par  les  croises 
(début  de  juin  1099),  193.  — 
ils  y  établissent  un  év^ue, 
193.  —  Traversée  par  Tan- 
crède  et  Eustache  de  Bou¬ 
logne,  209.  —  Evêque  :  voir 
Robert. 

Ra^hania.  —  Voir  :  Kephalia. 

ravitaillement  {mercatus).  — 
Ravitaillement  de  la  croisade 
populaire,  7;  —  des  Lorrains 
a  Constantinopl^  17,  19;  — 
des  Normands  d’Italie  en  Ma¬ 
cédoine,  21,  23,  27,  29;  — 
promis  par  l’empereur  aux 
chefs  croisés,  33.  —  Mesures 
prises  par  Bohémond  et  l’em¬ 
pereur  pour  le  ravitaillement 
des  croisés  passés  en  Asie 
(mai  1097),  35.  —  Ravitaille¬ 
ment  de  l’armée  devant  Ni- 
cée,  37;  —  en  Petite-Arménie, 
63;  —  par  les  habitants  de 
Marasch ,  près  d’Antioche, 
65:  —  au  début  du  siège 
d’Antioche  [oct.  1007),  69;  — 
par  les  Syriens  et  les  Armé¬ 
niens  pendant  le  siège  d’An¬ 
tioche  (janv.  1098),  77  ;  — 
promis  aux  croises  par  Tati- 
kios,  81;  —  des  Turcs  d’An¬ 
tioche  par  des  Arméniens  et 
des  Syriens  (avril  1098),  99. 
—  Ravitaillement  nécessaire 
aux  croisés  d’après  Kerbôga, 
125.  —  Ravitaillement  promis 
par  le  roi  de  Césarée  d’Oronte 


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248 


INDEX 


à  Raimond  de  Toulouse 
(janv.  icw),  181.  —  Saisi 
dans  les  châteaux  et  les  villes 
de  Syrie,  iSi-iSS;  —  par  des 
navires  occidentaux  pendant 
le  siège  d’Archas  (févr.-mai 
10^),  189;  —  grâce  aux  ré¬ 
coltes  nouvelles  de  Syrie  (mai 
1099),  191;  —  par  les  navires 
arrivés  à  Jana  pendant  le 
siège  de  Jérusalem  (juin  1099), 
197. 

Reinaldus.  —  Voir  :  Rainaud. 

Renoul  [Rainulfus],  frère  de 
Richara  du  Pnncipat.  — 
Prend  la  croix  avec  Bohé- 
mond,  31. 

renseignements  obtenus  par 
des  prisonniers  de  guerre  — 
devant  Nicée,  37;  —  devant 
Jérusalem  (juin  1099),  199;  — 
devant  Ascalon  (août  10^), 


209;  — 

^.Î97.  209. 
Ribemont 

Mons), 

Quentin 

Anselme 


par  des  messagers. 


(  Ribomont ,  Ribodi 
arrond.  de  Saint- 
^Aisne).  —  Voir  : 

Richard  du  Principat  {Richar- 
dus  de  Principatu)y  neveu  de 
Robert  Guiscard,  comte  du 
Principat.  —  Dans  l’armée 
de  Bohémond,  i3,  21.  — 
Passe  en  Asie  avec  T ancrède 

r»our  esquiver  le  serment  à 
'empereur  (fin  avril  1007), 
35.  —  A  l’aile  gauche  à  la  ba¬ 
taille  de  Dorylée,  49. 
Richard,  fils  du  comte  Renoul 
{Richardus,  filius  comitis 
Rainulfi),  seigneur  normand 
de  l’armée  de  Bohémond,  31. 
Riha.  —  Voir  :  Rugia. 

Roaix  (/îo<i5a),  canton  de  Vai- 
son,  arrond.  d’Orange  (Vau¬ 
cluse).  —  Voir  :  nerre  de 
Roaix. 

Robert  d’Ansa,  ou  peut-être 
d’Anzi  {Rotbertus  de  Ansà)y 
sei^eur  normand  de  l’Italie 
méridionale.  —  Prend  la 
croix  avec  Bohémond,  21.  — 


A  l’aile  gauche  à  la  bataille 
de  Dorylée,  49. 

Robert,  comte  de  Flandre 
{Rotbertus  cornes  Flandreu- 
sis).  —  Traverse  l’Italie,  i5. 
—  A  Constantinople,  empê¬ 
che  Raimond  de  Saint-Gilles 
d’attaquer  l’empereur,  33.  — 
Commande  un  secteur  devant 
Nicée,  39.  —  Dans  la  seconde 
armée  au  départ  de  Nicée, 
45.  —  Commande  une  divi¬ 
sion  de  l’aile  gauche  à  la  ba¬ 
taille  de  Dorylée  (!•'’  juillet 
1097)^  49.  —  Commande  avec 
Bohémond  une  expédition 
de  ravitaillement  pendant  le 
siège  d’Antioche  (fin  déc. 

1097) ,  73-77.  —  Dirige  une 
charge  contre  les  Turcs,  73. 
—  Bohémond  lui  confie  son 
plan  pour  pénétrer  à  Antio¬ 
che,  io5.  —  Jure  de  ne  pas 
abandonner  Antioche  (i  i  juin 

1098) ,  i33.  —  Commande  le 
premier  corps  de  bataille 
avec  Hugue  de  France  devant 
Antioche  (28  juin  1098},  i5i. 
—  Dirige  une  charge  contre 
les  Turcs,  157.  —  Décide 
l’envoi  de  Hugue  le  Mainsné 
à  l’empereur  (juillet  1098), 
i6r.  —  Arbitre  entre  Raimond 
de  Toulouse  et  Bohémond 
(nov.  1098),  171.  —  Assiste 
aux  conférences  de  Rugia, 
puis  revient  à  Antioche  (lan- 
vier  1099),  179.  —  Va  assiéger 
Gibel  et  rejoint  le  comte  de 
Toulouse  devant  Archas 
(févr.  1099),  187.  —  Fait  déci¬ 
der  la  marche  sur  Jérusalem 
(avril  1099),  191. — Commande 
le  secteur  nord  avec  Robert 
Courte -Heuse  au  siège  de 
Jérusalem,  195.  —  Accompa¬ 
gne  Godefroi  de  Bouillon  à 
la  tête  de  l’armée  qui  marche 
sur  Ascalon  (9  août  1099), 
211.  —  Range  ses  troupes  en 
bataille  devant  Ascalon  et  se 
trouve  au  centre  (12  août), 


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INDEX 


249 


2i3.  —  Prend  une  part  active 
à  la  bataille,  2i5. 

Robert,  fils  de  Girard  {Rotber- 
tus^  filius  Girardî),  connéta¬ 
ble  de  Bohémond,  85. 

Robert  [Courie-Heuse],  duc  de 
Normandie  {Rotbertus  North- 
mannus,  cornes  de  Nortman^ 
nia),  fils  aîné  de  Guillaume 
le  Conquérant.  —  Traverse 
ritalie,  14.  —  Commande  un 
secteur  aevant  Nicée  (mai 

1097) ,  39.  —  Dans  la  pre¬ 
mière  armée  après  le  départ 
de  Nicée  {28  juin  1097J,  43.  — 
À  l’aile  gauche  à  la  bataille 
de  Dorylee,  49.  —  Jure  de  ne 
pas  abandonner  Antioche  as¬ 
siégée  (il  juin  1098),  i33.  — 
Commande  le  troisième  corps 
de  bataille  devant  Antiocne 
{28  juin  1098),  i53.  —  Détache 
une  partie  de  ses  troupes 

our  former  une  nouvelle 
ataille,  i55.  —  Décide  l’en¬ 
voi  de  Hugue  le  Mainsné  à 
l’empereur  (juillet  1098),  r6i. 
—  Arbitre  entre  Raimond  de 
Toulouse  et  Bohémond  (nov. 

1098) ,  171.  —  Assiste  aux  con¬ 
férences  de  Rugia,  puis  re¬ 
vient  à  Antioche,  179.  —  Re¬ 
joint  Raimond  de  Saint-Gilles 
à  Capharda  (janv.  1099),  181. 
—  Prend  part  au  siège  d’Ar- 
chas  et  fait  décider  la  marche 
sur  Jérusalem  (mai  109g), 
180-191.  —  Au  siège  de  Jéru¬ 
salem,  commande  le  secteur 
nord,  195.  —  Refuse  de  mar- 
chersur  Ascalon  avantd’avoir 
des  renseignements  sur  l’en¬ 
nemi  (9  août  1099),  211.  —  Se 
met  en  marche  (10  août),  211. 
—  Range  son  armée  en  ba¬ 
taille  devant  Ascalon  et  se 
trouve  placé  au  centre 
(12  août),  2i3.  —  Blesse  le 
porte-étendard  de  l’émir  de 
Babylone,  2i5.  —  Achète 
l'étendard  pour  20  marcs 
d’argent,  217. 

Première  croisadê. 


[Robert],  évêque  de  Ramleh. 
—  Institué  évêque  par  les 
croisés  (juin  1099),  193. 

Robert  de  Sourdeval  {Kotbertus 
de  Surda  Valle),  seigneur 
normand  de  l’armée  de  Bo¬ 
hémond,  21. 

Robert,  fils  de  Tostain  {Rot- 
bertus,  films  Tostanni),  che¬ 
valier  normand  de  l'^armée 
de  Bohémond,  2i. 

Roger  de  Barneville  {Rogerius 
de  Barnavilla),  seigneur  nor¬ 
mand.  —  Prend  part  au  siège 
de  Nicée,  39. 

Roger  (Rag^mws), duc  de  Pouille 
et  de  Calabre,  fils  de  Robert 
Guiscard.  —  Abandonné  au 
siège  d’Amalfi  par  les  Nor¬ 
mands,  qui  prennent  la  croix 
(1096),  19-21. 

Romanie  [Romania),  terme  dé¬ 
signant  l’Asie  Mineure,  9,  35, 
55,  ii3.  217,  119;  —  l’empire 
byzantin  tout  entier,  81. 

Rome  (route  ancienne  de),  i3. 

Rotbertus.  —  Voir  :  Robert. 

Rouveha.  —  Voir  :  Rusa. 

Rugiay  peut-être  Riha,  bourg 
situé  a  une  soixantaine  de 
kilomètres  au  sud-est  d’An¬ 
tioche.  —  Combat  livré  près 
de  là  par  Pierre  de  Roaix 
(oct.  1097),  63.  —  Raimond 
de  Saint-Gilles  y  arrive  (nov. 
1098),  173.  —  Conférence  qu’il 
y  a  avec  les  autres  chefs  (jan¬ 
vier  1099),  179. 

Rusa  (  Rusa  K  actuellement 
Rüskioï,  en  Thrace.  —  L’ar¬ 
mée  de  Bohémond  y  campe 
(i”  avril  1997),  27.  —  Bohé¬ 
mond  y  laisse  son  armée  et 
gagne  Constantinople,  29. 

Rusa,  peut-être  aujourd’hui 
Rouveha,  au  sud-est  de  Riha, 
en  Syrie  (voir  Rugia).  — 
Habitée  par  des  Arméniens 
et  prise  par  Pierre  de  Roaix 
(oct.  1097),  63. 

Rüskioï.  —  Voir  :  Rousa. 

Russignolo  (comte  de),  seigneur 

>9 


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25o 


INDEX 


normand  de  Tarmée  de  Bo- 
hémond,  3i.  —  Laissé  par 
Bohémond  à  la  tête  de  l'ar¬ 
rière-garde  sur  le  Vardar,  est 
attaqué  par  les  troupes  impé¬ 
riales,  2i. 

Ruweha.  —  Voir  :  Rusa. 


Sabran  {Sabra)^  cant.  de  Ba- 
gnols,  arrond.  d’Uzès  (Gard). 
—  Voir  :  Guillaume. 

Sagette  {Sagitta}^  l’ancienne 
Sidon,  aujourd’hui  Saïda,sur 
la  côte  de  Syrie,  entre  Bey¬ 
routh  et  Tyr.  —  Atteinte  par 
les  croisés  (hn  mai  lo^},  193. 

sagittarii.  — Voir  :  arcners. 

Saint-Jean  d’Acre.  —  Voir  : 
Acre. 

Saint-Siméon.  —  Voir  :  Port- 
Saint-Siméon. 

sape  des  murs  d’une  ville.  — 
A  Nicée,  37,  39. 

Sarrasins  {Saraceni)^  terme  sy¬ 
nonyme  d’Arabes.  —  Font 
partie  de  l’armée  turque  et 
occupent  surtout  la  Syrie,  47, 
49,  5i,  53, 63,  73,  109,  III,  io3, 
i65,  173,  177,  i83,  189,  190, 
ig3,  195,  197,  199,  201,  207, 
209,  211. 

Sarrasins  (terre  des)  {Sarace- 
norum  terrà)^  terme  désignant 
le  pays  au  sud  et  à  l'est 
d’Antioche,  71,  73,76,  89,  io5, 
i^,  i63. 

Scaiona  ou  Scalonia.  —  Voir  : 
Ascalon. 

Schaizar,  sur  l’Oronte.  —  Voir  : 
Césarée. 

Schems  -  ed  -  daoula  {Sensado^ 
lus),  émir  turc,  61$  de  lagi- 
Sian,  gouverneur  d’Antioche. 
—  Se  maintient  dans  la  cita¬ 
delle  d’Antioche ,  ou’il  est 
obligé  de  livrer  à  Kerbôga 
(juin  1098),  ii3. 

Sclavinia.  —  Voir  :  Esclavonie. 

Sem  (vallée  de),  en  Syrie,  cor¬ 
respondant  a  la  plaine  d’El 


Boukeia,  entre  Homs  et  Tri¬ 
poli.  —  Traversée  par  les 
croisés  (janv.-févr.  10^),  i83. 
—  Butin  pris  par  les  croisés, 

i^. 

sénéchal  de  l’évêque  du  Puy. 
—  Tué  dans  un  combat  de¬ 
vant  Antioche  (29  déc.  1097), 

75. 

Sensadolus.  —  Voir  :  Schems- 
ed-daoula. 

Sépulcre  (Saint-).  —  But  de  la 
croisade,  3,  19,  21,  85,  93,  96, 
i33,  141,  167,  161.  109,  171, 
179,  r8i,  201,  217,  223.  —  Les 
croisés  y  accomplissent  leur 
pèlerinage  après  la  prise  de 
Jérusalem  (i3  juillet  1099), 
207. 

sergents  {s€rvientes)f  99,  io5, 
107,  iSg. 

serment  —  prêté  à  l’empereur  : 
voir  6délité  ;  —  prêté  par 
l’empereur  aux  chefs  croisés 
(avril  1067),  33;  —  sur  l’Evan¬ 
gile,  sur  rhostie,  i3i.  —  Ser¬ 
ment  des  princes  de  ne  pas 
abandonner  la  croisade 
(11  juin  109^,  i3m33.  — 
Serment  de  Pierre  Barthé- 
lémi  sur  la  réalité  de  sa  vi¬ 
sion,  i35. 

Serrés  {Serra),  ville  de  Macé¬ 
doine  orientale,  dans  la  Grèce 
actuelle.  —  Traversée  par 
l’armée  de  Bohémond  (février 
1097),  27. 

Sicile  (S/c/hVi),  6efde  Roger,  21. 

[Sidon].  —  Voir  :  Sagette. 


signa  honorabilia.  —  Voir  : 
bannière. 

signaux  imaginés  par  Kerbôga 
pendant  la  bataille  (28  juin 
1098),  i53,  i55,  167. 

Siloe  (fontaine)  {Siloa  fons),  — 
Voir  :  Jérusalem. 

Siméon  {Symeon),  chef  armé¬ 
nien  de  Cilicie.  —  Reçoit  sa 
terre  en  6ef  des  croisés  (oct. 
1097),  61. 

Sion  {Sion).  —  Voir  :  Jérusalem. 

soif.  —  Voir  :  eau. 


Voir 


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INDEX 


25i 


soldanus.  —  Voir  :  Soudan. 

solde.  —  Solde  promise  à  Tan* 
crède  pour  la  garde  d’un 
château  devant  Antioche 
J^avril  1098),  99.  —  Solde  of¬ 
ferte  par  les  chefs  croisés 
aux  chevaliers  après  la  vic¬ 
toire  sur  Kerbôga  (  juillet 
ic^),  i63.  —  Chevaliers  sol¬ 
dés  au  service  de  Raimond 
Filet,  i63.  —  Solde  des  trou¬ 
pes  de  l’émir  de  Babylone, 
317. 

Soliman  {Solimanus),  sultan 
des  Turcs  seldjouciaes.  —  Ses 
lamentations  sur  la  défaite 
des  Turcs,  53. 

sommier  (cheval  de  trait),  65. 

sou  {solidus).  —  Monnaie  by¬ 
zantine  :  voir  hyperpre.  — 
Monnaie  franque,  77,  139. 

Soudan  ou  sultan  turc  {solda- 
n«5),  117.  —  Voir  :  Soliman. 

Sour  (j«r),  l’ancienne  Tyr,  port 
de  Syrie.  —  Atteint  par  les 
croisés  (mai  1099),  iq3. 

Sourdeval  {Surdav allis)^  chef- 
lieu  de  canton,  arrond.  de 
Mortain  (Manche).  —  Voir  : 
Robert  de  Sourdeval. 

Stephanus.  —  Voir  :  Etienne. 

sultan.  —  Voir  :  Soudan. 

Surani.  —  Voir  ;  Syriens. 

Symeon.  —  Voir  :  Siméon. 

Syrie,  65,  n3,  119. 

Syriens  (5ttrani}.  —  Soumis 
par  les  Turcs,  5i.  —  Espion¬ 
nent  les  croisés  devant  An¬ 
tioche  (oct.  1097),  —  Spé¬ 

culent  sur  leur  ravitaillement 
janv.  1098),  77.  —  Massacrent 
es  Turcs  vaincus  par  les 
croisés  (9  févr.  1098),  87.  — 
Forcés  de  combattre  dans  les 
rangs  turcs  (7  mars  1098),  95. 
—  Surpris  par  Tancrède,  qui 
les  empêche  de  ravitailler  les 
Turcs  d’Antioche  (avril  îc^), 
99.  —  Massacrent  lagi-Sian, 
gouverneur  d’Antiocne,  et 
portent  sa  tête  à  Bohémond, 
109.  —  Achèvent  les  Turcs 


vaincus  après  la  victoire  des 
croisés  sur  Kerbôga  (28  juin 
X098),  157.  —  Ceux  de  Tala- 
mannia  se  rendent  à  Raimond 
Filet  (juillet  1098);  i63.~  En¬ 
rôlés  dans  l’armee  des  croi¬ 
sés  devant  Marra,  i65. 

T 

Talamannia.  —  Voir  :  Tell- 
Mannas. 

Tancrède,  «  fils  du  Marquis  » 
{TancreduSyMarchisi  filius'iy 
neveu  de  Robert  Guiscara. 
—  Frend  la  croix  avec  Bohé¬ 
mond,  21.  —  Se  porte  au 
secours  de  l’arrière  -  garde 
laissée  sur  le  Vardar  et  bat 
les  troupes  impériales  (  18  févr. 
1097)1  25.  —  Son  irritation 
contre  Bohémond,  qui  l’em- 
péche  de  piller  une  ville,  27. 
—  Commande  l’armée  des 
Normands  après  le  départ  de 
Bohémond  pour  Constanti¬ 
nople  (!•'  avril  1097),  29.  — 
Conduit  l’armée  dans  une 
vallée  pleine  de  ressources, 
29.  —  Passe  en  Asie  pour  es¬ 
quiver  le  serment  à  l'empe¬ 
reur  (fin  avril  1097J,  33-35.  — 
Arrive  à  Nicoméaie,  35.  — 
Commande  un  secteur  devant 
Nicée,  39.  —  Commande  la 
première  armée  après  le  dé¬ 
part  de  Nicée,  45.  —  A  l’aile 

f;auche  à  la  bataille  de  Do^- 
ée  (i"  juillet  1097),  49. —  Se 
sépare  de  l’armee  et  marche 
sur  Tarse  (vers  le  14  sept. 
1097).  57.  —  Dispute  Tarse  à 
Bauaouin  et  est  obligé  de  la 
lui  céder,  59.  —  Il  reçoit  en 
compensation  Adana  et  Ma- 
nustra  (sept.  1097),  61.  —  Ar¬ 
rête  Guillaume  le  Charpen¬ 
tier  et  Pierre  l’Ermite,  Fugi¬ 
tifs,  devant  Antioche  (janv. 
1098),  77.  —  Pardonne  à  Guil¬ 
laume  le  Charpentier,  79.  — 
Reçoit  le  commandement  du 


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252 


INDEX 


château  situé  près  du  monas¬ 
tère  Saint-Georges  et  achève 
de  bloquer  Antioche  ^avril 

1098) ,  99.  —  Mentionne  par 
Kerbôga,  ia5.  —  Jure  de  ne 

as  abandonner  la  route  du 
aint-Sépulcre  (ii  juin  1098), 
i33.  —  Commande  le  cin¬ 
quième  corps  de  bataille  de¬ 
vant  Antioche  (28  juin  1098), 
i53.  —  Commande  le  secteur 
ouest  avec  Godefroi  de  Bouil¬ 
lon  au  sièçe  de  Jérusalem, 
195.  —  Apres  la  prise  de  Jé¬ 
rusalem,  accorde  une  sauve¬ 
garde  aux  musulmans  réfu¬ 
giés  sur  le  toit  du  Temple 
(j5  juin.  1009),  2o5.  —  Assiste, 
indigné,  à  la  violation  de  la 
parole  donnée  et  au  massacre 
des  réfugiés  (16  juill.  1099), 
20^.  —  Va  recevoir  la  capitu¬ 
lation  de  Naplouse:  envoyé 
en  avant-garae  au-aevant  de 
l’armée  égyptienne  (  août 

1099) ,  209.  —  Prend  part  à  la 
bataille  d’Ascalon  (12  août 
1099),  2i3.  —  Envahit  le  camp 
des  Sarrasins,  2i5. 

Tancrède  (montagne  ou  terre 
de)  {Tancrcdi  montana  ou 
terrà\y  éperon  du  mont  Sil- 
pius  a  l’ouest  d’Antioche,  où 
se  trouvait  un  château  dont 
la  garde  fut  confiée  à  Tan- 
crèdej75,  100,  i57. 

Tarse  (Tarsus),  ville  de  Cilicie, 
aujourd’hui  Tarsous,  à  dix 
kilomètres  à  l’ouest  d’Adana, 
57.  —  Disputée  entre  Bau¬ 
douin  etTancrède  (sept.  1097), 
59-61.  —  Reste  en  la  posses¬ 
sion  de  Baudouin,  61. 

Tatikios  {Tetigus\  représen¬ 
tant  de  l’empereur  auprès 
des  croisés.  —  Abandonne 
l’armée  au  siège  d’Antioche 
(févr.  1098),  79-81. 

Taurina.  —  Voir  :  Turenne. 

[Taurus  cilicienj.  —  Traversée 
pénible  du  Taurus  par  les 
croisés  (oct.  1097),  65. 


Tell-Mannas(7’42/ijm<î«nîij),près 
de  Marra,  à  mi-chemin  entre 
Alep  et  Hamah.  —  Forteresse 
prise  par  Raimond  Pilet  (juil¬ 
let  10^),  i63. 

Tentona.  —  Voir  :  Turenne. 
Tetigus.  —  Voir  :  Tatikios. 
terre  des  chrétiens  {terra  chris- 
tianorum)f  pays  situé  au  nord 
d’Antioche,  71,  149. 
terre  des  Sarrasins.  —  Voir  : 
Sarrasins. 

Tortose  (Tortosa)^  port  de  Sy¬ 
rie.  —  Prise  par  les  croisés 
(févr.  1099),  t85-i87. 

Tostain  {Tosiannus),  père  de 
Robert,  21. 

[Toulouse].  —  Comte  :  voir 
Raimond  de  Saint-Gilles. 
Tour  (la).  —  Voir  Lastours. 
tours  roulantes  pour  assiéger 
les  villes.  —  Voir  :  châteaux 
de  bois. 

Tripoli  {Tripolis)^  ville  de  Sy¬ 
rie.  —  Ambassade  de  son 
émir  au  comte  de  Toulouse 
(février  1099),  184.  —  Marche 
des  croisés  sur  la  ville  et 
combat  avec  des  Turcs:  nou¬ 
velles  négociations  de  l’émir 
avec  les  croisés  (mars-avril 
1099),  187,  189.  —  Séjour  des 
croisés  dans  la  ville  et  traité 
avec  l’émir  (16  mai  1099),  191. 
trompette  {tuba)  sonnée  à  l’at¬ 
taque  de  Marra,  173. 
Trousseau  (Gui).  —  Voir  :  Gui 
Trousseau. 

Turcoples  {Turcopoli)^  corps 
de  rarmée  impériale.  —  At¬ 
taquent  l’armee  de  Godefroi 
à  Constantinople  (déc.  1096), 
17.  —  Attaquentles  Normands 
d^Italie  sur  le  Vardar  (février 
1097)  et  sont  faits  prisonniers 
par  Tancrède,  25.  —  Montent 
la  flottille  impériale  qui  as¬ 
siège  Nicée  par  le  lac,  41. 
Turcs  (TurciJ,  7.  —  Assiègent 
les  croisés  a  Xérigordo,  9^11; 
—  à  Civitot  (oct.  1096),  i3.  — 
Envoient  une  armée  de  se- 


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INDEX 


253 


cours  à  Nicée  (mai  1097),  37. 

—  Capitulation  des  Turcs  ae 
Nicée^  41-43.  —  Attaquent  les 
croises  et  sont  mis  en  déroute 
à  Dorylée  (i"  juillet  1097), 
45*5i.  —  Qualités  remarqua¬ 
bles  et  bravoure  des  Turcs, 
5i.  —  Obligés  de  livrer  aux 
croisés  Héraclée,  57;  —  et 
Tarse,  57-59.  —  Se  dérobent 
devant  les  croisés  en  marche 
sur  Antioche,  61.  —  Cher¬ 
chent  a  couvrir  Antioche,  67. 

—  Harcèlent  les  croisés  de¬ 
vant  Antioche  (oct.  1097),  69. 

—  Cherchent  à  arrêter  l’ex¬ 
pédition  de  ravitaillement 
devant  Antioche  (hn  déc. 

1097) ,  73.  —  Sortie  ae  la  gar¬ 
nison  turque  d'Antioche 
(29  déc.  1097),  75.  —  Pressent 
étroitement  les  croisés  (févr. 

1098) ,  81.  —  Une  armée  tur- 

âue  de  secours  est  battue  par 
ohémond  (9  févr.  1098),  83- 
85.  —  Combats  de  la  garni¬ 
son  turque  d’Antioche  contre 
les  croisés  (6  et  7  mars  1098), 
01-95.  —  Ils  ensevelissent 
leurs  morts  après  la  bataille, 
93.  —  Se  préparent  à  secourir 
Antioche,  io3.  —  S’enfuient 
d’Antioche  ou  sont  massacrés 
par  les  croisés  (3  juin  1098), 
109.  —  Assiègent  les  croises 
dans  Antioche  (5  juin-28  juin 
1098),  ii5-i57.  —  Arrêtent  une 
sortie  des  croisés  (10  juin 
1098),  127-129.  —  S’emparent 
d’une  tour  située  devant  la 
citadelle,  i35-i37. —  Effravés 
par  un  météore,  139.  —  Les 
croisés  assiégés  dans  Antio¬ 
che  leur  livrent  bataille  et 
les  mettent  en  déroute  (28juin 
1098),  i53-i59.  —  Leur  mite 
après  la  bataille.  161.  —  Bat¬ 
tent  les  croisés  devant  Marra 
(juillet  1098),  i65.  —  Défen¬ 
dent  Marra  (nov.  1098),  173. 
—  Turcs  de  Césarée,  181.  — 


Escarmouches  avec  des  Turcs 
devant  Tripoli  (février  et  avril 
1099),  185-189.  —  Turcs  de 
l’armée  égyptienne,  leur  com¬ 
bat  contre  un  corps  de  croi¬ 
sés  (juin  1099),  ^97’i99* 

Turenne  {Taurtna^  Tentoria)f 
canton  de  Meyssac,  arrona. 
de  Brive  (Corrèze).  —  Vi¬ 
comte  :  voir  Raimond. 

[Turkestanj.  —  Voir  :  Perse. 

Tyr.  —  Voir  :  Sour. 

U 

Urbain  II  {Urbanus  secundus)^ 
pape.  —  Vient  en  France 
prêcher  la  croisade,  3,  5. 

V 


Vardar  (  Bardarus  Jluvius  ), 
fleuve  de  Macédoine.  —  At¬ 
teint  par  les  Normands  d’Ita¬ 
lie,  25.  —  Ils  y  sont  attaqués 

f>ar  les  troupes  impériales  et 
eur  livrent  un  violent  com¬ 
bat  (18  févr.  1097),  25. 
[VermandoisL  —  Comte  :  voir 
Hugue  de  France. 
vexHlum.  —  Voir  :  bannière, 
visions.  —  Voir  :  apparitions. 


W 


Wido.  —  Voir  :  Gui. 
Willelmus.  —  Voir  :  Guillaume. 


X 

Xerigordo.  —  Voir  :  Exero* 
gorgo. 


Z 

Zebar^  l’ancienne  Byblos,  au¬ 
jourd’hui  Diebail,  port  syrien 
entre  Tripoli  et  Beyrouth. — 
Traversé  par  les  croisés  (mai 

1099),  191. 


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TABLE  DES  MATIÈRES 


Pages 


Introduction .  i 

I.  L’auteur .  i 

U.  L’œuvre .  v 


I.  La  composition,  p.  v.  —  2.  Date  de  la  com¬ 
position,  p.  VIII.  —  3.  Les  subdivisions 
de  l’ouvrage,  p.  ix.  —  4.  L’originalité  de 
l’œuvre,  p.  xii.  —  5.  Les  copies  et  remanie¬ 
ments  du  texte,  p.  xiv.  —  6.  Valeur  du 
témoignage,  p.  xvu.  —  7.  La  langue  et  le 
style,  p.  XIX. 

III.  Les  manuscrits.  Établissement  du  texte.  .  xxi 

I.  Première  rédaction  (manuscrits  A),  p.  xxii.  — 

2.  Deuxième  rédaction  (texte  B),  p.  xxvii. 

—  3.  Troisième  rédaction  (manuscrits  G), 
p.  XXIX.  —  4.  Autres  altérations  du  texte  pri¬ 
mitif,  p.  XXXI. 

IV.  Éditions.  Ouvrages  et  textes  à  consulter .  .  xxxn 

I.  Éditions  antérieures,  p.  xxxn.  — 2.  Édition 
présente,  p.  xxxiii.  —  3.  Ouvrages  et  textes 
à  consulter,  p.  xxxiv. 

Abréviations  adoptées  pour  la  désignation  des 

manuscrits . xxxvi 


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TABLE  DES  MATIERES 


255 

Pages 


Histoire  anonyme  de  la  première  croisade  ...  i 

Premier  récit.  —  Des  origines  à  la  bataille  du 
Vardar  (fin  logS-février  1097) .  2 

I.  Prédication  de  la  croisade,  p.  2.  —  2.  La 


croisade  populaire  (juillet-octobre  1096), 
p.  4.  —  3.  Les  bandes  de  croisés.  Godefroi 
de  Bouillon  à  Constantinople  (décembre 
1096-février  1097),  p.  i3.  — 4.  Croisade  de 
Bohémond  et  des  Normands  d’Italie;  leur 
marche  jusqu’au  Vardar  (novembre  1096- 
18  février  1097),  p.  19. 

Deuxième  récit.  —  De  la  bataille  du  Vardar  à  la 
prise  de  Nicée  (18  février-i9  juin  1097) .  .  .  24 

5.  Marche  des  Normands  d’Italie;  départ  de 
Bohémond  pour  Constantinople  (18  fé- 
vrier-5  avril  1907),  p.  24.  —  6.  Les  chefs 
croisés  à  Constantinople;  ils  prêtent  ser¬ 
ment  à  l’empereur  (avril  1097),  p.  28.  — 

7.  Arrivée  des  croisés  devant  Nicée  (6  mai 
1097),  p.  32.  —  8.  Siège  et  prise  de  Nicée 
(14  mai-19  juin  1097),  p.  36. 

Troisième  récit.  La  marche  des  croisés  en  Asie 
Mineure  (juin-juillet  1097) .  42 

19.  Bataille  de  Dorylée  (!««■  juillet  1097),  p.  42. 

Quatrième  récit.  —  La  marche  des  croisés  sur 
Antioche  (juillet-20  octobre  1097) . 

10.  Traversée  de  l’Asie  Mineure;  diversion 
de  Tancrède  et  de  Baudouin  à  Tarse  (juil¬ 
let-septembre  1097),  P*  Traver¬ 

sée  de  la  Petite-Arménie  et  de  la  Cappa- 
doce;  arrivée  devant  Antioche  (20  octobre 
1097),  p.  60. 


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256 


TABLE  DES  MATIERES 

Pages 

Cinquième  récit.  —  Le  début  du  siège  d’An¬ 
tioche  (20  octobre-décembre  1097) .  66 

12.  Début  du  siège;  prise  du  château  d’Ha- 
renc,  p.  66.  —  i3.  La  famine  au  camp 
des  croisés  (décembre  1097),  p.  70 

Sixième  récit.  —  Le  siège  d’Antioche,  de  dé¬ 
cembre  1097  au  9  février  1098 .  74 

14.  Attaques  des  Turcs  contre  les  croisés; 
expédition  de  ravitaillement  (fin  décembre 
1097-janvier  1098),  p.  74.  —  i5.  Fuite  de 
Pierre  l’Ermite  et  de  Guillaume  le  Char¬ 
pentier,  p.  76.  —  16.  Départ  de  Tatikios 
(février  1098),  p.  78.  —  17.  Victoire  de  Bohé* 
mond  sur  les  Turcs  près  du  lac  d’Antioche 
(9  février  1098),  p.  82. 

Septième  récit.  —  Le  siège  d’Antioche,  du  9  fé¬ 
vrier  au  8  mars  1098 .  88 

18.  Expédition  à  Port-Saint-Siméon;  cons¬ 
truction  du  château  de  la  Mahomerie, 

p.  88. 

Huitième  récit.  —  Fin  du  siège  et  prise  d’An¬ 
tioche  (8  mars*3  juin  1098) .  96 

19.  Tancrède  occupe  un  château  à  l’ouest  de 
la  ville  et  ferme  toutes  les  issues  aux  assié¬ 
gés  (avril  1098),  p.  96.  —  20.  Négociations 
de  Bohémond  avec  Firouz  et  prise  d’An¬ 
tioche  (3  juin  1098),  p.  100. 

Neuvième  récit.  —  Siège  d’Antioche  par  les 
Turcs  (5-28  juin  1098) .  iio 

21.  Arrivée  de  Kerbôga  devant  Antioche 
(5  juin);  son  rapport  au  calife  sur  l’armée 
chrétienne,  p.  no. —  22.  La  mère  de  Ker- 


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TABLE  DES  MATIÈRES 

bôga  cherche  à  le  détourner  de  combattre 
les  chrétiens,  p.  ii8.  —  23.  Attaque  d’An* 
tioche  par  Kerbôga  (8  juin);  désertion  de 
plusieurs  croisés,  p.  124.  —  24.  Vision  d’un 
prêtre;  serment  des  chefs  croisés  (ii  juin 
1098),  p.  128.  —  25.  Vision  de  Pierre  Bar- 
thélémi,  p.  i32.  —  26.  Incendie  d’Antioche; 
famine  dans  la  ville,  p.  134.  —  27.  Déser¬ 
tion  d’Étienne,  comte  de  Blois  ;  son  entre¬ 
vue  avec  l’empereur  Alexis,  p.  140.  — 
28.  Invention  de  la  sainte  Lance;  ambas¬ 
sade  de  Pierre  l’Ermite  et  d’Herlouin  au 
camp  des  Turcs,  p.  146.  —  29.  Victoire 
des  croisés  sur  les  Turcs  et  libération  d’An¬ 
tioche  {28  juin  1098),  p.  i5o. 


257 

Pages 


Dixième  récit.  —  De  la  délivrance  d’Antioche  à 
la  victoire  d’Ascalon  (29  juin  1098-12  août  1099).  160 

3o.  La  marche  sur  Jérusalem  différée;  expé¬ 
dition  de  Raimond  Pilet  ;  mort  de  l’évêque 
de  Puy  (28  juin-ief  août  1098),  p.  160.  — 

3i.  Expédition  de  Raimond  de  Saint-Gilles 
à  Albara.  Dissensions  des  princes  au  sujet 
d’Antioche  (août-novembre  1098),  p.  166. 

—  32.  (Voir  l’Appendice.)  —  33.  Prise  de 
Marra  par  Raimond  de  Saint-Gilles  et 
Bohémond  (ii  décembre  1098),  p.  172.  — 

34.  Marche  de  Raimond  de  Saint-Gilles  et 
de  Robert  de  Normandie  sur  Jérusalem; 
arrivée  devant  Archas  (14  février  1099), 
p.  178.  —  35.  Réunion  de  tous  les  princes, 
sauf  Bohémond;  siège  d’Archas  (avril-mai 
*099)ï  P-  —  36.  Départ  d'Archas 
(16  mai  1099);  traversée  de  la  Palestine 
jusqu’à  Ramleh,  p.  190.  —  37.  Arrivée 
devant  Jérusalem  (7  juin  1099)  et  siège  de 


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258 


TABLE  DES  MATIERES 


Pages 

la  ville,  p.  194.  —  38.  Prise  de  Jérusalem 
(i5  juillet  1099),  p.  200.  —  39.  Élection  de 
Godefroi  de  Bouillon  (22  juillet)  et  bataille 
d’Ascalon  (12  août  1099),  p.  206. 

Appendice  :  Description  d’Antioche .  220 

Index .  224 


NOGENT-LE-ROTROU,  IMPR.  DAUPBLBY-GOUVERNEUR. 


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LES  CLASSIQUES 

DE  L’HISTOIRE  DE  FRANCE 

AU  MOYEN  AGE 

PUBLIÉS  SOUS  LA  DIRECTION  DE 

LOUIS  HALPHEN 

Professeur  à  U  Faculté  des  lettres  de  Bordeaux 


La  collection  des  Classiques  de  l'Histoire  de  France  au  moyen  âge 
paraît  à  la  librairie  Edouard  Champion,  5,  quai  Malaquais,  Paris. 

!•  Éginhard,  Vie  de  Charlemagne,  publiée  et  traduite  par  Louis 
Halphen.  Un  vol.  petit  in-8o,  de  xxiv-128  pages  (1923). 

Broché  Relié 

Edition  complète  (texte  et  traduction) .  .  .  7  fr.  50  10  fr.  »» 

Prix  pour  les  souscripteurs  à  la  collection .  .  6  fr.  »»  8  fr.  50 

Texte  latin  seul  (xxiv-61  p.) . 3  fr.  50  6  fr.  »• 

Traduction  seule  (xxiv-78  p.) . 5  fr.  50  8  fr.  ■> 

Le  dossier  de  l'affaire  des  Templiers,  publié  et  traduit  par 
G.  Lizbrand,  professeur  au  lycée  Michelet.  Un  vol.  petit  in-8o, 
de  XXiv-229  pages  (1923)-  Broché  Relié 

Prix  pour  les  acheteurs  ordinaires.  ...  12  fr.  50  15  fr.  »» 

Prix  pour  les  souscripteurs  à  la  collection.  10  fr.  »»  12  fr.  50 
8*  Commynes,  Mémoires,  publiés  par  J.  Calmbttb,  professeur  à 
la  Faculté  des  lettres  de  Toulouse,  avec  la  collaboration  du 
chanoine  Durville;  tome  I®'  (1464-1474).  Un  vol.  petit  in-8o, 
de  XXXVI-257  pages  (1924).  Broché  Relié 

Prix  pour  les  acheteurs  ordinaires.  ...  15  fr.  »»  18  fr.  »» 

Prix  pour  les  souscripteurs  à  la  collection .  12  fr  1»  15  fr.  9» 

4.  Histoire  anonyme  de  la  première  croisade,  publiée  et  traduite 
par  Louis  Bréhier,  professeur  à  la  Faculté  des  lettres  de  Cler¬ 
mont-Ferrand.  Un  vol.  petit  in-8<*,  de  xxxvi-258  pages  (1924). 

Broché  Relié 

Prix  pour  les  acheteurs  ordinaires.  ....  15  fr.  »»  18  fr.  »» 

Prix  pour  les  souscripteurs  à  la  collection  .  12  fr.  >  •  15  fr.  »  » 

5.  Commyiies,  Mémoires,  publiés  par  J.  Calmette,  professeur  à 
la  Faculté  des  lettres  de  Toulouse,  avec  la  collaboration  du 
chanoine  Durville;  tome  II  (1474-1483).  Un  vol.  petit  ^n-8® 
(sous  presse) . 

6.  Nithard,  Histoire  des  fils  de  Louis  le  Pieux,  avec  le  texte  des 
serments  de  Strasbourg,  publiée  et  traduite  par  Ph.  Lauer, 
bibliothécaire  à  la  Bibliothèque  nationale.  Un  vol.  petit  in-S^ 
(sous  presse). 

7.  La  chanson  de  la  croisade  albigeoise,  publiée  et  traduite  du  pro- 


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2 


vençal  par  E.  Martin-Chabot,  archiviste  aux  Archives  natio¬ 
nales;  tome  I®*.  Un  vol.  petit  in-S®. 

Chastellain,  Chronique,  publiée  par  H.  Stein,  chargé  de  cours 
à  l’Ecole  des  chartes;  tome  I*'  (1419-1422).  Un  vol.  petit  in-S®. 

Paraîtront  ensuite  : 

(Les  volumes  marqués  d'un  •  par^tront  parmi  les  premiers.) 

Grégoire  de  Tours,  Histoire  des  Francs,  publiée  et  traduite  par 
L.  Levillain,  professeur  au  lycée  Janson-de-Sailly. 

•Frédégaîre,  Chronique,  pubÜée  et  traduite  par  L.  Levillain. 

Fortunat.  Poésies,  publiées  et  traduites  par  £.  Galletier,  pro¬ 
fesseur  à  la  Faculté  des  lettres  de  Rennes. 

Vies  de  saints  de  l’époqne  mérovingienne  (sainte  Geneviève,  saint 
Remi,  sainte  Radegonde,  saint  Ouen,  ssiint  Eloi,  saint  Léger, 
etc.),  publiées  et  traduites  par  R.  Fawtier,  lecteur  à  l’Univer¬ 
sité  de  Manchester. 

*Les  Annales  royales  (741-829),  publiées  et  traduites  par  Louis 
Halphen. 

Le  «  Codex  Carolinus  »,  publié  et  traduit  par  L.  Halphen. 

Le  Moine  de  Saint-Gall,  Histoire  de  Charlemagne,  publiée  et  tra¬ 
duite  par  L.  Halphen. 

Éginhard.  Correspondance,  publiée  et  traduite  par  M^^®  M.  Bon- 
DOis,  professeur  au  lycée  Molière. 

Éginhard,  Histoire  de  la  translation  des  reliques  de  saint  Marcellin 
et  de  saint  Pierre,  publiée  et  traduite  par  M^*®  M.  Bondois. 

Poésies  carolingiennes,  publiées  et  traduites  par  E.  Faral,  direc¬ 
teur  d’études  à  l’Ecole  des  hautes  études. 

Capitulaires  carolingiens,  publiés  et  traduits  par  Mgr  Lesne, 
recteur  des  Facultés  catholiques  de  Lille,  et  H.  Lévy-Bruhl, 
professeur  à  la  Faculté  de  droit  de  Lille. 

L’Astronome,  Vie  de  Louis  le  Pieux,  publiée  et  traduite  par 
L.  Barrau-Dihigo,  bibliothécaire  de  TUniversité  de  Paris,  et 
A  ViDiER,  inspecteur  général  des  bibliothèques. 

*Ermold  le  Noir,  Poème  sur  Louis  le  Pieux,  publié  et  traduit  par 
E  Faral,  directeur  d'études  à  l'Ecole  des  hautes  études. 

Paschase  Radbert,  L'épitaphe  d'Arsenius,  publiée  et  traduite  par 
J.  Calmette,  professeur  à  la  Faculté  des  lettres  de  Toulouse. 

*Loup  de  Ferrières,  Correspondance,  publiée  et  traduite  par  L.  Le- 
viLLAiN,  professeur  au  lycée  Janson-de-Sailly. 

*Les  Annales  de  Saint-Bertin  (830-882),  publiées  et  traduites  par 
F.  Lot,  membre  de  l'Institut,  professeur  à  la  Faculté  des  lettres 
de  Paris,  et  F.  Grat,  ancien  élève  de  l’École  des  chartes. 

Flodoard,  Histoire  de  l'Eglise  de  Reims,  publiée  et  traduite  par 
Ph.  Lauer,  bibliothécaire  à  la  Bibliothèque  nationale. 

•Abbon,  Le  siège  de  Paris  par  les  Normands,  poème  latin  publié 
et  traduit  pzir  R.  Brunschvig,  agrégé  de  l’Université. 


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3 


€r«rl>eit,  Correspondance,  publiée  et  traduite  par  F.  Lot,  membre 
de  l'Institut,  professeur  à  la  Faculté  des  lettres  de  Paris. 

*Richer,  Histoire,  publiée  et  traduite  par  R.  Latouche,  archiviste 
du  département  des  Alpes-Maritimes. 

Helgaud,  Vie  de  Robert  le  Pieux,  publiée  et  traduite  par  £.  Mar¬ 
tin-Chabot,  archiviste  aux  Archives  nationales. 

Polbcrt  de  Chartres,  Correspondance,  publiée  et  traduite  par 
R.  Merlet,  archiviste  honoraire  du  département  d’Eure-et- 
Loir. 

Adémar  de  Chabannes,  Chronique,  publiée  et  traduite  par  J.  de 
Font-Reaulx,  archiviste  du  département  de  la  Drôme. 

Dndon  de  Saint-Quentin,  Histoire  des  premiers  ducs  de  Normandie, 
publiée  et  traduite  par  H.  Prentout,  professeur  à  la  Faculté 
des  lettres  de  Caen. 

Guillaume  de  Poitiers,  Histoire  de  Guillaume  le  Conquérant,  pu¬ 
bliée  et  traduite  par  H.  Prentout. 

Les  Miracles  de  saint  Benoit,  publiés  et  traduits  par  R.  Fawtier. 

Les  historiens  de  la  première  croisade,  publiés  et  traduits  par 
L.  Bréhibr,  professeur  à  la  Faculté  des  lettres  de  Clermont 
{suite) . 

Baudri  de  Bonrgneil,  Œuvres  choisies,  pubhées  et  traduites  par 
l'abbé  F.  Duine,  aumônier  du  lycée  de  Rennes,  et  J.  Porcher, 
bibliothécaire  à  la  Bibliothèque  nationale. 

Orderic  Vital,  Histoire  de  Normandie,  publiée  et  traduite  par 
H.  Omont,  membre  de  l’Institut,  conservateur  du  département 
des  manuscrits  de  la  Bibliothèque  nationale. 

Suger,  Vies  de  Louis  VI  et  de  Louis  VII,  publiées  et  traduites  par 
H.  Waquet,  archiviste  du  département  du  Finistère. 

Guibert  de  Nogent,  Mémoires,  publiés  et  traduits  par  L.  Halphen. 

Itg  de  Chartres,  Correspondance,  publiée  et  traduite  par  A.  Flichb, 
professeur  à  la  Faculté  des  lettres  de  Montpellier. 

Les  recueils  épistolaires  de  Saint-  Victor  de  Paris,  pubUés  et  tra¬ 
duits  par  J 

Geoffroi  de  Yigeois,  Chronique,  publiée  et  traduite  par  E.  Martin- 
Chabot,  archiviste  aux  Archives  nationales. 

*yi]lehardouin,  La  conquête  de  Constantinople,  publiée  et  traduite 
par  H.  Lemaître,  bibliothécaire  honoraire  à  la  Bibliothèque 
nationale. 

Pierre  des  Vaux-de-Cemay,  Histoire  de  la  croisade  des  Albigeois, 
publiée  et  traduite  par  J.  Calmettb,  professeur  à  la  Faculté 
des  lettres  de  Toulouse. 

Gnillanme  de  Pnylanrens,  Histoire  de  la  croisade  de^Albigeois, 
publiée  et  traduite  par  J.  Calmette. 

La  chanson  de  la  croisade  albigeoise,  publiée  et  traduite  du  pro¬ 
vençal  par  E.  Martin-Chabot,  archiviste  aux  Archives  natio¬ 
nales  ;  tome  II  et  dernier. 

Documents  sur  les  rapports  diplomatiques  et  féodaux  des  rois  de 


.  Porcher,  bibliothécaire  à  la  Bibliothèque  nationale. 


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4 


France  et  des  rois  d’Angleterre  (1154-1259),  publiés  et  traduits 
par  F.  M.  Powicke,  professeur  à  TUniversité  de  Manchester. 

^Joinville,  Vie  de  saint  Louis,  publiée  et  traduite  par  Mario 
Roques  et  Louis  Halphen. 

Cleollroi  de  Beaulieu.  Vie  de  saint  Louis,  publiée  et  traduite  par 
M.  Bloch,  professeur  à  la  Faculté  des  lettres  de  Strasbourg. 

Poésies  historiques  des  trouvères  français  des  XII^  et  XII 1^  siècles, 
publiées  et  traduites  par  A.  Jeanroy,  membre  de  l’Institut, 
professeur  à  la  Faculté  des  lettres  de  Paris,  et  A.  Langfors. 

Poésies  historiques  des  troubadours,  publiées  et  traduites  par 
A.  Jeanroy,  membre  de  l’Institut,  professeur  à  la  Faculté 
des  lettres  de  Paris,  et  F.  Benoit,  membre  de  l’École  française 
de  Rome. 

Sermonnaires  français  des  XII^-XIII^  siècles,  publiés  et  traduits 
par  M.  Bloch,  professeur  à  la  Faculté  des  lettres  de  Strasbourg. 

Enquêtes  et  documents  sur  la  société  française  au  XIII^  siècle,  pu* 
bliés  et  traduits  par  A.  de  Boüard,  professeur  à  l'École  des 
chartes. 

Documents  relatifs  à  l'histoire  de  l'industrie  drapière  au  moyen  âge, 
publiés  et  traduits  par  Henri  Pirenne,  professeur  à  l’Univer¬ 
sité  de  Gand,  et  G.  Espinas. 

Textes  relatifs  à  la  politique  religieuse  de  Philippe  le  Bel,  publiés 
et  traduits  par  G.  Lizerand,  professeur  au  lycée  Michelet. 

^Bernard  Gni,  Guide  de  l'inquisiteur,  publié  et  traduit  par  l’abbé 
G.  Mollat,  professeur  à  la  Faculté  de  théologie  catholique  de 
Strasbourg. 

Géoftroi  de  Paris,  Chronique  en  vers,  publiée  et  traduite  par  A.  Pau- 
PHiLET  et  A.  Kleinclausz,  professeurs  à  la  Faculté  des  lettres 
de  Lyon. 

Froissart,  Chroniques,  publiées  par  H.  Lemaître. 

Jean  de  Venette.  Chronique,  publiée  et  traduite  par  F.  Déprez, 
professeur  à  la  Faculté  des  lettres  de  Rennes. 

Jouyenel  des  Ursins,  Epttres  et  harangues,  publiées  et  traduites 
par  Pierre  Champion. 

Jouyenel  des  Ursins,  Chronique,  publiée  et  traduite  par  L.  Mirot, 
archiviste  aux  Archives  nationales. 

Pamphlets  et  libelles  de  la  guerre  de  Cent  ans,  publiés  par  L.  Mirot. 

La  Pragmatique  Sanction  de  Bourges,  publiée  et  traduite  par  Oli¬ 
vier  Martin,  professeur  à  la  Faculté  de  droit  de  Paris. 

Monstrelet,  Chronique,  publiée  par  L.  Celier,  archiviste  aux 
Archives  nationales. 

*lliomas  Basin,  Histoire  de  Charles  VII,  publiée  et  traduite  par 
Ch.  Samaran,  archiviste  aux  Archives  nationales. 

Thomas  Basin,  Histoire  de  Louis  XI,  publiée  et  traduite  par 
Ch.  Samaran. 

^Chastellain,  Chronique,  publiée  peir  H.  Stein,  chargé  de  cours  à 
l'École  des  chartes;  tomes  II  et  suiv. 


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*Commyne8,  Mémoires,  publiés  par  J.  Calmbtte;  tome  III. 

*  Recueil  de  traités  et  documents  diplomatiques  des  XI XI et 
XV*^  siècles',  série  (1259-1380),  par  J.  Viard,  conservateur 
adjoint  aux  Archives  nationales;  —  2®  série  (1380-1422),  par 
L.  Mirot. 

N.  B.  —  Les  souscripteurs  à  la  collection  bénéficient  d'une 
réduction  de  20  o  sur  le  prix  des  volumes  brochés  de  l’édition 
complète.  On  souscrit  à  la  librairie  Champion,  5,  quai  Malaquais, 
Paris  (vi®). 


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LES  CLASSIQUES  FRANÇAIS 

DU 

MOYEN  AGE 

PUBLIÉS  SOUS  LA  DIRECTION  DE 

MARIO  ROQUES 

I.  —  CATALOGUE  MÉTHODIQUE 

Première  série  :  TEXTES 


POÉSIE  ÉPIQUE 

i4*.  Gormont  et  Isbmbart,  2®  éd.  revue  par  Al¬ 
phonse  Bayot  .  4  fr.  >  » 

22.  Le  Couronnement  de  Louis,  éd.  par  Ernest 

Langlois .  6  fr.  »  » 

19*.  La  Chanson  d’Aspremont, texte  du  ms.  de  Wol- 
laton  Hall,  t.  I,  w.  1-6154,  2*  éd.  par  Louis 

Brandin .  9  fr.  »  » 

25.  —  t.  Il,  w.  6155-11376,  éd.  par  Louis 

Brandin  .  10  fr.  »  » 


ROMANS  ANTIQUES 

42.  Le  Roman  d’Eneas,  éd.  par  J. -J.  Salverda  de 

Grave  . 

29.  Le  Roman  de  Troie  en  prose,  éd.  par  Léopold 

CoNSTANS  et  Edmond  Faral,  1. 1 .  8  fr.  »  » 

ROMANS  D’AVENTURE 

12®.  Berool,  Le  Roman  de  Tristan,  2®  éd.  revue  par 

Ernest  Muret .  7  fr.  »  » 

38.  Benaut  de  Beaojeu,  Le  Bel  Inconnu,  éd.  par  Gla- 

DYs  Williams . 

37.  Benaot,  Galeran  de  Bretagne,  éd.  par  Lucien 


Poulet  . 

33.  La  Qubstb  DEL  saint  Graal,  éd.  par  Albert  Pau- 

philbt  .  14  fr.  »  » 

28.  Gerbert  de  Montreuil,  La  Continuation  de  Perce- 

val,  1. 1,  w.  1-7020,  éd.  par  Mary  Williams.  .  8  fr.  »  » 

CONTES  ET  FABLIAUX 

26.  PiRAMUs  ET  Tisbé,  éd.  par  C.  de  Boer .  3  fr.  »  » 

20.  Gautier  d'Aupais,  éd.  par  Edmond  Faral .  i  fr.  95 


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UNIVERSITYOF  WISCONSIN 


7 


I**.  La  Chastelaine  de  Vergi,  éd.  par  Gaston  Ray¬ 
naud,  3®  éd.  revue  par  Lucien  Poulet .  2  fr.  ■  » 

8*.  Haon  le  Roi,  Le  Vair  Palefroi,  2®  éd.  revue  par 

ÂRTUR  Langfors .  3  fr.  50 


II 


Artur  Langfors .  3  fr.  50 


M 


tur  Langfors .  3  fr.  50 

POÉSIE  LYRIQUE 

PROVENÇALE 

9.  Goillaame  IX,  Chansons,  éd.  par  Alfred  Jban- 

ROY .  2  fr.  25 


M 


15.  Janfré  Badel,  Chansons,  par  Alfred  Jeanroy.  . .  i  fr.  50 
II*.  Peire  Vidal,  Poésies,  2®  éd.  revue  par  Joseph  An- 

glade .  5  fr.  25 

39.  Jongleurs  et  troubadours  gascons,  éd.  par  Alfred 

Jeanroy .  3  fr.  50 

française 

24.  Conon  de  Béthune,  Chansons,  éd.  par  Axel  Wal- 

LENSKOLD .  3  fr.  >  > 

7*,  Colin  Muset.  Chansons,  2®  éd.  revue  par  Joseph 

Bédibr . 

23.  Chansons  satiriques  et  bachiques  du  xiii®  s., 

éd.  par  Alfred  Jeanroy  et  Artur  Langfors.  7  fr.  50 
34.  Charles  d’Orléans,  Poésies,  t.  I,  Retenue  d'A- 
mours,  ballades,  chansons,  complaintes  et  en¬ 
rôles,  par  Pierre  Champion .  14  fr.  »  a 

2*.  François  Villon,  Œuvres,  éd.  par  Auguste  Lon- 

GNON,  3®  éd.  revue  par  Lucien  Poulet .  8  fr.  »  » 

LITTÉRATURE  DRAMATIQUE 

5®.  Le  Garçon  et  l’Aveugle,  2®  éd.  revue  par  Mario 

Roques  .  x  fr.  50 

3®.  Courtois  d’Arras,  2®  éd.  revue  par  Edmond  Pa- 

RAL .  2  fr.  »  • 


1 1 


vue  par  Ernest  Langlois . .  4  fr.  50 

41.  —  Le  Jeu  de  Robin  et  Marion,  éd.  par  Er¬ 
nest  Langlois . 

—  Le  Jeu  du  Pèlerin,  éd.  par  Ernest  Langlois.  . .  4  fr.  50 

30.  La  Passion  du  Palatinus,  éd.  par  Grâce  Prank.  6  fr.  »  » 
35.  Maître  Pierre  Pathblin,  éd.  par  Richard  T. 

Holbrook . 


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8 


HISTOIRE 

40.  Robert  de  Clari,  La  Prise  de  Constantinople,  éd. 

par  Philippe  Lauer . 

10.  Philippe  de  NoTare,  Mémoires,  éd.  par  Charles 

Kobler .  5  fr.  25 

32.  Alain  Chartier,  Le  Quadrilogub  invectif,  éd.  par 

Eugénie  Droz .  4  fr.  »  » 

LITTÉRATURE  DIDACTIQUE 

13.  Haon  le  Roi  de  Cambrai,  ABC  par  ekivoche,  éd. 

par  Artur  Langpors .  2  fr.  65 

31.  Jehan  le  Teintnrier  d’Arras,  Le  Mariage  des  sept 

Arts,  éd.  par  Artur  Langfors .  2  fr.  75 

—  Le  Mariage  des  sept  Arts  (anonyme),  éd.  par 

Artur  Langpors . . .  2  fr.  75 


LITTÉRATURE  RELIGIEUSE 

provençale 

36.  Le  Poème  de  Sancta  Fidbs,  éd.  par  Antoine 

Thomas . 

17.  Bertran  de  Marseille,  La  Vie  de  sainte  Enimie, 

éd.  par  Clovis  Brunel .  3  fr.  »  * 

FRANÇAISE 

4**.  La  Vie  de  saint  Alexis,  texte  critique  de  Gas¬ 
ton  Paris,  3*  éd.  revue .  2  fr.  75 

13.  Hnoo  le  Roi  de  Cambrai,  Ave  Maria  en  roman  et 
Descrission  des  religions,  éd.  par  Arthur 
Langfors .  2  fr.  65 


Deuxième  série  :  MANUELS 


BIBLIOGRAPHIE 

16.  Bibliographie  sommaire  des  chansonniers  pro¬ 
vençaux,  par  Alfred  Jeanroy .  3  ir.  40 

18.  Bibliographie  sommaire  des  chansonniers 

français,  par  Alfred  Jeanroy .  3  fr.  40 

GRAMMAIRE 

21*.  Petite  syntaxe  de  l’ancien  français,  par  Lu¬ 
cien  Poulet,  2*  éd.  revue .  10  fr.  »  » 


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9 


II.  _  table  chronologique 

TEXTES  PROVENÇAUX 


X7®  siècle.  —  36.  Lb  Poeme  de  Sancta  Fides.  . . . 

9.  Les  Chansons  de  Guillanme  IX.  2  ix.  25 

XII^  siècle.  —  27.  Les  Poésies  de  Cercamon .  2  fr.  50 

15.  Les  Chansons  de  Janlré  Rudel. .  1  fr.  50 

II*.  Les  Poésies  de  Peire  Vidal. ...  5  fr.  25 

39.  Jongleurs  et  troubadours  gas¬ 
cons  .  3  50 

XJII^  siècle. —  17.  Bertran  de  Marseille,  La  Vie  de 

sainte  Enimie .  3  fr.  »  » 

39.  Jongleurs  et  troubadours  gas¬ 
cons  .  3  fr.  50 

TEXTES  FRANÇAIS 

-Y/e  siècle.  —  4**.  La  Vie  de  saint  Alexis .  2  fr.  75 

Xll^  siècle.  —  14*.  Gormont  et  Isembart .  4  fr.  »  » 

22.  Le  Couronnement  de  Louis.  . .  6  fr.  •  » 

26.  PiRAMUS  ET  TiSBÉ .  3  ff.  »  » 

42.  Le  Roman  d’Eneas . 

12*.  Beroal,  Le  Roman  de  Tristan.  7  fr.  •  » 
i9*  et  25.  La  Chanson  d'Aspre- 


24.  Les  Chansons  de  Conon  de  Bé- 

thone  .  3  fr.  »  » 


38.  Benaut  de  Beaujeu,  Le  Bel  In¬ 
connu  . 

XIIl^  siècle.  —  40.  Robert  de  Clari,  La  Prise  de 

Constantinople . 

33.  La  Qüeste  DEL  saint  Graal.  ...  14  fr.  »  » 


28.  Gerbert  de  Montreail,  Perceval.  8  fr.  »  » 
37.  Renaat,  Galbran  de  Bretagne. 

3*.  Courtois  d’Arras .  2  fr.  »  » 

7*.  Les  Chansons  de  Colin  Muset. . . 

13.  Hnon  le  Roi  de  Cambrai,  Œu¬ 
vres .  2  fr.  65 

S*.  Huon  le  Roi,  Le  Vair  Palefroi.  3  fr.  50 

—  Hnon  de  Cambrai,  La  Male 

Honte .  3  50 

—  Guillaume,  La  Male  Honte .  3  fr.  50 


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lO 


I**.  La  Chastblaine  de  Vergi....  2  fr.  ■  » 

20.  Gautier  d’ Aurais .  i  fr.  95 

10.  Philippe  de  Norarre,  Mémoires..  5  fr.  25 


M 


Feuillée .  4  fr.  50 

5*.  Le  Garçon  et  l’Aveugle .  i  fr.  50 

41.  Adam  le  Bossa,  Le  Jeu  de  Robin 

ET  Marion .  i  fr.  50 

—  Le  Jeu  du  Pèlerin .  i  fr.  50 

29.  Le  Roman  de  Troie  en  prose. 

T.  1 .  8  fr.  »  » 

23.  Chansons  satiriques  et  ba> 

CHIQUES .  7  fr.  50 

31.  Jehan  le  Telntorier,  Le  Mariage 

DES  SEPT  Arts .  2  fr.  75 

—  Le  Mariage  des  sept  Arts  (ano¬ 
nyme)  .  2  fr.  75 

XI siècle,  —  30.  La  Passion  du  Palatinüs .  6  fr.  ■  ■ 

XV^  siècle.  —  32.  Alain  Chartier,  Le  Quadrilogue 

INVECTIF  .  4  fr.  ■  ■ 

2**.  François  Villon,  Œuvres .  8  fr.  ■  » 

35.  Maître  Pierre  Pathelin . 

34.  Charles  d’Orléans,  Poésies .  14  fr.  »» 


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